« Les nouveaux open space et non attribués créent un déséquilibre émotionnelle et physiologique »

Un immeuble de bureaux à La Défense (Hauts-de-Seine), en novembre 2017.

Un immeuble de bureaux à La Défense (Hauts-de-Seine), en novembre 2017. CHRISTOPHE SIMON / AFP

Les nouvelles façons de penser les aménagements des espaces de bureaux n’échappent pas aux phénomènes de mode : flex office, desk sharing, fab lab et work cafés. Les principales entreprises du CAC 40 établissent de nouveaux sièges sociaux emblématiques, où murs végétaux et décorations soignées sont déployés avec faste et virtuosité par des architectes de renom pour tendre vers le happiness at work.

La dernière vogue du flex office propose ainsi une réappropriation des lieux par les employés en leur donnant le choix des espaces selon une logique par activité. En complément de ces nouvelles façons de penser l’espace, des dispositifs de télétravail ou de coworkingcomplètent souvent ce mouvement.

Une immersion au sein de plusieurs de ces nouveaux lieux durant près de dix ans, en tant qu’acteur et conseil, couplée à un regard d’ethnologue et aux résultats de la recherche académique sur ces sujets, publie une réalité sociale moins altruiste qu’espérée, dans la mesure où ces nouvelles formes d’aménagement enclenchent des ajustements organisationnels et psychologiques délicats.

Proximité symbolique

Côté employeur s’élabore un calcul simple, basé sur la croyance d’un plus grand rendement des salariés, d’une diminution des coûts immobiliers et d’une attractivité supposée auprès des jeunes grâce à des aménagements qui ressembleraient à ceux des campus universitaires américains.

Le discours sur le flex office peut être mis à mal par ce qui est perçu comme un double langage par les salariés, qui questionnent dès lors la sincérité de l’employeur : d’un côté « améliorer le bien-être des salariés », de l’autre accroître la rentabilité immobilière (en réduisant les surfaces) et la productivité (en rendant plus poreux les espaces professionnel et privé, en accroissant la charge de travail).

La démolition des bureaux et des statuts crée d’autre part de nouvelles tensions sociales. Le changement des espaces traditionnels vers le flex office requiert de s’adapter à un mode self-service. Pratiquement, cette modification se traduit par un abandon des bureaux cloisonnés et par la raréfaction des étages supérieurs dédiés aux directeurs qui, dans un « élan sacrificiel », doivent rejoindre la légion des salariés.

Cette approche se veut la symbolique d’un aplanissement des hiérarchies et la preuve tangible d’une démocratisation des organisations. Si cette démarche semble louable, force est de constater que cette agora où se mélangent chefs, cadres et employés facilite également le contrôle, l’hypercirculation des directives et de facto l’endoctrinement des personnels – du moins le perçoivent-ils comme tels. De leur côté, les directions s’exposent encore plus à la question de la légitimité de leur autorité. Et cette nouvelle promiscuité exacerbe plutôt qu’elle n’atténue la question de la disparité des rémunérations…