L’avenir de Conforama suspendu à l’obtention d’un prêt garanti par l’Etat

Devant un magasin Conforama, à Paris, en décembre 2017.
Devant un magasin Conforama, à Paris, en décembre 2017. ERIC PIERMONT / AFP

Dans le secteur de la consommation, Fnac Darty l’a eu (500 millions d’euros), Castorama et Brico Dépôt, propriété de Kingfisher, viennent de l’obtenir (600 millions d’euros), la Cafom, propriétaire d’Habitat et de Vente-unique.com, aussi. Mais Conforama attend toujours l’obtention du prêt garanti par l’Etat (PGE) d’environ 300 millions d’euros, selon nos informations, qu’elle a sollicité il y a plusieurs semaines.

La dernière réunion sous l’égide du Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI), avec les quatre banques concernées (Crédit du Nord, LCL, HSBC et BNP), vendredi 15 mai, n’a pas débloqué la situation.

Au 7 mai, 386 658 entreprises de toutes tailles avaient obtenu une enveloppe de 65,799 milliards d’euros. Pour le distributeur français de produits d’ameublement, la situation est de plus en plus tendue. Sans cet apport financier, il risque dans les prochaines semaines la mise en redressement judiciaire.

1 900 emplois supprimés en France sur 9 000

Après le scandale financier lié à des irrégularités comptables de son actionnaire principal, le groupe Steinhoff, en 2017, Conforama avait été pris dans une tempête financière qui a abouti, en juillet 2019, sur un vaste plan de restructuration : 32 magasins Conforama en France fermés en 2020, et 10 Maison Dépôt, entraînant la suppression de 1 900 emplois – sur quelque 9 000 en France. Un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) avait été mis en place pour accompagner le départ des salariés et la fermeture des magasins programmée en trois vagues, à partir du 15 avril.

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Quelques acquéreurs pour les magasins s’étaient même présentés, comme But et Lidl. Tandis que les résultats financiers de Conforama avaient commencé à s’améliorer. Le chiffre d’affaires était en hausse de 1 % au quatrième trimestre 2019, par rapport à 2018, et la tendance se poursuivait jusqu’en février. « Cela n’était plus arrivé depuis longtemps. Les efforts de tout le monde commençaient à porter leurs fruits », raconte Jacques Mossé-Biaggini, délégué syndical central FEC-FO. « Les difficultés étaient éteintes. Les objectifs financiers étaient tenus. On était sur un retour de la rentabilité dès 2020. Le Covid-19 nous a fait sortir de la trajectoire », assurait-on du côté de la direction, début mai.

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Depuis plusieurs semaines, la direction de Conforama négocie avec difficulté cet apport financier. L’Etat a même accepté d’augmenter sa garantie à 90 %, au lieu de 80 % dans d’autres dossiers, pour que le prêt soit bouclé. Rien n’y a fait. L’une des quatre banques, BNP, ayant même séché la dernière réunion, vendredi 15 mai, organisée par le CIRI. « Et HSBC semble moins intéressé à soutenir des investissements français, indique M. Mossé-Biaggini. Avec l’augmentation de l’engagement de l’Etat, c’est difficilement compréhensible. » A l’AFP, la banque française a répondu, samedi 16 mai, que, « si un nouveau projet industriel et commercial de long terme, et mobilisant les actionnaires actuels ou de nouveaux actionnaires, devait se dessiner, BNP Paribas l’examinerait. »

« C’est le serpent qui se mord la queue ! »

Or, sans ce prêt, outre une mise à mal de la situation financière de l’entreprise, pas de financement du plan social pour les salariés. « Le PSE devait être financé par la tranche B de l’emprunt théoriquement consenti par le panel de créanciers dirigé par Helen Lee Bouygues. 110 millions d’euros devaient rentrer, mais les créanciers conditionnent maintenant ce versement à l’obtention du PGE. C’est le serpent qui se mord la queue ! », se désole M. Mossé-Biaggini. Certains salariés ayant déjà quitté l’entreprise, environ 1 500 personnes sont encore concernées. « Les propositions de reclassements internes devaient être envoyées à partir du 11 mai, et les premières notifications de licenciement devaient partir début juin. Tout est gelé », poursuit le syndicaliste.

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Rien de signé non plus du côté des acheteurs potentiels des magasins. Après avoir annoncé dans les médias son intérêt pour une dizaine de magasins, But s’est retiré des discussions au début de l’année.

Pour le moment, Conforama n’a rouvert que 19 magasins en libre-service sur 182. Les 16 magasins de la première vague de fermeture ne rouvriront pas, et les 13 autres de la seconde vague, prévue début juin, sont en suspens. Les derniers sont censés fermer le 15 octobre. Une situation compliquée pour l’ensemble des salariés de Conforama, qui « sont plongés dans l’insécurité quand à la viabilité de leur entreprise et la pérennité de leur emploi », a indiqué la CGT dans un communiqué, samedi 16 mai.

Coronavirus : le télétravail est globalement plébiscité, malgré des réticences chez les jeunes

La comédienne Vanessa Desmaret diffuse une émission depuis sa cuisine, le 11 avril 2020, à Lyon.
La comédienne Vanessa Desmaret diffuse une émission depuis sa cuisine, le 11 avril 2020, à Lyon. JEFF PACHOUD/AFP

A en croire Corona-work.fr, plus de 4 personnes sur 5 souhaitent continuer à télétravailler après la sortie de crise. Projet collaboratif, ce site a été lancé par six spécialistes de l’analyse de données pour mesurer et comprendre l’impact de la mise en télétravail confiné de plus de 5 millions de personnes. Entrepreneur, ingénieur ou sociologue, ils ont élaboré un questionnaire qui a récolté plus de 1 540 réponses depuis le 16 mars. Les données brutes dressent une typologie des télétravailleurs.

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L’expérience du travail à distance est suffisamment positive pour que 60 % des répondants affirment vouloir télétravailler davantage quand la situation sera redevenue normale, car leurs conditions de travail se sont améliorées pendant le confinement. S’ils disent travailler plus qu’avant, ils affirment aussi être plus efficaces et plus concentrés. Ils font également plus d’activité physique que les autres. Ils envisagent de télétravailler une fois de temps en temps (44,3 %), le plus possible (14 %), voire tous les jours (1,7 %). Et 25,5 % souhaitent télétravailler « autant qu’avant ».

Cadres, employés et professions intermédiaires

Les adeptes sont pour plus de 45 % des néo-télétravailleurs. Ils ne pratiquaient jamais, ou seulement exceptionnellement, le télétravail avant le confinement et souhaitent télétravailler au moins un jour par semaine. Ils sont en grande majorité employés et de professions intermédiaires. Les cadres et les professions intellectuelles supérieures, qui représentaient 60 % des télétravailleurs avant la crise, souhaitent continuer au moins autant sinon plus. Les aspirants au télétravail se répartissent assez également entre hommes et femmes.

En revanche, l’âge est un critère clivant. Seuls 14,5 % des télétravailleurs interrogés refusent de continuer, mais ils sont 20,6 % chez les 18-29 ans. Les plus jeunes, qu’on aurait pu croire plus adeptes du télétravail car désireux d’être libres de s’organiser et aguerris au numérique, réclament leur bureau. Ce pourcentage monte à 28,7 % pour les jeunes célibataires et à 36,1 % pour les jeunes femmes. Le besoin d’être en relation avec les autres et avec son manageur, alors que l’on commence sa carrière professionnelle, est important. Le lieu de travail reste un espace de sociabilité et de rencontres essentiel pour les jeunes.

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Coronavirus : le télétravail met en danger la confidentialité des entreprises

Lors d’un salon à Los Angeles, en novembre 2019.
Lors d’un salon à Los Angeles, en novembre 2019. FREDERIC J. BROWN/AFP

Quand, du jour au lendemain, plusieurs millions d’employés et d’agents de collectivités se sont retrouvés à travailler depuis leur domicile, les cybercriminels se sont frotté les mains. Dès les premiers jours du confinement, les utilisateurs se sont précipités sur les applications de visioconférence. Le nombre de réunions organisées chaque jour sur Zoom est ainsi passé de 10 millions en décembre 2019 à 300 millions fin avril…

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Mais utiliser une telle application sans avoir activé ou non les différents paramètres expose aux fuites de données, à la présence de participants non invités et à l’enregistrement des échanges. Rapidement accusée de ne pas chiffrer les réunions et de faire transiter certains échanges par des serveurs en Chine, l’application a été interdite par nombre d’entreprises, et même d’Etats. Elle a été corrigée depuis. Mais si l’on ne tient pas à voir ses discussions entre collègues exploitées par des inconnus malveillants, mieux vaut consulter la politique de confidentialité.

Les données personnelles et professionnelles sont d’autant plus à risque que beaucoup d’employés ont commencé à télétravailler sur l’ordinateur de la maison. « Les logiciels y sont rarement mis à jour, il y a donc un risque lorsqu’on les autorise à accéder aux serveurs des entreprises », remarque Gérôme Billois, associé cybersécurité et confiance numérique au cabinet de conseil Wavestone, sauf pour les entreprises qui ont déjà migré une partie des applications dans le cloud. Les logiciels de messagerie, les documents et les données sont alors accessibles en ligne sans passer par le système informatique de l’organisation.

« Le collaborateur est le premier rempart de l’entreprise, il faut lui faire adopter les bonnes pratiques », affirme Stéphane Tournadre, du groupe Servier

« Le collaborateur est le premier rempart de l’entreprise, il faut lui faire adopter les bonnes pratiques », affirme Stéphane Tournadre, responsable de la sécurité des systèmes d’information (RSSI) du groupe Servier. Le laboratoire a montré à ses salariés comment l’application de suivi du Covid-19 sur la carte du monde, largement diffusée sur les smartphones, servait en fait à exfiltrer les données des mobiles…

« Cet exemple dans l’environnement personnel leur a fait mesurer ce qu’il peut se passer dans le monde professionnel. » Et pour éviter que des données sur les savoir-faire industriels ou de recherche s’égarent, Servier a tout simplement proscrit le papier pour ceux qui travaillent à domicile. Les assistantes ont créé les procédures d’utilisation de la solution collaborative Teams, adoptée par toute l’entreprise.

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Coronavirus : le télétravail, nouvel idéal ?

Par

Publié aujourd’hui à 16h00

« J’ai appelé mon directeur à 8 heures. On a créé un Skype et on partage le même bureau. J’appuie sur un bouton, il voit ce que je vois », raconte Elise Geinet, responsable commerciale installée à Bordeaux dans sa cuisine, « car la pièce est grande ». Le télétravail était le quotidien d’Elise avant le Covid-19, il l’est pendant et le sera probablement après. Le ministère du travail a estimé à 30 % (7 millions de personnes) la part de la population active susceptible de travailler à distance – davantage dans les grandes entreprises que dans les petites. Fin mars, un salarié sur 4 était en télétravail, selon une enquête de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares). Et alors même qu’un tiers des employeurs n’y étaient pas favorables avant la pandémie, plus de 90 % d’entre eux l’ont mis en place. Qu’en restera-t-il dans l’organisation du travail de l’après-crise sanitaire ?

Le Monde

Le premier atout de cette expérience hors norme est d’avoir mis en place ce qui semblait irréalisable. L’idée même de travailler à distance était jugée incompatible dans des secteurs entiers de l’industrie ou des services, comme la banque. « Il n’y avait pas du tout de télétravail dans le réseau [d’agences bancaires] pour des raisons de sécurité essentiellement, explique Philippe Fournil, délégué CGT de la Société générale. Avec la crise sanitaire, ce qui était impossible pendant des années est devenu un peu possible, et on a été équipés. » Même scénario pour les services informatiques du géant du conseil Accenture, qui n’avaient pas accès au télétravail pour des raisons de sécurité et d’infrastructure.

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Certains métiers (cardiologue, député) ou certaines activités (la gestion de projets) excluaient également le travail à distance. Depuis mars 2020, tous les médecins consultent à distance, les commissions parlementaires et les auditions d’experts se tiennent en visioconférence, les informaticiens travaillent à domicile et les projets collectifs avancent, même à l’international. « Remettre sur les rails un projet qui se développe en Asie sans se rendre sur place paraissait inconcevable », reconnaît Vinciane Beauchene, directrice associée au Boston Consulting Group. Cela ne l’est plus désormais. Y compris en « mode agile » : « Des équipes techniques qui doivent sortir des produits en mode itératif sur des boucles très courtes (on teste, on adapte) ne travaillaient qu’en présentiel, les chercheurs ont réussi à continuer à distance. La généralisation du télétravail nous a permis de repousser la frontière de ce qu’on croyait impossible », résume Julien Fanon, consultant associé chez Accenture.

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Jacques Barthélémy : « Face à une récession, les entreprises peuvent utiliser trois stratégies »

Tribune. Comme vient de le révéler une étude de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), les deux mois de confinement en France se sont traduits par une perte de cinq points de produit intérieur brut (PIB). Une récession majeure s’annonce. Quelle stratégie les entreprises devront-elles adopter pour y faire face ?

En temps de crise, le premier réflexe des dirigeants est de réduire les effectifs. Comme le suggère l’exemple du transport aérien après les attentats du 11 septembre 2001, cette démarche est souvent contre-productive. Les attentats ont eu un impact dévastateur sur les compagnies aériennes américaines.

Quatre ans après, seules deux d’entre elles étaient revenues à un niveau de capitalisation boursière équivalent à celui de septembre 2001 (Southwest et Alaska). Alors que la plupart de leurs concurrents avaient licencié près du quart de leurs effectifs, celles-là n’avaient pas licencié un seul employé. D’après Herb Kelleher, le fondateur de Southwest : « Il n’y a rien de pire que les licenciements pour détruire la culture d’une entreprise… »

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Les recherches sur les stratégies à adopter en temps de crise sont rares. L’une des plus intéressantes, quoique ancienne, porte sur près de 5 000 entreprises américaines du début des années 1980 au début des années 2000 (Ranjay Gulati, Nitin Nohria et Franz Wohlgezogen, « Roaring out of Recession », Harvard Business Review n° 88/3, 2010). Les résultats sont assez déprimants. Lors des différentes périodes de récession, 17 % des entreprises ont fait faillite. Parmi celles qui ont survécu, 80 % en sont sorties affaiblies, 11 % ont retrouvé leur niveau de performance pré-récession et 9 % en sont sorties plus fortes qu’avant.

Neuf combinaisons

Face à une récession, les entreprises peuvent utiliser trois stratégies. La stratégie défensive consiste à réduire les coûts et à geler les investissements. Comme on l’a vu avec l’exemple du transport aérien, elle est courante mais peu efficace. Les entreprises qui la mettent en œuvre ont seulement 21 % de chances, selon cette étude, de sortir d’une récession plus fortes qu’avant. L’explication : cette stratégie démobilise aussi le personnel qui a eu le privilège de ne pas être licencié. Elle détruit également une grande partie des ressources et compétences de l’entreprise. Lorsque la croissance est de retour, l’entreprise est affaiblie et ne parvient pas à « redémarrer ».

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Olivier Véran promet de meilleurs salaires à l’hôpital et un assouplissement des 35 heures

Le ministre de la santé, Olivier Véran, à l’Assemblée nationale à Paris, le 12 mai.
Le ministre de la santé, Olivier Véran, à l’Assemblée nationale à Paris, le 12 mai. GONZALO FUENTES / REUTERS

Le ministre de la santé, Olivier Véran, promet, dimanche 17 mai, que le gouvernement va « augmenter les rémunérations » à l’hôpital et créer un « cadre beaucoup plus souple » au temps de travail, en réponse à la demande de reconnaissance des personnels. « Il faut travailler à une augmentation » des salaires des personnels hospitaliers, « au-delà des primes », déclare le ministre dans un entretien au Journal du dimanche, sans donner plus de détails.

Il annonce le lancement le 25 mai d’un « Ségur de la santé » du nom de l’avenue de Paris où le ministère est situé –, avec une « grande réunion multilatérale des partenaires sociaux au ministère », afin de présenter un plan, « cet été, pour traduire tout ce qui peut l’être dans le prochain budget de la Sécurité sociale ».

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Concernant les 35 heures, le ministre qui a récupéré son portefeuille mi-février, assure que « la question n’est pas de déréglementer le temps de travail ». « Il ne s’agit pas d’obliger des gens à travailler davantage, mais de créer un cadre beaucoup plus souple pour permettre à ceux qui le souhaitent de le faire ou d’organiser leur temps de travail différemment. Sans pression », détaille M. Véran.

« De nombreuses infirmières sont contraintes de faire des « ménages », c’est-à-dire des heures supplémentaires, illégalement, dans d’autres établissements. Si des salariés de l’hôpital souhaitent travailler davantage et augmenter leur rémunération, il faut que ce soit possible », estime-t-il.

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« Sortir du dogme de la fermeture de lits »

Au-delà, il juge à propos des infirmières que « la nation va devoir faire un effort important pour reconnaître leur rôle ». Il souhaite « rapidement » atteindre un « niveau de rémunération correspondant au moins à la moyenne européenne [44 000 euros par an] ». A ce titre, il reconnaît qu’il faudra « de l’argent nouveau ». « C’est nécessaire, il n’y a pas d’argent magique, il faudra donc faire des choix. » Le ministre de la santé s’engage également à « sortir du dogme de la fermeture de lits ». « Médecin hospitalier, j’ai connu les brancards dans les couloirs, ce n’est plus acceptable. »

Le président, Emmanuel Macron, a promis vendredi, lors d’une visite à l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, de « mettre fin » à la « paupérisation » des personnels soignants et d’être « au rendez-vous ». Un message accueilli avec prudence par les personnels, engagés dans une mobilisation inédite depuis des mois avant la crise du coronavirus pour obtenir davantage de considération et de moyens.

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Sur l’épidémie

Sur le déconfinement et ses enjeux

Le Monde avec AFP

« Interdire aux chômeurs toute activité à caractère social au motif qu’ils touchent des allocations est un scandale »

Tribune. De nombreuses personnes confinées se sont découvert une passion pour les métiers de soins à la personne (« care ») ou de proximité : aide à la garde d’enfants, appels ou visites à des personnes âgées, livraisons de courses à domicile, soutien scolaire, livraison de médicaments et masques, transports de malades, travaux agricoles.

Une nouvelle entreprise – une des plus grandes de France aujourd’hui, avec 250 000 nouveaux membres entre le 22 mars et le 1er avril, selon Gabriel Attal, secrétaire d’Etat en charge de la vie associative – vient de voir le jour sous nos yeux, en l’espace de quelques jours : il s’agit de la Réserve civique-Covid-19.

Un vrai projet de société

Ses activités relèvent du bénévolat à ce jour. Mais à terme, les anciens confinés salariés en chômage partiel risquent de se retrouver chômeurs tout court, confinés ou pas.

Il semble indispensable de valoriser ces chômeurs – dès la perception de leurs allocations et au titre du versement de ces dernières – au travers de toutes ces activités répondant à un besoin non pourvu par le secteur marchand, ou en fort manque de main-d’œuvre : recyclage, santé, social, agroalimentaire, soutien scolaire, entretien des espaces naturels, auxquels il est possible de contribuer à raison par exemple, de deux jours par semaine. En gardant bien sûr un temps pour mûrir un nouveau projet professionnel.

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Interdire aux chômeurs toute activité à caractère social au motif qu’ils touchent des allocations est un scandale à l’échelle nationale qui dure depuis que l’assurance-chômage existe. Le scandale devient intenable dans le contexte aujourd’hui prévisible d’un effondrement de l’emploi, malgré toutes les exhortations à la reprise, lesquelles relèvent de l’incantation davantage que d’un véritable projet de société.

Au contraire, assurer les chômeurs qu’on a besoin d’eux tout de suite, au moins pour une partie de leur temps de travail disponible, nous donne à tous, chômeurs potentiels, la perspective que nous pouvons servir à quelque chose quels que soient les revers de fortune que la conjoncture nous imposera. Une telle perspective ouvre sur un vrai projet de société.

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Mais exiger des chômeurs des activités de « care » à temps partiel, aussi légitime cela puisse paraître, est socialement peu acceptable, et au fond nuisible à la qualité des services attendus, si les personnes ne sont pas volontaires pour s’inscrire dans une mission qui a un sens pour eux.

Activités non solvables

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Il faut investir « dans l’enseignement supérieur et la recherche pour proposer des solutions scientifiques face à la crise sanitaire, sociale et écologique »

Tribune. Depuis le 16 mars, la fermeture des universités a bouleversé les activités de l’enseignement supérieur et de la recherche. Alors que les personnels ont poursuivi leur mission de service public, le confinement a opéré comme un révélateur des inégalités et de la précarité étudiante. Le 7 mai, Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, a annoncé dans Le Parisien une rentrée 2020 dématérialisée.

Dans les universités, le bruit court qu’il faut s’y préparer, mais aucune concertation avec les équipes pédagogiques et administratives n’est véritablement menée. Alors qu’une partie de la communauté universitaire est mobilisée depuis le 5 décembre 2019, nos revendications se posent avec encore plus d’acuité. Comme à l’hôpital, la seule façon d’affronter la crise est de le faire avec des moyens supplémentaires, en rupture avec la logique austéritaire.

La nécessité d’être en face-à-face

La « continuité pédagogique », telle qu’elle s’est organisée dans l’urgence, a été très mal vécue. Les différentes enquêtes menées indiquent un décrochage des étudiants les moins dotés socialement. Si la précipitation a produit cette situation, il est impensable de poursuivre ces procédés anti-pédagogiques et de généraliser « l’enseignement » à distance.

Un enseignement de qualité nécessite d’être en face-à-face pour s’assurer de la bonne compréhension des étudiants. Le problème des travaux dirigés (TD) à soixante étudiants n’est pas nouveau. Mais pour les accueillir par groupes de vingt, il existe une solution simple : recruter des enseignants-chercheurs.

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De plus, titulariser le personnel, enseignant et administratif précaire, c’est aussi s’assurer que ceux qui viendront sur site dans un contexte de risque sanitaire soient protégés par le droit du travail. En l’état actuel, un vacataire qui attraperait le Covid-19 ne serait pas rémunéré pendant son arrêt maladie.

Dans La Stratégie du choc (Actes Sud, 2008), Naomi Klein observe comment les classes dirigeantes se saisissent des crises pour imposer les transformations néolibérales qu’elles peinent à faire adopter en temps normal. Alors que le désir de service public est de plus en plus fort dans la population, Frédérique Vidal s’engouffre au contraire dans la brèche. Elle propose un « choc numérique » pour « franchir un pas » dans la politique d’enseignement à distance.

Toujours moins

Pourquoi le ministère n’envisage pas une rentrée adaptée en présentiel avec des groupes de taille raisonnable plutôt que de nous enjoindre à mettre nos cours en ligne pour les rendre visibles par des milliers d’étudiants ? Parce que les universités ne peuvent déjà pas le faire en temps normal ! Le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation se saisit donc de cette occasion pour faire fonctionner des formations avec toujours moins de moyens humains.

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A Belfort, l’avenir de General Electric continue de s’écrire en pointillé

A l’usine General Electric de Belfort, en octobre 2015.
A l’usine General Electric de Belfort, en octobre 2015. SEBASTIEN BOZON / AFP

La crise sanitaire du coronavirus concentre tous les regards depuis des semaines. En dehors, plus rien ne semble exister, « mais il ne faut pas oublier ce qui se passe ici, à Belfort, chez General Electric [GE] », déclare Alexis Sesmat, délégué syndical SUD Industrie.

L’annonce par le conglomérat américain, il y a tout juste un an, de la suppression de 792 postes dans l’entité gaz avait fait l’effet d’une bombe. Après la mobilisation des organisations syndicales, des élus locaux et du gouvernement français, ce nombre a été revu à la baisse dans l’accord de fin de conflit, signé le 21 octobre 2019 (485 postes supprimés). Le 1er avril de cette même année, GE Gas comptait 1 760 salariés, contre 1 400 le 31 mars 2020. Ce chiffre doit tomber à 1 275 au cours du dernier trimestre 2020.

« Nous avons maintenant clôturé la première étape de départs volontaires et prévoyons la seconde, conformément au plan convenu », commente GE France. Mais, selon les syndicats SUD, CFE-CGC et CGT, « deux des clauses de ce plan n’ont toujours pas été respectées ». Ainsi, « des décideurs opérationnels devaient être nommés en France, mais on attend toujours », s’impatientent-ils.

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GE s’inscrit en faux : « A Belfort, nous avons renforcé et stabilisé la présence des cadres. Les équipes françaises ont acquis des responsabilités globales et une visibilité dans les organisations fonctionnelles régionales européennes, notamment dans les domaines du commerce, des projets et de l’ingénierie. » Mais, pour les syndicats, « c’est l’arbre qui cache la forêt. Ces responsables n’ont aucun pouvoir de décision. Les vrais décideurs sont aux Etats-Unis. »

Les syndicats dénoncent un procédé dilatoire et insincère

Autre engagement du groupe américain : l’élaboration d’un nouveau projet industriel pour diversifier l’activité belfortaine et garantir l’avenir du site, avec la mise en place, fin 2019, de groupes de travail. « Direction et syndicats échangent régulièrement, assure GE. La qualité du travail réalisé à ce jour a été saluée lors du dernier comité de suivi, parrainé par l’Etat français, qui s’est tenu le 5 mars. »

Mais, attention, avertit le conglomérat : « Ce projet est en cours de révision pour prendre en compte l’impact de la crise du Covid-19. » La création de 200 emplois dans l’aéronautique est désormais remise en cause. « On avait commencé à investir, mais ce secteur est désormais en grande difficulté. Cela nous oblige à réévaluer les opportunités. »

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Coronavirus : « Depuis le 11 mai, c’est bien un sprint économique qui est lancé »

Tribune. Le général MacArthur (1880-1964) l’a dit : « Toutes les batailles perdues se résument en deux mots : trop tard ». Au sortir du plus grand choc économique connu par la France en temps de paix, la bataille pour la reprise se pose en ces termes.

Transférer durablement à l’Etat le financement d’une économie à l’arrêt n’est évidemment ni souhaitable ni possible. Chaque jour de confinement a coûté à la France 2 milliards d’euros. La question clé est donc d’en réussir la sortie au plus vite : sanitairement bien sûr, faute de quoi les sacrifices consentis auraient été inutiles ; économiquement, pour retrouver la croissance indispensable à la production et à l’emploi ; socialement et politiquement aussi, tant ces mois perdus, s’ils créent trop de chômage et de précarité, seraient déstabilisants pour la société française.

Après 2008, la France avait mis trois ans à retrouver son niveau de production initial. Notre économie ne peut se permettre une reprise aussi lente. Il nous faut viser 2022. Cela impose d’aller vite : plus tôt seront prises les mesures de soutien, meilleures seront les anticipations et mieux nous réussirons la reprise.

Depuis le 11 mai, c’est bien un sprint économique qui est lancé.

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En réalité, le déconfinement avait déjà commencé. Il suffisait d’observer, ces derniers jours, les commerçants à pied d’œuvre pour être prêts. Faisons comme eux en accompagnant dès maintenant la reprise, sans attendre la rentrée.

Autoriser les ventes à perte

Mais pas n’importe comment : il serait irréaliste d’envisager une relance keynésienne de la demande à la fois générale et indifférenciée, dont le coût serait insoutenable et l’efficacité médiocre.

Il faut inciter les ménages à décaisser les 60 milliards d’euros d’épargne accumulés pendant le confinement, tout en soutenant les secteurs et les ménages les plus fragiles

Les Gracques proposent au contraire un soutien budgétaire sélectif de 17,5 milliards d’euros – soit 0,8 % du produit intérieur brut (PIB) –, générant 0,6 % de recettes supplémentaires. Ce plan national aura vocation à être complété par un volet européen ambitieux. Les mesures ont été sélectionnées avec soin, pour pouvoir produire leurs effets rapidement et être « débranchées » facilement une fois la reprise réussie.

L’objectif est de recréer en France les conditions psychologiques de la confiance, afin d’inciter les ménages à décaisser les 60 milliards d’euros d’épargne accumulés pendant le confinement, tout en soutenant les secteurs et les ménages les plus fragiles.

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