Il faut prendre garde des bonnes manières

« Les codes de déontologie, d’éthique ou les chartes de bonnes pratiques se sont multipliés pour prescrire les sujets et les attitudes acceptables. »
« Les codes de déontologie, d’éthique ou les chartes de bonnes pratiques se sont multipliés pour prescrire les sujets et les attitudes acceptables. » Ingram / Photononstop

Les codes d’obligation, de déontologie ou les règlements de bonnes adoptes se sont diffusés dans les sociétés pour ordonner les sujets et les postures acceptables, développe le professeur Pierre-Yves Gomez dans sa chronique.

En mars 2019, une reproduction des Pressantes, d’Eschyle, avait été annulée sous prétexte que les masques utilisés par des acteurs pouvaient être expliqués comme des grimages racistes. Avant la remise d’une Palme d’or d’honneur pour sa carrière, Alain Delon a fait l’objet d’une pétition l’admonestant pour des propos privés observés comme incorrects. Quelques jours plus tard, une polémique est née sur le port d’un brassard évoquant la journée mondiale contre l’homophobie et qui ne fut pas proclamé par quelques capitaines lors des matchs de la 37e journée de Ligue 1 de football.

Ces exemples français présentent combien le monde des arts et du spectacle est l’objet d’une régularisation montante des conduites considérés comme bienséants. Cette régularisation exclut les exposés jugés non convenables et elle exige que l’on manifeste une adhésion aux principes éthiques définis comme corrects.

L’opinion publique est nommée comme juge suprême de la conformité ou de la déviance. Des combats légitimes ont autorisé ainsi de faire améliorer la justice ou la tolérance, mais ce mouvement conduit aussi à une aseptisation de l’art et du spectacle, comme l’a montré récemment Isabelle Barbéris (L’Art du politiquement correct, PUF, 2019). Il mène à un nouvel académisme officiel, avec ses discours exigés et ses thèmes exigés et, finalement, à une homogénéisation des points de vue, fussent-ils critiques.

L’entreprise ne fuit plus à un tel fait, parce qu’elle est un acteur sérieux dans le champ public, soumis au contrôle par les règles et par l’opinion. Les politiques d’implication sociale de l’entreprise (RSE) ont été un des moyens d’y répercuter les thèmes sociétaux du moment et de mettre en œuvre les règles pour s’y accorder. Les codes de déontologie, d’éthique ou les chartes de bonnes pratiques se sont multipliés pour prescrire les sujets et les postures approuvables.