Retraites : la voix des femmes résonne dans le mouvement social

Leur chanson résonne désormais dans toute la France. Dans la foule des anonymes qui défilent contre la réforme des retraites, impossible de rater les « Rosies » – une référence à « Rosie la riveteuse », l’emblème de la lutte pour l’égalité professionnelle. Bleu de travail, gants jaunes et bandana rouge, elles étaient encore là, mardi 3 mars, à l’heure où le gouvernement s’apprêtait à recourir au 49.3 pour faire adopter sans vote le volet ordinaire du projet de loi à l’Assemblée nationale. A l’ombre des ailes noires de faux vautours symbolisant les gestionnaires d’actifs comme BlackRock, les voilà qui entonnent A cause de Macron, une version parodique d’A cause des garçons, un tube de 1987.
Tremblez @Meyer_Habib, @PascalPraud et autres défenseurs du patriarcat .. les dangereuses Rosies d’#AcauseDeMacron… https://t.co/nNKyl5D9Xh
— CauseMacron (@A cause de Macron)
Tout est parti d’une vidéo de l’association Attac, imaginée pendant les vacances de Noël. Quelques jours plus tôt, le 11 décembre 2019, lors de la présentation de la réforme au Conseil économique, environnemental et social, le premier ministre, Edouard Philippe, avait lancé : « Les femmes seront les grandes gagnantes du système universel. » Et de vanter une majoration en points de 5 % accordée aux parents et ce « dès le premier enfant », des pensions de réversion améliorées ou encore l’abaissement de l’âge d’annulation de la décote pour une retraite à taux plein de « deux à trois ans » pour celles actuellement obligées d’attendre 67 ans pour obtenir une pension complète.
« Du baume au cœur »
Cette communication a fait bondir un certain nombre de féministes. Dans la foulée, à Paris, un meeting est organisé à la Maison des métallos, à l’initiative de la députée « insoumise » Clémentine Autain. « La réforme fragilise les dispositifs correctifs qui existent aujourd’hui, comme les majorations pour enfants ou les pensions de réversion, dénonce Sophie Binet (CGT). Avec le calcul sur toute la carrière, les années de temps partiel ou d’interruption pour enfant se paieront cash. »
Attac prend le relais pendant la trêve des confiseurs avec son clip et décide de le décliner dans le défilé parisien à la rentrée, chorégraphie à l’appui. « Il s’agissait de donner du baume au cœur pendant les vacances de Noël et on s’est dit que face aux violences policières, il fallait aussi faire quelque chose dans les cortèges », raconte sa porte-parole, Aurélie Trouvé. Du matériel est mis à disposition sur le site d’Attac, avec les paroles de la chanson et un tutoriel. Les réseaux sociaux font le reste. « Ça donne une dimension festive à nos luttes qui n’enlève rien au fond politique, considère Murielle Guilbert (Solidaires). Ça dynamise des modes d’action traditionnels qui usent les militants. »