« Il est temps de poser une limite décente aux écarts de revenus »

Notre plaidoyer pour un écart décent de rémunération au sein de l’entreprise et de la société est fondé sur un simple principe éthique. Qui peut se prévaloir, quels que soient son mérite et son talent, de créer en un mois plus de richesses que quiconque en un an ? L’affirmer de façon péremptoire, c’est être oublieux de notre « endettement mutuel » : nous sommes collectivement héritiers de l’œuvre de ceux qui nous ont précédés et redevables de la communauté de travail à laquelle nous appartenons. Toute réussite personnelle est le fruit de ces deux réalités que personne ne peut nier.

« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » En rendant visible le caractère vital de métiers mal rémunérés, l’épisode pandémique a mis en évidence notre interdépendance non seulement planétaire mais sociale. Il nous permet d’ouvrir à nouveau un débat largement méprisé ces dernières décennies : l’échelle des salaires est un choix profondément politique qui traduit l’échelle de valeur d’une société.

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Limiter les écarts de salaire est donc constitutif du contrat social, mais aussi de notre dessein économique et écologique commun. La démesure dans la concentration des richesses génère des modes de vie incompatibles avec un développement soutenable : l’appât du gain et le consumérisme mimétique nous enferment dans une normalité marchande qui épuise nos vies et la planète. A l’inverse, poser une limite ouvre la voie à un rééquilibrage avec d’autres sphères de l’existence.

Puissant désir de justice

C’est aussi une question de saine économie. L’indécence, tout autant que l’indolence, fragilise la conscience professionnelle et l’esprit d’entreprise. L’injustice mine l’effort : une société plus égalitaire est aussi une société plus productive et plus créative. Tout nous invite donc à agir de façon préventive, en résorbant les inégalités directement à la source de la distribution des revenus.

« Tout nous invite à résorber les inégalités directement à la source de la distribution des revenus »

En effet, alors que l’impôt peine à atténuer la toxicité des effets de concentration de la richesse, notre proposition est facteur d’assainissement et d’efficacité pour l’économie. Tandis que le partage inique de la valeur produite induit une désolidarisation effective au sein de l’entreprise, le fait de poser une limite aux écarts de revenus génère une solidarité mécanique entre les dirigeants et l’ensemble des salariés reconnus comme partie constituante de celle-ci.

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