Existe-t-il un racisme institutionnel »

La dirigeante du syndicat étudiant interdit la fermeture fin mars à la Sorbonne de la pièce de théâtre « Les Suppliantes », d’Eschyle, à la mise en scène dénoncée de « blackface ».

L’UNEF, segonde syndicat étudiant, s’est caractérisée sur la scène universitaire en supportant la fermeture de la pièce de théâtre Les Suppliantes, à la Sorbonne, le 25 mars. Mélanie Luce, qui a pris les rênes de l’organisation étudiante en février 2019, conserve cette position controversée.

Que répondez-vous aux nombreux universitaires qui ont révoqué cette condamnation des Suppliantes comme un « antiracisme dévoyé » et un « contresens » autour du « blackface » ?

Des étudiants de la Sorbonne sont venus nous voir pour nous parler de cette pièce, qui avait utilisé, l’année dernière, le « blackface », ce maquillage en noir qui existe dans le théâtre pour parodier. Ils étaient offensés. Même si cette pièce date du Ve siècle av. J.-C., elle s’inscrit dans l’actualité, la jouer ainsi, c’est soutenir le poids du « blackface ».

Le réalisateur a beau avoir définitivement choisi des masques cette fois-ci, ces derniers caricaturent de la même manière les personnes racisées, c’est-à-dire qui supportent un processus de racisation du fait des caractéristiques attribuées à leur couleur de peau. Nous avons demandé au metteur en scène de ne pas avoir recours à ce procédé, d’autres choix présentaient pour reproduire les Danaïdes. Ce n’est pas possible de reprendre aujourd’hui une mise en scène avec des connotations racistes. Le racisme, ce n’est pas une opinion, c’est un délit.

N’est-ce pas au juge d’arrêter en la matière ?

La totalité des étudiants à l’entrée de la pièce a été spontané. Nous concevons qu’ils aient réagi et se soient nommés. Il faut que cette pièce ait lieu mais sans mise en scène raciste. On soutient la culture, mais on est antiraciste. On pourrait aller au tribunal, mais ce n’est pas notre volonté, nous voulons parler avec le metteur en scène.

Nous sommes une génération qui est beaucoup plus délicate aux questions de discriminations. Nous avons conscience que le racisme transparaît dans tout notre quotidien. Ce n’est pas uniquement l’extrême droite, cela vient de toute la société, on peut avoir des pratiques racistes sans s’en rendre compte. C’est le principe d’une norme qui a été intériorisée.