Archive dans mai 2022

En Espagne, le gouvernement approuve un avant-projet de loi instaurant un congé menstruel

Pour les uns, c’est la reconnaissance tardive d’une douleur que de nombreuses femmes affrontent sans oser en parler à leur employeur. Pour les autres, c’est une mesure risquée qui associe le fait d’être femme à une maladie et menace de creuser davantage les inégalités en freinant l’embauche des femmes.

Après un débat intense, y compris au sein de la coalition de gauche au pouvoir, le gouvernement espagnol a approuvé, mardi 17 mai, en conseil des ministres, l’avant-projet de loi de santé sexuelle et reproductive et d’interruption volontaire de grossesse, incluant un nouveau droit social pour les femmes : le congé menstruel.

La mesure permettra à celles qui souffrent de règles « invalidantes » (douleur intense, crampes, coliques, nausées…) de disposer d’un arrêt maladie rémunéré par la sécurité sociale, après une première consultation médicale. Si, en Asie, plusieurs pays comme le Japon, la Corée du Sud ou l’Indonésie accordent depuis longtemps des congés menstruels, l’Espagne pourrait devenir le premier pays d’Europe à adopter une telle mesure. « C’est une des questions les plus révolutionnaires et qui définit le mieux ce gouvernement de coalition, qui prend des mesures pour améliorer la vie [des femmes] », s’est félicitée la ministre de l’égalité, issue du parti de la gauche radicale Podemos.

Des frictions au sein du gouvernement

L’avant-projet de loi n’en a pas moins suscité des frictions au sein du gouvernement. Lorsque le brouillon, rédigé par le ministère de l’égalité, a été diffusé dans la presse, mercredi 11 mai, la vice-présidente de l’exécutif et ministre de l’économie, la socialiste Nadia Calviño, avait prévenu que le gouvernement n’allait « jamais adopter de mesures stigmatisant les femmes ».

« Ce qui stigmatise, c’est de ne pas avoir la sensibilité suffisante pour comprendre que les hommes et les femmes sont différents et que le monde du travail n’est pas neutre », a rétorqué la deuxième vice-présidente du gouvernement et ministre du travail, la communiste Yolanda Diaz. Le chef de l’opposition, le président du Parti populaire (PP, droite), Alberto Nuñez-Feijoo, s’en est mêlé : « C’est le médecin qui donne [l’arrêt maladie], pas la seconde vice-présidente du gouvernement, contre la volonté de la première vice-présidente. »

Jusque-là, il était en théorie possible de demander un arrêt maladie à son médecin en cas de règles douloureuses, mais la salariée n’était couverte et rémunérée qu’à partir du quatrième jour d’absence, et à condition de cumuler 180 jours de cotisations sociales durant les cinq dernières années.

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Livraisons rapides : « On se rachète à tour de bras en espérant que le dernier debout ramasse la mise »

Un livreur de la société de livraisons allemande Gorillas, à Berlin, le 8 juillet 2021.

L’histoire de la vente à distance a réellement commencé avec l’essor du train. On commandait sur le catalogue de Manufrance ou des 3 Suisses, on recevait le produit dans le mois, parfois la semaine. Un progrès considérable qui a essaimé jusque dans les campagnes la société de consommation naissante. Aujourd’hui, attendre une heure devient insupportable, même en pleine nuit.

Le confinement a fait émerger de nouveaux acheteurs compulsifs et de nouveaux métiers. A l’instar des pionniers du Pony Express ou de l’Aéropostale, des livreurs à vélo sillonnent les rues de plus en plus vite, de plus en plus stressés. La nouvelle jauge est désormais de dix minutes. Un délai maximal promis par les chevaliers du « quick commerce ». Gorillas, Getir, Cajoo, Dija, Flink, Yango Deli… Près d’une dizaine de sociétés ont émergé en moins de deux ans, comme des champignons après la pluie. Lundi 16 mai, l’allemand Flink a annoncé le rachat du dernier acteur français de ce secteur, Cajoo, qui s’était allié au distributeur Carrefour, en septembre 2021.

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Un an auparavant, en décembre 2020, Oliver Merkel, ancien consultant chez Bain, crée la société Flink (« agile », en allemand), à Berlin, avec une obsession : la vitesse. Vite pour la livraison, vite aussi pour la croissance, pour dépasser les myriades de concurrents partis en même temps. Avec la promesse de révolutionner le commerce de proximité, il séduit les investisseurs avides de nouvelles martingales, dans un monde où les placements pépères ne rapportent plus rien.

En Bourse, la fête est finie

Visiblement convaincant, il ne met que trois mois pour trouver 50 millions d’euros, puis 230 millions trois mois après, puis 720 millions en décembre 2021, valorisant l’entreprise à plus de 2 milliards d’euros. Il faut dire que, dans le même temps, la firme avait ouvert des dizaines d’entrepôts et s’était installée en France et aux Pays-Bas. Comme leurs coursiers avec leurs énormes sacs à dos, les acteurs du secteur vivent sous stress. Ils savent que les autorités locales chercheront, tôt ou tard, à limiter leurs ambitions, comme elles l’ont fait pour les trottinettes ou les locations d’appartement, et que les concurrents sont eux aussi très riches. L’autre allemand Gorillas ou le turc Getir ont amassé des sommes équivalentes et couvrent les murs des métros de leurs publicités.

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Vite, vite, avant qu’il ne soit trop tard, que la réalité ne les rattrape, leur rappelant que leur modèle économique ne tient pas la route et que la fête est finie pour les valeurs technologiques qui s’effondrent en Bourse. Uber, DoorDash ou Deliveroo ont dégringolé de plus de 50 % en un an. Ce sera bientôt le cas pour l’investissement privé, qui se concentrera sur les seules entreprises rentables. Alors, on se rachète à tour de bras en espérant que le dernier debout ramasse la mise. Gorillas croque le français Frichti, Flink dévore Cajoo et accueille à son capital Carrefour, lui-même allié à Uber Eats. La course va bientôt prendre fin, et les dix minutes sont presque écoulées. Déjà ?

Très léger recul du nombre de chômeurs au premier trimestre

Pour le moment, le marché du travail continue de faire bonne figure, malgré le récent coup d’arrêt de la croissance. Au premier trimestre, le nombre de chômeurs, au sens du Bureau international du travail (BIT), a reflué de 18 000 par rapport aux trois derniers mois de 2021, se situant désormais à 2,232 millions, selon une note diffusée, mardi 17 mai, par l’Insee. Le taux de chômage, lui, est « quasi stable », à 7,3 %. Il s’agit du pourcentage le plus faible depuis 2008, si l’on met de côté « la baisse ponctuelle “en trompe-l’œil” » qui s’était produite lors du premier confinement de 2020, avec des dizaines de milliers de personnes ayant cessé de chercher un poste à cause des mesures de restriction prises à l’époque.

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Tout se passe comme si l’emploi résistait au brutal ralentissement de l’activité enregistré entre début janvier et fin mars, sous l’effet de plusieurs événements : invasion de l’Ukraine, mise à l’arrêt d’entreprises en Chine du fait du redémarrage de l’épidémie de Covid-19, désorganisation des chaînes d’approvisionnement, etc. Les recrutements dans le secteur privé sont toutefois un peu moins dynamiques : + 0,3 % au premier trimestre, contre + 0,6 % de début octobre à fin décembre 2021. Cette moindre hausse montre que certains secteurs accusent le coup, notamment dans l’industrie, mais on n’assiste pas, à ce stade, à un renversement de tendance.

Vif succès de l’apprentissage

La plupart des indicateurs publiés mardi sont bien orientés. Ainsi, la proportion de personnes âgées de 15 à 64 ans qui occupent un poste a de nouveau progressé, passant à 68 %, ce qui constitue un record depuis 1975 – l’année où l’Insee a commencé à calculer ce ratio. L’évolution est également très positive si l’on resserre la focale sur les jeunes : le taux d’emploi des 15-24 ans s’accroît de 0,7 point en trois mois, s’élevant à 34,6 %, ce qui représente « son plus haut niveau depuis 1991 ». Une envolée sans doute liée, au moins en partie, au vif succès de l’apprentissage, que le gouvernement a soutenu en accordant des primes aux sociétés qui embauchent dans le cadre de ce dispositif.

Autre donnée encourageante : la part des individus de 15 à 29 ans qui ne sont ni en emploi ni en formation régresse d’un demi-point, à 11,8 %, ce qui correspond à un point bas en huit ans (déjà atteint au troisième trimestre 2021).

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Cependant, les performances de la France sont moins éclatantes que celles d’autres pays. En Allemagne, le taux de chômage est égal à 3 %. Quant à la proportion de personnes de 15 à 64 ans qui sont en activité, elle dépasse la barre symbolique des 70 % dans plusieurs Etats membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (Royaume-Uni, Suède, Canada…).

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Les travailleurs des plates-formes, grands absents pour l’élection de leurs représentants

La première élection des représentants des travailleurs des plates-formes de mobilité, qualifiée de « rendez-vous historique », lors de l’ouverture du scrutin, le 9 mai, par Elisabeth Borne, alors ministre du travail, a plutôt l’allure d’un rendez-vous manqué, lors de sa clôture, le 16 mai. Parmi les 39 314 chauffeurs de VTC et les 84 243 livreurs à deux-roues et trois-roues appelés aux urnes, seuls 3 088 d’entre eux ont pris part au vote, avec une participation de 3,91 % chez les VTC et de 1,83 % chez les livreurs.

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L’offre était pourtant pléthorique, avec, au total, seize organisations et syndicats candidats. Chez les VTC, l’Association VTC de France (42,81 %) arrive largement en tête, parmi les sept listes élues. Chez les livreurs, seules quatre sur neuf passent la barre des 5 % des suffrages exprimés pour être déclarées représentatives, avec, en tête, la Fédération nationale des autoentrepreneurs (FNAE), à 28,45 %, talonnée par la CGT, à 27,28 %, suivie de l’Union Indépendant (dont la CFDT est membre fondateur), à 22,32 %. Parmi les autres syndicats, seul SUD-Commerces est représentatif (5,39 %), la CFTC, FO, la CFTC, la CNT-SO et l’UNSA étant éliminées.

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A l’Autorité des relations sociales des plates-formes d’emploi (ARPE), une structure publique créée pour organiser l’élection et les concertations qui devraient suivre entre les plates-formes et les représentants des travailleurs, Bruno Mettling, son président, se réjouit que « des négociations vont pouvoir s’engager », même s’il admet « une déception » sur la participation. Mais cette faiblesse n’entache pas, à ses yeux, la légitimité des organisations élues.

Le mode de scrutin pose question

Le mode de scrutin pose question. Il s’agissait d’un vote électronique pour lequel les travailleurs devaient recevoir par courriel un identifiant de la part du prestataire choisi par le gouvernement, puis entrer celui-ci en se connectant au site du vote ainsi qu’une donnée personnelle : pour les VTC, leur numéro de carte professionnelle ; pour les livreurs, les cinq derniers chiffres de leur numéro IBAN de compte bancaire. Or, « les livreurs ont souvent plusieurs IBAN, en changent souvent », explique Joël Blondel, directeur général de l’ARPE. « Indéniablement, ce système a pu être un frein à la participation. »

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« Je me réjouis de notre score, mais je suis déçu par les modalités assez compliquées » du vote, réagit Karim Daoud, président de l’Association VTC de France. Malgré son bon résultat, la CGT parle, elle, de « fiasco annoncé » : « Comme nous l’avons vérifié auprès des centaines de livreurs rencontrés (…), la très grande majorité [d’entre eux] n’[ont] pas pu voter, faute d’avoir reçu les identifiants. »

Une polémique, apparue dès le début du scrutin, a également pu peser. M. Mettling a, en effet, été mis en cause dans un article de L’Humanité comme étant « le principal auteur de la contribution d’Uber », lors de la mission Frouin sur le statut des travailleurs et le dialogue social dans les plates-formes, en 2020, ce qui aurait créé « un conflit d’intérêts » pour le président de l’ARPE. Ce que l’intéressé conteste : « Le cabinet de stratégie AT Kearney a réuni des experts du numérique, dont moi-même. Ensuite, ce cabinet a remis mon expertise à Uber. Je n’ai pas écrit l’argumentation d’Uber. »

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Elisabeth Borne, une image de gauche ternie par la réforme de l’assurance-chômage

C’était sans doute la pire des périodes pour devenir ministre du travail. Elisabeth Borne a été désignée à ce poste début juillet 2020, alors que l’économie française venait de subir l’une des plus violentes récessions de son histoire – en lien avec l’épidémie due au Covid-19 qui avait mis à l’arrêt des dizaines de milliers d’entreprises. A l’époque, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité, inscrits en catégorie A, avait battu tous les records, culminant à plus de 4,4 millions. La plupart des conjoncturistes broyaient du noir, se demandant si les mois à venir allaient être seulement mauvais ou carrément catastrophiques.

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La suite a finalement prouvé que le pire n’est jamais certain. Au moment de quitter l’hôtel du Châtelet, le siège du ministère du travail situé rue de Grenelle à Paris, Mme Borne peut se prévaloir de statistiques relativement flatteuses. La file d’attente en catégorie A s’est fortement réduite, à 3,19 millions au premier trimestre. Le taux de chômage, lui, se situe désormais à 7,3 % (soit 2,2 points de moins par rapport à la mi-2017). Ces performances sont, certes, inférieures à celles enregistrées dans d’autres pays – comme l’Allemagne qui, avec 3 % de chômeurs, se prélasse dans le plein-emploi. Mais la tendance à l’amélioration en France est incontestable.

De généreuses subventions

Mme Borne y est-elle pour quelque chose ? Le « quoi qu’il en coûte » l’a, en tout cas, beaucoup aidée à déployer toute une palette de mesures destinées à soutenir les embauches. Rien que pour le plan « 1 jeune 1 solution », lancé durant l’été 2020, plus de 10 milliards d’euros ont été mis sur la table, avec de généreuses subventions en faveur des sociétés qui prennent des apprentis. Résultat : plus de 700 000 personnes ont été recrutées sous ce statut en 2021. Il s’agit d’un niveau inégalé, mais comme le dit, au second degré, l’économiste Bruno Coquet, un tel dynamisme s’explique par l’utilisation du « pot belge » (mélange de produits dopants très en vogue, jadis, dans le milieu du cyclisme). En d’autres termes, toute la question, maintenant, est de savoir si l’apprentissage sera aussi vigoureux quand les enveloppes budgétaires seront revues à la baisse.

Une chose, au moins, paraît acquise : durant les vingt-deux mois qu’elle a passés rue de Grenelle, Mme Borne « a tenu la maison », selon la formule de Raymond Soubie, président de la société de conseil Alixio et ex-conseiller social de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. « Elle a bien mené les discussions techniques avec le patronat et les syndicats sur le recours au télétravail durant la crise sanitaire. » Numéro un de la Confédération des petites et moyennes entreprises, François Asselin confie qu’il y a eu des « tensions » quand la ministre a voulu rendre obligatoire l’activité à distance, mais elles n’ont pas duré. « C’est une femme fiable, une “pro”, qui soigne la préparation de ses dossiers en amont de chaque réunion », ajoute-t-il. Un haut gradé du patronat la qualifie de « solide, loyale, sérieuse » : « C’est quelqu’un qui bosse. »

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Des appréciations que partagent plusieurs responsables syndicaux. « Nous n’avons pas forcément été d’accord avec toutes les options qu’elle a retenues pour affronter la pandémie, mais les échanges avec elle et avec son équipe ont été plutôt bons », enchaîne François Hommeril, le leader de la CFE-CGC. « On a eu avec elle un dialogue franc, sincère, transparent, assorti de mesures à la hauteur pour accompagner les travailleurs et les employeurs face aux conséquences du Covid-19 », renchérit Cyril Chabanier, le président de la CFTC.

« Elle se préoccupe de l’insertion des jeunes »

En matière de réformes, elle a un tableau de chasse sans doute moins garni que celui de sa prédécesseure, Muriel Pénicaud, qui avait collectionné les textes au début du quinquennat (ordonnances de 2017 réécrivant le code du travail, loi de septembre 2018 sur la transformation de la formation continue et de l’apprentissage, etc.). Mais Mme Borne a montré qu’« elle se préoccupe de l’insertion des jeunes », observe l’économiste Philippe Aghion, en faisant allusion au « contrat d’engagement », qui constitue « une bonne réforme » : entré en vigueur le 1er mars, ce dispositif s’adresse aux moins de 26 ans (et aux moins de 30 ans s’ils sont handicapés) qui peinent à trouver leurs marques dans le monde du travail.

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Un dossier lui aura causé de gros tourments : le durcissement des règles de l’assurance-chômage, que les syndicats, unanimes, ont combattu. Engagé par Mme Pénicaud, ce chantier avait dû être réorienté, le Conseil d’Etat ayant invalidé certaines règles en novembre 2020. Plusieurs décrets ont été pris, réécrits, attaqués par les organisations de salariés devant le juge administratif… Finalement, les nouvelles dispositions ont commencé à s’appliquer en plusieurs étapes à partir du 1er juillet 2021, sous les critiques des centrales syndicales qui dénoncent la diminution de l’indemnisation mensuelle pour les plus précaires. Ce différend a laissé des traces dans les relations qu’Elisabeth Borne entretient avec Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT. Il a aussi fourni des arguments à tous ses contradicteurs qui réfutent l’idée qu’elle puisse être présentée comme une femme ayant une sensibilité de gauche.

Le taux de chômage, au plus bas depuis 2008, enregistre une légère baisse au premier trimestre 2022

Le taux de chômage poursuit sa baisse

Taux de chômage en France (hors Mayotte) au sens du Bureau international du travail (BIT).

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Le taux de chômage a légèrement diminué au premier trimestre 2022, s’établissant à 7,3 % de la population active en France (hors Mayotte) contre 7,4 % au dernier trimestre 2021, selon les chiffres publiés mardi 17 mai par l’Insee.

Au premier trimestre, le nombre de chômeurs au sens du Bureau international du travail (BIT) atteignait 2,2 millions de personnes, soit 18 000 de moins sur le trimestre. Le taux de chômage est à son plus bas niveau depuis début 2008.

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Le Monde

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Universités et entreprises tendent la main aux jeunes Asperger

Bac ES mention bien en poche, Bryane, 21 ans, a validé en temps et en heure un DUT informatique à l’université de Toulouse-III. Et, en septembre, après avoir obtenu sa licence professionnelle en infographie, « ce sera un master dans une grande école de cinéma d’animation ! », lance-t-il, enthousiaste et confiant en l’avenir. Bryane est un étudiant comme un autre… à cela près qu’on lui a diagnostiqué à ses 11 ans un trouble du spectre autistique (TSA), appellation regroupant toutes les formes d’autisme, la sienne étant « assez légère ».

Dans sa vie personnelle comme dans les stages qu’il multiplie, ce trouble passe souvent pour de la « grande timidité ». Bryane explique devoir faire un effort démesuré pour « regarder dans les yeux » ses interlocuteurs, avoir du mal « à aller vers les autres », à faire face à l’imprévu. Mais, surtout, comme nombre d’autistes, à saisir dans les conversations l’implicite, le second degré et les « codes » sociaux tacites. En formation comme en milieu professionnel, il a besoin de recevoir des consignes très claires, de préférence par écrit, « pour trier les informations, ne pas se perdre dans les détails et être moins lent ». Autant de difficultés qui auraient peut-être été indépassables sans l’aide du dispositif Aspie-Friendly (« aspie » étant un diminutif pour qualifier une personne Asperger).

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Lancé en 2018, le projet Construire une université Aspie-Friendly s’inscrit dans le sillon du rapport du philosophe – et autiste — Josef Schovanec, publié en 2017, qui appelait notamment à « faciliter l’inclusion professionnelle des personnes autistes », 75 % à 95 % d’entre elles étant sans emploi, selon les estimations. Ce dispositif prévoit de faciliter leur intégration dans un enseignement supérieur qui leur est encore peu ouvert, malgré l’amélioration de leur scolarisation depuis la loi de 2005 sur l’inclusion à l’école des élèves en situation de handicap.

Aménagements pédagogiques

A ce jour, vingt-cinq universités participent au projet pour quelque 500 étudiants autistes accompagnés, sur le petit millier présent officiellement dans ces établissements, d’après les statistiques du ministère de l’enseignement supérieur. Ces chiffres vont croissant chaque année. Mais ils restent une « paille » au regard des 700 000 Français ayant des troubles autistiques, selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale. Au moins la moitié d’entre eux, qu’on a longtemps désignés comme « autistes de haut niveau » ou « Asperger », n’ont aucune déficience intellectuelle ni retard de langage, mais éprouvent des difficultés dans la communication et les interactions sociales.

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Elisabeth Borne hérite de dossiers brûlants sur le front économique et social

Elisabeth Borne, nouvelle locataire de Matignon, n’a pas encore dévoilé la composition de son gouvernement, mais son agenda en matière économique et sociale pour les prochains mois est déjà clair. Inflation et pouvoir d’achat, baisses d’impôts, réforme des retraites… Tour d’horizon des chantiers prioritaires de la première ministre.

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  • Présenter le « paquet pour le pouvoir d’achat »

C’est assurément le dossier le plus urgent. Elisabeth Borne prendra ses fonctions dans un contexte d’inflation grandissante, notamment dans l’énergie et les produits alimentaires, malgré près de 30 milliards d’euros déployés depuis l’automne pour en contenir les effets. Un projet de loi de finances rectificative est attendu après les élections législatives et doit comporter un important « paquet pouvoir d’achat », actant plusieurs promesses faites pendant la campagne présidentielle.

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Parmi celles-ci, le triplement de la prime Macron à 6 000 euros, la suppression de la redevance audiovisuelle, le dégel du point d’indice de la fonction publique, la revalorisation anticipée au 1er juillet des minima sociaux et des retraites (indexées sur l’inflation), ou la mise en place d’un chèque alimentaire dont les contours sont encore flous. S’y ajouteront la prolongation jusqu’à la fin 2022 du bouclier tarifaire sur les prix du gaz et de l’électricité ainsi que de la remise de 18 centimes par litre à la pompe. Un ensemble évalué entre 10 et 15 milliards d’euros dans un contexte de forte incertitude économique, et alors que l’opposition accuse la majorité de laisser dériver la dépense publique.

  • Organiser la planification écologique

La première ministre devra orchestrer, dès sa nomination, l’une des promesses-phares du président de la République en matière de lutte contre le changement climatique, dont les enjeux économiques et sociaux sont forts : l’organisation de la planification écologique, dont elle aura la responsabilité. La locataire de Matignon devra s’appuyer sur deux ministères « forts », selon les mots d’Emmanuel Macron : l’un chargé de la « planification énergétique », autrement dit de la relance du nucléaire, l’autre « chargé de la planification écologique territoriale », qui supervisera les politiques d’accompagnement des ménages. Un chantier institutionnel qui s’annonce complexe, puisqu’il suppose un redécoupage de l’existant et une importante coordination avec Bercy.

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  • Mener la réforme des retraites

En matière sociale, le programme d’Emmanuel Macron repose sur une idée-force, « travailler plus ». Le chef de l’Etat souhaite qu’il y ait davantage de main-d’œuvre disponible dans le but de soutenir la croissance et d’accroître le volume de richesses produites. De cette orientation découle la réforme des retraites. Le président de la République veut repousser de 62 à 65 ans l’âge d’ouverture des droits à une pension, en procédant par étapes – à raison de quatre mois supplémentaires par génération. Ainsi, ceux qui voudront partir en 2028 devront avoir 64 ans. Une telle mesure permettra, dans un premier temps, de réduire les dépenses consacrées à ces prestations, tout en augmentant les recettes – puisque les actifs cotiseront plus longtemps. Ainsi, quelque 15 milliards d’euros d’économies pourraient être dégagés à l’horizon 2030, qui serviront à combler le déficit des régimes de retraites et à financer d’autres politiques publiques – en faveur de la perte d’autonomie, notamment.

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La diversité reste absente des instances dirigeantes des grandes entreprises françaises

Un constat « édifiant », un état des lieux « accablant » : au sein du SBF 120, l’indice boursier qui regroupe 120 grandes entreprises françaises (dont font partie celles du CAC 40), seulement 3,5 % des dirigeants des comités exécutifs (Comex) et 4,2 % des membres des conseils d’administration (CA) sont des personnes issues des minorités visibles (identifiées comme non blanches), ou portant un nom à consonance africaine, maghrébine ou asiatique. Le SBF 120 ne compte par ailleurs que quatre chief executive officers (« directeur général ou président-directeur général ») issus des minorités visibles, deux ont une nationalité extra-européenne et deux sont binationaux. C’est ce que révèle l’étude sur la diversité ethnoculturelle dans les instances dirigeantes du SBF 120 publiée lundi 16 mai et réalisée par Mozaïk RH, cabinet de recrutement spécialisé dans l’inclusion, et Me and You Too, qui lutte contre les discriminations au travail.

« Objectiver ainsi la situation devrait permettre aux entreprises de sortir du déni et de progresser », espère Saïd Hammouche, président fondateur de Mozaïk. Aux entreprises, mais aussi à l’Etat, plus mauvais élève encore que les premières dans certains cas. En effet, dans les vingt sociétés où il dispose d’une participation de plus de 10 % du capital et/ou d’au moins un siège au conseil d’administration, le pourcentage tombe à 1,7 % dans les Comex. Il est en revanche un peu plus élevé que la moyenne dans les conseils d’administration : 5,3 % – sachant que les membres des CA sont désignés par l’assemblée d’actionnaires, tandis que les conseils exécutifs sont composés des dirigeants occupant les plus hauts postes au sein de l’organisation. « L’Etat devrait être exemplaire et plus vigilant que tout autre, il ne l’est pas », dénonce Inès Dauvergne, présidente et cofondatrice de Me and You Too.

« Gâchis de compétences »

Pour mener à bien leurs travaux, les auteurs se sont penchés sur l’étude des profils des 3 272 membres des comités exécutifs et des conseils d’administration (respectivement 1 773 et 1 499 personnes) des entreprises cotées au SBF 120 au 31 décembre 2021. Trois outils ont été utilisés afin de mesurer la diversité ethnoculturelle : les photos de chacun (afin de déterminer si les personnes sont perçues comme non blanches), les patronymes à consonance extra-européennes (africaine, maghrébine et asiatique), et les nationalités (européennes et extra-européennes). « En France, les statistiques ethniques sont certes interdites, mais il est possible, tout en restant dans la légalité, de mesurer la diversité des origines dès lors que l’on respecte notamment l’anonymat des personnes, affirme Saïd Hammouche. Avec cette étude, les entreprises ne pourront plus dire qu’elles ne savent pas ou qu’elles n’ont pas le droit de savoir. »

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« Réformer l’Etat pour améliorer le service public obligera à transgresser certains tabous »

Tous les candidats à l’élection présidentielle ont souligné la nécessité de renforcer les services publics. Tous ont promis des embauches, en particulier dans certains secteurs, comme la santé, l’éducation, la justice.

Mais cela ne suffit pas. Pour renforcer le service public et en améliorer la qualité, il faut repenser en profondeur son organisation et son fonctionnement. C’est ce que, depuis des décennies, beaucoup ont appelé de leurs vœux à travers l’invitation à la réforme de l’Etat.

Jusqu’à ce jour, malgré la multiplication des initiatives, tous les gouvernants ont échoué ; parce qu’ils ont voulu en faire un levier d’économies budgétaires ; parce qu’ils ont créé des procédures formelles – « dialogue de gestion », « tableaux de bord » – sans changer le mode de management ; parce qu’ils ont piloté le « changement » de façon extrêmement centralisée et autoritaire, avec un poids démesuré accordé à la direction du budget, alors que ni sa culture ni ses objectifs (contenir la dépense publique) ne prédisposent cette dernière à mener une telle réforme.

La condition première pour réussir, c’est de considérer en priorité le travail des agents, les difficultés auxquelles ils sont confrontés, les problèmes qu’ils ont à résoudre, les contraintes et les aléas de leur activité. On découvrira alors que le cadre dans lequel ils évoluent, trop souvent, n’est pas adapté.

Stress, démotivation, inefficacité

Ainsi, le mode privilégié de pilotage des services est la norme, généralement à travers des circulaires multiples, de portée nationale, élaborées par des services centraux, sans que le souci de la cohérence et de la capacité de mise en œuvre soit toujours présent. La norme est générale, donc mal adaptée à la diversité des situations. Elle prend mal en compte les aléas.

Le responsable opérationnel et l’agent sur le terrain sont souvent plus dans la situation d’avoir à appliquer des règles, multiples et parfois contradictoires, qu’à rechercher un résultat et, tout simplement, à résoudre les problèmes qu’ils rencontrent. Cette situation est source de stress, de démotivation et d’inefficacité.

S’ajoute le cloisonnement nourri par l’organisation en corps, en métiers, qui conduit plus à la constitution de territoires et à des réflexes de « gardes-frontières » plutôt qu’à la coopération. Ainsi, par exemple, l’hôpital souffre non seulement du manque de moyens, mais aussi de sa triple hiérarchie, administrative, médicale et soignante, et du quasi-monopole de l’Ecole de santé publique de Rennes dans le recrutement des directeurs.

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