Les salariés de Technicolor interpellent l’Etat sur les licenciements

Manifestation de salariés de Technicolor, à Rennes, le 17 septembre.

« L’argent de [la banque publique d’investissement] Bpifrance va-t-il permettre à la direction de Technicolor de délocaliser en Inde ? Comment l’Etat peut-il financer des délocalisations ? » Ce sont les questions que posent aux pouvoirs publics les salariés du site Technicolor de Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine), spécialisé dans les décodeurs numériques, depuis qu’ils ont appris, le 2 juillet, la suppression de 110 postes (sur 286). Les représentants des salariés soutiennent que l’activité de développement de logiciel sera transférée en Inde, avec embauche d’ingénieurs localement et transmission de savoir-faire. Une délocalisation, en somme, que la direction de Technicolor aurait reconnue lors de la première réunion du comité social et économique (CSE) cet été, mais qu’elle n’a voulu ni confirmer ni infirmer au Monde.

L’entreprise replace ces licenciements dans « un plan de transformation » ayant pour objectif de « poursuivre la rationalisation » de ses sites R&D, dont beaucoup ont déjà été fermés à l’étranger. Ces licenciements interviennent surtout à un moment critique pour Technicolor, placée sous procédure de sauvegarde par le tribunal de commerce cet été alors que, très endettée, elle risquait de ne pouvoir rembourser une échéance de prêt. Le plan de sauvetage s’est déroulé en deux temps : une restructuration de ses créances et l’entrée d’argent frais. C’est là qu’intervient Bpifrance.

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Actionnaire de Technicolor (ex-Thomson) depuis 2013, la banque publique détenait, avant les opérations financières de l’été, 7,58 % du capital, et des droits de vote proportionnels. Dans le cadre de la procédure de sauvegarde, elle s’est engagée, comme tous les actionnaires, à souscrire de nouvelles actions. Elle a ainsi réinjecté 20 millions d’euros dans l’entreprise fin août. Après, donc, l’annonce du plan de licenciements, s’indignent les salariés. « Bpifrance a remis au pot en sachant qu’ils délocalisaient !, insiste Nicolas Grelier, porte-parole de l’intersyndicale. Comment a-t-elle pu soutenir le plan financier sans plus de conditions sur l’emploi ? On est surpris qu’ils aient laissé passer cela si facilement. » « On a du mal à comprendre le rôle de Bpifrance », renchérit la députée LRM d’Ille-et-Villaine Laurence Maillart-Méhaignerie, qui a été reçue avec les salariés et le maire de Cesson-Sévigné, le 2 septembre, au ministère de l’économie.

« Restructuration financière »

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