Archive dans mars 2024

Au Maghreb, les centres d’appels se préparent à la déferlante de l’intelligence artificielle

Avec 90 000 salariés au Maroc et plus de 20 000 en Tunisie, les centres d’appels du Maghreb se trouvent en première ligne dans la bataille de l’emploi qui s’annonce avec la montée en puissance de l’intelligence artificielle (IA). Depuis le début des années 2000, le premier, surtout, a beaucoup misé sur la relation client externalisée, l’un des principaux secteurs créateurs de postes nets dans le pays : 10 000 en moyenne chaque année.

Dans l’ensemble de ses métiers, l’externalisation de services n’a même jamais pesé aussi lourd : 1,6 milliard d’euros à l’export en 2023, soit autant que l’aéronautique. Des revenus qui proviennent majoritairement de France. Malgré une concurrence accrue en Afrique, le royaume chérifien capte encore la moitié des parts du marché tricolore hors de l’Hexagone.

La sortie de la fintech suédoise Klarna, qui vantait en février le succès d’un outil conçu en collaboration avec OpenAI, le créateur du robot conversationnel ChatGPT, capable, dans le service après-vente, d’effectuer « un travail équivalent à 700 employés à temps plein » ne semble toutefois pas inquiéter la trentaine d’entreprises qui se partagent l’essentiel du marché dans la région. « Si l’IA générative était arrivée il y a quinze ans, nous aurions été bousculés, mais la configuration est différente aujourd’hui », estime Youssef El Aoufir, qui a cofondé en 2006 Intelcia, présente au Maroc et en Tunisie avec plus de 10 000 collaborateurs et qui a réalisé 734 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023.

« Le rôle de l’humain reste prépondérant »

Pour les requêtes les plus simples, les développements récents de l’IA ont conduit à une accélération de l’automatisation des interactions à faible valeur ajoutée, mais Intelcia met en avant des services plus complexes qu’il « est encore difficile d’automatiser ». Rachetée par Altice en 2016, l’entreprise compte parmi ses clients français des établissements publics et un organisme de financement de logement. Autant de situations dans lesquelles les conseillers ne délivrent pas seulement des informations, mais doivent gérer des anomalies, indique son cofondateur.

La présence humaine est même considérée comme indispensable dans certaines configurations délicates, comme lorsqu’il s’agit de récupérer un client perdu. « Dans ce type de scénario, le rôle de l’humain reste prépondérant, car il s’agit de désamorcer des crises qui peuvent être imprévisibles », avance Redouane Mabchour, le directeur général au Maghreb de Concentrix + Webhelp, ce géant fort de 7,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023, qui emploie 13 000 personnes dans la région.

Il vous reste 46.04% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

La transformation des métiers a érodé la confiance dans l’avenir professionnel des actifs

Début 2024, 67 % des actifs se disent « assez » ou « très confiants » dans leur avenir professionnel, contre 75 % en 2020, indique le cinquième Baromètre annuel de la formation et de l’emploi de Centre Inffo (association de service public sous tutelle du ministère du travail), publié jeudi 28 mars et réalisé en partenariat avec l’institut d’études CSA, auprès de 1 618 personnes âgées de 18 ans et plus, représentatives de la population active.

« L’actualité plus sombre – la guerre en Ukraine et au Proche-Orient, la situation économique qui se dégrade – pèse probablement sur le moral des Français », commentent Pascale Romenteau et Julie Gaillot, respectivement directrice générale de Centre Inffo et directrice du pôle Society de CSA. Mais leur actualité quotidienne, c’est la transformation des métiers : 42 % considèrent que leur métier évolue très vite (44 %, lentement et 14 % jugent que rien ne change).

En réaction, ils se reconvertissent ou envisagent de changer d’emploi. Mais le sondage ne dit pas s’ils bougent parce que tout bouge autour d’eux ou parce qu’ils vivent mal les transformations de leur poste actuel.

La formation, une nécessité

Sur le total des personnes interrogées, 21 % des actifs préparent une reconversion professionnelle. Ce chiffre est demeuré stable depuis 2021. Les reconversions à la sortie du Covid-19 n’ont pas augmenté, quand bien même l’engouement médiatique pour ce phénomène a pu laisser penser le contraire.

L’aspiration à de nouveaux horizons professionnels se développe, mais il se reflète dans des changements d’entreprise plus que de métier : 53 % des actifs y songent, dont 37 % dans les deux ans à venir, contre respectivement 49 % et 33 % depuis 2021. Ce qui pourrait interpeller les DRH engagés dans la guerre des talents.

La formation apparaît dès lors comme une nécessité pour 83 % à 90 % des actifs interrogés, notamment les seniors et « bac + 5 », dans le contexte de mutations du monde du travail pour préserver leur employabilité… Toutefois, 63 % des actifs considèrent la formation comme contraignante dans leur emploi du temps surchargé. Et 32 % jugent, quant à eux, qu’elle est inutile, car trop rarement mise en pratique.

Qui sont ces sceptiques ? « Des actifs plutôt jeunes et/ou peu diplômés. Etant moins bien informés, ils sont moins demandeurs de formation, alors même que ces profils en ont le plus besoin », estiment Pascale Romenteau et Julie Gaillot.

Aspiration à l’autonomie

Si 52 % des sondés se sentent bien informés sur la formation continue, 48 % pensent l’inverse, et ce clivage recoupe le niveau d’éducation et d’insertion professionnelle : ainsi, 55 % des CSP+, qui sont généralement les plus diplômés, se sentent bien informés, mais seulement 37 % des chômeurs.

Il vous reste 21.91% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

France Télévisions condamné aux prud’hommes pour une affaire de harcèlement

France Télévisions a été condamné aux prud’hommes à verser plus de 80 000 euros à un ancien présentateur de Franceinfo, notamment pour « harcèlement moral » et « sexuel » et licenciement « nul », selon un jugement consulté mercredi 28 mars par l’Agence France-Presse (AFP), confirmant une information de Télérama.

Contacté par l’AFP, le groupe audiovisuel public a dit avoir fait appel de cette décision rendue le 25 janvier, sans faire davantage de commentaires.

Le journaliste Gaël Giordana a également fait appel, sa demande principale de réintégration de l’entreprise ayant été « refusée » par le conseil de prud’hommes de Paris, a expliqué à l’AFP son avocat, Florent Hennequin. Recruté en 2021 par France Télévisions, où il a enchaîné plus de 70 CDD, Gaël Giordana a coprésenté de 2022 à 2023 la matinale de Franceinfo et le « 6h info » de France 2 les vendredis, samedis et dimanches.

C’est là qu’il a subi « des remarques sur son homosexualité, des contacts physiques intrusifs, des messages inappropriés » de sa coprésentatrice, Camille Grenu, « plus installée que lui » car en CDI et conjointe du rédacteur en chef de « Télématin » sur France 2, assure MHennequin. Après avoir alerté sa rédaction, Gaël Giordana a été invité à s’expliquer avec sa coprésentatrice, qui « a extrêmement mal réagi », poursuit Me Hennequin.

« On le met au placard »

Une enquête interne diligentée par France Télévisions a ensuite reconnu « des comportements inadaptés de Mme Grenu, des maladresses, un manque de discernement, et un ressenti justifié de M. Giordana », peut-on lire dans la décision des prud’hommes.

Dans le même temps, le journaliste s’est vu proposer « une tranche beaucoup plus confidentielle [en fin d’après-midi] qui entraînait une perte de salaire », ne présentant la matinale qu’en l’absence de sa coprésentatrice, relate Me Hennequin. Puis, à l’été 2023, son contrat n’a pas été renouvelé. « On le met au placard et on se débarrasse de lui dès que son contrat prend fin », résume l’avocat, insistant sur le fait que la procédure vise France Télévisions et la manière « profondément injuste » dont « cette situation a été traitée ».

Malgré la requalification du contrat de Gaël Giordana en CDI et la nullité de son licenciement, le conseil de prud’hommes « n’est pas allé au bout de son raisonnement » en refusant sa réintégration, jugée « inadaptée », déplore Me Hennequin.

Sollicitée par Télérama, qui a révélé l’affaire, Camille Grenu n’a pas répondu.

Il revient désormais à la cour d’appel de trancher ce conflit, possiblement « dans deux ans », estime MHennequin.

Le Monde avec AFP

Réutiliser ce contenu

Assurance chômage : Catherine Vautrin défend une réforme « pour ramener les gens vers l’emploi »

La ministre du travail, de la santé et des solidarités, Catherine Vautrin, assiste au côté du ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, à un meeting, le 12 mars 2024 à Paris.

Alors que le gouvernement réunit jeudi 28 mars des parlementaires de tous bords pour tenter de trouver des économies, l’annonce d’une nouvelle réforme de l’assurance chômage a été accueillie par une pluie de critiques dans les rangs des syndicats et des oppositions.

La veille, sur TF1, le premier ministre Gabriel Attal a demandé à sa ministre du travail, Catherine Vautrin, « de préparer de nouvelles négociations » avec les partenaires sociaux sur l’assurance chômage, avançant parmi les pistes une baisse de la durée d’indemnisation de 18 à 12 mois maximum. Une proposition que les organisations syndicales ont jugée d’emblée « inacceptable ».

Quand les partis d’opposition accusent l’exécutif, en quête de mesures d’économies, de vouloir « faire les poches des Français » , Catherine Vautrin assure que la réforme vise avant tout à « ramener les gens vers l’emploi », avec un effort d’accompagnement et de formation.

« Le premier ministre a ouvert des pistes parce que notre priorité, c’est le dialogue social », a affirmé la ministre jeudi sur Franceinfo. Il faut pour cela « essayer d’accompagner au plus vite » car « plus vous restez longtemps au chômage, moins vous avez de chances de retrouver un boulot », a-t-elle fait valoir.

Interrogée sur l’excédent de l’assurance chômage, Mme Vautrin a assuré que « la trajectoire est à 11 milliards en 2027 » et rappelé que ce régime « permet de financer la formation ». « C’est un investissement social que d’accompagner celles et ceux qui sont dans une situation de chômage parce que c’est leur permettre de rebondir », a-t-elle ajouté.

« Position de négociation »

Mais pour les syndicats, cette nouvelle réforme est avant tout motivée par des considérations budgétaires. « La seule chose annoncée par Gabriel Attal ce soir, c’est encore taper sur les précaires ou les chômeurs », a réagi Denis Gravouil négociateur de la CGT sur l’assurance chômage. « Le régime d’assurance chômage ne peut pas être une variable d’ajustement budgétaire de l’Etat », a pour sa part prévenu la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon.

Revenant sur les « pistes » évoquées par Gabriel Attal, qui a souhaité une nouvelle réforme « globale » de l’assurance chômage d’ici l’automne, Mme Vautrin a expliqué que les annonces du chef du gouvernement constituent d’abord « une position de négociation » avec les partenaires sociaux.

« Combien de temps faut-il travailler sur une période donnée pour bénéficier du chômage ? » Aujourd’hui « en deux ans, il faut avoir travaillé six mois. Ça se discute », a-t-elle lancé. Un autre sujet serait « la durée d’indemnisation », aujourd’hui de 18 mois en règle générale, a-t-elle assuré, en rappelant que le premier ministre ne privilégiait pas la piste du montant de l’indemnisation.

Le Monde avec AFP

Réutiliser ce contenu

Assurance-chômage : Gabriel Attal précise les contours de la nouvelle réforme

Le premier ministre, Gabriel Attal, invité du « 20 heures » de TF1 présenté par Gilles Bouleau, le 27 mars 2024.

Le nouveau tour de vis pour les demandeurs d’emploi se précise. Mercredi 27 mars, lors d’un entretien au « 20 heures » de TF1, Gabriel Attal a déclaré qu’« une vraie réforme globale de l’assurance-chômage » sera élaborée d’ici « à l’été », « pour qu’elle puisse entrer en vigueur à l’automne ». Les propos du premier ministre sont plus une confirmation qu’une annonce, l’exécutif ayant exprimé, à maintes reprises depuis la fin 2023, son souhait d’introduire des règles plus sévères sur l’indemnisation des personnes à la recherche d’une activité.

Pour le locataire de Matignon, il faut qu’« il y ait plus de Français qui travaillent parce que ce sont des recettes supplémentaires », susceptibles d’apporter un bol d’air à des finances publiques très dégradées. Un projet d’autant plus urgent que le taux de chômage a légèrement remonté depuis un an, à 7,5 % de la population active, loin de l’objectif de plein-emploi d’Emmanuel Macron – autour de 5 % en 2027.

Mercredi soir, M. Attal a indiqué que la ministre du travail, Catherine Vautrin, sera chargée de « préparer » le document de cadrage qui va baliser la négociation entre partenaires sociaux. Sur le papier, ce sont les syndicats et le patronat qui fixent les paramètres de l’assurance-chômage dans une « convention » après en avoir débattu entre eux. Mais ils doivent suivre une feuille de route mise au point par le gouvernement.

L’intervention de M. Attal, mercredi soir, a permis d’y voir un peu plus clair sur les pistes privilégiées par l’exécutif. En premier lieu, la durée d’indemnisation pourrait être réduite « de plusieurs mois ». Elle avait déjà été ramenée, avec la précédente réforme mise en œuvre en février 2023, de vingt-quatre mois à dix-huit – pour les individus de moins de 53 ans, les seniors étant pris en charge plus longtemps. « Je ne pense pas qu’il faut que ça aille en dessous de douze mois », a ajouté le premier ministre.

« Discours effrayant »

Deuxième curseur qui pourrait être actionné : la durée d’affiliation, c’est-à-dire le temps de travail nécessaire pour ouvrir des droits à une allocation. Depuis la réforme de 2019, un demandeur d’emploi doit avoir été en activité au moins six mois sur les deux dernières années pour toucher une prestation. « On peut imaginer (…) qu’il faut travailler davantage », a expliqué M. Attal (par exemple huit mois au lieu de six) ou alors réunir les six mois requis sur une période plus courte (un an et demi contre deux, aujourd’hui).

Dernière option : le niveau d’indemnisation. Il pourrait être revu à la baisse, en modifiant son mode de calcul, ou obéir à de nouveaux mécanismes de dégressivité. Cette hypothèse a « moins ma préférence », a tenu à souligner M. Attal : « Mais on va laisser les partenaires sociaux travailler. » Les organisations d’employeurs et de salariés vont donc – une fois de plus – parlementer sur l’assurance-chômage, alors qu’elles avaient déjà conclu, le 10 novembre 2023, un accord à ce sujet. Ce compromis avait débouché sur une « convention » qui doit être avalisée par l’exécutif pour s’appliquer. Le gouvernement décidera s’il donne son feu vert lorsque les syndicats et le patronat auront bouclé – le 8 avril, en principe – une autre négociation, celle sur « un nouveau pacte de la vie au travail » (emploi des seniors, préventions de l’usure professionnelle, etc.).

Il vous reste 43.2% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Vous êtes au chômage et vous êtes à la recherche d’un emploi ? Racontez-nous vos difficultés

La Société éditrice du Monde souhaite présenter dans ses publications une sélection de témoignages, sous forme d’écrits, de photographies et de vidéos (ci-après désignés ensemble ou séparément « Contribution(s) ») qui lui sont soumis librement par les internautes.

Contenu de la Contribution

Votre Contribution doit respecter la législation en vigueur, notamment la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, les articles 9 et 9-1 du code civil sur le droit à la vie privée et au respect de la présomption d’innocence et les dispositions du code de la propriété intellectuelle. Aucune Contribution contraire à la loi ne pourra être publiée.

Une orthographe et une mise en forme soignées sont exigées (pas de textes en lettres capitales, pas d’abréviations ou d’écrits de type « SMS »).

Vous devez être l’auteur des textes, photographies et vidéos que vous proposez dans le cadre de votre Contribution, ou avoir l’autorisation de leur auteur pour leur publication dans les conditions ici définies. Le nom de l’auteur doit toujours être mentionné, de même que la date et le lieu où ont été pris vos documents photographiques ou vidéo et rédiger une légende descriptive.

Votre Contribution doit être signée de vos prénom et nom. Les demandes d’anonymat en cas de publication seront examinées par la rédaction de la Société éditrice du Monde au cas par cas.

La Société éditrice du Monde se réserve le droit de refuser toute Contribution, ou d’effacer toute Contribution préalablement publiée, pour quelque cause que ce soit, notamment si :

  • elle est contraire à la loi (racisme, appel à la violence ou à la haine, diffamation, pornographie, pédophilie, sexisme, homophobie, …).
  • elle est contraire aux règles de conduite du Monde.fr et des autres publications concernées (mauvaise orthographe, propos non conforme au sujet demandé, forme peu soignée, …).
  • son sujet ou sa forme présente peu d’intérêt pour les lecteurs, la Société éditrice du Monde étant seule décisionnaire à ce titre.
  • elle a déjà été proposée et publiée ou elle est similaire à un témoignage récemment publié.
  • elle contient la représentation ou la désignation d’une personne physique pouvant être identifiée, en particulier une personne mineure.
  • elle contient la représentation d’une œuvre pouvant relever du droit d’auteur d’un tiers sans l’autorisation de celui-ci.
  • elle contient des photographies ou vidéos dont la qualité technique est insuffisante (photos floues, vidéos illisibles ou de mauvaise définition, bande son inaudible, …), la Société éditrice du Monde étant seule décisionnaire à ce titre.

Règles applicables à la Contribution

En participant à cet appel à témoignages, vous autorisez la publication totale ou partielle de votre Contribution sur le site Le Monde.fr, dans le quotidien Le Monde, dans M le Magazine du Monde et/ou sur toute autre publication ou site où la Société éditrice du Monde publie du contenu éditorial (Facebook, Twitter, Digiteka, Instagram, etc., dans le monde entier, pour la durée d’exploitation de la publication concernée.

La Société éditrice du Monde est libre de publier ou non les Contributions qui lui sont proposées.

Votre réponse à l’appel à témoignages, ainsi que votre autorisation pour l’exploitation éventuelle de votre Contribution, sont accordées à titre gracieux et ne peuvent donner lieu à une quelconque rétribution ou gratification ou versement de quelque nature que ce soit, à quelque titre que ce soit.

Les informations recueillies dans le questionnaire sont enregistrées dans un fichier informatisé par la Société éditrice du Monde, et communiquées aux seuls journalistes à l’origine de l’appel à témoignage et aux équipes techniques en charge de la gestion du traitement.

Elles ne seront utilisées que dans le cadre de cet appel à témoignages. Les données associées à une Contribution sont conservées pour une durée maximale de deux ans. Vous pouvez accéder aux données vous concernant, les rectifier, demander leur effacement ou exercer votre droit à la limitation du traitement de vos données, retirer à tout moment votre consentement au traitement de vos données.

Pour exercer ces droits ou pour toute question sur le traitement de vos données dans ce dispositif, vous pouvez contacter dpo@groupelemonde.fr

Consultez le site cnil.fr pour plus d’informations sur vos droits.

Congé menstruel : une proposition de loi rejetée en commission à l’Assemblée nationale

L’article 1er de la proposition de loi visant à instaurer un congé menstruel en cas de « menstruations incapacitantes » a été refusé, mercredi 27 mars, en commission des affaires sociales à l’Assemblée nationale. « La majorité et la droite rejettent une avancée nécessaire pour les femmes atteintes de règles douloureuses et incapacitantes », a déploré sur X le député écologiste et rapporteur du texte Sébastien Peytavie, qui a fait part de sa « grande déception ».

Le texte, dont le vote s’est joué à 16 voix contre 16, sera de nouveau examiné en séance le 4 avril, « dans la niche écologiste », a affirmé M. Peytavie. « Trois ans pour l’inscription de l’IVG dans la Constitution et quatre ans pour le congé fausse couche. La lutte peut être longue, mais elle ne sera pas vaine », a-t-il déclaré, ajoutant que la « société, elle, est prête » à la mise en place de ce dispositif, contrairement à « la classe politique, majorité incluse, [qui] est divisée face à la conquête nécessaire de ces nouveaux droits ».

« En s’opposant à l’instauration de l’arrêt menstruel pour les très nombreuses femmes souffrant de règles douloureuses, les macronistes et la droite renvoient leur souffrance à une affaire privée. Déception et incompréhension », a pour sa part commenté sur X la députée La France insoumise Clémentine Autain. « La droite, l’extrême droite et le clan Macron ont préféré balayer la création d’un arrêt menstruel. Cette proposition était pourtant une mesure nécessaire de dignité », a renchéri sa collègue « insoumise » Nadège Abomangoli.

Avoir mal pendant ses règles « n’est pas normal »

Le texte, inspiré de la loi espagnole votée en février 2023, prévoyait notamment la possibilité d’avoir jusqu’à treize jours d’arrêt maladie par an – sans jour de carence et payés par l’Assurance-maladie – sous réserve d’un certificat médical. La proposition de loi visait également à favoriser le télétravail en cas de règles douloureuses.

Vomissements, maux de ventre, diarrhées… les symptômes liés à la « dysménorrhée invalidante », ou syndrome des règles douloureuses, sont très variés. En France, l’endométriose concerne une femme menstruée sur dix. Pourtant, malgré un nombre important de cas, cette maladie est encore mal diagnostiquée : il faut en moyenne sept ans d’attente avant que les patientes connaissent enfin l’origine de leurs symptômes.

Le congé menstruel serait « un grand pas dans la reconnaissance de la souffrance de certaines femmes pendant leurs règles, avait assuré en février Maud Leblon, de l’association Règles élémentaires. Surtout pour celles, les plus défavorisées socialement, qui ne peuvent pas se permettre de prendre des arrêts avec jours de carence ».

Pour les soutiens du texte, la mise en place de ce dispositif serait aussi une manière d’encourager les salariées à commencer un suivi médical. « Souvent, les femmes ont renoncé aux soins depuis longtemps », avait expliqué au Monde Isabelle Derrendinger, présidente du Conseil national de l’ordre des sages-femmes. A toutes celles qui se sont vu répondre « c’est normal, ce sont tes règles », alors qu’elles se plaignaient d’avoir mal au ventre, Isabelle Derrendinger le rappelait : « Non, ce n’est pas normal. Les femmes ne doivent pas vivre leurs douleurs comme une implacable fatalité. »

Certaines entreprises, comme Goodays ou Louis Design, ont déjà adopté le congé menstruel de leur propre initiative. Depuis le début de l’année 2023, plusieurs municipalités, classées plutôt à gauche, ont pris l’initiative de le mettre en place pour leurs agentes. Grenoble, Strasbourg, Lyon, Arras… A Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), ville pionnière, 15 % des 212 agentes souffrant de règles douloureuses en ont déjà fait usage depuis le 27 mars 2023.

Le Monde

Réutiliser ce contenu

« La Santé au travail. Droit et pratique » : une bible pour mieux prévenir les risques « santé » au travail

La santé au travail est une « matière » vivante, en perpétuelle évolution… Et un sujet à l’appréhension délicate. Cela tout d’abord parce qu’elle se situe au carrefour d’une multitude de disciplines : droit, médecine, sciences de l’ingénieur (hygiène et sécurité), mais aussi ergonomie, sociologie, psychologie ou encore sciences de gestion.

Par ailleurs, on constate que, depuis une décennie, son champ s’est « complexifié en se confrontant aux problématiques de santé publique (notamment le Covid) ou de santé environnementale (en particulier le changement climatique), s’enrichissant au passage des concepts issus de ces domaines. On parle d’exposome, de santé globale, de polyexposition ». Et, dans le même temps, la réglementation a pu se développer elle aussi, imposant une veille attentive aux acteurs de l’entreprise.

Afin d’« outiller » les professionnels concernés par le sujet et mis au défi de sa complexité, Emmanuelle Wurtz, avocate générale à la Cour de cassation, et Hervé Lanouzière, directeur de l’Institut national du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (Intefp), proposent aux éditions Intefp un ouvrage nécessaire, La Santé au travail. Droit et pratique.

Lire l’analyse de la chercheuse pour le projet du Liepp : Article réservé à nos abonnés « Des pénibilités à la soutenabilité du travail : construire de nouvelles voies de prise en compte des relations santé travail »

Cette somme de 592 pages aborde la question sous de multiples angles, tout en restant fidèle à un leitmotiv : l’obligation juridique de sécurité des employeurs et la prévention doivent être intimement liées. Au fil des pages, les auteurs s’emploient tout à la fois à livrer aux lecteurs un cadre théorique complet avec la définition des notions qui entourent la santé du travail, et le détail des sources normatives européennes, mais aussi à décrire ses applications de terrain dont la mise en œuvre concrète des principes généraux de prévention.

Risque amiante, harcèlement moral

L’ouvrage ambitionne ainsi de répondre aux multiples questions que peuvent se poser employeurs, salariés, représentants du personnel, préventeurs, professionnels de santé… Quel est, par exemple, aujourd’hui le rôle du comité social et économique en matière de prévention ? Comment développer une culture de la prévention en entreprise ? Que recouvre la notion d’inaptitude ? Comment faire la démonstration devant le juge que les principes de prévention inscrits dans le droit ont été pleinement respectés ?

L’intérêt du livre repose sur la capacité des auteurs à traiter le sujet de la santé au travail de manière exhaustive, abordant avec rigueur une multitude de points précis. Des développements sont ainsi proposés tant sur la responsabilité de l’employeur face au risque amiante, que sur l’observation des conditions de travail au domicile des télétravailleurs, ou sur le rapprochement actuel des médecines de ville, du travail et de sécurité sociale. Un regard est porté sur le harcèlement moral en droit international, un autre sur les incitations financières que des entreprises mettent en place pour encourager leur ligne hiérarchique à se saisir des questions de prévention.

Il vous reste 17.55% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Le week-end de Pâques pourrait perturber le versement des salaires

Pour les virements bancaires, Pâques est le plus long week-end de l’année : ils ne seront pas traités durant quatre jours, du jeudi 28 mars à 18 heures au mardi 2 avril à 2 h 30. Cette longue pause n’a certes rien d’exceptionnel, elle a lieu chaque année depuis 2002. Mais le calendrier 2024 est particulier, le week-end de Pâques tombe en toute fin de mois, période de versement des salaires.

Chronique | Article réservé à nos abonnés Virement falsifié, la banque – enfin – condamnée

Ceux dont l’employeur n’a pas anticipé ce hasard du calendrier pourraient voir arriver leur salaire sur leur compte plus tard que d’ordinaire, mardi 2 avril.

Pour comprendre, il faut savoir que le système utilisé par les banques européennes pour transférer de l’argent entre elles en temps réel, « Target 2 », n’est pas opérationnel la nuit, les samedis, les dimanches et six jours fériés dans l’année (les mêmes dans tous les pays, même si ces jours ne sont pas fériés partout) : le Jour de l’an, le Vendredi saint, avant Pâques, le lundi de Pâques, le 1er mai, Noël et le 26 décembre. Ces plages de fermetures sont des « fenêtres de maintenance d’un système très automatisé », indique Claudine Hurman, directrice de l’innovation et des infrastructures des marchés financiers de la Banque de France.

Cette dernière, tout comme la Fédération bancaire française (FBF), se veut toutefois rassurante : le planning de Target est connu d’avance, le cas de figure a déjà été rencontré, et les banques sont censées avoir relayé l’information aux employeurs, pour les inciter à verser les salaires en avance. « Le calendrier Target est mis à disposition de nos clients entreprises depuis le 20 mars. Et nous les avons alertés avec un bandeau sur notre portail, le 25 mars », précise, par exemple, BNP Paribas.

Fonctionnaires payés le 28

« La Banque de France – banquier de l’Etat – a bien informé la Direction générale des finances publiques, qui verse les salaires des fonctionnaires, ces derniers seront donc payés au plus tard jeudi 28 mars », souligne de son côté Mme Hurman.

La FBF rappelle que les virements instantanés, exécutés en dix secondes vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept « restent opérationnels durant les périodes de fermeture des systèmes de règlement ». Ce service, encore souvent payant, mais qui doit devenir gratuit en 2025, est donc une option pour les entreprises ayant oublié de regarder le calendrier, et les particuliers qui auront besoin de transférer de l’argent ce week-end.

Décryptage | Article réservé à nos abonnés Le Livret A va-t-il financer la relance du nucléaire ?

Précision de la Banque de France : les virements internes ne passent pas par Target 2. Ceux qui ont la même banque que leur employeur, et si ce dernier réalise ses virements le 29, pourront être crédités le jour même, le Vendredi saint n’étant férié en France qu’en Alsace-Moselle. Attention, toutefois, les banques cessent pour beaucoup de traiter ces opérations, même internes, les samedis, dimanches et jours fériés.

Il vous reste 11.16% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

« Certains pensent qu’on vient pour construire des ZAD, mais on veut s’intégrer sur notre territoire » : ces diplômés qui deviennent agriculteurs

Suzanne Sotinel se rêvait anthropologue. Elle est en passe de devenir éleveuse de chèvres. A 28 ans, cette native de Brest (Finistère) a grandi dans une famille sans lien avec le monde agricole à l’exception d’une « arrière-grand-mère métayère ». C’est donc de manière empirique que la jeune femme a envisagé son chemin vers la paysannerie. Après un DEUG de philosophie, une licence puis un master 2 en anthropologie du développement durable pas assez professionnalisant à son goût et un service civique dans des associations, elle s’est installée à la campagne. A force d’observer le quotidien de ses voisines éleveuses, elle a eu envie de s’y mettre. « Chaque geste a une utilité et c’est gratifiant de réaliser des tâches avec un sens très clair, confie la jeune femme. Je ne sais pas si je me serais orientée directement vers ce milieu après le lycée mais je trouve dommage qu’il ne soit jamais présenté aux élèves des filières générales.  »

En ce jeudi de février, Suzanne Sotinel a ressorti sa trousse d’étudiante. Dans la grande salle aux larges baies vitrées du tiers-lieu Le Battement d’ailes, vaste bâtiment en bois perché au sommet d’une colline verdoyante à Cornil en Corrèze, elle prend des notes. Pour cette deuxième journée de session collective, elle travaille avec ses camarades sur l’ancrage territorial. Une notion-clé pour celles et ceux qui ont entamé en janvier le stage Entreprendre en agriculture paysanne au sein de l’Association pour le développement de l’emploi agricole et rural (ADEAR) Limousin.

Ce cursus, qui existe depuis 2019 dans la région, a été créé quelques années plus tôt dans les Pays de la Loire par la Confédération paysanne pour accompagner les personnes non issues du milieu agricole. « Le brevet professionnel responsable d’entreprise agricole [BPREA] donne la capacité agricole, sésame essentiel pour percevoir des aides à l’installation comme la dotation jeunes agriculteurs, mais il comprend moins de pratique, analyse Mélissa Khamvongsa, de l’ADEAR Limousin. Nous leur proposons vingt et un jours de session collective et une immersion de onze mois dans deux voire trois exploitations.  »

Déclic de la pandémie

Les dix membres de la promo 2024 de l’ADEAR Limousin ont presque tous le même parcours que Suzanne Sotinel. La plupart ont d’abord fréquenté les bancs de l’université avant de glisser petit à petit vers le monde rural, par appétence et conscience politique. « Je n’ai pas eu de déclic, ni fait un burn-out qui m’aurait conduite à chercher un refuge à la campagne, raconte Julie Jubault, 32 ans, titulaire d’un master en langues étrangères appliquées. Mais, au fil des années, il y a eu une vraie dissonance entre mes convictions, mes aspirations et ma vie professionnelle. » Julie pensait travailler dans des ONG ou des organismes de coopération mais elle a vite déchanté face au manque de débouchés du secteur. Elle a ensuite occupé un poste dans les services administratifs d’une école de commerce, ce qui lui a permis de mettre de l’argent de côté pour mener à bien son envie d’installation à la campagne.

Il vous reste 63.35% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.