Mickaël, 23 ans, passé du fond de la classe au sommet des sapins

Deuxième chance (2/6). Quand ce Sarthois entre en classe de 3e dans une Maison familiale rurale, il y découvre le métier de forestier et goût de l’effort.

Par Publié hier à 18h00, mis à jour à 08h44

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Mickaël Blossier, dans la forêt domaniale de Larfeuil (Corrèze), le 21 mai.
Mickaël Blossier, dans la forêt domaniale de Larfeuil (Corrèze), le 21 mai. MARIELSA NIELS / HANS LUCAS POUR « LE MONDE »

C’est une large boîte en métal argenté, austère réceptacle du présent et du passé. Entre les fiches de paie, les formulaires de la CAF et les factures d’électricité : des bulletins scolaires soigneusement classés. « Je n’ai rien à cacher, surtout si ça permet à d’autres jeunes de s’en sortir. Je peux même vous les photocopier ! », propose Mickaël Blossier, forestier de 23 ans, heureux propriétaire du butin.

A y regarder de plus près, la paperasse jaunie aurait pu finir au feu. « Un ensemble décevant et en baisse. Avertissement travail + comportement » : troisième trimestre de 5e, collège Véron-de-Forbonnais à Saint-Cosme-en-Vairais (Sarthe). « Mickaël ne fait pas beaucoup d’efforts. Il faut se secouer… » ; « Les résultats sont insuffisants. Quel gâchis ! » Le reste est à l’avenant.

Une école hors norme

« “Quel gâchis” ? Ça veut bien dire qu’il y a un potentiel à exploiter ! commente l’intéressé. Lisez celui-ci maintenant ! » On attrape le bulletin tendu : « L’ensemble est satisfaisant, Mickaël doit continuer dans ce sens. » Un autre : « Ensemble très sérieux. Avec les félicitations de l’équipe pédagogique. » Le nom de l’élève est bien le même mais l’en-tête a changé : il indique « MFR La Ferté-Bernard ».

MFR pour Maison familiale rurale. La Ferté-Bernard, commune de 8 848 habitants dans la Sarthe, surnommée « la petite Venise de l’Ouest » pour ses charmants canaux. On y suit Mickaël en pèlerinage, puisqu’il vit et travaille désormais à Egletons, en Corrèze, à près de cinq heures de route, « une ville à la campagne » de 4 287 habitants.

Ancienne exploitation agricole entourée d’un sentier botanique pédagogique – la mare aux canards est restée à l’entrée –, on imagine volontiers que la MFR « Les Forges » ne ressemble en rien à l’ancien collège bétonné de Mickaël. Il est entré à 13 ans, en classe de 3e dans cette école hors norme des métiers de la nature et de la forêt. Il la quittera à 17 ans, bac pro en gestion et conduite de chantiers forestiers en poche.

« On souffre d’un délit de sale gueule parce qu’on est en bac pro, mais vous avez la chance d’être tout le temps en stage ! », dit Mickael à des élèves de son ancien établissement

« Vous êtes de l’or en barre sur le marché du travail, les gars ! » Façon coach, Mickaël profite de ce retour furtif pour motiver les troupes. Il intervient devant les vingt-cinq élèves de 1re, mélangés entre « les natures » et « les forêts » – surnommés respectivement les « doux rêveurs » et les « bourrins » –, pendant le cours de M. Lucas, son prof de maths de l’époque.