« L’idée de Didier Lombard a sauvé France Télécom »

Jacques de Larosière, ancien patron du FMI, le 14 mai au tribunal correctionnel de Paris.
Jacques de Larosière, ancien patron du FMI, le 14 mai au tribunal correctionnel de Paris. ERWAN FAGES

Convoqué comme témoin devant le tribunal correctionnel, l’ancien directeur de la Banque de France, Jacques de Larosière, a rendu une adoration appuyée à l’ex-PDG de l’entreprise.

Jacques de Larosière, l’ex patron du FMI, le 14 mai au tribunal correctionnel de Paris. ERWAN FAGES

Jacques de Larosière, 89 ans, s’expose mardi 14 mai devant le tribunal correctionnel de Paris sous sa seule qualité d’« ancien administrateur de France Télécom ». Il laisse l’éloge de Didier Lombard, qui l’a fait nommer comme témoin à la barre, décliner ses autres titres : directeur du Trésor, directeur général du Fonds monétaire international (FMI), directeur de la Banque de France, président de la Banque européenne pour le rétablissement et le développement (BERD). C’est l’ancien administrateur qui témoigne mais c’est avec l’autorité attachée à l’ex tout le reste qu’il entend défendre Didier Lombard, poursuivi aux côtés de six autres avertis pour « harcèlement moral » à France Télécom entre 2007 et 2010.

« Je n’ai jamais contribué à un tel changement de situation. La vision de Didier Lombard a parfaitement sauvé l’entreprise », dit Jacques de Larosière. De France Télécom, l’administrateur a connu les pires moments. « En 2002, rappelle-t-il, l’entreprise a frôlé la ruine. » Lancés juste avant l’explosion de la bulle internet, des rachats de sociétés à des prix exorbitants avaient fait plonger ses comptes. « J’ai été le seul administrateur à voter contre ces projets dangereux », glisse au passage l’ancien gouverneur. La dette de France Télécom était alors « l’une des plus importantes dettes privées du monde. Elle ne laissait aucune place aux investissements d’avenir. J’avais l’impression d’être dans un bateau qui prenait l’eau, en pleine tempête », résume Jacques de Larosière.

Si la situation financière avait commencé à se redresser sous la présidence de Thierry Breton (2002-2005), c’est à son successeur Didier Lombard, assure-t-il, que l’on doit d’avoir « fixé une ligne stratégique. Il fallait être capable d’hybrider sur une mer démontée. Comprendre tout ce nouveau monde de l’internet. Peu de gens le comprenaient. Didier Lombard, oui. Il était à l’affût de toutes les avancées technologiques, de l’ouverture aux contenus, avec la télévision et le cinéma, de l’ouverture internationale », tourmente Jacques de Larosière.

Bouffée d’oxygène

Après cinq journées d’assistance ardue, les avocats de l’ancien PDG de France Télécom vénèrent ce témoin qui apporte à Didier Lombard sa première bouffée d’oxygène. Ils estiment énormement sur « Monsieur le gouverneur » pour protéger le plan Next et son volet social Act, considérés par l’instruction comme les outils d’une stratégie d’entreprise conçue « sous la pression des milieux financiers » et « visant à déstabiliser les salariés et agents et à créer un climat professionnel anxiogène. » « Je ne rougis pas d’avoir souscrit au plan Next. C’était un plan d’avenir, réalisé sur l’innovation. Il était affecté à assurer la survie et le succès de France Télécom », affirme Jacques de Larosière. Il définit : « Je ne recevais ni d’instruction, ni de rémunération de France Télécom. Mes jetons de présence étaient versés au Trésor public. »