Quels sont les effets de la retraite sur le niveau de vie ? L’Insee répond

C’est par un pur hasard du calendrier statistique que l’Insee a publié, mercredi 12 février, en plein début sur la réforme des retraites, une étude portant sur les évolutions de niveau de vie des ménages avant et après le départ à la retraite. Un travail « photographique », portant sur six années, et qui permet de montrer que les régimes actuels ont un impact à la baisse du niveau de vie pour la majorité des ménages, mais produisent un tassement des inégalités entre les plus modestes et les plus favorisés.

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Les statisticiens ont travaillé sur un échantillon démographique représentant environ 4 % de la population française. Ils ont regardé l’évolution des niveaux de vie des personnes qui ont pris leur retraite en 2013 et qui sont âgées de 60 ans et plus, entre l’année 2010, trois ans avant leur départ, et 2016, trois ans après. « Ce qui n’inclut pas les personnes qui sont parties avant l’âge de 60 ans », met en garde Sylvie Le Minez, chef de l’unité Enquêtes et études démographiques, « soit qu’elles aient pris un départ anticipé, soit qu’elles appartiennent aux catégories actives de la fonction publique ». L’étude n’isole pas non plus les évolutions en fonction des régimes de retraite dont relèvent les ménages considérés.

Elle limite la pauvreté

Ces précautions posées, le passage à la retraite se traduit pour 56 % des personnes par une baisse du niveau de vie. Pour 42 % des nouveaux retraités, cette baisse est supérieure à 10 %. A l’inverse, 44 % d’entre eux bénéficient d’une hausse de leur niveau de vie : c’est notamment le cas si la fin de carrière a été heurtée (chômage, temps partiel…). Elle est supérieure à 10 % pour 32 % des nouveaux retraités. Pour des raisons liées au fait qu’ils perçoivent en général des revenus du travail supérieurs à ceux des femmes, les hommes ont plus à perdre que leurs compagnes lors du départ à la retraite. La baisse du niveau de vie se chiffre pour eux à 9,1 % en moyenne, contre 6,9 % pour les femmes. Au final, en 2014, soit la première année de perception des pensions de retraite, la pension moyenne déclarée à l’administration fiscale est de 1 470 euros par mois (1 120 euros pour les femmes, 1 910 euros pour les hommes), soit 86 % des revenus du travail perçus en 2010.

Ces évolutions contrastées ont un effet positif sur les inégalités, qui se tassent parmi les personnes fraîchement retraitées. En moyenne, le niveau de vie de ceux qui figuraient parmi les plus modestes en 2010 avait augmenté de 69 % en 2016 ; à l’inverse, ceux qui figuraient parmi les plus favorisés de 2010 avaient vu leur niveau de vie baisser de 27 % en 2016. Même chose entre diplômés du supérieur et non-diplômés : les premiers voient leur niveau de vie reculer de 11 % contre 3 % seulement pour les seconds.

Autre effet du passage à la retraite : elle limite la pauvreté. Parmi les ménages qui connaissent une fin de carrière difficile (chômage, précarité…) et qui se retrouvent sous le seuil de pauvreté, la liquidation des pensions permet de sortir de la pauvreté dans 37 % des cas. Trois ans après leur retraite, 7 % des personnes ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté, un chiffre deux fois moindre qu’au niveau national. Et, si la retraite n’empêche pas forcément les pauvres de le rester, elle ne fait « basculer » que 3 % des personnes dans cette situation.

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