Comment les libraires s’adaptent à la redondance des livres

Olivier Bonhomme

La profusion de l’offre complique la vie des libraires indépendants, qui sont contraints de faire des choix draconiens, voire militants. Et nuit même aux auteurs connus.

Donner le goût de la lecture, faire découvrir des merveilles en littérature, partager des coups de foudre pour des auteurs, voilà la part la plus séduisante du quotidien des libraires. Vendredi 14 juin, le 5e Pari des libraires sera organisé par l’association Paris Librairies qui, grâce à un site du même nom, lutte contre l’hégémonie d’Amazon en indiquant où trouver un ouvrage disponible dans les stocks de 145 librairies indépendantes de la capitale. L’idée est bien de faire circuler l’acheteur dans son quartier, pas le livre, tout en évitant de sous-payer un livreur. Cette année, le Pari des libraires incite tout un chacun à devenir « libraire d’un jour ». Se mettre dans la peau de ces commerçants si particuliers et si divers.

Une gageure, puisqu’ils sont confrontés à une série croissante de problèmes. Un marché en berne (– 1,9 % en 2017 et une diminution encore en vue en 2018) combiné à une inflation de titres. La production pléthorique enfle chaque année. Elle a atteint 106 799 titres en 2018, selon le Syndicat national de l’édition (SNE). Autant dire que chaque jour charrie son lot de 292 nouveautés ou de rééditions…

Comment les sélectionner ? Ne pas laisser passer une pépite ? Le casse-tête empire pour gérer cette offre gargantuesque. « J’arrive à garder la tête hors de l’eau parce que j’effectue un choix drastique dans les nouveautés », déclare Jean-Philippe Pérou, cofondateur de la librairie Le Silence de la mer à Vannes, en Bretagne. Tous les jours ou presque, il a rendez-vous avec un délégué de maison d’édition dont le rôle admet à placer le maximum d’ouvrages dans chaque librairie. « Il est fondamental de travailler avec des représentants qui comprennent l’identité des librairies et proposent uniquement ce qui peut nous intéresser », formule M. Pérou.

« Je suis un indépendant, avec des choix marqués »

« Je viens de terminer un rendez-vous avec un représentant », affirme sa consœur Karine Henry qui dirige à Paris Comme un roman. « Sur 30 titres proposés en littérature étrangère et française, je fais beaucoup d’impasses. J’opte fréquemment pour un seul exemplaire. Sauf pour un nouveau Philippe Toussaint par exemple, j’en prendrai 25 parce que je suis convaincue qu’il trouvera ses lecteurs », dit-elle.

  1. Pérou fait des choix assez propagandistes en installant à l’entrée de son magasin des ouvrages de poésie et du théâtre. Il garde à l’année une place bien en vue aux auteurs russes qu’il célèbre. « Je suis un indépendant, avec des choix marqués, se qualifie-t-il, ni ayatollah ni Carrefour. » Les best-sellers, il en propose, mais « surtout pas de grosses piles ». « La surproduction des livres nous oblige à travailler différemment », défend-t-il.