Réorientations industrielles : le changement à marche forcée de l’usine Bosch à Mondeville,

                            Heiko Carrie, directeur de Bosch France (à gauche) et Olivier Pasquesoone, directeur du site Bosch de Rodez, le 26 janvier 2018, à Onet-le-Château dans l’Aveyron.

Heiko Carrie, directeur de Bosch France (à gauche) et Olivier Pasquesoone, directeur du site Bosch de Rodez, le 26 janvier 2018, à Onet-le-Château dans l’Aveyron. JOSE A. TORRES / AFP

Syndicats et direction œuvrent collectivement pour céder un avenir au site et aux 600 emplois. Un changement « éprouvante » pour les équipes.

« A l’entrée, tout a changé », déclare Heiko Carrie, le patron de Bosch en France, en exposant le nouveau showroom qui reçoit les visiteurs dans l’usine d’électronique du géant allemand à Mondeville, près de Caen. « Autrefois, ce n’était pas nécessaire, puisque l’usine travaillait principalement pour Bosch ou pour un ou deux fondateurs de véhicules, mais désormais nous élargissons notre clientèle et nous devons pouvoir les accueillir dans de bonnes conditions », déclare Frédéric Boumaza, le directeur de ce site modèle du groupe allemand.

Modèle, car cette usine rejoint de loin. Créée dans les années 1960 pour créer des téléviseurs, elle a ultérieurement fabriqué des autoradios Blaupunkt, des lève-vitres électriques, des calculateurs électroniques pour les moteurs diesel… Mais avec la décentralisation de la production automobile vers l’Europe centrale, le site fait face à un écroulement de ses commandes. A tel point que dans les années 2000, il était pratiquement condamné à fermer, la maison mère cherchant à diminuer la voilure dans les « pays à coût de main-d’œuvre élevé » comme la France.

« Cela n’a jamais été dit, mais c’est ce qui transpirait », se rappelle un syndicaliste. « Il y a dix ans, nous étions face à un mur, celui de la fin des commandes automobiles, déclare Estelle Schneider, choisie CFDT du site. Avec l’ensemble des syndicats et la direction de l’époque, nous avons déclenché un groupe de réflexion pour trouver de nouveaux débouchés. C’était difficile, mais, après coup, ce fut une expérience très riche. Huit ans plus tard, nous sommes d’ailleurs toujours en intersyndicale ! »

Nouveaux marchés et réduction des coûts

Simultanément, ils ont travaillé sur les privilèges du site, découvert de nouveaux marchés et restreint les coûts. Plan de préretraite, réduction du nombre de RTT… le site n’emploie plus que 600 personnes, successeurs et apprentis compris. Deux fois moins qu’en 2006. En échange de ces mesures, la direction s’engage à prémunir l’emploi jusqu’en 2020.

Par ailleurs, avec l’aide financière de la zone automobile de Bosch, une réorganisation globale du site est lancée pour être plus flexible. De nombreux investissements admettent de faire basculer l’usine dans l’« industrie 4.0 » : logistique mécanisée, transport des pièces par véhicules autonomes, bras articulés, robots collaborateurs, imprimantes 3D pour produire des pièces spécifiques, maintenance prédictive, pénétration artificielle pour la gestion du contrôle qualité, exosquelettes pour les opérateurs qui doivent porter des produits lourds, etc.