Alors que plusieurs secteurs, comme l’événementiel, les spectacles, sont déjà très fortement touchés, l’onde de choc de l’épidémie liée au coronavirus devrait se répandre à l’ensemble du tissu économique. Le ministre Bruno Le Maire a évoqué lundi un impact « sévère », tandis que la Banque de France abaissait sa prévision de croissance pour le premier trimestre de 0,3 % à 0,1 %. Pour accompagner les entreprises en difficulté, plusieurs dispositifs ont été mis en place par le gouvernement, touchant les volets fiscal, bancaire et social.
Sur le plan fiscal, sur simple envoi d’un mail aux services des impôts, les entreprises confrontées à des difficultés pourront obtenir un report des échéances de charges sociales ou d’impôts. Les sociétés « menacées de disparition » pourront demander une remise d’impôts directs, dans le cadre d’un examen individualisé avec les services fiscaux.
Des dispositifs pour éviter des problèmes de trésorerie
Pour éviter les problèmes de trésorerie qui aggraveraient la situation des entreprises confrontées à une baisse temporaire d’activité, l’Etat et la Banque de France pourront intervenir auprès des banques privées pour obtenir un rééchelonnement des crédits bancaires. De son côté, Bpifrance pourra apporter sa garantie pour des prêts de trésorerie accordés par les banques aux entreprises affectées par les conséquences du coronavirus. Les crédits de moyen et long termes des clients de Bpifrance pourront bénéficier, « sur demande motivée par le contexte », d’un réaménagement de leur dette.
Le chômage partiel simplifié
Le volet social du dispositif d’accompagnement s’appuie essentiellement sur les mesures de chômage partiel simplifié et renforcé mises en place par le ministère du travail : l’indemnité horaire compensatoire est portée de 7,74 euros à 8,04 euros net de l’heure, soit le niveau du smic. Le mardi 10 mars, 900 entreprises, représentant 5 000 salariés, avaient déjà déposé une demande de chômage partiel auprès des services du travail.
Enfin, concernant les entreprises qui travaillent avec des marchés publics d’Etat, les pénalités de retard éventuelles ne seront pas appliquées, du fait de la reconnaissance par l’Etat du coronavirus comme cas de force majeure. D’une manière générale, le médiateur des entreprises, Pierre Pelouzet, est mobilisé avec le réseau d’une trentaine de médiateurs implantés en région pour accompagner les entreprises dans la résolution de conflits qui pourraient apparaître avec leurs clients ou fournisseurs, en lien avec l’épidémie.
Certaines demandes remontent jusqu’au gouvernement. Ce fonctionnaire territorial de 57 ans qui travaille dans l’Aveyron a écrit à la ministre du travail, Muriel Pénicaud, le 9 décembre 2019, pour obtenir des renseignements sur une rupture conventionnelle. Il envisage, en effet, de créer une « auto-entreprise ».
Un conseiller socio-éducatif du conseil départemental de la Corrèze ou encore un adjoint technique territorial au sein de la région Normandie se sont eux aussi renseignés. Tous ont de nombreuses années d’ancienneté.
Créée par une loi de 2019 pour le public, après avoir été instaurée pour le privé en 2008, la rupture conventionnelle, entrée en vigueur le 1er janvier, suscite l’intérêt de fonctionnaires. Selon Olivier Dussopt, secrétaire d’Etat notamment chargé des questions afférentes à la fonction publique, « 4 000 à 5 000 demandes » seraient en cours, même s’il précise qu’il ne s’agit encore que d’une estimation.
« Le malaise est très grand »
Le nombre de ruptures conventionnelles pourrait être plus important que ce qu’avait préalablement envisagé le gouvernement : 1 000 en 2020, 1 500 en 2021, 2000 en 2022. « Cela ne me surprend pas, réagit M. Dussopt. Depuis que nous avons annoncé ce projet en février 2018, j’ai reçu beaucoup, beaucoup de demandes spontanées. C’est le sujet sur lequel il y a le plus de sollicitations individuelles d’agents. »
Ce dispositif, qui sera expérimenté de 2020 à 2025, permet à un fonctionnaire de se mettre d’accord avec son employeur pour quitter l’administration définitivement. Il percevra une indemnité de rupture. Et il aura également droit aux allocations-chômage, s’il en remplit les conditions d’attribution.
Les syndicats de fonctionnaires constatent eux aussi cet engouement. C’est notamment le cas de la CFDT Fonctions publiques, qui fait état de « remontées du terrain ». « Nous savions que c’était un dispositif attendu, commente Mylène Jacquot, secrétaire générale. On l’a donc défendu et on a demandé à ce qu’il soit étendu à la territoriale. Mais on a alerté : le fait que des fonctionnaires soient prêts à partir est un signal très négatif pour les employeurs. Parce que cela signifie qu’il y a un sérieux problème, que le malaise est très grand. »
Même constat à la CGT, opposée au dispositif car considérant que « c’est un moyen de se débarrasser de gens dont on ne veut plus ». « Il y a une demande phénoménale des agents car ils n’en peuvent plus », confirme Catherine Marty, membre du bureau de l’Union fédérale des syndicats de l’Etat (UFSE-CGT). Pour elle, les fonctionnaires trouvent dans la rupture conventionnelle une solution pour « sortir de là ». Elle évoque notamment « les réorganisations permanentes des services, en parallèle de la baisse des effectifs et de la pression hiérarchique croissante. Les gens n’ont plus les moyens d’accomplir leur mission. Ça les rend fous. »
Une nouvelle personnalité va prendre les rênes de l’Unédic, l’association paritaire qui pilote l’assurance-chômage. Sauf coup de théâtre, il devrait s’agir de Christophe Valentie, directeur des ressources humaines (DRH) de la Sûreté ferroviaire à la SNCF. Selon nos informations, son recrutement, qui n’est pas encore officiel, a récemment fait l’objet d’une décision de principe de la part de l’instance dirigeante – le bureau – du régime d’indemnisation des demandeurs d’emploi.
M. Valentie va occuper le poste de directeur général, où il succédera à Pierre Cavard, qui assurait un intérim depuis le départ, en septembre 2019, de Vincent Destival – embauché par le Secours catholique.
« Connaissance du terrain et des partenaires sociaux »
Titulaire d’une maîtrise en économie et gestion de l’entreprise, M. Valentie a travaillé à l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE), de 2004 à 2008, en qualité de responsable du réseau « culture-spectacle ». Il a ensuite rejoint le cabinet de Laurent Wauquiez, lorsque celui-ci était secrétaire d’Etat chargé l’emploi dans le gouvernement de François Fillon. Durant un an et demi, il s’est vu confier plusieurs dossiers : contrats aidés, insertion par l’activité économique, etc. Après un passage de quelques mois à Pôle emploi, il a réintégré, en novembre 2010, l’exécutif de l’époque, en devenant conseiller technique de Xavier Bertrand, alors ministre de l’emploi, du travail et de la santé. Il quitte ses fonctions quelques semaines avant la victoire de François Hollande à la présidentielle de 2012 pour se faire enrôler par la SNCF – d’abord comme directeur de l’emploi, du recrutement et de la formation puis comme DRH de la police des chemins de fer.
Décrit comme « conciliant » par un de ses ex-collègues, M. Valentie a été choisi notamment pour son profil, qui allie « connaissance du terrain et des partenaires sociaux », confie une autre source. Son expérience en cabinet ministériel a pu être vue comme un atout. Il lui appartiendra cependant de faire la preuve de son indépendance, à l’heure où l’Unédic traverse des moments difficiles. Le régime doit, en effet, mettre en œuvre de nouvelles règles pour l’assurance-chômage qui ont été dictées par le gouvernement. Un cas de figure rarissime puisque, en principe, les modalités d’indemnisation des demandeurs d’emploi sont fixées par les partenaires sociaux, sauf s’ils ne parviennent pas à s’entendre, ce qui fut le cas, en 2019. Résultat : l’Etat a repris en main le dossier, en renforçant au passage son emprise sur le régime.
La désignation de M. Valentie devrait être actée lors d’une réunion du bureau de l’Unédic, le 26 mars.
Une assemblée présidée par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, au siège des Nations unies, à New York, le 6 mars 2020. ESKINDER DEBEBE / AFP
L’annonce devait être faite dans la matinée aux diplomates : les visiteurs ne sont plus acceptés dans les bâtiments de l’ONU à partir de mardi 10 au soir, a appris Le Monde, pour tenter d’enrayer la propagation de l’épidémie du coronavirus, et ce alors que l’Etat de New York a déclaré l’état d’urgence depuis trois jours.
Lundi, le quartier général new yorkais a indiqué avoir lancé la phase « préparatoire » de son plan d’urgence. Quelques heures plus tard, les 15 membres du Conseil de sécurité ont testé un dispositif de télétravail qui devrait leur permettre de se réunir, et d’éventuellement voter à distance résolutions et autres déclarations, en cas de force majeure. S’il devait être utilisé, ce serait une première puisque ledit Conseil n’a jamais été empêché de se rassembler au cours de ses soixante-quinze années d’existence.
Les 193 pays membres devaient se réunir mardi matin sous l’égide du président de l’Assemblée générale, où il devrait leur être conseillé de travailler « trois jours sur cinq à domicile, et deux jours dans des locaux de l’ONU ». L’objectif est de toucher de façon semi-permanente « 50 % du personnel » – surtout les plus âgés, plus susceptibles d’être visés par le Covid-19.
L’anxiété gagnait les diplomates
Département par département, des plans de continuité de l’activité avaient été créés après l’ouragan Sandy en 2012, qui avait partiellement noyé le garage et des locaux de stockage de serveurs du QG de l’ONU. « Des serveurs ont par exemple été délocalisés hors des murs », explique Stéphane Dujarric, le porte-parole du secrétaire général.
Dans le cas de l’épidémie du coronavirus, c’est plutôt le personnel qui travaille au sein de l’institution onusienne dont il faut s’occuper. Depuis lundi, l’ONU demande à ses collaborateurs de retour de zones à risque de se mettre en quarantaine « volontairement ».
Ces mesures devraient rassurer, alors que l’anxiété gagnait les diplomates depuis le 2 mars, quand l’ONU a réduit un de ses rendez-vous phares, une vaste conférence sur les femmes, de onze jours à une seule journée – mais sans annoncer d’autres précautions. « Le manque de communication a créé une certaine anxiété, indéniablement », confie un ambassadeur européen.
Pour rassurer le personnel, une réunion a été organisée vendredi avec la directrice des services médicaux de l’ONU. La fréquence de désinfection des lieux les plus sensibles (ascenseurs, toilettes) aurait doublé depuis, et les produits utilisés seraient plus puissants, similaires à ceux utilisés dans les hôpitaux. Une cellule de crise s’est enfin réunie ce week-end, dès que New York a déclaré l’état d’urgence.
Mieux vaut un compromis peu ambitieux que pas de compromis du tout. Après un peu plus de deux ans de négociations, jalonnées de longs temps morts et d’échanges tendus, le patronat et les syndicats ont jugé préférable de s’entendre à propos de la question des cadres dans le secteur privé – même si le « deal » qu’ils sont sur le point de ficeler contient peu d’avancées nouvelles. Les concessions faites par chaque camp viennent, en effet, de déboucher sur un projet d’accord national interprofessionnel (ANI), proposé par les représentants des employeurs. Les confédérations de salariés l’ont retouché, vendredi 6 mars, mais il ne s’agit que d’amendements portant sur la forme, qui ne devraient pas soulever de difficultés. A ce stade, trois organisations (sur les huit impliquées dans les discussions) ont indiqué qu’elles signaient le texte : Force ouvrière, l’Union des entreprises de proximité (artisans, commerçants, professions libérales) et la CFTC ; les cinq autres doivent faire connaître leur décision dans les prochains jours.
L’ANI en cours de bouclage résulte de la fusion, début 2019, du régime de retraites complémentaires des cadres (Agirc) avec celui des non-cadres (Arrco). Un mariage scellé dans un accord d’octobre 2015, qui prévoyait l’ouverture de tractations pour « définir les principaux éléments permettant de caractériser l’encadrement ». Les syndicats y tenaient beaucoup, compte tenu des contraintes nouvelles auxquelles est confrontée cette catégorie de salariés, depuis plusieurs années : changements dans les politiques de management des entreprises, exigences accrues de polyvalence, augmentation de la charge de travail dans un contexte où les prises de décision s’accélèrent, etc.
Les tractations furent laborieuses, en raison du faible enthousiasme manifesté au départ par le Medef. La première organisation d’employeurs regroupe plusieurs fédérations professionnelles qui redoutaient une remise en cause de leurs accords de branche et de leurs critères de classification des salariés. Finalement, le processus a accouché, fin février, d’un projet d’ANI.
Un « référentiel » pour les entreprises
Le texte a une double vertu, comme l’explique Patrick Cheppe, le chef de file de la délégation patronale : il maintient les règles relatives à la prévoyance des cadres (un dispositif qui se traduit par divers avantages, notamment en cas de décès du salarié) et celles qui concernent les cotisations destinées à l’Association pour l’emploi des cadres (APEC). Autrement dit, deux piliers du système actuel sont sécurisés, sur le plan juridique.
Le salon Livre Paris 2020 a été annulé à cause du Coronavirus. MARTIN BUREAU / AFP
Depuis quelques jours, le téléphone de Michaël Nussbaumer ne sonne plus. « Tout est calme », déplore-t-il. Trop calme. Pour ce dirigeant de Cosmik Jump, une agence événementielle installée à Annecy, les semaines à venir seront difficiles. « Certains clients ont annulé leurs manifestations, d’autres sont en stand-by et attendent de voir comment les choses vont évoluer. » M. Nussbaumer, qui emploie trois salariés, peut « tenir » jusqu’à fin mai en termes de trésorerie. Sa plus grande crainte est de voir le Pharaonic, festival de musique électronique qui doit se tenir fin mars à Chambéry, annulé. « Auquel cas, une grosse partie de notre chiffre d’affaires de l’année sera perdu », dit-il, refusant malgré tout de céder à la panique. « Nos prestataires sur les événements, artistes, intermittents, free-lance, sont encore plus touchés que nous. Ils n’ont rien pour voir venir. »
L’événementiel apparaît d’ores et déjà comme l’un des plus touchés par les conséquences économiques de l’épidémie due au coronavirus. Or ce secteur déploie une activité considérable : pas moins de 380 000 événements organisés à l’initiative d’une entreprise ou d’une institution ont eu lieu en France en 2018 – soit plus d’un millier par jour –, générant 32 milliards d’euros de retombées, selon une enquête d’EY publiée en novembre 2019.
Une catastrophe pour ce secteur et ses 335 000 emplois
« Depuis vendredi [28 février], les clients annulent en cascade leurs événements de moins de 5 000 personnes, par précaution, considérant qu’ils ne peuvent pas prendre le moindre risque de réunir leurs collaborateurs ou clients », constate Bertrand Biard, président de l’association LÉVÉNEMENT, qui rassemble 63 entreprises du secteur, soit 80 % du marché. « Les entreprises nous remontent à chaque instant des annulations qui s’enchaînent, entraînant mécaniquement, pour la plupart d’entre elles, la disparition quasi totale de leur chiffre d’affaires. »
Une catastrophe pour ce secteur et ses 335 000 emplois (en équivalent temps plein) comprenant de multiples métiers – agences, organisateurs, traiteurs, loueurs de salles, prestataires techniques, animateurs… – et composé d’une myriade de PME ou de TPE (très petites entreprises), voire d’indépendants. Des petites entreprises, qui, bien souvent, ne disposent pas de la trésorerie suffisante pour laisser passer l’orage, d’autant que personne ne sait quelle sera la durée et l’ampleur de la crise. Les assureurs ne leur seront pas d’un grand secours, puisque les clauses d’annulation figurant sur les contrats excluent toutes les conséquences directes ou indirectes des effets du Covid-19, et ce depuis la qualification d’épidémie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Chorégraphie des « Rosies » lors d’une manifestation contre la réforme des retraites, à Paris, le 24 janvier. LIONEL BONAVENTURE / AFP
Leur chanson résonne désormais dans toute la France. Dans la foule des anonymes qui défilent contre la réforme des retraites, impossible de rater les « Rosies » – une référence à « Rosie la riveteuse », l’emblème de la lutte pour l’égalité professionnelle. Bleu de travail, gants jaunes et bandana rouge, elles étaient encore là, mardi 3 mars, à l’heure où le gouvernement s’apprêtait à recourir au 49.3 pour faire adopter sans vote le volet ordinaire du projet de loi à l’Assemblée nationale. A l’ombre des ailes noires de faux vautours symbolisant les gestionnaires d’actifs comme BlackRock, les voilà qui entonnent A cause de Macron, une version parodique d’A cause des garçons, un tube de 1987.
Tremblez @Meyer_Habib, @PascalPraud et autres défenseurs du patriarcat .. les dangereuses Rosies d’#AcauseDeMacron… https://t.co/nNKyl5D9Xh
— CauseMacron (@A cause de Macron)
Tout est parti d’une vidéo de l’association Attac, imaginée pendant les vacances de Noël. Quelques jours plus tôt, le 11 décembre 2019, lors de la présentation de la réforme au Conseil économique, environnemental et social, le premier ministre, Edouard Philippe, avait lancé : « Les femmes seront les grandes gagnantes du système universel. » Et de vanter une majoration en points de 5 % accordée aux parents et ce « dès le premier enfant », des pensions de réversion améliorées ou encore l’abaissement de l’âge d’annulation de la décote pour une retraite à taux plein de « deux à trois ans » pour celles actuellement obligées d’attendre 67 ans pour obtenir une pension complète.
« Du baume au cœur »
Cette communication a fait bondir un certain nombre de féministes. Dans la foulée, à Paris, un meeting est organisé à la Maison des métallos, à l’initiative de la députée « insoumise » Clémentine Autain. « La réforme fragilise les dispositifs correctifs qui existent aujourd’hui, comme les majorations pour enfants ou les pensions de réversion, dénonce Sophie Binet (CGT). Avec le calcul sur toute la carrière, les années de temps partiel ou d’interruption pour enfant se paieront cash. »
Attac prend le relais pendant la trêve des confiseurs avec son clip et décide de le décliner dans le défilé parisien à la rentrée, chorégraphie à l’appui. « Il s’agissait de donner du baume au cœur pendant les vacances de Noël et on s’est dit que face aux violences policières, il fallait aussi faire quelque chose dans les cortèges », raconte sa porte-parole, Aurélie Trouvé. Du matériel est mis à disposition sur le site d’Attac, avec les paroles de la chanson et un tutoriel. Les réseaux sociaux font le reste. « Ça donne une dimension festive à nos luttes qui n’enlève rien au fond politique, considère Murielle Guilbert (Solidaires). Ça dynamise des modes d’action traditionnels qui usent les militants. »
Un collectif d’anciens élèves de l’Ecole polytechnique demande à Patrick Pouyanné, président-directeur général de Total, dans une tribune au « Monde », de renoncer au projet d’implantation de son entreprise au sein du campus, contraire au principe de neutralité de l’établissement.
La justice a procédé à la saisie de 3 millions d’euros sur le compte bancaire français de Deliveroo, la plate-forme britannique de livraison de repas, dans le cadre d’une enquête pour travail dissimulé, a-t-on appris vendredi de source proche du dossier, confirmant une information du Parisien. Cette saisie effectuée à titre conservatoire correspond à une partie des cotisations sociales que l’entreprise est soupçonnée de ne pas avoir acquittée durant la période 2015-2016.
Depuis mai 2018, la plate-forme britannique est au cœur d’une enquête préliminaire du parquet de Paris confiée à l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI) pour « travail dissimulé », après un rapport de l’inspection du travail critique sur les pratiques de l’entreprise.
Pour l’inspection du travail, les livreurs de Deliveroo France doivent être considérés comme des salariés et non comme des autoentrepreneurs. L’Urssaf, selon Le Parisien, a estimé à un peu plus de 6 millions d’euros le montant des cotisations non versées par la plate-forme entre 2015 et 2016.
Condamnation par les prud’hommes
« Deliveroo offre à des milliers de livreurs un travail indépendant parce que cela leur donne la liberté de choisir eux-mêmes quand et où travailler. Les livreurs nous indiquent valoriser avant tout la flexibilité », a commenté vendredi un porte-parole de la plate-forme.
Au début de février, Deliveroo a été condamné au civil par les prud’hommes de Paris pour travail dissimulé à la suite de la demande de requalification en contrat les prestations de l’un de ses livreurs.
La justice a « reconnu que le fait d’obliger le coursier à avoir un contrat de prestation de service était une volonté de frauder le code du travail de la part de Deliveroo et condamné l’entreprise à verser 30 000 euros au livreur », avait expliqué Kevin Mention, avocat du plaignant. Il s’agit du premier cas de requalification en France pour Deliveroo.
« Deliveroo a eu des discussions avec les autorités de sécurité sociale au sujet d’un contrat qui n’est plus d’actualité, qui offrait clairement un travail indépendant. Aucune décision n’a été prise et les discussions se poursuivent », a déclaré vendredi l’entreprise britannique.
Une station fermée de la ligne 12 du métro parisien, lors du mouvement contre la réforme des retraites, le 6 décembre 2019. PHILIPPE LOPEZ / AFP
« On a failli faire une excellente année. » Catherine Guillouard, la PDG de RATP Group, a de quoi nourrir quelques regrets en publiant ses comptes 2019, vendredi 6 mars. Certes, la grande grève de décembre contre le projet de réforme des retraites n’a pas empêché le chiffre d’affaires de croître de 2,5 %, pour atteindre 5,7 milliards d’euros l’an dernier, mais elle est venue amputer lourdement toutes les lignes du résultat : une baisse de 2 % de la fréquentation, un bénéfice opérationnel réduit d’un tiers, une capacité d’autofinancement qui stagne et, surtout, un résultat net à 131 millions d’euros, alors qu’il avait atteint 200 millions en 2018. « Le conflit social n’a pas obéré notre croissance, mais il a lourdement pesé sur les comptes », résume la patronne de la régie parisienne.
La RATP estime que la grève a diminué de 150 millions d’euros son bénéfice 2019, à cause de deux foyers de pertes principales : la baisse de recettes voyageurs (– 59 millions d’euros) et une provision passée pour anticiper les remboursements aux abonnés pour le mois de décembre (– 103 millions). Cette somme a été reversée à Ile-de-France Mobilités, l’autorité organisatrice des transports de la région, qui s’est chargée de la rendre aux titulaires d’un passe Navigo.
Ces sommes ne tiennent pas compte du débordement du mouvement sur le mois de janvier, lequel devrait avoir un effet négatif supplémentaire que la RATP estime entre 40 millions et 50 millions d’euros. Au total, l’un des conflits sociaux majeurs de l’histoire de la régie parisienne aura coûté autour de 200 millions d’euros à l’entreprise publique.
« Tentés par l’utilisation du droit de retrait »
Malgré tout, même diminués, les profits sont là. La RATP a réussi à faire le gros dos et comptait bien sur 2020 pour rebondir. Mais, comble de malchance, un nouvel obstacle potentiel se dresse : le coronavirus. La nouvelle est tombée, jeudi 5 mars : deux employés de la RATP amenés à être en contact avec le public ont été infectés, une agente travaillant en station sur la ligne 6 du métro parisien et un chauffeur du centre de bus de Thiais (Val-de-Marne).
Sans le conflit social, le chiffre d’affaires aurait crû de 4 %, l’excédent brut d’exploitation, de 7 %, le profit, de 40 %
Conséquence potentielle : de nombreux usagers pourraient se détourner des réseaux, des salariés pourraient être tentés par l’utilisation du droit de retrait. Pour l’heure, la direction temporise. La découverte de ces cas n’a, pour l’instant, « aucune incidence pour l’exploitation sur tout le réseau, y compris sur la ligne 6 », souligne la régie. « On n’a pas observé un changement de la fréquentation, et nous n’avons pas de droit de retrait », a affirmé, jeudi 5 mars, Mme Guillouard, qui reconnaissait toutefois qu’une extension de l’épidémie pourrait conduire à une réduction de l’offre de transport. « Il faudrait faire avec les personnels présents, explique la patronne de la régie. Comme pendant la grève, notre priorité serait de privilégier les axes prioritaires et les heures de pointe. »
Pour la RATP, le potentiel de croissance est pourtant là. Il s’était manifesté dans les chiffres 2019 jusqu’à novembre. Sans grève, le chiffre d’affaires aurait augmenté de 4 %, l’excédent brut d’exploitation, de 7 %, le profit, de 40 %… Jusqu’au 5 décembre, date du déclenchement du conflit, la croissance globale de la fréquentation des réseaux ressortait à 2,6 %, avec des pointes dans le tramway et le RER.
Frénésie de travaux
« Tout cela montre notre avance accumulée jusqu’à novembre, souligne Mme Guillouard. Elle nous a permis de bien résister aux perturbations en réalisant un bénéfice substantiel, alors même que nous avons, en 2019, investi plus de 2 milliards d’euros dans les réseaux d’Ile-de-France, une somme jamais atteinte dans l’histoire du groupe. » Le résultat, ce sont des chantiers tous azimuts : prolongement de quatre lignes de métro (4, 11, 12 et 14), modernisation de lignes, rénovations de rames, conversion de l’activité bus à l’électrique et au biogaz…
Pour financer cette frénésie de travaux, la RATP a apporté 1 milliard sur ses fonds propres (sans augmenter sa dette), auxquels se sont ajoutés 700 millions d’euros de la part d’Ile-de-France Mobilités et 400 millions apportés par la Société du Grand Paris pour le prolongement vers le sud de la ligne 14, dans les souterrains de laquelle trois tunneliers sont actuellement en action.
Les nouvelles rassurantes sont aussi venues des filiales. Alors que l’activité de l’établissement public RATP (RER, métro, tram, bus dans la région capitale) a stagné, en 2019, à cause des grèves, les filiales ont apporté une contribution importante à la croissance (+ 11 % en termes de chiffre d’affaires). Ces dernières représentent désormais presque un quart des revenus du groupe.
Au premier rang d’entre elles, on trouve RATP Dev, qui gère toutes les activités de transport public en région et à l’étranger. La société a multiplié les conquêtes dans l’Hexagone, en 2019 : gains des réseaux d’Angers, Brest (Finistère), Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), Creil (Oise) et du CDG Express en partenariat avec Keolis (filiale de la SNCF). A l’étranger, le groupe n’a pas décroché de nouveau réseau marquant, mais a mis à exécution les récents contrats remportés, notamment celui des métro et tramway du Qatar, des métro et bus en Arabie saoudite, des tramways au Maroc et en Algérie, ainsi que la gestion des transports de la région toscane, en Italie.