Le gros titre du Monde en date du jeudi 3 décembre 2020 (« La France des licenciements ») et son sous-titre dénonçant la destruction de 35 000 emplois en trois mois dénotent un manque de sérieux surprenant de la part d’un journal comme Le Monde. Il y a belle lurette que les licenciements pour motif économique ne témoignent plus que de façon très lointaine des suppressions d’emplois en France et que les ajustements d’emplois se font par d’autres canaux.
La crise économique déclenchée par les décisions prises en réaction à la crise sanitaire ne fait pas exception. Ce sont d’abord les salariés précaires – travailleurs temporaires et en contrat à durée déterminée (CDD) – qui servent de variable d’ajustement et les suppressions d’emploi se comptent alors en centaines de milliers : de près de 800 000 début février, le nombre d’intérimaires est passé à 470 000 début mars puis à 360 000 début avril. Il était remonté à 710 000 début septembre, mais l’écart avec l’avant-crise est encore de 90 000, soit 2,5 fois le nombre des licenciements annoncés en Une. Et bien sûr le second confinement aura fait croître ce chiffre.
Du côté des contrats courts, la DARES (direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du travail) indique que leur nombre a été divisé par deux au second trimestre 2020, passant d’un peu plus de 6 millions à 3 millions en rythme trimestriel. Enfin, si l’on tient à ne s’intéresser qu’à l’emploi sous contrat à durée indéterminée (CDI), rappelons que les ruptures conventionnelles s’établissaient à 37 000 par mois environ avant la crise sanitaire. Elles sont tombées à 15 000 au cours du second semestre, mais elles sont remontées à environ 45 000 par mois au troisième trimestre.
Les licenciements pour motif économique témoignent bien, comme l’illustrent les deux articles de ce numéro, des problèmes économiques et sociaux d’une France engoncée dans une mauvaise spécialisation internationale et handicapée par une absence désastreuse de politique industrielle depuis plusieurs décennies. Ils sont dramatiques pour ceux qui les subissent mais ne constituent que la part émergée et médiatisée de l’iceberg. Ils ne disent vraiment pas grand-chose de l’emploi et occupent une place marginale dans les ajustements sur le marché du travail.
Le passage à 2021 ne se fêtera pas entre les murs de l’une des 25 boîtes de nuit bordelaises. Elles sont fermées, comme l’ensemble des 1 600 établissements de nuit de l’Hexagone depuis le 16 mars, et l’heure n’est toujours pas à la réouverture. Pourtant, « la soirée du Nouvel An fait partie des cinq plus gros chiffres d’affaires de l’année », explique Anthony Ringuet, propriétaire de La Dame, perchée sur un bateau au niveau du bassin à flot.
Interrogé sur les discothèques lors de sa conférence de presse du 26 novembre, Jean Castex a indiqué que « l’heure n’était pas à la réouverture ». « Je pense que tout le monde en comprend les raisons, mais [les établissements] seront bénéficiaires du fonds de solidarité rénové. »« Nous ne les laissons pas tomber », a assuré le premier ministre.
Pourtant, ces établissements de nuit n’ont toujours aucune visibilité sur une potentielle réouverture. Les professionnels du secteur se sentent abandonnés par le gouvernement, et ce, alors que leurs entreprises emploieraient environ 25 000 salariés en France, selon M. Ringuet. « On fait travailler ceux qui s’occupent des sonos, des lumières, les musiciens, DJ, performeurs… Tout cela touche des gens qui ont souvent des emplois précaires », argue-t-il.
Avenir incertain
C’est le cas de Lucie Goujes, employée en extra aux vestiaires de La Dame avant que le confinement ne commence. « Quand, en mars, on nous a dit que la boîte allait fermer, comme je n’étais pas en CDI, je n’avais pas le droit au chômage partiel, cela m’a un peu fait paniquer », explique la jeune femme de 23 ans. Elle est alors contrainte de quitter son appartement bordelais pour retourner chez sa mère et accepte un poste de caissière dans un supermarché. Depuis, comme ses collègues avec qui elle garde contact, elle a « hâte de reprendre ». « On y prend goût à ce rythme, à la cohésion qu’il y a entre nous dans l’équipe », confie-t-elle.
Comme à La Dame, au Monseigneur ou à La Plage, boîtes de nuit bordelaises prisées des fêtards, les employés tentent de garder le lien grâce à des groupes de conversation WhatsApp. « On maintient le contact entre nous pour voir s’il n’y a pas des cas qui seraient tendus, pour se soutenir. Ça sauve un peu », explique David Duval, responsable sécurité incendie de La Plage. Aleks Cameron, DJ et producteur, vit d’un maigre reliquat de chômage.
Celui qui a travaillé pour les plus grandes discothèques bordelaises raconte que « c’est très difficile mentalement ». S’il continue de « garder le contact » avec sa communauté par le biais des réseaux sociaux « pour ne pas être oublié une fois que ça reprendra », il s’interroge sur la réouverture des clubs. « Les habitudes ne vont-elles pas changer ? Les gens restent chez eux, s’habituent à être enfermés, à faire des soirées entre eux, ne vont-ils pas désormais changer leur façon de faire la fête ? », s’inquiète-t-il, ne cachant pas « se remettre en question » face à un avenir incertain.
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Les périodes de chômage partiel ne permettent pas en temps « habituel » de valider des trimestres de retraite. Philippe Turpin / Photononstop
Face à l’épidémie de Covid-19, de nombreuses entreprises ont eu recours au dispositif d’activité partielle, plus communément appelé « chômage partiel ». Les indemnités versées au titre de ce dispositif n’étant pas soumises aux cotisations sociales, ces périodes de chômage partiel ne permettent pas, en temps « habituel », de valider des trimestres de retraite à la différence des périodes de chômage indemnisé par Pole emploi (chaque période de 50 jours de chômage indemnisé donne droit à un trimestre).
Tant que les périodes de chômage partiel ne s’éternisent pas, le fait qu’elles ne soient pas prises en compte dans le calcul de la durée d’assurance n’a pas de réelles conséquences pour la plupart des salariés en contrat à durée indéterminée à temps plein.
Explication : la durée d’assurance des assurés n’est pas décomptée, de date à date, à partir des trimestres civils effectivement travaillés, mais à partir des cotisations versées. Or pour valider quatre trimestres au titre d’une année civile, il faut avoir cotisé sur la base de six cents heures de smic.
Concrètement, cela veut dire que ceux qui ont perçu un salaire annuel au moins égal à 6 090 euros, ont validé quatre trimestres en 2020, même s’ils n’ont pas travaillé toute l’année ou ont été en chômage partiel une partie de l’année.
Déficit de trimestres
Et les autres ? Ceux qui ont eu des contrats à durée déterminée très courts ou des temps partiels très réduits – leur rapportant au total moins de 6 090 euros – avant d’être placés en chômage partiel risquent de se retrouver avec un déficit de trimestres en 2020.
Pour corriger le tir, la loi du 17 juin 2020 prévoit que les périodes de chômage partiel comprises entre le 1er mars 2020 et le 31 décembre 2020 soient retenues dans le décompte de la durée d’assurance. Le décret du 1er décembre précise que chaque période correspondant à deux cent vingt heures d’indemnités de chômage partiel permet de valider un trimestre, sans que cette mesure puisse « avoir pour effet de porter à plus de quatre le nombre de trimestres d’assurance valable au titre de l’année 2020 ».
Pour les assurés ayant commencé à travailler avant 20 ans et qui peuvent partir en retraite dès 60 ans, ces trimestres validés gratuitement sont retenus – dans la limite de quatre – pour apprécier s’ils remplissent la condition de durée d’assurance requise pour bénéficier de ce départ anticipé.
Côté régime complémentaire, le régime Agirc-Arrco prévoit de manière pérenne l’attribution de points gratuits – sans contrepartie de cotisations – aux salariés du secteur privé pour les périodes d’activité partielle dépassant soixante heures par an. Un arrêté du 16 décembre 2020 étend ce dispositif dans le régime complémentaire des agents non titulaires de la fonction publique (Ircantec), au titre des périodes courant à compter du 1er mars 2020.
Le patron de l’Institut Mérieux, Alain Mérieux, à Veyrier-du-Lac (Haute-Savoie), en septembre 2017. JEAN-PIERRE CLATOT / AFP
A l’ouest de Lyon, on dirait un village reconstitué. Sept petits chalets disséminés dans un grand parc boisé avec des animaux en semi-liberté accueillent des femmes et des enfants, victimes de violences, de pauvreté, ou des deux. Le temps de se ressourcer et de prendre un nouveau départ. Ouvert en novembre 2020 près de Tassin-la-Demi-Lune, ce havre de paix fait partie d’une des réalisations de « L’entreprise des possibles », un modèle inédit de mécénat social, lancé par l’industriel Alain Mérieux.
Constituée de quatre salariés, la structure sollicite les entreprises pour venir en aide aux plus pauvres. En deux ans, elle a réuni un budget de 1,1 million d’euros, pour financer une quinzaine de projets concrets. Cette brigade entrepreneuriale d’un genre nouveau a aidé près de 1 550 personnes en situation de grande précarité, par une activité, un soutien ou un logement transitoire.
En 2021, elle prévoit d’appuyer onze projets, afin de tendre la main à plus d’un millier de personnes, en mettant l’accent sur le soutien aux jeunes et aux femmes en difficulté, qui représentent 30 % des personnes sans abri. « Dans la région lyonnaise, plus de deux cents femmes sortent de maternité sans toit. Elles sont plus vulnérables et invisibles », confirme Maud Bigot, directrice du Samusocial de Lyon.
« On ne peut pas réussir de façon égoïste »
L’entreprise des possibles puise ses ressources exclusivement dans le secteur privé. L’idée est de colliger des fonds pour soutenir des projets concrets et efficaces, dont la mise en œuvre et le suivi sont assurés par des organismes ou associations spécialisés dans la lutte contre la grande précarité. Cinquante-cinq sociétés, représentant 32 000 collaborateurs, ont répondu à l’appel de L’entreprise des possibles pour fournir des moyens utiles.
« Nous n’en sommes qu’au début. Il faut aller beaucoup plus loin, beaucoup plus fort. Nous avons rapproché deux mondes que je connais bien : le monde de l’entreprise, que j’ai longtemps servi, et le monde associatif, particulièrement actif dans la région lyonnaise », confie Alain Mérieux. Le patron de l’Institut Mérieux, treizième fortune française selon le magazine Forbes, a lancé ce concept solidaire par conviction personnelle et avec la liberté de parole de ceux qui ont traversé les plus dures épreuves familiales. En 1975, son fils avait été enlevé par un gang, puis libéré contre rançon.
« L’entreprise des possibles » développe une méthode professionnelle de mécénat, en parlant le langage des entreprises
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Un livreur de la plate-forme Uber Eats, à Paris, le 24 avril. PHILIPPE LOPEZ / AFP
Les grands sites d’e-commerce, d’Amazon à Cdiscount, en font un argument de vente : la livraison est le plus souvent « gratuite ». Cette mention figure en bonne place à côté du prix de vente des articles. Les supermarchés Monoprix ou Casino promettent également de livrer les courses sans frais si le montant du chariot atteint un certain montant. Début décembre, le service de livraison de plats cuisinés Uber Eats lançait aussi un abonnement mensuel « pour des frais de livraisons gratuits ».
Pourtant, comme le rappelle Lydia Mykolenko, géographe-économistechargée des études sur la logistique à l’Institut Paris Region, « la livraison gratuite n’est pas gratuite, elle a un coût social et environnemental ». « On ne veut plus de pollution ni de camions en ville, mais on exige son colis tout de suite, ajoute-t-elle. Cette schizophrénie nous concerne tous. Il faudrait que les gros consommateurs de colis connaissent l’impact de leur clic sur leur cadre de vie. »
A titre d’exemple, le prix du colis livré par La Poste s’établit en moyenne autour de 4 à 5 euros. Le patron de FM Logistic estime, lui, à une trentaine d’euros – 15 euros de préparation de commande et 15 euros de transport – le chariot de supermarché livré à domicile. La livraison, loin d’être gratuite, est donc « offerte » par le marchand, qui limite ses frais et ferme souvent les yeux sur les conditions de travail et les revenus des livreurs, sous-traitants pour la plupart. « A l’inverse du transport routier par gros camions, le transport léger n’est soumis à aucune règle. Les prix défient donc toute concurrence », précise Mme Mykolenko.
« Conflit entre le consommateur et le citoyen »
Parmi les plus précaires figurent les livreurs de repas, de courses alimentaires et de colis qui travaillent pour une application smartphone. En menant une enquête de terrain, en janvier 2020, auprès de 300 livreurs de l’Est parisien, la chercheuse Laetitia Dablanc, associée au Laboratoire ville, mobilité, transport, a découvert que 37 % d’entre eux partageaient un compte d’autoentrepreneur, et se répartissaient donc les recettes, a priori parce qu’ils se trouvent en situation irrégulière.
La coopérative Olvo s’est associée avec des restaurateurs parisiens qui ont décidé de boycotter les Deliveroo, Uber Eats et autres Amazon Prime
« Il existe un conflit entre le consommateur et le citoyen, confirme le patron d’un opérateur logistique. Des gens bien-pensants commandent à des livreurs qui sont des marchands d’esclaves. » La coopérative Olvo s’est associée avec des restaurateurs parisiens qui ont décidé de boycotter les Deliveroo, Uber Eats et autres Amazon Prime. La livraison coûte 5 euros, mais les livreurs sont tous salariés.
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Un livreur de la plate-forme Uber Eats, à Paris, le 22 mars 2020. LUDOVIC MARIN / AFP
Après des mouvements de grève de livreurs de repas dans quelques villes, dont Lyon, le 12 décembre (avec la CGT) et le 13 décembre à Strasbourg ou Saint-Etienne – deux cités où les applications Uber Eats et Deliveroo ont dû être fermées –, certains de ces travailleurs de « seconde ligne » ont remis le couvert, ce week-end.
Dimanche 20 décembre, à 18 heures, en face du complexe commercial Centre Deux de Saint-Etienne, une quarantaine de livreurs sont rassemblés pour écouter Sami, 20 ans, leur porte-parole, qui leur annonce de bonnes nouvelles : Uber Eats s’est engagé à garantir, dès le 21 décembre, à Saint-Etienne, un minimum horaire de 10 euros pour les courses effectuées entre 11 h 30 et 13 h 30, et de 12 euros entre 19 heures et 21 heures, tous les jours de la semaine, à condition de réaliser deux courses minimum dans l’heure. Corollaire : le blocage prévu ce soir-là est annulé. La plate-forme a également promis de rétablir la « prime de pluie » : 15 euros nets par créneau, de 11 heures à 15 heures et de 19 heures à 23 heures, sous réserve d’avoir effectué au moins trois livraisons et trois heures de connexion.
Il n’aura fallu que sept jours à ces jeunes livreurs pour obtenir ces concessions de la part d’Uber Eats, qui couvre 75 % des commandes passées à Saint-Etienne, le reste étant partagé entre Deliveroo et Stuart, filiale de La Poste. Tout s’est joué en deux étapes. D’abord, une grève surprise lancée le 13 décembre, à 18 heures. « La rémunération de la commande a baissé d’au moins 50 % depuis que j’ai commencé », explique Marwan, 26 ans, livreur depuis plus de deux ans. Un constat corroboré par ses collègues. « Je gagne environ une dizaine d’euros de l’heure, souligne Sami. Et comme les plates-formes embauchent plus de livreurs qu’il y a de commandes, je passe une vingtaine d’heures par semaine à attendre ». Pendant ce temps, il ne gagne rien.
Alors, le 13 décembre, ils ont entrepris de faire la grève des commandes. Avec un outil, WhatsApp, et un objectif : chaque livreur gréviste devait en « recruter » un autre. Résultat, leur groupe WhatsApp a atteint 180 membres en quelques heures, sur un total d’environ 250 livreurs à Saint-Etienne, d’après leurs estimations. Les chaînes de fast-food ont perdu des dizaines de commandes et les médias ont donné de l’écho au mouvement, jetant une lumière crue sur leurs conditions de travail.
Vulnérables face aux pressions des plates-formes
Percevant une très faible rémunération, les livreurs ont le statut d’autoentrepreneur qui ne leur garantit quasiment aucun droit social et les rend vulnérables face aux pressions des plates-formes. Vendredi 18 décembre, une grève avait déjà été organisée entre 18 heures et 21 heures. Samedi, à 14 heures, la pression était cette fois en leur faveur, pour une étape décisive du mouvement : rassemblés autour de Sami, ils étaient cinq sur le parking d’un Burger King de la périphérie de Saint-Etienne, à négocier âprement au téléphone avec le responsable régional d’Uber Eats.
Uber Eats indique qu’il poursuit ses échanges avec les livreurs sur d’autres points tels que la notation des livreurs
L’échange a duré près d’une heure, avec comme unique proposition d’Uber Eats un minimum horaire de 12 euros le dimanche de 19 heures à 21 heures. Inacceptable pour Sami et ses amis, qui sont parvenus, au cours des vingt-quatre heures suivantes, à faire céder le géant américain. Uber Eats indique qu’il poursuit ses échanges avec les livreurs sur d’autres points tels que la notation des livreurs, pour qu’elle soit basée sur les 500 dernières livraisons, et non plus les 100 dernières.
Autres points de friction : la revendication d’un tarif minimum de 5 euros par commande et des négociations avec Deliveroo et Stuart. Aucun responsable de ces deux sociétés n’a contacté les livreurs stéphanois. Des actions sont envisagées à leur encontre.En revanche, à Strasbourg, dimanche, le résultat a été contrasté : « On a défilé dans le centre-ville à une quarantaine seulement. C’est un peu décevant, estime Marine. Beaucoup ont travaillé car Deliveroo avait mis un bonus de 3 euros par commande, un montant jamais vu. »
Ces bonus sont appelés « bonus antigrève » par les livreurs car les plates-formes les décident fréquemment dès qu’une action se profile. « Il y a eu des bonus partout en France le 13 décembre chez Deliveroo, de 1, 2 ou 3 euros », un mouvement national ayant été annoncé, précise Jérôme Pimot, président du Collectif des livreurs autonomes de Paris, qui fait office de trait d’union entre les collectifs locaux. Leurs revendications, qui incluent celles des livreurs stéphanois, portent notamment sur la « régulation des recrutements et l’instauration d’un protocole de déconnexion plus juste » avec des motifs clairs et des possibilités de recours contre ces décisions.
Tribune. L’année n’est pas terminée, mais pour tous elle restera l’annus horribilis. Pourtant, en parallèle d’une économie à genoux, certains décideurs politiques semblent se réengager dans la dynamique qui a suivi la COP21, les quatre premières économies mondiales ayant désormais confirmé leurs ambitions vers la neutralité carbone. Mais que valent ces engagements ?
Rappelons que l’entrée en vigueur de l’accord de Paris de 2015 n’a eu aucun effet sur les émissions de CO2 mondiales, qui continuent d’augmenter. Seuls 16 pays sur les 197 signataires ont engagé une stratégie carbone crédible. Les autres – dont la France – n’ont rien fait. Notre système économique étant configuré pour la prédation du vivant, son efficacité dépend de sa capacité à faire dysfonctionner le climat !
Joe Biden, le nouveau président démocrate des Etats-Unis, ne remettra pas en cause l’American way of life, qui produit de la valeur économique de manière inversement proportionnelle à sa capacité à détruire le capital naturel. Et en France ? Affirmer vouloir contribuer à sauver l’humanité du péril climatique implique de remettre en question nos modes de vie… Ce qui concerne en premier chef ceux qui, précisément, portent l’essentiel des responsabilités du dérèglement climatique.
Un sujet abstrait pour des décideurs publics et privés
Raison pour laquelle les décideurs proposent plus de discours que de radicalité. Peur du changement, travail de sape des marchands de doute et propension à aller vers la facilité et le court terme en tant que citoyen, entreprise ou Etat… tout est bon pour remettre les actions à plus tard sans pour autant cesser de claironner des engagements à 2050, qui fixent en réalité un nouvel horizon pour ne rien faire de concret jusqu’en 2049 minuit moins le quart, à part peut-être créer des instances de réflexion.
Force est de constater que pour la plupart des décideurs, privés comme publics, le sujet du climat est encore abstrait. Il provoque toujours les haussements d’épaules de ceux qui pensent que la technologie et le « génie » humain triomphent de tous les défis. Quant au sujet de l’avènement du « monde de demain », poussé par une jeune génération, il fait encore sourire les cyniques et les gens dits sérieux.
Comment sortir de l’inaction alors que l’évidence est sous nos yeux ? Ne rien faire aujourd’hui pour le climat et la destruction des écosystèmes, c’est précipiter les mouvements sociaux, les migrations désespérées, les décès par maladies respiratoires et auto-immunes, c’est abattre des pans entiers de nos libertés, encore plus sournoisement que ne l’aura fait le virus, et c’est faire le lit du populisme en même temps que celui d’autres Covid.
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De nouvelles armes viennent d’être fournies à Pôle emploi pour combattre la fraude. Définitivement adopté, jeudi 17 décembre, par le Parlement, le projet de loi de finances (PLF) 2021 permet, en effet, à l’opérateur public de réclamer de nouvelles informations sur des demandeurs d’emploi soupçonnés d’avoir triché – principalement dans l’optique de percevoir indûment des allocations. Parmi les éléments qui lui seront communicables, il y a notamment les relevés bancaires et les données de connexion liées à la téléphonie mobile.
Cette extension du champ de contrôle découle de deux dispositions. L’une a été adoptée le 4 décembre au Sénat, grâce à un amendement porté par des élus du groupe Les Indépendants – République et Territoires. Elle vise à conférer à Pôle emploi un pouvoir dont bénéficient déjà les Urssaf et d’autres organismes de Sécurité sociale : le « droit de communication ». L’objectif est d’autoriser la transmission de renseignements émanant d’entreprises comme les établissements de crédit, les fournisseurs d’énergie ou les opérateurs de téléphonie, « sans que s’y oppose le secret professionnel, notamment bancaire », précise l’amendement. Ainsi, Pôle emploi sera en mesure de vérifier l’authenticité des documents fournis par un chômeur et l’exactitude des déclarations que celui-ci a faites afin de se voir verser des prestations.
Recommandation de la Cour des comptes
Ce droit de communication sera exercé exclusivement par les agents assermentés de Pôle emploi chargés de prévenir et de lutter contre la fraude – soit environ un peu de plus cent personnes. Il ne pourra pas être invoqué dans le cadre du contrôle de la recherche d’emploi ou du recouvrement d’indus – ces sommes perçues en trop par le demandeur d’emploi, à la suite d’erreurs qui ne sont pas toujours de son fait. Il s’agit de « ne pas laisser croire que certains profitent du système », a justifié le sénateur Jean-Louis Lagourgue (Les Indépendants, La Réunion), durant les débats au Palais du Luxembourg.
Cette initiative fait suite à une recommandation émise à plusieurs reprises par la Cour des comptes. Dans un rapport publié en septembre, la haute juridiction avait, à nouveau, préconisé que Pôle emploi se voit octroyer le droit de communication « dont sont dotés, depuis déjà douze ans, avec des résultats démontrés », plusieurs organismes de Sécurité sociale.
L’autre mesure qui étoffe les prérogatives de l’opérateur public résulte d’un amendement défendu par le gouvernement et adopté le 13 novembre à l’Assemblée nationale. Il offre la faculté aux limiers de Pôle emploi « d’avoir accès au fichier de contrats d’assurance-vie (le Ficovie) », a expliqué Olivier Dussopt, le ministre délégué aux comptes publics.
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Tribune. Pendant des années, la politique de responsabilité sociale et environnementale (RSE) ambitieuse de Danone lui a assuré les bonnes grâces de la presse économique. Et si certains acteurs du marché demeuraient dubitatifs face à ses importants engagements sociaux ou environnementaux, ces derniers lui permettaient aussi d’attirer de nombreux investisseurs, intéressés par cette politique industrielle rassurante.
Mais la crise du Covid-19 est passée par là, réduisant considérablement les marges du groupe français tandis que ses actionnaires réclamaient subitement plus de rentabilité. La politique de RSE du groupe, qui fait quasiment partie de l’ADN de Danone et que son PDG, Emmanuel Faber, a accentué ces dernières années, est subitement pointée du doigt par de nombreux actionnaires, qui l’accusent d’être trop coûteuse et de ne pas être pertinente d’un point de vue industriel.
Ce qui était considéré un atout il y a encore quelques mois serait subitement devenu un boulet ? Pourtant, dans de nombreux secteurs, et en particulier l’agroalimentaire, conserver une telle démarche est un impératif pour traverser la tempête actuelle et gagner des parts de marchés dans les prochaines années. Ce qui était jusque-là pour l’entreprise qu’un simple avantage risque de devenir un élément indispensable pour assurer sa croissance.
Une forte pression sur les entreprises irresponsables
D’abord, le cadre législatif et juridique européen resserre son étau sur les entreprises irresponsables sur le plan social, environnemental ou des droits de l’homme. Une tendance amorcée depuis de nombreuses années, mais qui s’est accélérée ces derniers mois avec la crise économique et sanitaire, qui a offert une nouvelle légitimité à ces problématiques.
Les plans de relance français et européens, tout comme la Banque européenne d’investissement (BEI), conditionnent de plus en plus leurs mesures de soutien aux entreprises à des pratiques plus vertueuses, tout en plaçant la transition écologique et bas carbone au cœur des activités de demain.
Une directive européenne spécifique sur la RSE devrait d’ailleurs aboutir dès 2021. A ce titre, les entreprises ayant entamé une politique de RSE claire et ambitieuse ont déjà un coup d’avance.
Des consommateurs et des salariés plus exigeants
Ensuite, les consommateurs deviennent de plus en plus exigeants vis-à-vis des marques et des produits alimentaires qu’ils consomment, de plus en plus sensibilisés aux labels et autres certifications qui reconnaissent les engagements sociétaux et environnementaux. Les consommateurs, bien informés et désormais de plus en plus conscients du risque de greenwashing associé au marketing des marques, font également de plus en plus le tri entre, d’une part, des engagements durables et cohérents, d’autre part, la communication environnementale opportuniste ou le stop-and-go suspect qui instille le poison du soupçon de greenwashing dans leur esprit.
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Jérome Auriac a créé une société de maroquinerie. Il confectionne ses produits chez lui, et prévoit d’ouvrir un atelier-boutique à Paris (11ème). CYRIL BITTON / DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
Créer une maison d’édition début 2020, ouvrir une salle de sport en avril ou un restaurant parisien entre les deux confinements… Des paris fous ? Plutôt des projets lancés par des entrepreneurs décidés à aller contre vents et marées pour mener l’aventure à son terme. De manière surprenante, en effet, le cru 2020 en matière d’entrepreneuriat s’annonce excellent. Sur les douze derniers mois, le nombre de créations a augmenté de 4,5 % par rapport à 2019, qui était déjà une bonne année. Pas moins de 770 176 entreprises ont vu le jour entre le 1er janvier et le 30 novembre 2020, selon les chiffres publiés le 16 décembre par l’Insee.
Ce bon résultat s’explique en partie par l’essor des services de livraison à domicile, lié aux deux confinements et aux restrictions sanitaires. Environ trois entreprises sur quatre, en effet, sont des entreprises individuelles et un quart seulement sont des sociétés. De septembre à novembre, 14 000 entreprises relèvent de la catégorie « transport et entreposage » : c’est le secteur qui contribue le plus à la hausse sur les trois derniers mois. Mais on compte malgré tout près de 13 000 créations d’établissements de restauration et hébergement, deux activités cruellement frappées par la crise, plus de 55 000 créations de services aux entreprises, près de 25 000 dans le secteur de la construction… Et l’année devrait se terminer en beauté, avec « un mois de décembre très fort », prévoit Guillaume Pepy, président d’Initiative France, un réseau associatif qui accompagne les projets de création.
Comment expliquer cette dynamique dans le contexte actuel ? « Le confinement du printemps a gelé ou retardé par mal de projets qui étaient lancés en début d’année, mais dès qu’il a pris fin, les créations sont reparties », avance M. Pepy. La situation du marché du travail a aussi incité de nombreuses personnes à lancer leur propre affaire, plutôt que de chercher un emploi salarié.
La situation du marché du travail a aussi incité de nombreuses personnes à lancer leur propre affaire, plutôt que de chercher un emploi salarié
« On commence à voir deux publics qui existaient de manière marginale, poursuit M. Pepy. Les jeunes diplômés qui se rendent compte qu’ils n’ont aucune chance de trouver un poste dans une grande entreprise, en tout cas pour le moment, qui ont une idée et décident de la mettre à exécution. Ce n’est pas forcément un projet pour toute la vie, mais c’est un antidote à la déprime. » Le deuxième public, selon le président d’Initiative France, est plutôt constitué de personnes qui ont bénéficié d’un plan de départs volontaires de leur entreprise et qui profitent de cette occasion pour lancer une idée depuis longtemps caressée, souvent pour mettre en œuvre leurs convictions autour du « monde d’après ». Ainsi, les créateurs se tournent-ils souvent vers des activités autour du local – produits ou savoir-faire –, autour du recyclage, de l’environnement ou de l’essor du vélo.
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