Au travail, l’homophobie se dévoile

« L’inclusion des salariés LGBT est un sujet qui s’est imposé aux entreprises à l’occasion de leur travail sur les questions de diversité »
« L’inclusion des salariés LGBT est un sujet qui s’est imposé aux entreprises à l’occasion de leur travail sur les questions de diversité » Ingram / Photononstop

Tabou pour les uns, non-sujet pour les autres, l’orientation sexuelle d’un salarié constitue pourtant une source de rejet au travail. Selon un sondage réalisé par l’IFOP pour l’Autre Cercle, une association qui œuvre pour l’inclusion professionnelle des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles et transgenres (LGBT), pas moins de 10 % d’entre elles font état d’agressions physiques ou sexuelles à leur encontre au travail. Au total, un sondé sur quatre dit avoir été victime d’au moins une agression, verbale ou physique, dans son entreprise ou son administration. « Les résultats de l’enquête montrent que le problème est réel, déclare Alain Gavand, vice-président de la Fédération nationale de l’Autre Cercle, chargé de ce baromètre. Cela prouve aussi que l’orientation sexuelle et l’identité de genre ne peuvent être cantonnées à la sphère privée. »

Les agressions verbales sont les plus fréquentes. Moqueries, insultes et mises à l’écart s’avèrent les discriminations les plus subies par les personnes interrogées dans le cadre de cette enquête d’une ampleur inédite, réalisée par questionnaire auto-administré en ligne auprès de 1 229 personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres, extrait d’un échantillon de 13 346 personnes représentatives de la population métropolitaine âgée de 18 ans et plus, du 12 au 24 avril 2019.

A titre de comparaison, l’enquête a également été menée du 4 au 30 novembre 2019 auprès d’un échantillon de 16 953 salariés et agents travaillant dans des organisations engagées sur ces questions et signataires de la Charte LGBT + lancée par l’Autre Cercle.

Double peine

L’étude montre aussi le poids des discriminations fondées sur l’apparence : les hommes qui se décrivent comme d’apparence féminine et les femmes androgynes sont les plus nombreux à se dire victimes de ces moqueries (41 % et 42 % respectivement). Les facteurs discriminatoires se cumulent chez les salariés LGBT non blancs, qui sont 34 % à se déclarer victimes de pareilles attaques, contre 18 % chez les autres. Les salariés musulmans sont davantage touchés (40 %) que les catholiques (19 %) ou que ceux qui se déclarent sans religion (16 %). Les femmes sont aussi un peu plus nombreuses à subir des moqueries (23 % contre 17 % pour les hommes). « Les gens qui appartiennent à plusieurs groupes minoritaires subissent la double peine », commente Alain Gavand, qui souligne également le poids de la religion : « On l’a vu, par exemple, lors des manifestations contre le mariage pour tous. »