Privilège pour les uns, exclusion pour les autres : le travail à distance crée une nouvelle scission entre travailleurs

Dans un supermarché, à Montpellier, le 30 mars 2020, pendant le premier confinement.

Ne lui parlez pas de télétravail. « Moi, je n’ai jamais arrêté de me rendre chez les personnes âgées dont je m’occupe !, réagit Johanna, 23 ans, auxiliaire de vie dans le Gard (le prénom a été modifié). Et ça, alors que pendant le premier confinement on était mal protégés, avec trois masques chirurgicaux et cinq paires de gants par semaine, alors qu’on travaillait six jours sur sept, huit heures par jour… »

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Une période qu’elle évoque encore d’une voix tendue : « J’avais peur pour ma santé, et peur d’être asymptomatique et de contaminer ceux dont je m’occupais… Donc de les tuer ! Ça a été très dur. » Comment résumer ce qu’elle a ressenti ? « C’est comme si on nous disait : “Votre vie à vous n’a pas d’importance, si vous crevez, une autre viendra vous remplacer.” » Pour Abdelkader, éboueur, interrogé au printemps, le télétravail est aussi synonyme d’injustice : « Nos responsables ne nous donnent même pas un gel hydroalcoolique par équipe de trois ! Et pendant ce temps, ils sont au chaud, chez eux, en télétravail ! »

Il n’y a pas eu de révolution du télétravail pour les auxiliaires de vie ou pour les éboueurs. Ni pour les infirmières, aides-soignantes et médecins, ces métiers en première ligne dans la lutte contre le Covid-19. Pas plus pour les agents d’entretien, caissières, livreurs, transporteurs routiers, ces métiers qu’on qualifie depuis de « deuxième ligne », qui ont montré combien ils étaient essentiels à nos vies.

« Disparités exacerbées »

Ceux-là ont continué à se rendre sur leur lieu de travail en mars, « au bénéfice de la collectivité, mais au risque de leur santé », note l’Observatoire régional de santé (ORS) d’Ile-de-France, qui a proposé, début décembre, une nomenclature de ces « travailleurs-clés ». D’autres travailleurs, dont la profession ne s’exerce pas davantage à distance, ont passé cette année de longs mois en chômage partiel, certains perdant ainsi au passage une partie de leur salaire.

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Des inégalités aggravées par le contexte de la crise due au Covid-19. « Si le télétravail se démocratise, il exacerbe aussi clairement les disparités entre les travailleurs, souligne Aurélie Leclercq-Vandelannoitte, chercheuse au Centre national de la recherche scientifique et professeure à l’Iéseg. C’est d’autant plus intolérable dans un contexte de pandémie, quand cela touche à des questions de vie ou de mort. » Seuls 50 % des emplois du secteur privé sont susceptibles d’être exercés à distance, indique le baromètre Malakoff Humanis sur les conditions du développement du télétravail, publié en septembre.

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L’impact variable du télétravail sur la productivité

Travailler à distance permet-t-il de travailler mieux et, au final, cela contribue-t-il à l’amélioration de la productivité des salariés ? Sur le terrain, la question est loin d’être tranchée. « Lorsque les collaborateurs sont présents, rien qu’en faisant le tour des bureaux le matin, je règle dix problèmes », témoigne Raymond Dorge, président du cabinet d’expertise-comptable GMBA.

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« Depuis que je travaille de chez moi, je perds beaucoup moins de temps, ne serait-ce qu’en transports ou en réunions », rétorque, sous couvert d’anonymat, Bernard, un cadre expérimenté du secteur bancaire. « Pour les jeunes recrues qui ont besoin d’être formées et accompagnées, le télétravail est une catastrophe », ajoute Raymond Dorge.

La littérature économique n’apporte pas de réponse plus claire. L’impact du télétravail sur la productivité « dépend de nombreux facteurs », soulignent Cyprien Batut et Youri Tabet dans un papier publié en novembre 2020 par la direction générale du Trésor. A savoir, les conditions de sa mise en place – les outils mis à disposition, la formation des salariés –, l’organisation du travail dans l’entreprise et du management, et les caractéristiques des métiers.

Coûts cachés

« Quand les collaborateurs travaillent sur une activité qu’ils maîtrisent parfaitement, comme les activités de gestion, le télétravail va plutôt améliorer la productivité », témoigne François-Xavier Selleret, directeur général de l’Agirc-Arrco, qui compte 13 000 salariés. « A l’inverse, quand on est sur des activités de pilotage de projet, qui demandent plus d’interactivité, le télétravail représente un challenge, et un challenge dans la durée. Le problème est alors de savoir comment entretenir la transversalité, favoriser le collectif », souligne le dirigeant.

« Sur une activité parfaitement maîtrisée, le télétravail va plutôt améliorer la productivité » François-Xavier Selleret, de l’Agirc-Arrco

Certains chercheurs confirment que si le télétravail permet de réaliser des économies de temps et d’argent, en abaissant les temps de transport pour les salariés ou le nombre de mètres carrés de bureaux nécessaires aux entreprises, il engendre des coûts cachés qui pèsent lourd dans la balance.

« Le coût intégral du télétravail peut être le double des coûts visibles », résume Laurent Cappelletti, professeur titulaire de la chaire comptabilité et contrôle de gestion au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). D’après les recherches menées aux CNAM et corroborées par des ergonomes, la perte de productivité lorsque l’entreprise est à 100 % en télétravail peut atteindre 20 %, voire davantage en cas de mauvaises conditions.

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Télétravail : un accord national interprofessionnel plutôt bien accueilli par les employeurs

Trois semaines pour parvenir à un compromis. La négociation consacrée au télétravail, que les syndicats et le patronat ont bouclée le 26 novembre, est l’une des plus rapides de l’histoire du paritarisme. Les discussions, engagées le 3 novembre, ont débouché sur un projet d’accord national interprofessionnel (ANI) qui a été avalisé par toutes les parties prenantes, sauf la CGT. Les protagonistes ne partaient toutefois pas d’une feuille blanche, puisqu’ils avaient auparavant établi deux « diagnostics » sur le sujet – l’un en septembre 2020, l’autre en 2017.

Entretien : « L’accord sur le télétravail fait du bien-être des salariés un enjeu managérial »

En dix-neuf pages, l’ANI en question cherche à « expliciter l’environnement juridique applicable au télétravail ». Il se présente également comme un instrument à la disposition des « acteurs sociaux dans l’entreprise et dans les branches professionnelles » pour trouver un terrain d’entente. Pas de révolution, en somme, ni de nouvelles obligations. Une approche que beaucoup de sociétés, de toutes tailles et dans divers secteurs, semblent affectionner.

« L’ANI offre un canevas sur la base duquel le dialogue peut s’ouvrir au sein des entreprises, en laissant la latitude nécessaire aux acteurs en présence pour définir les mesures les plus adaptées aux réalités du terrain », confie Philippe Darmayan, président d’ArcelorMittal France. C’est « un appui à la négociation, sans dicter de solutions toutes faites », renchérit Jean-Jacques Perrot, directeur des ressources humaines (DRH) de Valorem, une entreprise de quelque 300 salariés spécialisée dans les énergies renouvelables.

« Pense-bête »

« Contrairement à d’autres accords nationaux, celui-ci ne donne pas l’impression d’avoir été écrit pour de grandes sociétés. Les enjeux propres aux petites et moyennes entreprises ont été pris en compte », complète Anne-Valérie Muscat, de la société Coulange Immobilier, à Marseille, qui emploie près de 20 personnes.

L’accord « permet de souligner les points sur lesquels il convient de se montrer vigilant afin d’éviter les dérives », estime Claudine Behague, DRH chez Pictime Groupe

Le document élaboré par le patronat et par les syndicats est apprécié pour son aspect « pratico-pratique », selon la formule de Christine Courade, DRH à l’aéroport de Toulouse-Blagnac. Il s’agit d’« un excellent “pense-bête”, qui recense toutes les thématiques à aborder quand une entreprise souhaite mettre en œuvre ou développer le télétravail », commente Jean-Christophe Sciberras, membre du Cercle européen des DRH, dans lequel siègent des hauts cadres de grands groupes (Vallourec, EDF, Faurecia…).

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La rédaction de RTL s’attend à sa dissolution dans celle de M6

En août 2014, à Paris.

Les communiqués alarmistes envoyés, début décembre, par la Société des journalistes (SDJ) de RTL et la CFDT, syndicat majoritaire dans la maison, n’auront pas eu de prise sur les événements. Le 1er janvier 2021, la société Information et diffusion, qui emploie tous les membres de la rédaction de la station depuis soixante-quatre ans, sera absorbée par Métropole Télévision, autrement dit M6.

L’information a été communiquée aux élus le 30 octobre. Même s’il est fort probable que ceux-ci rendent un avis négatif au terme du processus d’information-consultation, cette semaine du Nouvel An, rien ne peut l’empêcher. « On peut bien nous dire qu’il s’agit d’une simple opération de simplification juridique, le résultat est que la rédaction de RTL n’existera plus en tant que telle », déplore une journaliste. « Si la direction du groupe a l’intention de fusionner la rédaction de RTL avec celle de M6, ce ne serait pas illogique, ajoute un autre. On aimerait juste qu’elle nous le dise. »

Cela fait trois ans que RTL Group a été racheté par M6, toutes deux étant filiales de l’allemand Bertelsmann. L’opération avait suscité des réticences. Quelques mois plus tôt, à l’annonce du déménagement de RTL de son adresse historique de la rue Bayard, à Paris, pour s’installer juste en face de M6, à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), l’hypothèse d’un rapprochement structurel entre les deux médias était démentie.

« Aucune garantie sur l’indépendance éditoriale et financière »

Les salariés peinent aujourd’hui à adhérer au message lénifiant qui leur est dispensé. « Si nous souhaitons forcément la réussite du futur projet éditorial qui nous concerne en premier lieu, nous aimerions simplement le connaître et savoir qui le pilotera », insiste la SDJ dans son texte. « Si on nous disait demain que nous, journalistes radio, devenons interchangeables avec ceux de la télévision, au moins les gens sauraient où ils vont, ajoute un élu CFDT. Mais aucune réponse claire ne nous est donnée. » Pour l’instant, les interventions des journalistes d’un média à l’autre sont restées ponctuelles, et soumises à un accord (garantissant le volontariat, la formation et la rémunération) signé par les représentants d’Information et diffusion – qui tombe avec la fusion-absorption.

« Malgré nos demandes, on ne nous donne aucune garantie sur l’indépendance éditoriale et financière de la rédaction de RTL, ni en termes d’emplois », ajoute l’élu du personnel. Alors que près de la moitié des salariés ont engagé une action aux prud’hommes, afin de récupérer leurs primes d’ancienneté, impayées depuis trois ans, « le dialogue social de qualité prôné par le groupe M6 reste à prouver », rappelle, en outre, un tract de la CFDT. Les discussions destinées à conclure des accords de substitution à ceux qui étaient en vigueur au sein d’Information et diffusion (nombre de jours ouvrés, compte épargne-temps…) commenceront en janvier 2021, et pourront durer jusqu’à dix-huit mois.

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Télétravail : neuf mois de réflexion et un accouchement difficile

Une employée en télétravail à Vertou près de Nantes (Loire-Atlantique), le 14 mai.

A la mi-mars, le Covid-19 a imposé la quasi-généralisation du télétravail. Après une courte période de sidération, les entreprises ont découvert avec enthousiasme leur capacité à s’organiser à distance même pour des métiers qu’elles croyaient inéligibles, avant de mesurer les risques sur la santé des salariés et le délitement des collectifs.

S’ouvrait alors un chantier expérimental, poursuivi jusqu’à aujourd’hui, au sujet de la production sur différents modes : « dégradé », « 100 % télétravail », « travail dans un tiers lieu »… Le contexte d’incertitude servant de ferment à l’innovation managériale. En neuf mois, l’environnement du travail s’est modifié – les lieux, la durée, la fréquence –, de nouveaux clivages sont apparus entre les catégories de personnel, et les débats ont commencé sur l’organisation à venir.

Lire la chronique : Le 100 % télétravail, un modèle d’exception

Les entreprises partaient de loin. Introduit timidement depuis l’accord national interprofessionnel du 19 juillet 2005, qui prévoyait des accords collectifs à son sujet pour le secteur privé, le télétravail est apparu comme indispensable pour la première fois lors de l’épidémie de grippe H1N1 de 2009. Avant le Covid-19, son usage était relativement marginal. En 2017, lors de l’ouverture de la vaste concertation nationale sur le sujet lancée par la loi El Khomri, le nombre de salariés concernés variait selon les sources de 2 % à 17 % de la population active.

Nouveau clivage

En mai 2020, ce sont jusqu’à 40 % des salariés des sociétés de plus de dix personnes qui ont travaillé à distance, près des deux tiers à plein temps, la moitié découvrant cette pratique pour la première fois, selon une récente étude du groupe Malakoff Humanis. Ce qui ne semblait pas possible l’est devenu. Les contraintes de la crise sanitaire ont démontré que ce mode d’organisation n’était pas réservé aux employés de bureaux, et qu’il pouvait concerner autant le trader que le « créatif ». « On a réfléchi au devenir du télétravail hors Covid. Progressivement, on va mettre les non-cadres dans l’équation », témoigne Jean-Charles Voisin, DRH France de Jungheinrich, spécialiste des chariots élévateurs.

En attendant, l’adaptation aux conséquences de la crise sanitaire a révélé un nouveau clivage sur le marché de l’emploi, entre ceux qui peuvent télétravailler et les autres. Chez Orange, par exemple, sur 84 000 salariés en France, 60 000 y sont éligibles, soit plus de 70 %. De son côté, Malakoff Humanis a évalué à 50 % le nombre d’emplois compatibles au sein du secteur privé. Et toutes les catégories sociales ne sont pas concernées : une enquête de l’Ugict-CGT, réalisée en avril avec des statisticiens de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) auprès de 34 000 personnes, souligne ces inégalités, en indiquant que 70 % étaient cadres ou de professions intermédiaires.

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Un ouvrier meurt sur le chantier du Grand Paris Express

Le chantier du Grand Paris Express, le jour du lancement de sa première aléseuse,  le 3 février 2018 à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne).

Un ouvrier âgé de 41 ans est mort mardi 22 décembre sur le chantier du métro de la ligne 16 du Grand Paris Express à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), après une chute dans une cuve à broyer située à 30 mètres de profondeur, a-t-on appris jeudi auprès du parquet de Bobigny. « Une enquête est actuellement diligentée par le commissariat de La Courneuve, du chef d’homicide involontaire dans le cadre du travail », a précisé cette source.

La victime était un employé de la société de construction Eiffage. Le groupe français « est extrêmement affecté par le décès d’un de ses compagnons et se tient aux côtés de la famille et de l’ensemble des équipes des chantiers concernés pour les accompagner », a déclaré un porte-parole d’Eiffage. Il s’agit du premier décès d’un compagnon sur le chantier du Grand Paris Express, a fait savoir la Société du Grand Paris.

Le Grand Paris Express est un mégaprojet de réseau de transport public composé de quatre lignes de métro et destiné à relier les banlieues d’Ile-de-France entre elles.

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Le BTP, secteur le plus accidentogène

En 2019, le nombre d’accidents du travail se porte à 655 715 nouveaux sinistres reconnus (+ 0,6 % par rapport à 2018), selon les chiffres de l’Assurance-maladie.

Dans son dernier bilan (2017), la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM), qui ne comptabilise que les salariés du privé, parle de 530 salariés morts sur leur lieu de travail, sans compter les 264 cas de mort sur le trajet pour aller au travail, ou les cas de suicides – soit plus de 10 personnes chaque semaine en France, un chiffre « stable ».

En dépit d’une baisse quasi continue depuis vingt ans, le BTP reste le secteur le plus accidentogène. Les accidents reconnus y sont toutefois en baisse de 29 % par rapport à dix ans auparavant, alors que dans les secteurs de l’aide à domicile, les Ehpad, l’intérim et les soins à la personne (activités assurées à plus de 97 % par des femmes), ils ont augmenté de 45 % sur la même période, selon la CNAM.

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Le Monde

« Pour Henri Fayol, l’entreprise est le lieu où le savoir scientifique doit être organisé pour être utile au progrès »

Chronique. La bourde de l’ancien président américain George W. Bush affirmant qu’il n’existait pas en français de mot équivalent au terme américain d’« entrepreneur » (prononcé avec l’accent texan) est bien connue. En revanche les entrepreneurs français, et les écoles qui les forment, ont bien du mal à utiliser un autre mot que « management » – et tous les anglicismes qui l’accompagnent – pour désigner l’art d’organiser les ressources matérielles et humaines de l’entreprise afin d’en obtenir la meilleure productivité possible. En effet, les méthodes qui ont permis à l’industrie américaine de devenir « l’arsenal des démocraties » pendant la seconde guerre mondiale ont été importées en France après 1945 et sont enseignées depuis dans les business schools qui y ont fleuri.

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C’est pourtant une autre histoire que raconte un article d’Eric Godelier, professeur d’histoire et de management des entreprises à l’Ecole polytechnique (« From the “science” of practices to management science : milestones for a history of management education in France (1900s-2000s) », Management and Organizational History, 1er décembre 2020), tout comme la réédition critique des œuvres de l’ingénieur et entrepreneur Henri Fayol, né en 1841 (Le Traité et la Notice. Relire Fayol avec Fayol, Presses des Mines, 2020).

Praticiens de terrain

L’Ecole supérieure de commerce de Paris (ESCP) a ouvert ses portes… en 1819, suivie par celles de Mulhouse (1866), du Havre et de Rouen (1871), de Lyon et de Marseille (1872) et de Bordeaux (1874), à l’initiative de patrons qui souhaitent former des étudiants – souvent leurs propres enfants – aux techniques de direction, en premier lieu la comptabilité.

Un objectif repris dans les années 1880 par les chambres de commerce et d’industrie avec la création de HEC (1881) et d’une quinzaine d’écoles similaires en province. Les effectifs sont minces, et les contenus plus proches de l’enseignement technique que des sciences et des humanités enseignées dans les universités et les écoles d’ingénieurs où est formée « l’élite » de la nation. Ce qui vaudra aux écoles de commerce un mépris durable dans la culture sociale française.

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Mais, avec l’industrialisation, il faut aussi apprendre à maîtriser les techniques et les coûts de production, les flux d’énergie et de matières, et même l’organisation du travail ouvrier dans des usines de plus en plus grandes. Les écoles d’ingénieurs ajoutent à leur programme l’« économie industrielle », mêlant technique, économie et droit, dès le début du XIXe siècle à l’Ecole des ponts et chaussées, au Conservatoire national des arts et métiers, où enseigne Jean-Baptiste Say, à partir de 1819, à l’Ecole centrale en 1854 – où est délivré en 1865 un cours « d’humanités industrielles ». Il s’agit le plus souvent de savoirs transmis aux étudiants par des praticiens de terrain.

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Chômage partiel, confinement, inégalités… les maux de la crise en dix mots

Jamais, depuis la seconde guerre mondiale, l’économie n’avait subi un choc d’une telle ampleur. Si 2020 restera dans les mémoires comme l’année de la pandémie de Covid-19, elle sera aussi celle où les Etats ont déployé des moyens sans précédent pour tenter d’endiguer la crise. Celle-ci laissera derrière elle des mots nouveaux ou revenus de l’oubli, pour décrire une économie bouleversée. « Sur le front économique, le terme “confinement” marquera l’année 2020, comme l’expression “Grande Dépression” avait résumé la crise de 1929 », note la sémiologue Mariette Darrigrand. S’ajoute à cela le vocabulaire accompagnant les mesures déployées pour soutenir les entreprises et les ménages face à la récession. Voici dix mots qui ont marqué l’année économique 2020.

  • Chômage partiel

Dès le premier confinement, les pays européens ont instauré des dispositifs inspirés du Kurzarbeit, le chômage partiel allemand qui, durant la crise de 2008, avait efficacement protégé les emplois outre-Rhin. Les salariés concernés touchent une partie de leur salaire net (84 % en France, 100 % au niveau du smic), dont le financement est totalement ou partiellement pris en charge par l’Etat. « C’est l’une des réussites de cette gestion de crise : cette mesure a amorti le choc Covid et sauvé plus d’un million d’emplois en France », souligne Mathieu Plane, de l’Observatoire français des conjonctures économiques. A l’acmé de la récession, en avril, 8,6 millions de personnes se trouvaient au chômage partiel.

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Depuis l’été, les entreprises tricolores peuvent aussi déposer une demande d’activité partielle de longue durée, applicable sur vingt-quatre mois sous conditions. Certains économistes redoutent néanmoins que ces dispositifs, s’ils se prolongent trop longtemps, « piègent » des salariés dans des secteurs en difficulté, les empêchant d’aller chercher un emploi dans les industries d’avenir.

  • Confinement

Dans le cadre de la pandémie, le mot est mentionné dans Le Monde dès le 25 janvier 2020, à propos de la mise en quarantaine de Wuhan, la ville chinoise où le nouveau coronavirus est apparu. « Cette expression issue du vieux français était déjà employée lors des grandes pandémies, comme celle de la peste noire, en 1348 », rappelle Mme Darrigrand. Le 17 mars, la France se confine à son tour pour deux mois, comme nombre de pays : fermeture des commerces non essentiels, des écoles et des frontières, mise en place du télétravail, limitation des déplacements… En avril, le néologisme de « déconfinement » apparaît pour évoquer la levée des restrictions, qui seront réintroduites dès l’automne en Europe.

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Quatre défis économiques pour la France en 2021

« Prudente et entourée d’incertitudes », comme l’ont souligné les experts de l’Insee dans leurs prévisions pour 2021, la reprise économique l’an prochain devra composer avec plusieurs inconnues majeures. Parmi elles, quatre sont particulièrement surveillées par les conjoncturistes, car elles détermineront en partie le rythme du rebond : l’accélération des défaillances d’entreprises, l’évolution du marché du travail et la hausse du chômage, le niveau de la consommation et de l’épargne. L’accroissement des inégalités, qui résulte notamment des points précédents, revêtira pour sa part une dimension politique.

Affronter le « mur des faillites »

Grâce aux filets de sécurité octroyés par l’Etat, les défaillances d’entreprises ont chuté de près de 40 % cette année par rapport à 2019. Mais que se passera-t-il lorsqu’elles devront rembourser les quelque 127 milliards d’euros de prêts garantis par l’Etat (PGE) déjà accordés, et que, parallèlement, le dispositif de chômage partiel sera réduit ? La situation devrait alors s’inverser, prédisent tous les économistes.

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Selon l’assureur Euler Hermes, le nombre de faillites va passer de 33 000 en 2020 à 50 000 en 2021 puis 60 500 en 2022. Environ 180 000 emplois seraient ainsi détruits en 2021, selon Eric Heyer, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

L’accélération des faillites pourrait même jouer le rôle d’une bulle, en se répercutant sur les divers créanciers des entreprises : banques, fournisseurs, bailleurs, Etat…, analyse David Cayla, chercheur au Groupe de recherche angevin en économie et management (Granem) et maître de conférences à l’université d’Angers. Elle déclencherait alors un redoutable mécanisme de propagation de la crise depuis les secteurs les plus touchés (hôtellerie, restauration, loisirs, tourisme…) vers d’autres pans de l’économie, voire vers la sphère financière.

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Pour éviter cet enchaînement pernicieux, le gouvernement s’emploie à allonger au maximum l’échéancier de remboursement des PGE, qui peut désormais aller jusqu’à cinq ans, avec une année de décalage de remboursement du capital. Bruno de Moura Fernandes, économiste chez Coface, attire l’attention sur l’importance de ne pas enlever prématurément les dispositifs d’accompagnement destinés aux entreprises. Non seulement cela aurait pour effet d’accélérer les défaillances, mais de plus, « si vous retirez le soutien trop tôt, tout ce que vous aurez dépensé jusque-là ne sera pas efficace ».

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