Les travailleurs des plates-formes, grands absents pour l’élection de leurs représentants

La première élection des représentants des travailleurs des plates-formes de mobilité, qualifiée de « rendez-vous historique », lors de l’ouverture du scrutin, le 9 mai, par Elisabeth Borne, alors ministre du travail, a plutôt l’allure d’un rendez-vous manqué, lors de sa clôture, le 16 mai. Parmi les 39 314 chauffeurs de VTC et les 84 243 livreurs à deux-roues et trois-roues appelés aux urnes, seuls 3 088 d’entre eux ont pris part au vote, avec une participation de 3,91 % chez les VTC et de 1,83 % chez les livreurs.

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L’offre était pourtant pléthorique, avec, au total, seize organisations et syndicats candidats. Chez les VTC, l’Association VTC de France (42,81 %) arrive largement en tête, parmi les sept listes élues. Chez les livreurs, seules quatre sur neuf passent la barre des 5 % des suffrages exprimés pour être déclarées représentatives, avec, en tête, la Fédération nationale des autoentrepreneurs (FNAE), à 28,45 %, talonnée par la CGT, à 27,28 %, suivie de l’Union Indépendant (dont la CFDT est membre fondateur), à 22,32 %. Parmi les autres syndicats, seul SUD-Commerces est représentatif (5,39 %), la CFTC, FO, la CFTC, la CNT-SO et l’UNSA étant éliminées.

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A l’Autorité des relations sociales des plates-formes d’emploi (ARPE), une structure publique créée pour organiser l’élection et les concertations qui devraient suivre entre les plates-formes et les représentants des travailleurs, Bruno Mettling, son président, se réjouit que « des négociations vont pouvoir s’engager », même s’il admet « une déception » sur la participation. Mais cette faiblesse n’entache pas, à ses yeux, la légitimité des organisations élues.

Le mode de scrutin pose question

Le mode de scrutin pose question. Il s’agissait d’un vote électronique pour lequel les travailleurs devaient recevoir par courriel un identifiant de la part du prestataire choisi par le gouvernement, puis entrer celui-ci en se connectant au site du vote ainsi qu’une donnée personnelle : pour les VTC, leur numéro de carte professionnelle ; pour les livreurs, les cinq derniers chiffres de leur numéro IBAN de compte bancaire. Or, « les livreurs ont souvent plusieurs IBAN, en changent souvent », explique Joël Blondel, directeur général de l’ARPE. « Indéniablement, ce système a pu être un frein à la participation. »

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« Je me réjouis de notre score, mais je suis déçu par les modalités assez compliquées » du vote, réagit Karim Daoud, président de l’Association VTC de France. Malgré son bon résultat, la CGT parle, elle, de « fiasco annoncé » : « Comme nous l’avons vérifié auprès des centaines de livreurs rencontrés (…), la très grande majorité [d’entre eux] n’[ont] pas pu voter, faute d’avoir reçu les identifiants. »

Une polémique, apparue dès le début du scrutin, a également pu peser. M. Mettling a, en effet, été mis en cause dans un article de L’Humanité comme étant « le principal auteur de la contribution d’Uber », lors de la mission Frouin sur le statut des travailleurs et le dialogue social dans les plates-formes, en 2020, ce qui aurait créé « un conflit d’intérêts » pour le président de l’ARPE. Ce que l’intéressé conteste : « Le cabinet de stratégie AT Kearney a réuni des experts du numérique, dont moi-même. Ensuite, ce cabinet a remis mon expertise à Uber. Je n’ai pas écrit l’argumentation d’Uber. »

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