Le rêve de diriger la SNCF

Patrick Jeantet, PDG de SNCF Réseau, à Paris, le 26 ajnvier 2017.
Patrick Jeantet, PDG de SNCF Réseau, à Paris, le 26 ajnvier 2017. Gilles ROLLE/REA

Pour succéder au chef du groupe public, le PDG de SNCF Réseau agence de certains atouts : sa connaissance du ferroviaire, son goût de l’industrie et de la rivalité ainsi  que sa politique de polytechnicien.

Avec son allure, l’homme escalade aisément dans la minuscule cabine de conduite du train-usine en pleine action. Il est minuit passé quelque part sur une voie ferrée de l’Oise. Dans un grincement diabolique, sous les projecteurs qui modifient la poussière du ballast en une brume jaune-orangé, l’énorme machine d’un demi-kilomètre de long « avale » l’ancienne voie et en recrée une derrière elle, totalement modernisée. Au sein de gênant réduit où, bien que le fracas et les vibrations, plusieurs techniciens orchestrent cette délicate opération de renaissance ferroviaire, l’homme à la veste fluo, sourire aux lèvres, semble dans son élément.

Voici donc Patrick Jeantet, 59 ans, PDG de SNCF Réseau depuis le printemps 2016. C’est lui, le patron des 30 000 kilomètres de voies ferrées françaises mais aussi des gares, des caténaires, des aiguillages. Et des 1 600 chantiers ferroviaires qui réforment chaque nuit le réseau ferré national en une gigantesque usine à l’échelle de la France. Le polytechnicien règne sur une entreprise de 58 000 agents dont la dette est de 50 milliards d’euros et que l’Etat a garanti de reprendre dans les 35 milliards entre 2020 et 2022.

C’est encore lui que l’Etat a prmi de moderniser le réseau, abandonné pendant des années, en lui octroyant 3 milliards d’euros par an jusqu’en 2026. C’est sur lui, continuellement, que reposera une partie du plan de rénovation – ou d’abandon – des petites lignes régionales que le gouvernement finalise. C’est enfin son entreprise qui sera, dès 2020, l’arbitre de la rivalité en tant que grande ordonnatrice de la distribution des droits de passage – « les sillons » dans le langage ferroviaire – octroyés aux futurs rivaux de la SNCF.

« Je sais ce qu’il faudrait faire pour la SNCF de demain »

Patrick Jeantet n’est pas que cela. Il est, en plus, l’autre président du groupe SNCF, son patron-bis, son président délégué du directoire, juste après Guillaume Pepy qui en est le président tout court ; une sorte de super vizir qui examine certainement sur le trône du calife. M. Pepy ayant choisi de ne pas abandonner pour un troisième mandat en 2020, la succession est ouverte. Emmanuel Macron nécessiterait indiquer, éventuellement après l’été, le nouveau grand patron d’une SNCF saccagée par la réforme de 2018. Or, Patrick Jeantet ne cache à peine qu’il est de taille à garantir cette charge.