« L’exception française du smic tire à sa fin »

En 1968, avant les événements de mai, le salaire minimum français était de 2,50 francs de l’heure et permettait de s’acheter cinq baguettes. Les accords de Grenelle la même année vont l’augmenter de 20 %, soit un pain de plus. Le 1er janvier 2020, le smic a été porté à 10,15 euros, le prix d’une dizaine de baguettes ordinaires. La revalorisation du salaire minimum est devenue, depuis l’après-guerre, un marqueur puissant de toute politique sociale en France, quelle que soit la couleur politique des gouvernements. Une manière forte de lutter contre la pauvreté au travail. Déjà en 1950, année de création du salaire minimum, le président du Conseil, René Pleven, le justifiait par la nécessité de couper l’herbe sous le pied des communistes.

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Aujourd’hui, si le smic concerne près de 13 % des salariés du privé, son influence s’étend bien au-delà. Avec un peu plus de 1 500 euros par mois, il représente près de 85 % du salaire médian (1 800 euros). Ce qui signifie que 50 % des salariés français touchent moins que cette somme. C’est le plus fort pourcentage de tous les pays de l’OCDE.

Facteur de réduction des inégalités

Ce facteur non négligeable de réduction des inégalités ne va pas sans effet pervers. Les deux principaux touchent à la compétitivité des entreprises et au chômage. Ce sont les deux sujets préférés des économistes. Depuis des décennies, ils empilent des études démontrant l’effet nocif supposé d’un haut niveau de salaire minimum sur le chômage. La persistance du sous-emploi en France par rapport à ses voisins plaiderait pour cette thèse. En effet, payer à un coût élevé des employés non qualifiés pousse les entreprises à renoncer à embaucher car le personnel supplémentaire lui coûtera plus cher qu’il ne lui rapporte. Ce n’est pas toujours vrai.

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Une récente étude américaine a démontré que cela dépendait de la concurrence dans un secteur. Un monopole ou oligopole, peu inquiet pour sa marge, sera moins regardant sur le salaire des non-qualifiés qu’une entreprise dans un univers très concurrentiel. La plupart des spécialistes estiment néanmoins que, quand le salaire minimum est très éloigné du médian – l’écart entre les deux est de 40 % aux Etats-Unis –, l’augmentation des bas salaires ne nuit pas à l’emploi, au contraire.

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Pour concilier smic élevé et compétitivité, les gouvernements français successifs ont donc réduit les charges. Une politique accélérée ces dernières années. A tel point que, depuis octobre 2019, il n’y en a quasiment plus. Cela a eu comme effet positif de ramener le coût du travail près de la moyenne européenne et de commencer à réduire le chômage.