Comment s’habille-t-on pour aller travailler ?

Le semestriel s’incline, dans son numéro d’avril, sur les habits portés en fonction de la norme exigée par le milieu professionnel, mais aussi de l’image que l’on veut remettre.

La revue des revues. Dans son numéro d’avril, la revue semestrielle Travail, genre et sociétés étudie les « habits de travail », du costume-cravate du cadre à l’uniforme de policier en allant par la tenue du groom hôtelier. « Examiner les habits des travailleuses et des laborieux en activité et la façon dont ils sont portés permet d’enquêter sur les normes qui traversent les groupes professionnels », étalent dès leur introduction les chercheuses Juliette Rennes et Lise Bernard ainsi que la professeure de sociologie et directrice adjointe de la revue Clotilde Lemarchant. L’habit de travail est, à leurs yeux, le point de jonction entre ce qui remplacement du public – les normes, les règles et les valeurs d’un milieu professionnel – et ce qui relève de l’intime – l’engagement, le retrait, l’adhésion ou la résistance de ceux qui œuvrent.

Travail, genre et sociétés ne se rassure pas d’étudier la tenue en tant qu’elle est perçue, mais, et c’est peut-être ici que se loge son originalité, en tant qu’elle est portée : elle entend donner « une place centrale à l’expérience de s’habiller pour le labeur et d’être jugé sur sa tenue ». Loin de n’étudier que l’uniforme ou le bleu de travail, cette revue, née en 1999 et issue de l’association de recherche MAGE (Marché du travail et genre en Europe), créé par le CRNS, étudie la part de représentation inhérente au vêtement dans le milieu professionnel, véritable « support par lequel les organisations professionnelles transmettent une image d’elles-mêmes ».

L’uniforme des policières

La professeure d’histoire sociale contemporaine Louise Jackson retrace ainsi l’apparition des femmes policières en Grande-Bretagne, par conséquence de la première guerre mondiale. Leur uniforme, au début pratiquement identique à celui de leurs collègues masculins, s’est féminisé à mesure que leur rôle apparaissait légitime. Les policières étant graduellement perçues comme expertes pour aborder les enfants et les femmes, notamment les prostituées, leur uniforme a évolué afin qu’elles puissent être mieux identifiées. Elles sont ainsi devenues les seules femmes à être en droit de « stationner » dans la rue sans que leur bonne moralité soit mise en doute.

Dans un article consacré à l’instrumentalisation du vêtement dans le monde politique, la professeure de sciences politiques Frédérique Matonti considère quant à elle le costume et le tailleur comme les emblèmes spécifiques d’un métier qui ne s’avoue que rarement comme tel – on parle plutôt de vocation. C’est singulièrement dans cet univers qui attache de moins en moins d’importance au protocole – il suffit de penser à l’évolution des portraits officiels des présidents et à l’abandon progressif des médailles et autres décorations, jusqu’à la remise en question de la cravate à l’Assemblée – que « la pression au conformisme et la surveillance ont augmenté ». La manière des élus, hommes et femmes, doit aussitôt répondre à une double exigence : montrer et se différencier.

Dans la vie, on ne fait pas continuellement ce qu’on veut pour x raisons, il faut s’ajuster surtout aux besoins du marché du travail et saisir les bonnes circonstances