« Du silence à la parole. Une histoire du droit du travail de 1830 à nos jours »

Dans la 4e édition de son livre « Du silence à la parole. Une histoire du droit du travail de 1830 à nos jours », Jacques Le Goff continu son enquête jusqu’aux dernières métamorphoses du droit du travail.

« Du silence à la parole. Une histoire du droit du travail de 1830 à nos jours », de Jacques Le Goff, PUR, 684 pages, 35 euros.
« Du silence à la parole. Une histoire du droit du travail de 1830 à nos jours », de Jacques Le Goff, PUR, 684 pages, 35 euros. PUR Edition

 Chez Amazon, première entreprise du monde avec une capitalisation de 1 000 milliards de dollars et 560 000 salariés, hormis les magasiniers des entrepôts encore salariés, avant d’être échanger par des robots, tous les chauffeurs-livreurs sont des indépendants travaillant à la tâche. « Suspendus à leur smartphone, ils sont corvéables à merci et ne peuvent espérer, en échange de leurs services, que le prix de la course. Ce qui en fait l’image minuscule et parabolique d’une pratique en cours de diffusion, estimée la plus conforme à la liberté du citoyen au travail », déclare Jacques Le Goff.

Sous la modernité, une rémanence de l’archaïsme ? On retrouve actuellement le discours que tenaient fin XIXe-début XXe siècle les opposants à toute idée du droit spécifique du travail clairement dissocié du droit civil : « L’histoire comme le présent démontrent qu’une telle approche conduit à une subordination des prestataires de main-d’œuvre encore plus radicale, bien que masquée, que dans le cas des salariés », ajoute le professeur des universités dans son imposant ouvrage Du silence à la parole. Cette histoire du droit du travail des années 1930 à nos jours est initialement parue en 1985.

L’ultime édition, avec une préface de Laurent Berger et une postface de Philippe Waquet, la quatrième, compte trois chapitres inédits et aborde les grandes questions contemporaines : l’aspiration à pouvoir s’organiser par le télétravail, à préserver sa vie personnelle par la déconnexion, ou encore les risques psychosociaux face au flux des demandes. La démarche explicative du livre, qui souhaite présenter le droit du travail « sans excès de minutie, mais avec un minimum de rigueur et d’exhaustivité », est intégrée dans une démarche de type explicatif.

Les changements du droit du travail

Quelles alliance juridico-idéologiques relient des dispositifs parfois éloignés dans le temps ? A quel type de logique se rapporte tel ou tel texte ? « D’où l’évidence d’une option pluridisciplinaire, de regards croisés associant, outre le droit et l’histoire, la sociologie, la science politique, l’économie, l’histoire des idées. »

Le livre évoque plusieurs grandes périodes « correspondant chacune à une configuration singulière de l’imaginaire fondateur du droit ». La première période, des années 1830 aux années 1880, des débuts de la société industrielle jusqu’à l’heure de la stabilisation républicaine, est celle d’un « droit de la mise au travail industriel du monde rural selon une logique de pure fonctionnalité instrumentale, et en cela fort peu ressemblant à l’image que l’on s’en fera par la suite ».