Coronavirus : Dans le secteur de l’événementiel, « les clients annulent en cascade »

Depuis quelques jours, le téléphone de Michaël Nussbaumer ne sonne plus. « Tout est calme », déplore-t-il. Trop calme. Pour ce dirigeant de Cosmik Jump, une agence événementielle installée à Annecy, les semaines à venir seront difficiles. « Certains clients ont annulé leurs manifestations, d’autres sont en stand-by et attendent de voir comment les choses vont évoluer. » M. Nussbaumer, qui emploie trois salariés, peut « tenir » jusqu’à fin mai en termes de trésorerie. Sa plus grande crainte est de voir le Pharaonic, festival de musique électronique qui doit se tenir fin mars à Chambéry, annulé. « Auquel cas, une grosse partie de notre chiffre d’affaires de l’année sera perdu », dit-il, refusant malgré tout de céder à la panique. « Nos prestataires sur les événements, artistes, intermittents, free-lance, sont encore plus touchés que nous. Ils n’ont rien pour voir venir. »
L’événementiel apparaît d’ores et déjà comme l’un des plus touchés par les conséquences économiques de l’épidémie due au coronavirus. Or ce secteur déploie une activité considérable : pas moins de 380 000 événements organisés à l’initiative d’une entreprise ou d’une institution ont eu lieu en France en 2018 – soit plus d’un millier par jour –, générant 32 milliards d’euros de retombées, selon une enquête d’EY publiée en novembre 2019.
Une catastrophe pour ce secteur et ses 335 000 emplois
« Depuis vendredi [28 février], les clients annulent en cascade leurs événements de moins de 5 000 personnes, par précaution, considérant qu’ils ne peuvent pas prendre le moindre risque de réunir leurs collaborateurs ou clients », constate Bertrand Biard, président de l’association LÉVÉNEMENT, qui rassemble 63 entreprises du secteur, soit 80 % du marché. « Les entreprises nous remontent à chaque instant des annulations qui s’enchaînent, entraînant mécaniquement, pour la plupart d’entre elles, la disparition quasi totale de leur chiffre d’affaires. »
Une catastrophe pour ce secteur et ses 335 000 emplois (en équivalent temps plein) comprenant de multiples métiers – agences, organisateurs, traiteurs, loueurs de salles, prestataires techniques, animateurs… – et composé d’une myriade de PME ou de TPE (très petites entreprises), voire d’indépendants. Des petites entreprises, qui, bien souvent, ne disposent pas de la trésorerie suffisante pour laisser passer l’orage, d’autant que personne ne sait quelle sera la durée et l’ampleur de la crise. Les assureurs ne leur seront pas d’un grand secours, puisque les clauses d’annulation figurant sur les contrats excluent toutes les conséquences directes ou indirectes des effets du Covid-19, et ce depuis la qualification d’épidémie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).