« Les entreprises ont tout à gagner à embrasser une transformation volontaire vers des modèles d’affaires décarbonés »

Tribune. L’année n’est pas terminée, mais pour tous elle restera l’annus horribilis. Pourtant, en parallèle d’une économie à genoux, certains décideurs politiques semblent se réengager dans la dynamique qui a suivi la COP21, les quatre premières économies mondiales ayant désormais confirmé leurs ambitions vers la neutralité carbone. Mais que valent ces engagements ?
Rappelons que l’entrée en vigueur de l’accord de Paris de 2015 n’a eu aucun effet sur les émissions de CO2 mondiales, qui continuent d’augmenter. Seuls 16 pays sur les 197 signataires ont engagé une stratégie carbone crédible. Les autres – dont la France – n’ont rien fait. Notre système économique étant configuré pour la prédation du vivant, son efficacité dépend de sa capacité à faire dysfonctionner le climat !
Joe Biden, le nouveau président démocrate des Etats-Unis, ne remettra pas en cause l’American way of life, qui produit de la valeur économique de manière inversement proportionnelle à sa capacité à détruire le capital naturel. Et en France ? Affirmer vouloir contribuer à sauver l’humanité du péril climatique implique de remettre en question nos modes de vie… Ce qui concerne en premier chef ceux qui, précisément, portent l’essentiel des responsabilités du dérèglement climatique.
Un sujet abstrait pour des décideurs publics et privés
Raison pour laquelle les décideurs proposent plus de discours que de radicalité. Peur du changement, travail de sape des marchands de doute et propension à aller vers la facilité et le court terme en tant que citoyen, entreprise ou Etat… tout est bon pour remettre les actions à plus tard sans pour autant cesser de claironner des engagements à 2050, qui fixent en réalité un nouvel horizon pour ne rien faire de concret jusqu’en 2049 minuit moins le quart, à part peut-être créer des instances de réflexion.
Force est de constater que pour la plupart des décideurs, privés comme publics, le sujet du climat est encore abstrait. Il provoque toujours les haussements d’épaules de ceux qui pensent que la technologie et le « génie » humain triomphent de tous les défis. Quant au sujet de l’avènement du « monde de demain », poussé par une jeune génération, il fait encore sourire les cyniques et les gens dits sérieux.
Comment sortir de l’inaction alors que l’évidence est sous nos yeux ? Ne rien faire aujourd’hui pour le climat et la destruction des écosystèmes, c’est précipiter les mouvements sociaux, les migrations désespérées, les décès par maladies respiratoires et auto-immunes, c’est abattre des pans entiers de nos libertés, encore plus sournoisement que ne l’aura fait le virus, et c’est faire le lit du populisme en même temps que celui d’autres Covid.
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