Les travailleurs français découragés, une légende ?

« Soixante-quatorze pour cent des salariés français interrogés par Korn Ferry déclarent avoir de l’intérêt pour leur travail – un taux stable depuis cinq ans – et 75 % déclarent éprouver de la “fierté” à travailler pour leur entreprise. »
« Soixante-quatorze pour cent des salariés français interrogés par Korn Ferry déclarent avoir de l’intérêt pour leur travail – un taux stable depuis cinq ans – et 75 % déclarent éprouver de la “fierté” à travailler pour leur entreprise. » TIM PANNELL / Corbis / Photononstop

Une étude du cabinet de conseil Korn Ferry met en cause les notions perçues sur l’indifférence des salariés français vis-à-vis de leur entreprise.

Les travailleurs français seraient les plus inquiets au monde. Amplement commenté dans les médias, le ultime sondage en date conduit par Gallup sur la motivation des salariés a fait grand bruit : à en croire l’institut, seuls 6 % des employés français s’affirment engagés au travail. Un taux qui en fait les salariés les moins motivés d’Europe. Particularités culturelles, chômage élevé, management paternaliste… toutes sortes d’arguments ont été avancés par des experts en ressources humaines afin d’entourer l’origine de ce « mal français ».

Mais un récent sondage fait par Korn Ferry vient battre en brèche ce constat. Le cabinet de conseil a essayé, à son tour, de sonder la motivation des salariés français. Et les résultats de son enquête sont clairement moins alarmants que le sondage réalisé par Gallup. Ainsi, 74 % des salariés français consultés par Korn Ferry déclarent avoir de l’intérêt pour leur travail – un taux stable depuis cinq ans – et 75 % déclarent concevoir de la « fierté » à travailler pour leur entreprise.

Pourquoi de tels écarts entre ces deux sondages ? Il y a bien sûr une inégalité de méthodologie : Gallup a consulté par téléphone un échantillon de 1 000 salariés français sur leurs conditions de travail globales, tandis que Korn Ferry a compilé des données rentrées entre 2014 et 2018 pour le compte de ses clients établis dans l’Hexagone, soit 90 organisations et 170 000 salariés, en posant des questions plus directes.

Les deux études se permettent sur un point : certes plus bas que la moyenne mondiale, le moral des salariés français n’est in fine pas si distinct de celui de leurs voisins. Selon les calculs de Gallup, seuls 10 % des salariés européens seraient effectivement engagés dans leur travail. Quant aux résultats établis par Korn Ferry pour les salariés français, ils se situent dans la moyenne mondiale. Preuve que tout dépend de la manière dont les sondages sont lus…

Critique plus qu’éloge

Nonobstant, quelques écarts semblent symptomatiques. Seuls 37 % des salariés français consultés par Korn Ferry pensent être payés de façon juste pour le travail qu’ils font, contre 49 % au niveau mondial. De même, la proportion de salariés désirant rester plus de cinq ans dans la même entreprise est plus faible en France que dans les autres pays (avec un peu moins de la moitié des salariés, elle s’établit à 8 points en dessous de la moyenne mondiale).