La Cour des comptes tire un bilan plutôt positif du recours à l’IA par France Travail

En expérimentant de premiers outils d’intelligence artificielle (IA) dès le milieu des années 2010, France Travail a su se montrer novateur. Une anticipation salutaire à l’heure du plein essor de la technologie : l’opérateur a su déployer l’IA de manière structurée, avec des résultats opérationnels inégaux mais prometteurs, malgré des lacunes persistantes en matière de gouvernance et de données.

C’est le bilan que dresse la Cour des comptes du recours à l’IA par France Travail, dans un rapport rendu public mercredi 7 janvier. La haute juridiction a analysé près de dix ans d’usage de l’IA par l’opérateur public de l’emploi. L’enquête porte sur la période allant de 2017 à 2025 et examine les conditions de mise en œuvre de la technologie, ses effets concrets ainsi que le respect du cadre juridique et éthique. C’est la première fois qu’une telle évaluation est menée pour un opérateur de l’Etat.

Depuis 2015, France Travail – qui a succédé à Pôle emploi le 1er janvier 2024 – utilise l’IA dans vingt-sept cas d’usages déployés à grande échelle, avec un essor depuis 2019, selon un recensement de la Cour. « France Travail utilise de façon croissante l’intelligence artificielle, principalement en soutien de sa mission d’accompagnement des demandeurs d’emploi et des entreprises », expliquent les auteurs du rapport. Les autres missions, telles que l’indemnisation ou la lutte contre la fraude, demeurent marginalement concernées.

« Gains d’efficience »

Le déploiement de l’IA au sein de l’opérateur public s’est concentré autour de deux programmes. « Intelligence emploi », d’abord, entre 2019 et 2022, visait à « installer durablement l’IA à travers une approche systémique », avec une capacité à développer des solutions d’IA. Le second dispositif, « Data IA », lancé en 2024, doit permettre de suivre les progrès des nouvelles technologies utilisant l’IA générative. En mars 2025, 56 % des agents interrogés déclarent utiliser l’IA, dont 9 % chaque jour, et 18 % plusieurs fois par semaine.

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Le plan social géant d’Auchan invalidé en appel par la justice

La cour administrative d’appel de Douai (Nord) a confirmé, mercredi 7 janvier, l’invalidation du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) d’Auchan prévoyant la suppression de près de 2 400 postes, selon l’arrêt consulté par l’Agence France-Presse (AFP). Qualifiant cette décision de « juridiquement incompréhensible », Auchan Retail a « décidé de se pourvoir devant le Conseil d’Etat », a fait savoir le distributeur dans un communiqué.

Si elle devenait définitive, cette invalidation ouvrirait a minima la voie à des indemnisations supplémentaires devant les prud’hommes pour les salariés qui les saisiraient. Auchan Retail a en revanche souligné que « cette décision n’annule ni les licenciements économiques prononcés, ni le principe même du PSE et la nouvelle organisation. »

Durant la procédure d’information et consultation, Auchan Retail France a fourni aux Comités social et économiques (CSE) des huit sociétés concernées par le PSE les chiffres à l’échelle de la société Suraumarché, qui contrôle ces huit entreprises. Or, la cour administrative d’appel pointe dans son arrêt que Suraumarché est détenu en quasi-totalité par Acanthe, Valorest et Cimofat, trois des principales sociétés de la galaxie Mulliez.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Le plan social géant d’Auchan acte la fin de son modèle historique

Si aucune n’est majoritaire, elles ont en réalité « les mêmes instances dirigeantes, des sièges sociaux établis à la même adresse et des objets sociaux similaires », et leurs statuts précisent que « les actionnaires ne peuvent être que des descendants de Louis et Marguerite Mulliez-Lestienne ». En conséquence, en ne présentant pas aux CSE consultés les données relatives à ces trois sociétés, Auchan « n’a pas permis [aux CSE] d’émettre régulièrement un avis sur l’opération projetée », affirme la cour administrative d’appel.

Demande de réintégration des salariés

L’empire Mulliez, dont d’autres enseignes comme Decathlon et Kiabi, sont en bien meilleure santé financière, ne constitue pas un groupe, mais une galaxie à la structure complexe, mélangeant des sociétés civiles détenues par la famille et des holdings gérant les enseignes.

La fédération CGT Commerces et Services, qui faisait partie des syndicats ayant saisi la justice administrative, a réclamé dans un communiqué « la réintégration de plein droit de tous les salariés dont le contrat aurait déjà été rompu ».

Sur les 2 400 salariés concernés par ce PSE, « 1 990 ont déjà trouvé une solution (reclassement interne, préretraite, emploi, création d’entreprise ou reconversion) », assure Auchan Retail.

En difficulté, Auchan a annoncé en novembre le passage de 300 de ses supermarchés sous bannières Intermarché et Netto. Un projet qui n’entraînera pas de suppressions d’emplois, a promis le directeur général d’Auchan Retail, Guillaume Darrasse.

Lire dans la série « Successions » (en 2021) : Article réservé à nos abonnés Les Mulliez, un modèle de « communisme familial »

Le Monde avec AFP

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En 2025, la hausse des départs collectifs a posé des difficultés particulières aux PME

Des salariés du géant de l’acier ArcelorMittal après l’annonce d’un plan de sauvegarde de l’emploi, à Indre (Loire-Atlantique), le 7 mai 2025.

L’année 2025 a été marquée par l’accélération du nombre de plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) dans la métallurgie, la distribution, l’informatique… Et la liste n’est pas exhaustive. Quel bilan pour le management ? C’est sur ce thème que les Rencontres RH ont clôturé l’année. Ce rendez-vous mensuel de l’actualité du management, organisé par Le Monde en partenariat avec l’Association pour l’emploi des cadres, s’est tenu le 16 décembre 2025 à Paris, en l’absence de nombreux DRH qui, bien qu’ayant exprimé un fort intérêt pour le sujet, ont finalement préféré ne pas venir en parler.

Echanger publiquement sur les PSE est toujours délicat pour l’image des entreprises. Ce que nous ont confirmé les deux représentants des ressources humaines qui ont participé au débat, avec Annie Jolivet, économiste du travail et ingénieure de recherche au Conservatoire national des arts et métiers et au Centre d’études sur l’emploi et le travail. Christophe Le Bars, DRH de transition, et Alexis Lembo, fondateur de MPO, une société de conseil en accompagnement des restructurations, ont témoigné des difficultés particulières des petites et moyennes entreprises, brutalement confrontées aux départs collectifs.

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Ce qui change en 2026 pour les salariés et les directions des ressources humaines

L’adoption définitive du budget de la Sécurité sociale, le 16 décembre 2025, amène plusieurs modifications pour les salariés et les entreprises. Ainsi, le coût des ruptures conventionnelles va augmenter pour l’employeur, le taux de la contribution patronale passant de 30 % à 40 % de l’indemnité perçue par le salarié. Une hausse que regrette Audrey Richard, présidente de l’Association nationale des DRH : « La rupture conventionnelle est un outil très utilisé et qui permet une séparation apaisée. Certaines entreprises vont désormais hésiter à y avoir recours. »

« Cette hausse est un frein à un outil qui a de nombreuses vertus, renchérit Joëlle Muchada, avocate associée au cabinet Voltaire Avocats. Les entreprises craignent que cela ne mène à des situations conflictuelles. »

En revanche, elle approuve le plafonnement des arrêts maladie : la première prescription sera d’une durée maximale d’un mois, et de deux mois en cas de renouvellement, et ce, à compter du 1er septembre 2026. « Ce plafonnement va offrir aux entreprises une meilleure visibilité et faciliter la gestion des remplacements », estime l’avocate.

Autre nouveauté : le congé supplémentaire de naissance, qui sera effectif au 1er juillet prochain. Il concernera les parents d’enfants nés à compter du 1er janvier 2026. Il pourra être pris par chacun des parents, simultanément ou séparément. Il offre jusqu’à deux mois supplémentaires de congé après la naissance de l’enfant et il s’ajoute aux congés maternité ou paternité existants.

La rémunération s’élèverait à 70 % du salaire net le premier mois, puis 60 % le second. Les montants doivent être précisés par décret. « C’est une bonne mesure, car elle encourage une répartition plus équilibrée des responsabilités familiales et professionnelles, contribuant ainsi à l’égalité hommes-femmes, apprécie Audrey Richard. Reste que les entreprises vont devoir anticiper l’organisation du travail pour assurer la continuité de l’activité. »

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Pouvoir d’achat : les syndicats sceptiques sur le déblocage anticipé de l’épargne salariale

Le ministre des petites et moyennes entreprises, Serge Papin, après le conseil des ministres à l’Elysée, le 5 janvier 2026.

L’objectif poursuivi est consensuel, mais les modalités pour l’atteindre ne font vraiment pas l’unanimité. Lundi 5 janvier, le cabinet du ministre des petites et moyennes entreprises (PME), Serge Papin, a mené une série d’entretiens avec des syndicats et des organisations patronales afin d’examiner un projet de mesure qui vise à améliorer le pouvoir d’achat d’une partie des salariés. A ce stade, le mécanisme à l’étude inspire du scepticisme, voire de vives critiques, parce qu’il est jugé insuffisamment ambitieux ou assimilé à de la poudre aux yeux.

L’hypothèse a émergé cinq jours après la nomination de M. Papin au sein du gouvernement. Le 17 octobre 2025, sur RTL, l’ancien PDG du groupe de distribution Système U avait plaidé pour que des décisions soient prises afin d’octroyer un « complément » de rémunération, ciblant en particulier les « classes moyennes », avec l’idée qu’il soit immédiatement « disponible pour la consommation ». Il était alors question de jouer sur « l’intéressement », un dispositif de partage de la valeur instauré dans de nombreuses sociétés qui attribuent ainsi des primes à leurs personnels en fonction des résultats réalisés. Le schéma mis en avant demeurait cependant très vague.

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Vers une baisse inédite en dix ans des entrées en apprentissage

Un formateur s’adresse à des apprentis dans l’atelier du Centre de formation de la facture d’orgues, à Eschau (Bas-Rhin), le 5 septembre 2023.

Vers un atterrissage en douceur ou une descente en piqué ? De début janvier à fin octobre, près de 769 000 contrats d’apprentissage ont été signés dans le privé et dans le public, soit un total inférieur de 4,4 % par rapport à la même période de 2024. Mise en évidence dans une publication diffusée, mardi 30 décembre, par le ministère du travail, cette évolution ne constitue pas une surprise, compte tenu – en particulier – des restrictions budgétaires imposées depuis trois ans à cette voie de formation. Un nouveau tour de vis devant être donné durant les prochaines semaines par le gouvernement, la question qui se pose désormais est de savoir si cette politique en faveur de l’insertion professionnelle des jeunes risque de dépérir.

Il paraît aujourd’hui acquis que le bilan de 2025 sera moins flatteur que celui de l’exercice précédent, même si les services de l’Etat ne disposent pas encore de toutes les données pour le dire avec précision. Se fondant sur des statistiques fournies par des opérateurs qui évoluent exclusivement dans le privé, le ministère du travail a récemment livré une estimation orientée à la baisse : comparé à 2024, le nombre de contrats d’apprentissage signés au cours des douze derniers mois devrait enregistrer une érosion de 3 % à 4 %, d’après ces calculs rapportés dans le quotidien Les Echos du 26 décembre.

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Brandt : un projet prévoit d’embaucher 150 salariés, sur les près de 350 que comptait l’usine d’Orléans

Devant l’usine Brandt, à Vendôme, le 11 décembre 2025, après le verdict du tribunal.

L’homme d’affaires Stephan Français, patron de Thomson Computing, a présenté mercredi 24 décembre à Orléans, lors d’une conférence de presse, un projet de reprise du site d’Orléans du groupe d’électroménager Brandt, en liquidation judiciaire.

Il prévoit de continuer une partie de la production d’électroménager et d’y ajouter celle de produits électroniques, avec l’embauche de 150 salariés dans un premier temps, sur les près de 350 que comptait l’usine, principal site industriel de Brandt.

« Aujourd’hui nous avons une solution de reprise, de redémarrage, de renouveau, (…) elle s’appelle Stephan Français », a déclaré le maire d’Orléans, Serge Grouard, qualifiant le projet de « sérieux », même s’il présente une « part de risque », lors d’un point presse commun à la mairie d’Orléans. « Il faut aller très vite pour relancer la machine, relancer la production, garder un cœur de salariés et garder le plus de clients possible », a martelé l’élu.

Appel d’offres lancé courant janvier

Le tribunal des activités économiques de Nanterre avait prononcé, le 11 décembre, la liquidation judiciaire du groupe centenaire d’électroménager Brandt, qui employait quelque 700 personnes, notamment près d’Orléans, où se trouve le principal site industriel du groupe. La justice a rejeté un projet de société coopérative et participative (SCOP), soutenu par le Groupe Revive, qui devait permettre de sauver au moins 370 emplois.

Un appel d’offres pour la reprise de l’usine doit être lancé courant janvier, a précisé Bercy. « Toute piste de reprise mérite d’être examinée avec attention, mais aucune ne saurait être tenue pour acquise sans un travail d’analyse approfondi », a réagi auprès de l’Agence France-Presser le ministre délégué chargé de l’industrie, Sébastien Martin. M. Martin avait annoncé, mi-décembre, qu’un projet industriel restait possible pour Brandt, pas forcément dans le secteur de l’électroménager.

Attentif à la « maîtrise des coûts », M. Français a précisé que son projet commencerait avec « 150 salariés » dès l’année prochaine. « Après, progressivement, si les résultats sont là, on embauchera », a-t-il affirmé, évoquant « jusqu’à 250 salariés sur un plan à cinq ans ».

Le Monde avec AFP

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Appel à témoignages : vous rencontrez des difficultés à vous loger parce que vous êtes intérimaire, autoentrepreneur ou en CDD, racontez-nous

La Société éditrice du Monde souhaite présenter dans ses publications une sélection de témoignages, sous forme d’écrits, de photographies et de vidéos (ci-après désignés ensemble ou séparément « Contribution(s) ») qui lui sont soumis librement par les internautes.

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Stéphane Carcillo, président du Groupe d’experts smic : « Baisser de manière ciblée le coût du travail est une stratégie gagnante pour l’emploi »

Dans un entretien accordé au Monde le 1er décembre, l’économiste Clément Carbonnier affirme que « la baisse des coûts du travail est un mauvais outil pour créer de l’emploi ». Ce débat mérite mieux qu’un verdict global.

Il est vrai que la France a accumulé au fil des décennies des dispositifs coûteux dont l’efficacité s’est probablement érodée à mesure que l’on s’est éloigné des bas salaires. Toutefois, comme nous le rappelons dans le rapport du Groupe d’experts sur le smic récemment publié, la littérature empirique disponible ne permet en aucun cas de conclure que la baisse du coût du travail serait, par nature, inopérante sur l’emploi. Tout dépend du niveau du salaire minimum et du ciblage des aides aux employeurs.

Nos conclusions sont cohérentes avec le rapport d’Antoine Bozio et d’Etienne Wasmer de 2024, qui dresse un bilan complet des politiques d’exonération de cotisations patronales. Les auteurs ne contestent pas l’existence d’un effet emploi des allègements de cotisations près du smic. Ils rappellent au contraire que les évaluations empiriques mettent en évidence des effets significatifs pour les emplois peu qualifiés, en France comme à l’étranger.

De la même manière, dans sa synthèse de 2019, le Conseil d’analyse économique (CAE) concluait que « les baisses du coût du travail, lorsqu’elles ne se font pas sous la forme d’un crédit d’impôt et lorsqu’elles sont concentrées sur les bas salaires, ont bien un impact positif sur l’emploi ».

Un effet modéré du CICE

A l’inverse, les études montrent que le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), qui a étalé un surcroît d’allègement de cotisations jusqu’à plus de trois fois le smic, n’a eu qu’un effet très modéré sur l’emploi, comme l’a d’ailleurs montré Clément Carbonnier lui-même avec ses coauteurs, dans leur rapport publié par le Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (Liepp) de Sciences Po, en 2017.

La principale raison est que la sensibilité de l’emploi à son coût est décroissante avec le salaire : si le coût du travail peut effectivement constituer un frein à l’embauche au bas de l’échelle, notamment dans les petites et moyennes entreprises, il devient un facteur de moins en moins important à mesure que les salaires augmentent, car la productivité des salariés concernés compense largement le coût qu’ils représentent.

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L’IA grignote inexorablement le travail des traducteurs littéraires

« Je n’aurais jamais cru que, de mon vivant, je verrais disparaître mon métier. C’est pourtant ce qu’il se passe », se désole la traductrice anglais-russe-français Karine Reignier-Guerre, âgée de 55 ans. Chargée de cours et tutrice en master de traduction littéraire à l’université Paris Cité et à l’université d’Avignon, elle propose aujourd’hui à ses étudiants une approche très concrète de l’intelligence artificielle (IA) générative. « Si c’est un cataclysme, il faut leur en parler et les préparer à l’affronter », dit-elle.

Chaque année, depuis 2020, elle choisit donc un ouvrage de cosy mystery, un sous-genre de fiction policière sans violence, se déroulant souvent dans les confins de la campagne anglaise, à l’écriture à la fois simple et très codifiée, dialoguée et pauvre en métaphores. « Je propose deux feuillets aux étudiants de master 2 en fin de cursus. Ils traduisent le texte et j’anonymise leurs versions. J’utilise aussi un texte traduit par un logiciel comme DeepL », détaille-t-elle. A l’aveugle, les étudiants doivent ensuite distinguer la version humaine rédigée par leur voisin et celle réalisée par la machine. « Il y a trois ans encore, tous faisaient immédiatement la différence. Aujourd’hui, presque tous se trompent : les marqueurs qui trahissent l’IA sont devenus bien plus difficiles à déceler », explique la traductrice.

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