« Chômage en masse mais emplois non pourvus : où est le défaut ? »

 

De nombreuses offres d’emploi restent non pourvues en France.
De nombreuses offres d’emploi restent non pourvues en France. PÔLE EMPLOI/ FLICKR/CC BY 2.0

Dans sa chronique, Gilbert Cette l’économiste estime que pour accepter de résoudre les difficultés de recrutement, il faut réformer la formation professionnelle et rendre certaines professions plus attractives.

La simultanéité des difficultés de recrutement et d’un chômage en gros soulève des interrogations sur la concordance entre la formation des actifs et les besoins des entreprises. Ce thème faisait l’objet d’une conférence structurée le 18 décembre 2018 par la direction des études et des statistiques (DARES) du ministère du travail. Il ressort des travaux présentés, comme par exemple ceux de Michael Orand (DARES), que cette coexistence traduit en réalité des situations contrastées selon les secteurs, et n’appelle donc ni les mêmes réponses, ni des procès simplistes sur l’inertie des demandeurs d’emploi ou les exigences démesurées des employeurs.

Les fortes créations d’emplois sur les dernières années se sont interprétées dans de nombreux pays européens par l’augmentation depuis 2015 des difficultés de recrutement signalées par les entreprises, jusqu’à des niveaux récents depuis dix ans. Cela n’est guère étonnant dans des pays à faible taux de chômage, comme l’Allemagne, où le marché du travail est globalement en tension. Elles sont plus surprenantes en France qui pâtit toujours d’un chômage massif. Elles y font craindre l’émergence de freins à la croissance et donc aux créations d’emploi et à la baisse du chômage, qui seraient liées à un mauvais fonctionnement du marché du travail.

Fortes tensions

La « courbe de Beveridge » – du nom de l’économiste et politicien britannique William Beveridge (1879-1963), théoricien et pionnier de l’Etat-providence – fournit une représentation synthétique de la qualité de ce fonctionnement : elle associe le taux de chômage aux offres d’emploi non satisfaites. Cette relation est négative, une diminution du taux de chômage se traduisant logiquement par de plus fortes tensions. Or, comme l’a montré une nouvelle étude (Le marché du travail français est-il en tension ?, de Françoise Drumetz et Rémy Lecat, Bloc-note Eco, Banque de France), on observe un déplacement de cette courbe vers le haut sur les années récentes en France : les tensions sont plus fortes alors que le taux de chômage reste le même, ce qui certifierait de la dégradation du fonctionnement du marché