Hyperconnexions : fixer la loi commune

« Déconnexion technique ne signifie ni fin du travail sur écran (clé USB) ni déconnexion intellectuelle : quand une idée nous travaille, nos neurones n’en font qu’à leur tête.»

Droit social. Depuis la démocratisation du télétravail au domicile liée à la crise sanitaire, la question de la surconnexion est devenue centrale, avec la suppression des frontières géographiques et temporelles entre vie privée et vie professionnelle. Et le fameux « Always on ! » (« toujours prêt ») : une calamité personnelle mais aussi familiale, et un désastre professionnel (risques psychosociaux ou burn-out, mais aussi conséquences sur la qualité du travail).

Comme d’autres « droits à », notre « droit à la déconnexion », né le 8 août 2016, est devenu un mot-valise facile à évoquer pour les « yakafokon », mais plus compliqué à mettre en œuvre dans un monde désormais connecté, en particulier pour les jeunes générations vivant 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sur leurs réseaux sociaux… y compris sur leur temps de travail.

L’axiome selon lequel la surconnexion ne peut être que le résultat d’une pression patronale, est aussi un peu court : il existe les techniques « Parapluie », « Patate chaude », « Moi, Je », etc. Alors pour éviter d’associer l’inutile au désagréable pour des télétravailleurs ravis de leurs nouvelles marges de manœuvre, il s’agit moins de penser « droit à » que « droit de » se déconnecter, dans le respect des règles d’ordre public (ex : 11 heures de repos journalier).

Lire l’éditorial du « Monde » : Mesurer les effets du télétravail

Mais se déconnecter… de quoi au juste ? Les confinements successifs ont multiplié les canaux de télécommunications : courriels et textos, mais aussi conférences téléphoniques et autres visioconférences. Sans parler des organisations créées à l’insu de l’entreprise : combien d’équipes tournent aujourd’hui grâce à leur groupe WhatsApp ? Alors couper l’accès aux serveurs à 19 h 30 permet certes de se protéger juridiquement…

Harcèlement managérial

Se déconnecter de qui ? Car courriels et autres SMS ne proviennent pas seulement de l’employeur ou des collègues, mais parfois aussi de clients pressés ou de fournisseurs exigeants, pour lesquels, sans même parler de fuseaux horaires, le respect des temps de repos du destinataire n’est pas la préoccupation principale.

Enfin déconnexion technique ne signifie ni fin du travail sur écran (clé USB) ni déconnexion intellectuelle : quand une idée nous « travaille », nos neurones n’en font qu’à leur tête.

A l’instar du télétravail, l’hyperconnexion est un phénomène individuel percutant frontalement le collectif… certaines organisations défaillantes réussissant cependant à tourner par ce biais. Elle est par ailleurs contagieuse, a fortiori si elle est le fait de dirigeants. Mais s’ils ne s’en préoccupent pas, le réveil pourrait être brutal.

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« C’est le moment ou jamais pour des changements de vie » : quand des jeunes diplômés repensent leur avenir

Si quantité de jeunes adultes ont vécu les différents confinements comme des traumatismes, certains, majoritairement privilégiés et bien diplômés, y ont vu des occasions d’heureux rebonds. C’est le cas des « brécheurs » en quête de sens, inscrits aux programmes en ligne gratuits proposés par La Brèche – une communauté « pour les paumé.e.s qui veulent s’engouffrer dans le monde d’après tout de suite maintenant ». « Cette crise sanitaire, c’est le moment ou jamais pour des changements radicaux de vie », prône ainsi Aurore Le Bihan, l’une de ses fondatrices.

Bien sûr, les confinements n’ont pas provoqué à eux seuls l’envie d’une nouvelle vie. Plutôt qu’un révélateur, les brécheurs parlent d’un « accélérateur » – le contexte étant propice à l’introspection, à la mise à distance d’un quotidien souvent prenant. Les graines de la reconversion étaient déjà là : il a fallu les arroser collectivement.

« Ces jeunes représentent une certaine population, plutôt sans enfant, qui s’est retrouvée soit en télétravail soit au chômage partiel, et qui profite de ce moment pour avancer dans ses questionnements, analyse la sociologue du travail Ludivine Le Gros, rattachée au Conservatoire national des arts et métiers. Ceux-là évoquent une parenthèse enchantée. »

Un « boulot utile »

Depuis son lancement en juin 2020 par l’incubateur de projets sociaux Makesense, La Brèche compte près de 1 500 participants et plus d’une centaine de bénévoles « mobilisateurs ». Un public majoritairement féminin, âgé de 25 à 35 ans. A raison d’un courriel par jour et de réunions Zoom régulières, chacun s’offre deux semaines de réflexion pour « passer à l’action ». Au choix parmi les différentes thématiques : « Faire un job du monde d’après », « quitter la ville », « se déconstruire pour mieux bâtir ».

Horaires à rallonge, stress permanent, perte de sens… De nombreux diplômés, notamment de grandes écoles de commerce, témoignaient déjà, avant-crise, d’une forme de malaise, voire de mal-être, au travail. « Il y avait un terreau, et l’effet de groupe agit ici comme une réassurance, souligne Ludivine Le Gros, dont la thèse porte sur les reconversions des “élites managériales. Avec ce type de programmes, ils partagent des aspirations communes et se disent : je ne suis pas seul et je ne suis pas fou. »

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« Pour moi, c’était latent », confirme Elise Cappon, 31 ans. Diplômée d’un master de traduction à l’université de Toulouse-II, la jeune femme a vécu un burn-out juste avant le début de la crise sanitaire. Elle s’occupait, ces trois dernières années, du support informatique de clients anglophones et hispanophones. « J’avais une masse de boulot énorme, raconte-elle. Mon arrêt de travail a commencé le jour du premier confinement. Me retrouver chez moi m’a permis de réfléchir à ce à quoi j’aspirais. »

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Le scénario optimiste de sortie de crise du gouvernement sème le doute chez les économistes

Le ministre de l’économie Bruno Le Maire, au ministère de l’économie et des finances de Bercy à Paris, le 15 février 2021.

« La prospérité est au coin de la rue », assurait le président Herbert Hoover en 1929, alors que les Etats-Unis sombraient dans la dépression. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, promet, lui, un rebond vigoureux au sortir de la crise sanitaire. « Je vous dis que c’est une affaire de quelques mois. Je ne peux pas vous dire au mois près si ce sera au mois de juillet, au mois d’août, au mois de septembre, mais regardez la situation actuelle. Aujourd’hui, l’économie française tourne à 95 % », a-t-il affirmé sur RTL, dimanche 4 avril. « Regardez nos résultats à la sortie du premier confinement : nous avons eu 18 % de croissance au troisième trimestre, le taux le plus élevé de l’Union européenne !, avait-il indiqué un peu plus tôt dans un entretien au Journal du dimanche. Croyez-moi, nos fondamentaux sont solides ; nous saurons rebondir. »

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L’histoire des crises est parsemée de petites phrases malheureuses passées à la postérité, à l’image du « contre le chômage, on a tout essayé », prononcé par François Mitterand en 1993. Mais la crise du Covid-19 n’est pas comme les autres. « Bruno Le Maire a raison de prendre ce risque, explique Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’IFOP. Les Français sont très inquiets de la situation économique, mais une majorité d’entre eux font confiance au gouvernement pour aider les entreprises en difficulté. Cela n’était pas du tout le cas en 2009, par exemple. » Absorbés par l’épidémie, les Français, pourtant si sévères face aux promesses non tenues de l’exécutif sur le plan sanitaire, ne lui tiennent pas rigueur quand il jure que l’économie va « reprendre de la vivacité, des couleurs » et produire « de belles performances d’ici à la fin de l’année 2021 », comme l’a dit Bruno Le Maire dimanche.

A court terme, toutefois, lesnouvelles mesures de fermeturedes écoles et des commerces non essentiels ont contraint Bercy à revoir ses prévisions pour l’année en cours. La croissance, estimée jusqu’alors à 6 %, est ramenée à 5 %, tandis que le déficit devrait atteindre 9 % du PIB, soit un demi-point de plus que prévu. La dette grimpera à 118 % du PIB, contre 115 % attendus initialement.

Reprise similaire à celle des Années folles ?

S’il préoccupe moins les Français que la vaccination, le calendrier de la reprise de l’activité fait toutefois l’objet d’un vrai débat. Des doutes subsistent sur l’aptitude du pays à rebondir dès cet été, ainsi que sur l’ampleur des dommages non visibles subis par l’économie. L’activité sera-t-elle revenue à la normale au troisième trimestre ? « Ce n’est pas du tout certain, juge Patrick Artus, économiste chez Natixis. Il y aura sans doute encore beaucoup de restrictions au tourisme, par exemple, en particulier si les variants continuent de se diffuser. » Même son de cloche dans l’opposition. « Je ne crois pas à un scénario où, une fois l’écueil [du confinement] passé, la situation économique s’arrangera subitement, affirme le député La France insoumise (LFI) Eric Coquerel. La courbe du chômage ne va pas redescendre aussi vite qu’elle est montée. »

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Le rapport qui acte la fin de la croissance folle des plateformes VTC

L’ère de l’ubérisation a-t-elle pris fin ? Partout, par petites touches, sont apparus depuis plus d’un an les signes d’un affaiblissement de l’économie ultralibéralisée des plates-formes numériques de transport de personnes, dont le californien Uber est l’inventeur. Les décisions de régulation des villes ou des Etats se multiplient, les chauffeurs réclament des statuts moins précaires. Dernier épisode en date : au Royaume-Uni, Uber a cédé et accordé le 16 mars à ses chauffeurs d’être des « travailleurs salariés ».

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Un rapport, publié mardi 6 avril, consacré à l’activité des transports publics particuliers de personnes (T3P), autrement dit les taxis et les voitures de transport avec chauffeur (VTC), vient confirmer cette impression. Signé par Jean-Charles Simon, économiste, président-fondateur de la société d’études Stacian, le travail de recherche a été réalisé – détail important – à la demande de l’Union nationale des industries du taxi (Unit). M. Simon était déjà auteur, en 2016, d’un rapport sur le même sujet, avec le même commanditaire, mettant en évidence les risques liés à la saturation de ce marché des T3P avec la montée fulgurante des plateformes de VTC.

En 2021, la tonalité du nouveau rapport Simon a changé. L’étude note d’abord le puissant coup d’arrêt de l’activité des T3P : probablement autour des − 40 % en France en 2020, avec des creux à − 90 % pendant le confinement strict du printemps. Surtout, le rapport met en évidence le fait que le secteur a atteint un point de bascule majeur avant même la pandémie. « A l’arrivée du Covid, le secteur des taxis et VTC présentait tous les signes d’un marché en phase de consolidation », résume M. Simon.

Tendance au recul

Pour étayer sa thèse, l’auteur dispose, en France, de peu de chiffres directs. Le rapport fustige d’ailleurs le fait que la transmission de données sur les T3P prévue dans la loi Grandguillaume de 2016 n’est pour le moment pas appliquée. Mais il repère les signaux de ce retournement. Alors que le nombre de chauffeurs de VTC a explosé dans les années 2016-2018 (on est passée de 13 500 inscrits au registre des VTC en 2015 à 47 500 début 2020, contre 18 500 taxis l’an dernier), la préfecture de police indique des hausses inférieures à 10 % à partir de fin 2018.

Pour la première fois, en 2020, les revenus des livraisons ont dépassé chez Uber ceux des VTC

De même, le nombre d’inscrits aux épreuves d’admissibilité taxis-VTC en Ile-de-France était en recul de 2,5 % entre 2019 et 2020, alors qu’il avait augmenté de 53 % entre 2018 et 2019. Quant à la vaste enquête transports de l’Observatoire de la mobilité en Ile-de-France, elle indiquait pour 2019 une stabilisation du ratio des déplacements en T3P : 60 % en VTC et 40 % en taxis.

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L’Etat vole au secours d’Air France en devenant son premier actionnaire

Avions de la compagnie Air France, le 15 septembre 2014, à l’aéroport d’Orly (Val-de-Marne).

Réuni en urgence un lundi de Pâques, le conseil d’administration d’Air France-KLM a approuvé, lundi 5 avril, les conditions de l’accord passé entre le gouvernement français et la Commission européenne pour une nouvelle aide financière de l’Etat à Air France. Pour participer à la recapitalisation de la compagnie, Paris va ouvrir en grand son porte-monnaie et apporter un nouveau coup de pouce.

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Il y a un an, le gouvernement avait déjà accordé 7 milliards d’euros à la compagnie aérienne sous la forme de deux dispositifs : un prêt garanti par l’Etat (PGE) de 4 milliards d’euros et un prêt d’Etat de 3 milliards d’euros. Selon l’accord intervenu avec Bruxelles, ce prêt d’actionnaire va être transformé en obligations convertibles, des instruments financiers considérés comme des quasi-fonds propres.

En sus, jusqu’à 1 milliard d’euros pourra être apporté en cash en échange d’une montée dans le capital d’Air France. Avec ces nouvelles dispositions, la compagnie ne devra plus rembourser, comme elle s’y était engagée, l’aide de 3 milliards d’euros en quatre ans, mais sur une période beaucoup plus longue. Cette opération se fera à l’occasion d’une augmentation de capital.

Juste sous les 30 %

Comme le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, l’a confirmé, mardi 6 avril, « l’Etat va monter au capital d’Air France-KLM » pour redevenir « le premier actionnaire » de la compagnie, avec une participation pouvant aller jusqu’à 29,9 %. Juste sous les 30 %, pour ne pas avoir à lancer une offre publique d’achat (OPA) sur la totalité du capital. Cette opération se traduira par une recomposition du tour de table du groupe franco-néerlandais.

En février 2019, les Pays-Bas étaient montés de façon surprise et agressive à hauteur de 14 % du capital d’Air France-KLM pour égaler les 14,3 % de la participation de la France au tour de table. Cette fois, les autorités néerlandaises ont indiqué qu’elles ne suivraient pas la future augmentation de capital. De même, l’américaine Delta Airlines, qui détient 8,8 % du capital, a fait savoir qu’elle ne participerait pas non plus à l’augmentation de capital. Seule China Eastern, qui possède aussi 8,8 % des parts, a indiqué qu’elle participerait à l’opération, mais que sa participation future sera « strictement inférieure à 10 % du capital social ».

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Si Bruxelles a donné son feu vert à la recapitalisation, la Commission européenne a posé ses conditions. Elle a obtenu qu’Air France abandonne 18 « slots », des créneaux de décollages et d’atterrissages quotidiens, à Orly et à Roissy. Ces contreparties ont fait l’objet de négociations acharnées entre Paris et Bruxelles. A l’origine, la Commission européenne exigeait d’Air France qu’elle abandonne 24 slots quotidiens, comme elle l’avait demandé à l’allemande Lufthansa pour valider un plan d’aide financière.

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Une journée avec les sages-femmes de l’hôpital d’Arpajon : « Ce qui se passe dans les maternités, ce n’est pas tout rose »

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Publié aujourd’hui à 10h00, mis à jour à 13h03

« Cigognes mais pas pigeonnes ». L’affiche accrochée dans l’entrée de la petite maternité du centre hospitalier d’Arpajon (Essonne) sonne comme un cri de cœur. Voilà plusieurs mois que les sages-femmes hospitalières se mobilisent partout en France pour demander une reconnaissance du caractère médical de leur profession, une hausse des salaires et davantage d’effectifs… avec l’impression de ne pas être entendues par le gouvernement. « Code rouge ! », ont-elles écrit en majuscules pour signifier leur colère et alerter les futurs parents sur leurs conditions de travail. Pour cette profession très majoritairement féminine, ces deux mots disent l’urgence de la situation : il s’agit d’une césarienne à réaliser en cas de menace immédiate de pronostic vital maternel ou fœtal. L’ultime recours.

Dans le hall d'accueil de la maternité du centre hospitalier d'Arpajon, le 19 mars.

Peu avant 8 heures, Fouzia Berbere descend au bloc obstétrical, situé au moins un, et enfile sa blouse violet clair. Elle commence sa garde de douze heures. Epaulée par deux infirmières et deux aides puéricultrices, la sage-femme de 34 ans est briefée sur les dossiers médicaux des trois patientes en salle de naissance ce vendredi matin. Le relais fait avec l’équipe de nuit, il faut vérifier que le « respirateur néonat » fonctionne correctement, tout en surveillant l’écran qui réunit les « monitos » (lesquels mesurent à la fois le rythme cardiaque du bébé et les contractions de l’utérus). Sa jeune collègue sage-femme, Catherine Albagli-Curiel, actualise les tableaux Veleda des patientes avec le nombre de semaines de grossesse, la dilatation, la ou les méthode(s) de déclenchement s’il y a, dans les chambres Lilas, Jonquilles et Mimosas.

A cela s’ajoute la paperasse à remplir à la main : le futur logiciel de centralisation des dossiers ne sera pas mis en place avant juin. Tout en répondant aux inquiétudes des trois femmes enceintes, il faut s’occuper du codage des actes et des entrées-sorties sur ordinateur, tandis que pour les certificats de naissance et surtout des dossiers périnataux, il est nécessaire de recopier des informations sur la santé de la mère et de l’enfant à venir, sur deux, voire trois autres documents manuscrits.

Dans l’îlot central, entre les salles de naissance, de réanimation et le bloc opératoire, le 19 mars. L'équipe en service de jour fait le point sur l'évolution des quatre accouchements en cours ce jour-là.

Autour de l’îlot central – la « tour de contrôle » située au croisement des différentes salles de naissance –, on prépare dans la bonne humeur les bracelets de naissance, on parie sur le poids des enfants à venir, les vannes fusent et des rires éclatent : l’équipe est soudée pour traverser les épreuves. « Contrairement à ce qu’imagine la société, ce qui se passe dans les maternités, ce n’est pas tout rose. Il y a des fausses couches, des enfants mis en danger par leur mère en post-partum, des femmes qu’il faut détecter comme victimes de violences conjugales », raconte Fouzia, diplômée en 2010. Mais « ici, on sait qu’on peut compter les unes sur les autres. »

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La papeterie de Bègles au bout du rouleau

L’usine compte aujourd’hui 91 employés en passe d’être licenciés (ici, un des hangars, le 2 mars).

Dans la cour de la papeterie de Bègles, des croix en bois ont été disposées sur le sol. Elles sont l’incarnation d’une aventure marquée de moult rebondissements, depuis que l’entreprise propriétaire, Etex, a annoncé, en octobre 2020, son désengagement. Après des négociations menées avec trois repreneurs potentiels, il n’en reste désormais plus qu’un, Global Hygiène, avec qui Etex est entré en négociation exclusive le 23 mars. Les deux entreprises devront se mettre d’accord d’ici à l’été.

Certains salariés, quant à eux, n’ont pas dit leur dernier mot. Réunis le 10 mars en association, ils souhaitent également proposer un projet de reprise. En attendant le dénouement, l’usine, créée en 1929, qui fabrique aujourd’hui du papier pour plaques de plâtre, s’arrêtera, et ses 91 employés seront licenciés. Certains seront peut-être réembauchés dans le cadre du nouveau projet industriel, d’autres bénéficieront du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) négocié par les syndicats ou partiront à la retraite, après avoir passé presque quarante ans dans l’usine béglaise.

Bois de la forêt landaise

Lorsqu’elle ouvre ses portes, au début du XXsiècle, la papeterie de Bègles s’intègre très vite dans le paysage urbain de cette ville idéalement située aux portes de Bordeaux. En bordure de Garonne, à proximité de la gare Saint-Jean, Bègles est à l’époque le lieu idéal pour implanter une usine de cette taille, qui produit à l’époque de la pâte à papier avec du bois de la forêt landaise. Mieux, les odeurs de fabrication ne viennent pas importuner les Bordelais.

En 1960, l’usine, qui emploie 600 personnes, est rachetée par la Cellulose du Pin (groupe Saint-Gobain) et se spécialise dans le papier stratifié. Ensuite, la société Lafarge Plâtres reprend le site, qui fabrique alors ce fameux papier pour plaques de plâtre à partir de fibres recyclées, cœur de l’activité aujourd’hui.

« Il y a des compétences en France et on laisse partir toutes ces industries pour, le jour où on en a besoin, se demander où elles sont. » Daniel Castanon, délégué syndical de l’usine

Enfin, en 2011, le groupe belge Etex devient à son tour propriétaire. Pour le syndicat Filpac-CGT de la papeterie, cette dernière opération a entraîné la fin de l’usine. « Ils savaient déjà qu’on était limites en termes d’investissement, et ils n’ont jamais investi, à part dans la maintenance. Donc, quelque part, c’était déjà une volonté stratégique de leur part », dénonce Daniel Castanon, 58 ans, délégué syndical de l’usine.

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Eric Dupond-Moretti veut créer des droits sociaux du détenu travailleur

Le ministre de la justice Eric Dupond-Moretti part après une réunion hebdomadaire du cabinet à l’Elysée, à Paris, le 31 mars 2021.

Cette promesse du chef de l’Etat sera tenue. Dans le projet de loi « pour la confiance dans l’institution judiciaire » que le ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti, devrait présenter mi-avril au conseil des ministres, un volet important est consacré au statut du travailleur détenu. En mars 2018, Emmanuel Macron avait souhaité « que le droit du travail, en étant adapté évidemment à la réalité et aux contraintes de la prison, puisse s’appliquer aux détenus ».

Un « contrat d’emploi pénitentiaire » est ainsi inscrit dans le projet de loi. Signé par la personne détenue, le chef d’établissement et l’entreprise privée concessionnaire qui l’emploie, il introduit une véritable révolution derrière les barreaux. Un entretien préalable permettra notamment aux employeurs de choisir qui ils prennent dans leurs ateliers, suivi d’une période d’essai. La contrepartie sera le paiement en heures supplémentaires pour les dépassements d’horaires prévus au contrat. Les modalités de rupture de celui-ci seront précisées par décret et les éventuels contentieux seront jugés par les tribunaux administratifs, pas les prud’hommes. L’administration pénitentiaire gardera le droit de « déclasser » un détenu du travail pour les mêmes motifs disciplinaires qu’aujourd’hui.

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Nicolas Ferran, responsable juridique de l’Observatoire international des prisons (OIP), se réjouit de voir cette vieille revendication voir le jour. Mais il demande à rester prudent. « Le principe du contrat est une bonne chose, mais l’important ce sont les droits et obligations du détenu et de l’employeur qui seront dans le contrat », prévient-il. Or, tout n’est pas encore précisé. L’autre revendication de l’OIP, un niveau minimum de rémunération se rapprochant du smic, risque, en revanche, d’être déçue.

Dans un second temps, de nouveaux droits sociaux devraient être créés. Le projet de loi prévoit de demander au Parlement l’autorisation de légiférer par ordonnance sur ces sujets qui doivent encore faire l’objet de discussion, par exemple avec l’assurance-chômage.

Droits au chômage, à la retraite…

Actuellement, les droits au chômage qu’une personne peut avoir au moment de son incarcération sont perdus au bout de trois ans. Une solution devra donc être prévue pour qu’elle conserve ces droits au moment de sa libération. Non seulement elle a cotisé, mais c’est en outre un élément déterminant pour accompagner le moment de la sortie qui est toujours une phase délicate. Autre innovation : les détenus devraient pouvoir cotiser à l’assurance-chômage pour acquérir des droits au titre du travail effectué pendant leur incarcération.

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Congés, télétravail, chômage partiel : les salariés contraints de s’adapter

Les annonces d’Emmanuel Macron, mercredi 31 mars, pour tenter d’endiguer la progression de l’épidémie de Covid-19, ont causé quelques maux de tête aux parents d’élèves et de nourrissons tout comme aux employeurs. Fermeture – pendant trois à quatre semaines – des crèches, écoles, collèges et lycées ; bouleversement du calendrier des vacances scolaires, désormais fixées du 10 au 26 avril sur l’ensemble de l’Hexagone… Ces décisions chamboulent les plans de millions de ménages qui avaient prévu de s’octroyer quelques jours de repos pour la période de Pâques.

Elles les plongent aussi dans des situations où la poursuite de l’activité professionnelle durant le mois d’avril s’annonce compliquée, avec des enfants qui auront « école à la maison ». Autant d’imprévus soulevant des questions très concrètes : si des dates de congés ont déjà été posées, peuvent-elles être modifiées ? Un salarié peut-il réclamer le chômage partiel dans l’hypothèse où il ne sait comment faire garder sa progéniture ?

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Ces sujets ont été abordés lors d’une réunion, jeudi, entre la ministre du travail, Elisabeth Borne, le secrétaire d’État chargé des retraites et de la santé au travail, Laurent Pietraszewski, et les partenaires sociaux. A l’issue de ce temps d’échanges en visioconférence, le ministère a fait savoir, par un communiqué, que les patrons « sont invités à faciliter la prise de congés » de leurs personnels qui ont des enfants « sur les nouvelles dates de vacances scolaires », en recommandant que des solutions soient trouvées « dans le cadre du dialogue ». « Mme Borne a proposé que des mesures de bon sens soient prises et que les parties en présence, au sein des entreprises, se mettent d’accord pour décaler les vacances, pour ceux qui en avaient posé sur la première et la dernière semaine d’avril », relate Eric Courpotin (CFTC).

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Les services de Mme Borne ont indiqué, jeudi, que le délai pour caler les congés – « habituellement d’un mois » – pourra être raccourci « en bonne entente » entre l’employeur et ses équipes : le but est que des compromis soient conclus si un travailleur souhaite changer les dates où il sera absent. Le ministère a, dans le même temps, rappelé qu’une ordonnance du 16 décembre 2020 offre la faculté à un dirigeant de société d’imposer jusqu’à six jours de congés payés à sa main-d’œuvre si un accord collectif sur le sujet existe. « Nous allons nous organiser au mieux pour tenir compte des contraintes de chaque collaborateur et de celles de l’entreprise », confie Benoît Serre, vice-président de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines.

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