« Les Robots, mon emploi et moi » : bien calibrer l’évolution digitale

L’économiste et directeur de l’Institut Sapiens Erwann Tison offre une approche rationnelle et tranquillisée de l’influence du numérique sur le marché de l’emploi.

La première fois qu’une IA, à savoir Hal 9000 dans le film 2001, l’odyssée de l’espace, établit d’une grand impact narrative au cinéma, elle forme le rôle de le ravageur d’humains. C’est dire à quel point la technologie excite nos peurs et nourrit nos fantasmes les plus sombres.

Cette rivalité est amplement présente dans notre inconscient communautaire qu’il s’est invité lors de la dernière campagne présidentielle : Benoît Hamon a bâti l’adaptation de son programme sur la diminution du travail due au choc digital. « Dans un climat défaitiste et décliniste, peu de gens se posent la question de l’impact réel que pourrait avoir cette révolution numérique et des bénéfices que notre société pourrait en tirer », déclare Erwann Tison.

Dans Les Robots, mon emploi et moi (MA Editions), l’économiste et directeur de l’Institut Sapiens propose une approche « rationnelle et dépassionnée » de la mission du digital sur le marché du travail. La robotique va troubler bon nombre de procédés de production et de construction. Par la numérisation d’abord, qui a déjà infusé dans nos sociétés. AlphaGo, l’IA développée par Google, a battu deux années de suite les champions mondiaux du jeu de go.

Prévoir l’évolution des techniques

Par la démocratisation de l’imprimante 3D ultérieurement : quelle sera l’utilité des grandes enseignes dont la portée du stock est un avantage comparatif, lorsque chaque agent pourra imprimer chez lui une table ou une chaise ? Quelle sera l’utilité d’ouvriers de l’utilisation non qualifiés qui dirigent jusqu’à deux tonnes par jour en entassé, dont la tâche pourra être accomplie par un simple bras commandé à distance ?

De la magasinière d’usine au médecin en passant par l’avocat, le chauffeur de taxi ou encore le comptable, de nombreux artistes de notre économie seront affectés par le numérique. Les résultats de ce choc pourraient être très graves : si les études sur le nombre d’emplois détruits sont correctes, nous allons droit vers une éventuelle forte hausse du chômage.

Alors que la start-up lyonnaise Navya a largué le premier taxi robot autonome, « les syndicats de taxi en sont encore à demander d’arbitrer leur conflit avec les VTC pour cause de remise en cause de leur monopole. Une fois que les taxis autonomes circuleront, il sera inutile pour les chauffeurs humains de se pivoter vers l’Etat pour les aider. Il sera trop tard », déplore l’auteur, pour qui l’exemple du véhicule autonome est symptomatique de notre rapport à la révolution numérique : « Les futurs naufragés pensent pouvoir se décamper derrière la digue législative en espérant que la politique fera tout pour l’empêcher de céder. »