Grève au menu chez les livreurs de Deliveroo

Des coursiers de la plate-forme de livraison de repas à domicile Deliveroo manifestent dans le centre de Paris, le 7 août.
Des coursiers de la plate-forme de livraison de repas à domicile Deliveroo manifestent dans le centre de Paris, le 7 août. BERTRAND GUAY / AFP

Après la mobilisation du samedi 3 août, à Paris, les livreurs de repas de Deliveroo se sont de nouveau retrouvés, mercredi 7 août, place de la République, pour dénoncer la nouvelle grille tarifaire imposée par la plate-forme. Selon le Collectif des livreurs autonomes de Paris (CLAP 75), cette modification, appliquée depuis début août, entraînerait une baisse de rémunération de 30 % à 50 %.

A 20 heures, ils étaient une centaine, avec leur vélo ou leur scooter, révoltés. Pour beaucoup, c’était leur première mobilisation. « Trois euros, parfois 2 euros pour une course, c’est quoi ça ? J’étais obligé de venir ce soir ! », explique Abdou (tous les prénoms ont été modifiés), 35 ans, livreur pour Deliveroo depuis un an. « Avant, poursuit-il, le minimum, c’était 4,70 euros [à Paris], puis ça montait à 5, 6, 7 euros », selon la course.

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La nouvelle grille ne comprend plus de tarif minimal. Deliveroo avait annoncé, début août, une baisse des tarifs des courses les plus courtes et une augmentation pour les longues, que les livreurs délaissaient, car peu rentables. D’après la plate-forme, la nouvelle grille offrirait « une meilleure tarification, plus juste » et « plus de 54 % des commandes [seraient] payées davantage » qu’auparavant.

« Tous les échanges que nous avons eus sur le terrain sont positifs », affirme-t-on chez Deliveroo. Et, malgré les grèves et blocages de restaurants qui ont eu lieu à Toulouse, Nice, Besançon, Tours, Nantes et Bordeaux, « on n’a vu aucun impact sur nos opérations ». Mercredi soir, à Paris, Mounir, 23 ans, livreur pour Deliveroo depuis deux ans, examinait la petite foule rassemblée, pas très optimiste. « Trop de livreurs continuent à rouler. Il faudrait qu’on soit plus nombreux. »

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Comment mobiliser des travailleurs atomisés sur tout le territoire, microentrepreneurs comme l’exigent toutes les plates-formes de livraison de repas et en situation de concurrence entre eux ? Tout est à inventer, d’autant qu’ils travaillent dans la rue, en roulant, et n’ont pas d’endroits pour discuter ni de délégués. Ils ne se croisent au mieux que quelques minutes dans les restaurants où ils viennent chercher les commandes.

« Nouveaux modes d’organisation du travail »

Les syndicats, déjà à la peine dans le salariat, ont du mal à s’adapter à ces situations. Ils n’y sont d’ailleurs pas forcément les bienvenus. « Les livreurs sont des travailleurs très jeunes, qui ont grandi avec l’idée d’un syndicalisme vieillot, politisé, souligne l’ancien étudiant en droit, Jean-Daniel Zamor, président du CLAP, qui travaille pour les plates-formes Uber Eats et Stuart. C’est pourquoi, au CLAP, nous essayons de pratiquer un syndicalisme très proche des gens. » M. Zamor se déplace ainsi d’une ville à l’autre pour rencontrer les livreurs.

Les réseaux sociaux sont essentiels pour toucher ces travailleurs. Sur Facebook ou d’autres réseaux comme Telegram ou Snapchat, il existe plusieurs groupes de livreurs, dont certains réunissent plusieurs milliers de membres. Le CLAP, par exemple, en compte 3 800 sur Facebook ; Uber Eats Paris en affiche 5 770 et Les coursiers à vélo, 4 600. Ces groupes servent à échanger des informations, à partager des appels à la mobilisation et à effectuer des sondages sur la participation à des actions proposées.

Aujourd’hui, même si le CLAP, issu du groupe Facebook le Collectif des coursiers franciliens créé en 2016, a joué un rôle moteur dans les manifestations, il n’est plus « à l’initiative des mouvements, qui naissent spontanément dans une zone ou une autre lorsque surgit un événement comme la baisse des rémunérations, constate Jérôme Pimot, son fondateur. Le CLAP leur sert de « support logistique » et de caisse de résonance.

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Dès l’annonce des nouveaux tarifs de Deliveroo, des opérations de contestation ont été organisées dans l’Hexagone. « Quand des livreurs ont bloqué un restaurant dans ma ville, je suis allé me renseigner, car je passais par là », note un livreur de 19 ans, qui travaille pour plusieurs plates-formes, dont Deliveroo. « Les livreurs m’ont expliqué que les tarifs avaient baissé sans qu’ils soient consultés. Ce n’est pas normal ! Je n’ai pas hésité à les rejoindre. Si on ne fait pas grève, Deliveroo va baisser ses tarifs de plus en plus. J’essaye de convaincre d’autres livreurs de bouger. »

Les syndicats ne sont pas totalement absents. La CGT des services à la personne, par exemple, a apporté son expérience de l’action auprès de travailleurs atomisés comme les employés de maison et les assistantes maternelles. Elle finance aussi des dépenses de voyages sur le terrain, prête des locaux, « sans rien demander en échange », précise Stéphane Fustec, responsable des services à la personne à la CGT. Les appareils syndicaux ont atteint leurs limites face à ces nouveaux modes d’organisation du travail. Or, nous avons intérêt à être sur le terrain de l’ubérisation, qui s’agrandit dangereusement. » Les livreurs ont l’intention de mener une action nationale le week-end du 10 août.

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