Amazon annonce 16 000 suppressions de postes dans le monde pour accélérer sur l’intelligence artificielle

Le logo Amazon, à Dublin, en Irlande, le 28 octobre 2025.

Le géant du commerce en ligne Amazon va supprimer 16 000 postes dans le monde, sans donner de précisions sur les emplois concernés, a expliqué le mastodonte dans un message adressé aux employés mercredi 28 janvier et consulté par l’Agence France-Presse (AFP).

« Nous travaillons (…) pour soutenir toutes les personnes dont le poste est touché », précise Amazon, ajoutant que de nouveaux postes seront offerts à certains salariés lorsque cela sera possible.

En juin, le patron de la multinationale, Andy Jassy, avait affiché sa volonté de réduire les coûts, en pleine course aux investissements dans l’intelligence artificielle. Il avait annoncé que le développement de l’IA allait, « dans les prochaines années (…) réduire [les] effectifs de bureaux ». Cela s’était traduit, fin octobre, par une première vague de suppression de 14 000 postes.

27 000 postes

Beth Galetti, vice-présidente chargée des ressources humaines et de la technologie, avait alors laissé entendre que ces suppressions n’étaient qu’une étape avant « de continuer à recruter dans des domaines stratégiques-clés tout en identifiant d’autres occasions de supprimer des [postes] » en 2026.

« Comme je l’ai précisé en octobre, nous avons travaillé à renforcer notre organisation en réduisant les strates, en accroissant la responsabilisation et en supprimant la bureaucratie », a-t-elle écrit dans son message aux employés, mercredi. « Si de nombreuses équipes ont finalisé leurs changements organisationnels en octobre, d’autres n’ont achevé ce travail que maintenant », a-t-elle ajouté.

« Pendant que nous mettons en œuvre ces changements, nous continuerons également à recruter et à investir dans des domaines et des fonctions stratégiques qui sont essentiels à notre avenir », a complété Beth Galetti.

Débuté en 2021, le mandat d’Andy Jassy a déjà été marqué par un mouvement similaire, avec 27 000 suppressions de postes lors de l’hiver 2022-2023.

Le Monde avec AFP

Au Pays basque, des entreprises s’unissent pour créer des logements pour leurs salariés

Un ancien corps de ferme, à Hasparren (Pyrénées-Atlantiques), rénové par la SCI Lan eta bizi herrian (« travailler et vivre au Pays basque »), constituée d’entrepreneurs locaux.

C’est une belle maison dans la pure tradition basque, avec ses murs blancs, ses volets rouges « baigorry » et ses vieux colombages en façade. A voir cet ancien corps de ferme rénové situé à Hasparren (Pyrénées-Atlantiques), il est difficile de deviner qu’il y a deux ans, seulement deux murs tenaient encore debout. Aujourd’hui, la bâtisse appartient à la société civile immobilière (SCI) Lan eta bizi herrian (« travailler et vivre au Pays basque »).

L’idée de cette SCI a germé en 2023 dans l’esprit d’entrepreneurs locaux. « Le problème du logement au Pays basque ne fait que s’amplifier et m’a déjà empêché de recruter », explique Hubert Candelé, dirigeant de la laiterie Bastidarra. « Il ne se passe pas un mois sans qu’un salarié ait un besoin de logement à la suite d’une séparation, d’une naissance… Or la plupart d’entre eux sont dans la mauvaise case, constate pour sa part Peio Etxeleku, dirigeant de la fromagerie Agour. Ils ne sont ni assez pauvres pour être prioritaires dans l’accès aux logements sociaux ni assez riches pour s’offrir des logements aux prix pratiqués au Pays basque, notamment sur la côte. » Pour Brice Goguet, président du groupe de sellerie Voltaire, « ces difficultés pour se loger créent un véritable stress chez les salariés ».

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« Territoires zéro chômeur de longue durée » : l’Assemblée nationale vote la pérennisation du dispositif

Vue générale de l’hémicycle lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, à Paris, le 27 janvier 2026.

L’Assemblée nationale a approuvé à l’unanimité en première lecture, mardi 27 janvier dans la soirée, la pérennisation de l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée » et son intégration dans le droit commun.

La proposition de loi portée par le député (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires) des Vosges Stéphane Viry a été adoptée par 96 voix (23 abstentions). Elle va désormais poursuivre son parcours au Sénat.

Mise en place par une loi en 2016, cette expérimentation qui repose sur l’idée que « personne n’est inemployable », permet à des territoires volontaires « de 5 à 10 000 habitants » de créer des « entreprises à but d’emploi » (EBE), qui recrutent en CDI des personnes durablement éloignées de l’emploi.

Lire aussi (2020) | Article réservé à nos abonnés « Territoires zéro chômeur », une nouvelle arme contre l’exclusion

Elle a été prolongée en 2020 et devait en principe prendre fin le 30 juin 2026, au grand dam des nombreux députés qui soutiennent l’initiative, et des quelque 4 000 personnes employées au sein d’un des 83 Territoires zéro chômeur de longue durée créés. Mais un amendement retenu dans le cadre de la discussion budgétaire devrait permettre de prolonger l’expérimentation jusqu’à la fin de l’année, selon le ministre du travail, Jean-Pierre Farandou.

Lire aussi le reportage | Article réservé à nos abonnés A Bléré, l’expérimentation qui a sorti 130 personnes du chômage de longue durée

Un dispositif jugé utile mais coûteux

Et la proposition de loi de M. Viry, largement réécrite via quatre amendements du gouvernement, doit permettre une « pérennisation » du dispositif, avec un « chapitre dédié dans le code du travail », a-t-il dit devant les députés.

Les amendements du gouvernement tiennent notamment compte, pour l’évolution de la gouvernance de « territoires zéro chômeur », d’un rapport de la Cour des comptes paru en juin 2025, qui a souligné l’utilité de l’expérimentation tout en en soulignant le coût élevé pour les finances publiques (28 000 euros par équivalent temps plein en 2023, davantage que d’autres dispositifs d’insertion).

Le texte prévoit notamment que les « entreprises à but d’emploi » nouent des conventions sous l’égide des préfets et des présidents de département. Une prérogative dans laquelle les groupes écologistes et « insoumis » ont dénoncé un « droit de veto » du préfet qui pourrait pénaliser des territoires prêts à se lancer.

Le Monde avec AFP

Désaccord sur les salaires chez TotalEnergies

Les négociations annuelles obligatoires pour les augmentations des 14 000 salariés du socle social commun de TotalEnergies (sur 35 000 salariés du groupe, avec les filiales) se sont terminées sur un désaccord le 20 janvier. Favorables à la proposition de la direction, la CFDT et le syndicat autonome CAT n’avaient pas la représentativité nécessaire pour la ratifier, tandis que la CFE-CGC (1er syndicat représentatif) et la CGT ont refusé de signer.

« La raison en est très simple : ce qui a été proposé n’est pas à la hauteur des excellents résultats de l’entreprise, et totalement disproportionné par rapport au retour qui va être fait aux actionnaires », explique Dominique Convert, coordinateur CFE-CGC chez TotalEnergies, qui avait signé l’accord l’an passé.

Alors que les résultats du groupe pour 2025 doivent être publiés le 11 février, le pétrolier avait réalisé 10,2 milliards de dollars (8,5 milliards d’euros) de bénéfices sur les neuf premiers mois de l’année (en baisse de 13 % sur un an). Trois acomptes sur dividende ont par ailleurs déjà été versés aux actionnaires dont la rétribution pour 2025 sera en hausse de 7,6 % par rapport à 2024.

Aux salariés, le groupe a proposé une enveloppe globale d’augmentation de 2,3 %, laquelle intègre notamment les hausses conventionnelles obligatoires et les augmentations individuelles. « Seul 0,9 % d’augmentation générale est vraiment garanti aux ouvriers, employés, techniciens et agents de maîtrise », déplore Eric Sellini, coordinateur CGT. « Mais pour ces catégories de personnel, le plancher d’augmentation est de 500 euros bruts annuels, relève Geoffrey Caillon, coordinateur CFDT. On serait au-dessus de l’inflation, je ne comprends pas qu’on laisse passer cette opportunité. »

Scénario minimal

Le niveau de l’inflation, à 0,8 % en décembre sur un an selon l’Insee (+ 0,7 % pour l’indice des prix à la consommation harmonisé européen) est également pris en référence par la direction pour défendre sa proposition, soulignant que l’écart entre la hausse des prix et l’enveloppe mise sur la table est identique à celui de l’an passé.

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Auchan envisage de vendre 91 supermarchés au Groupement Mousquetaires

Un supermarché Auchan à Béziers (Hérault), en mars 2025.

Auchan, qui souhaite se concentrer sur ses hypermarchés, entend proposer à la vente 91 supermarchés au Groupement Mousquetaires (Intermarché), a annoncé le groupe mardi 27 janvier.

Le distributeur, en difficulté, avait dévoilé en novembre son projet de basculer en franchise Intermarché ou Netto ses supermarchés. Le groupe en compte environ 300 dont une trentaine sont déjà franchisés. Sur son parc total de 266 magasins détenus en propre, il ne prévoit désormais un passage en franchise que pour 164 d’entre eux, a-t-il expliqué mardi.

Dans un communiqué, il précise que 91 supermarchés, « de par leur situation géographique ou économique », seront « proposés à la cession au Groupement Mousquetaires ». La localisation de ces supermarchés n’est pas précisée. Le projet est soumis à la consultation des instances représentatives du personnel, ouverte mardi, et doit être autorisé par l’Autorité de la concurrence.

Lire l’enquête | Article réservé à nos abonnés D’Auchan à Alinea, l’empire Mulliez fragilisé par les déboires du commerce

Un deal « gagnant-gagnant »

Pour les 164 supermarchés qui passeraient en franchise, Auchan souhaite créer une nouvelle entité juridique autonome, qui resterait sa propriété mais qui permettrait l’exploitation sous enseigne Intermarché ou Netto. « Cette entité bénéficierait immédiatement du modèle commercial d’Intermarché pleinement adapté à ce format », estime Auchan, notamment en termes de « compétitivité » des prix. Auchan espère finaliser l’intégration progressive de ces 164 supermarchés « à l’horizon avril 2027 ».

En novembre, le directeur général d’Auchan Retail, Guillaume Darrasse, avait précisé les contours du modèle envisagé : « Les fonds de commerce, l’immobilier restent propriétés d’Auchan, les salariés restent des salariés d’Auchan, et on travaillera sous enseigne Intermarché, qui nous livrera les marchandises, la politique commerciale, le concept magasin. »

Auchan conserverait 11 supermarchés dans son périmètre, « sous d’autres formats », explique le distributeur, sans détailler davantage. L’opération doit permettre à Auchan de faire baisser les prix dans ses supermarchés, de 6 % à 8 % selon une source proche du dossier, tout en continuant le « travail » sur sa centaine d’hypermarchés.

La présentation du projet en novembre aux instances du personnel avait provoqué « une onde de choc », avait alors témoigné à l’Agence France-Presse (AFP) René Carette, délégué syndical central à la CFDT Auchan. « On veut qu’Auchan s’engage à maintenir tous les emplois et tous les acquis sociaux », avait ajouté Franck Martinaud, délégué syndical Retail France FO.

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Ce deal « gagnant-gagnant » pourrait « nous permettre d’étendre notre emprise sur le marché français », s’était, de son côté, félicité le patron des Mousquetaires, Thierry Cotillard. Les supermarchés Auchan représentent deux points de part de marché, et les Mousquetaires visent 20 % en 2028, contre 17,7 % en octobre, selon Kantar Worldpanel.

Le Monde avec AFP

Le budget, symbole et limite de la démocratie

L’Assemblée nationale étant incapable de voter un budget pour 2026, le gouvernement a fait appel à l’article 49.3 de la Constitution, alors qu’il s’était engagé à ne pas y recourir… Au-delà des grands récits idéologiques, ces errements devraient nous alerter sur la nécessaire adaptation des dispositifs politiques à l’importance du budget de l’Etat dans les sociétés contemporaines. Car la Constitution ne semble pas avoir prévu l’absence de majorité parlementaire, ou n’a conçu que des solutions insatisfaisantes pour établir un budget dans de telles circonstances.

Ainsi, l’article 49.3 reste le secours ultime, mais il incarne désormais un déni de démocratie. Il importerait donc d’explorer, pour ces situations, de nouvelles modalités d’élaboration budgétaire, qui concilient démocratie et bonne gestion de la République.

Le choix d’un budget est l’une des pratiques de « bonne gestion », les plus anciennes et les plus universelles. Elle précède de beaucoup les démocraties modernes. Car, depuis les formes rudimentaires de reddition de comptes, la gestion budgétaire incarne la prise de responsabilité vis-à-vis d’autrui et veut provoquer en retour la confiance collective.

Loin de se confondre avec la recherche de la rentabilité, elle vise à rassurer sur la sincérité, la cohérence et l’équilibre des décisions financières. La logique des comptes s’est ainsi imposée, dès le Moyen Age, dans la vie des affaires comme dans celle des… organismes religieux ! Et plus l’Etat moderne a multiplié ses interventions, plus son budget est devenu la colonne vertébrale d’une large part de la vie des citoyens.

Trophées des luttes partisanes

Mais à l’Assemblée nationale, le vote du budget prend une signification différente. Il symbolise le choix démocratique en reflétant la volonté du peuple. C’est ainsi qu’en principe, l’opposition ne vote pas le budget, même si elle sait que son adoption est indispensable. Quant aux compromis budgétaires, ils sont brandis comme autant de trophées des luttes partisanes ou idéologiques que chaque parti promet à ses électeurs. Au fond, les Parlements ne votent pas d’abord pour doter le pays d’un outil de gestion indispensable, mais pour défendre des choix de société à travers ce dernier.

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Emploi et handicap : la Cour des comptes déplore des dispositifs « insuffisants » avec des résultats « en deçà des attentes »

Alexandre Bisson, 21 ans, qui a une déficience cognitive due à un trouble du spectre autistique, installe des desserts dans la vitrine d’un restaurant, dans lequel il est apprenti. A Paris, le 17 février 2023.

Des « acteurs multiples », un « foisonnement de dispositifs », un système de quotas « nécessaire mais insuffisant », qui aboutit à des résultats « en deçà des objectifs », tel est le constat sévère dressé par un rapport de la Cour des comptes, publié lundi 26 janvier, sur « la politique en faveur de l’inclusion dans l’emploi des personnes en situation de handicap ».

La publication met de côté la situation de l’emploi protégé, qui mobilise 1,6 milliard d’euros pour 120 000 personnes accueillies en Etablissements et services d’aide par le travail, et se concentre sur l’insertion des travailleurs en situation de handicap en milieu ordinaire. Cette mission, qui mobilise 1,3 milliard d’euros, est répartie entre une grande variété d’acteurs : France Travail, son dispositif spécifique pour le handicap Cap Emploi, les missions locales pour les jeunes, l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph) pour le privé, et son équivalent, le Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la Fonction publique (FIPHFP), pour le secteur public, ainsi que d’autres prestataires externes… Un « paysage institutionnel peu compréhensible pour les utilisateurs, personnes handicapées et employeurs », avec des actions peu coordonnées et des « dispositifs en silo », constate la Cour des comptes.

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« C’est un métier ! » : les tailleurs de pierre tiraillés entre savoir-faire et mécanisation

Le chantier de reconstruction de Notre-Dame de Paris a remis à l’honneur certains métiers oubliés, en particulier les tailleurs de pierre. Les « pierreux », comme on dit dans le milieu, sont ceux qui façonnent les pierres pour la construction neuve, mais surtout pour la restauration de bâtiments. « C’est un métier passionnant, traditionnel, qui fait immédiatement penser aux cathédrales », résume Sébastien Terrier, responsable d’opération à l’Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics.

La taille de pierre est une profession confidentielle, mais où le savoir-faire a de la valeur. D’après le dernier baromètre « Besoins en main-d’œuvre » de France Travail, 80 % des recrutements de « professionnels de la taille de pierre et des matériaux associés » étaient jugés difficiles par les employeurs en 2025. Selon l’Urssaf, on comptait 7 272 professionnels de la taille de pierre fin 2024, un chiffre qui a diminué continuellement (9 653 en 2009) jusqu’à se stabiliser depuis 2015.

La demande est toujours là, mais le métier s’est en partie mécanisé avec le temps. En amont, les appareilleurs, qui se spécialisent dans le dessin technique, font désormais des scanners ou utilisent la photogrammétrie pour modéliser les façades, et gagner du temps sur l’élaboration du gabarit fourni à la machine.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Tailleur de pierre, à la croisée des chemins entre art et artisanat

Sur la deuxième étape, le façonnage, les machines à commande numérique – par exemple dites « 5 axes » ou « 8 axes » – permettent de réaliser le gros de la taille. « Les axes sont des grands bras articulés, qui grignotent de la matière dans la pierre, font la taille la plus pénible, la grosse bûche comme on dit. Le tailleur doit garder de 30 à 40 % du temps de taille à la main », précise Charlotte d’Aquilante, directrice de travaux chez H. Chevalier. Sophie, tailleuse de pierre depuis dix ans, a vu le métier bouger : « La machine prend une place importante, elle est capable de pousser plus loin le travail, on a moins de finitions à faire, mais les pierres sont toujours reprises à la main. »

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« Dans ce secteur, respecter le droit du travail, c’est déjà un progrès » : comment la restauration tente de changer sa culture toxique face aux démissions en cascade

Sous l’église de la Madeleine, dans le 8e arrondissement de Paris, dans une longue salle aux airs de crypte, un drôle de restaurant gastronomique rassemble chaque soir 80 convives. Lumière tamisée, service attentionné, assiettes dressées avec soin : une parenthèse de plaisirs pour des invités peu habitués à fréquenter les tables étoilées, des personnes précaires venues par l’entremise d’associations caritatives. Unique en son genre, le Refettorio est financé par des fondations et des mécènes. S’il détonne par son concept, il se distingue aussi par son organisation. Horizontalité, communication bienveillante, horaires maîtrisés… « Notre priorité, c’est que l’ambiance en cuisine soit agréable, tout en restant exigeantes », insiste Marine Beulaigue, 29 ans, qui dirige la cuisine avec sa consœur Blandine Paris, 30 ans.

Marine Beulaigue (à gauche), cocheffe du restaurant associatif Le Refettorio, cuisine avec Cécile, une bénévole, à Paris, le 6 janvier 2026.
Au début de service, au Refettorio, les pros proposent à tout le monde un café ou un thé, pratique rare dans ce milieu. A Paris, le 6 janvier 2026.

Une évidence ? Pas vraiment. Lors de leurs passages dans les cuisines de chefs étoilés ou de restaurants bistronomiques parisiens, les deux « cocheffes » ont connu les dérives qui caractérisent le secteur. Des semaines de soixante-dix heures de travail, des heures supplémentaires non rémunérées, des coupures épuisantes en milieu de journée (entre les services du midi et du soir) qui ne sont pas assez longues pour rentrer chez soi… Mais aussi des cordons bleus surgelés avalés debout, en cinq minutes, en guise de déjeuner, et un management militaire, à base d’ordres ou de commentaires humiliants. « Pas de “bonjour”, pas de “merci”, pas de “s’il te plaît” », se souvient Blandine Paris.

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Dominique Méda : « Le retaillo-macronisme, c’est travail perdant ! »

« Travail gagnant » : c’est avec ce slogan que le président des Républicains, Bruno Retailleau, a présenté, le 7 janvier, son programme économique, prétendument en rupture avec la politique menée par les gouvernements d’Emmanuel Macron depuis presque neuf ans. A l’analyse, ses propositions apparaissent pourtant plutôt comme un durcissement de celle-ci, et ce, sans qu’aucun enseignement n’ait été tiré de ce qu’il faut bien considérer comme un échec.

Echec, les ordonnances de 2017, qui ont supprimé quatre « critères de pénibilité », précisément ceux sur lesquels les conditions de travail françaises sont les pires comparées à nos voisins.

Echec, la lutte contre le chômage, alors que le président de la République prétendait rattraper les meilleurs élèves européens. Certes, le taux de chômage français a bien diminué, passant de 9,5 % au troisième trimestre 2017 à 7,1 % – son point le plus bas – au premier trimestre 2023. A cette époque, nous étions pourtant très loin des taux de chômage allemand, néerlandais ou danois (de 3,2 %, 3,5 % et 5,2 % en 2023) ou de celui de l’Union européenne (6,1 %). Pire, alors que le pourfendeur du modèle social français s’enorgueillissait d’avoir créé 2 millions d’emplois, près de 40 % de ceux-ci s’expliquaient par l’explosion du nombre de contrats d’apprentissage dont le coût prohibitif pour les finances publiques (25 milliards d’euros par an) s’est accompagné de considérables effets d’aubaine. Une autre partie de ces emplois est constituée de microentrepreneurs, dont le nombre a très fortement augmenté, mais dont les conditions de vie sont peu désirables : 670 euros de revenus par mois en moyenne…

Echec, la politique dite du work first (« travailler d’abord »), autrefois prônée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), selon laquelle un emploi même de très mauvaise qualité vaudrait mieux que pas d’emploi du tout et qui consiste à multiplier les sanctions à l’égard des chômeurs ou des allocataires de minima sociaux, considérés comme des paresseux ou des fraudeurs pour les « inciter » à revenir sur le marché du travail. Depuis 2017, les gouvernements français sont parvenus à réduire la protection procurée par l’assurance-chômage. Les évaluations ont montré que ce durcissement s’était traduit par un moindre accès à l’indemnisation, pour les personnes en contrat de courte durée, les plus jeunes et les personnes peu diplômées. Belle réussite !

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