En Guadeloupe, Romario, 21 ans, est rentré dans le rang

Deuxième chance (5/6). Originaire de Pointe-à-Pitre, le bachelier est entré au régiment service militaire adapté (RSMA) de Guadeloupe pour éviter la « dégringolade ». Il y a dix-huit mois, il a décroché un CDI dans une distillerie.

Par Publié aujourd’hui à 18h00

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Romario, le 4 juillet, à la distillerie Longueteau où il est employé.
Romario, le 4 juillet, à la distillerie Longueteau où il est employé. PHILIPPE VIRAPIN/REA POUR « LE MONDE »

Il fait 34 degrés Celsius et le taux d’humidité de l’air approche les 100 % près d’une plage de Basse-terre (Guadeloupe). Romario saute de son fourgon de livraison et rejoint, guilleret, le bureau de son patron. Dix-huit mois qu’il tient son premier Graal : un contrat à durée indéterminée. Pas question de succomber à la tentation de la sieste.

Sourire accroché aux lèvres, boucles dorées grosses comme des billes aux oreilles, chaîne du même métal au cou et montre scintillante au poignet, un pas faussement nonchalant. Ce midi, le jeune homme est le premier livreur de la distillerie Longueteau à terminer sa tournée. Le petit gars de Pointe-à-Pitre chambre un peu ses collègues moins diligents. Puis, brutalement, se fige, menton levé, regard dardé sur la ligne d’horizon ; sa main gauche frappe sa cuisse. Sans une injonction, Romario est au garde-à-vous. Passait par là le commandant Joffredo, officier supérieur du régiment du service militaire adapté (RSMA) de Guadeloupe. Cela fait pourtant un an et demi que Romario a quitté le treillis. Mais l’habitude est ancrée. « Le respect », explique-t-il.

Le régiment, à reculons

Ancien volontaire du RSMA, Romario Tel n’a jamais tenu un fusil d’assaut. C’est en 2017, sous la pression bienveillante de sa mère, femme célibataire et « potomitan » (le pilier de la famille antillaise), qu’il a franchi à reculons les portes du régiment. Un an plus tôt, le lycéen a décroché un bac professionnel « conduite et gestion de l’entreprise agricole ». Il avait ensuite passé de longs mois « à ne pas faire grand-chose ». L’inactivité est une pente sur laquelle glissent 76 % des 15-24 ans de Guadeloupe, et dont le jeune homme a pu observer l’une des issues chez de nombreux jeunes de son « quartier chaud » de Vieux-Bourg, dans la commune des Abymes : « Vendre de la dope ».

Pour éviter la dégringolade, Romario entre dans les rangs. Ceux du RSMA. Entre les Antilles et ce régiment très spécial, l’histoire commence il y a soixante ans : en réponse aux émeutes de Fort-de-France de décembre 1959, et alors que la métropole concentre ses ressources sur le conflit algérien, le général Némo, à la tête des forces militaires Antilles-Guyane, élabore en 1961 un projet de défense nationale visant à encadrer les jeunes en grande difficulté, en leur dispensant une formation professionnelle qui réponde aux besoins économiques locaux (transport, bâtiment, tourisme, aide à la personne…). Depuis, des régiments similaires ont essaimé sur l’ensemble des départements et territoires d’outre-mer ainsi qu’en métropole, à Périgueux. Aujourd’hui, ce sont environ 6 000 jeunes, garçons et filles, qui, chaque année, tentent de se construire un avenir au sein du service militaire adapté, dont 800 en Guadeloupe.