Les travailleurs d’Arjowiggins révoquent le « pillage organisé » des fabriques sarthoises

A l’usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye (Sarthe), le 27 mars.
A l’usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye (Sarthe), le 27 mars. JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Les avocats accusent la maison mère, Sequana, Bpifrance et Bercy dans la ruine des usines sarthoises.

Dix jours. C’est le délai établi par les délégués des 726 salariés sarthois d’Arjowiggins effrayés de licenciement. Lundi 8 avril, ils ont envoyé trois courriers lourds de menaces, l’un au PDG du groupe Sequana (la maison mère), Pascal Lebard – leur ancien chef –, l’autre au directeur général de la banque publique d’investissement Bpifrance, Nicolas Dufourcq, et le troisième au ministre de l’économie, Bruno Le Maire.

Ils entendent mettre manifestement en cause les touchés dans la gestion du dossier Arjowiggins, qui a achevé, le 29 mars, à la liquidation de la fabrique sarthoise de Bessé-sur-Braye (568 salariés) et à la réparation partielle de sa voisine du Bourray, à Saint-Mars-la-Brière (112 salariés conservés sur 270). L’usine Greenfield de Château-Thierry (Aisne) étant, elle, reprise avec ses 75 salariés.

Les délégués du personnel et leurs conseils du cabinet LBBa, Mes Justine Candat et Thomas Hollande, reprochent le groupe Sequana d’avoir procédé à des mouvements de fonds illicites « pour plus de 20 millions d’euros », entre le jugement de rétributions et l’ouverture des procédures de redressement judiciaire des usines sarthoises. Et ce, aux appointements des filiales Antalis (distribution) et Arjowiggins Sourcing, toutes deux dirigées par Pascal Lebard.

S’appuyant sur l’article L632-2 du code du commerce, ils résilient « un pillage organisé » de la trésorerie des sociétés sarthoises, qui a « gravement entravé la poursuite de l’activité de ces entreprises » et « irrémédiablement compromis les chances de trouver un repreneur pour l’ensemble des activités françaises d’Arjowiggins Graphic ».

Uniquement le groupe suédois Lessebo Papers avait exprimé une proposition globale pour les trois usines, mais n’avait pu assurer l’apport de 33 millions d’euros (puis de 25 millions, dans un second temps) de fonds privés essentiels à la reprise, l’Etat et les régions Centre-Val de Loire et Pays de la Loire s’étant engagés, quant à eux, à supporter la même somme par le biais de fonds publics.

« Flux courants et habituels »

Pour les travailleurs, il apparaît clairement que ces « plus de 20 millions d’euros » emportés par le groupe ont eu un rôle déterminant dans l’échec de ce projet de reprise, et ils exigent actuellement de leur ancien PDG « de participer, sous dix jours, au financement des plans de sauvegarde de l’emploi » des fabriques sarthoises « à hauteur du montant des mouvements de fonds intervenus au préjudice de ces deux sociétés ». Une fois le délai passé, les avocats ont obtenu pour instruction « de saisir les juridictions civiles et répressives compétentes ».