Les réfugiés bienvenus sur les professions en tension

« Carrefour a intégré près de 90 réfugiés en contrat de professionnalisation sur un poste d’employé de commerce en magasin. Auchan a accueilli une vingtaine de réfugiés sur le même type de poste. »
« Carrefour a intégré près de 90 réfugiés en contrat de professionnalisation sur un poste d’employé de commerce en magasin. Auchan a accueilli une vingtaine de réfugiés sur le même type de poste. » Eric Gaillard / REUTERS

Des firmes en carence de main-d’œuvre jouent sur l’intégration par l’emploi.

Hassan était boucher en Erythrée et Ahmad œuvrait dans un snack en Syrie. Tous deux ont dû fuir leur pays. Réfugiés en France, ils ont eu un emploi dans des secteurs en demande. Hassan œuvre aussitôt dans la grande distribution et Ahmad dans la restauration rapide. « Entre 150 000 et 180 000 postes sont maintenant à pourvoir dans l’hôtellerie-restauration, dont la moitié en CDI », rappelle l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH).

Ce secteur est loin d’être le seul à se trouver confronté à une pénurie de main-d’œuvre. C’est le cas de la grande distribution, du bâtiment, de l’industrie ou encore du numérique pour certains métiers. « Le problème des entreprises est bien plus de trouver des collaborateurs que de décrocher des marchés », constate Guillaume Richard, PDG du groupe de services à domicile Oui Care et président de la commission sociale du réseau de dirigeants d’entreprise CroissancePlus.

Pourquoi, dès lors, ne pas faire appel aux réfugiés pour solutionner une partie de la pénurie ? « Nos adhérents sont solliciteurs, explique Jessica Gonzalez-Gris, déléguée emploi et formation à la Fédération Syntec (numérique, ingénierie et conseil), car les réfugiés forment un vivier de compétences intéressant. Au-delà de l’aspect exclusivement économique, les entreprises ont connaissance de l’enjeu sociétal que représente l’assimilation de cette population. »

Sur exposition d’un souhait d’embauche

Les solliciteurs d’asile peuvent être autorisés à œuvrer six mois après le dépôt de leur demande, s’ils ont réussi une autorisation provisoire de travail, sur présentation d’une promesse de travail ou d’un contrat de travail. Cette durée a été amenée de neuf à six mois par la loi asile et immigration du 10 septembre 2018. « Il faut encore réduire ce délai et résumer la procédure, estime Guillaume Richard. Et, en parallèle, il est nécessaire d’augmenter la taxe à l’embauche des travailleurs étrangers. Le but n’est pas de créer un appel d’air. »

Pour avoir accès à cette réserve de candidats, les entreprises se dirigent vers des associations. Si elles sollicitent que les démarches soient collaborées, elles souhaitent aussi être escortées. Car « il est indispensable aux yeux de la majorité des employeurs de disposer d’un intermédiaire qui se porte garant, a minima de la qualité et de la légalité de la candidature », note le Lab’Ho (l’Observatoire des hommes et des organisations du groupe Adecco), dans son étude « Accueillir les réfugiés… autrement », parue en juin 2018. « Tout se passe comme si les employeurs, même convaincus, révélaient le sentiment de saisir un risque important », déclare le Lab’Ho.