Egalité femmes-hommes : « L’enjeu pour les femmes est de prendre goût à oser s’affirmer »

Directrice des ressources humaines d’Hutchinson en 2008, ce qui en fait la première femme siégeant au comité de direction de l’entreprise, Dominique Bellos, née en 1949, ouvre un cabinet de management, à la fin de sa carrière, en 2019. Une carrière d’une cinquantaine d’années qu’elle retrace dans Il était une fois… une femme dans l’industrie (L’Harmattan, 2021).

Dans « Il était une fois… une femme dans l’industrie », vous retracez cinquante ans d’un parcours, pas toujours simple, dans un milieu très masculin. Comment êtes-vous arrivée dans le monde de l’industrie ?

Dominique Bellos : A l’origine, dans les années 1970, j’étais une littéraire, je me dirigeais vers l’enseignement de l’allemand. Pour faire ma thèse, je suis allée à Bâle [Suisse], où en parallèle de mes études j’ai travaillé comme secrétaire dans le groupe chimique Ciba-Geigy. Avec ma maîtrise, j’ai donné quelques cours d’allemand, mais j’ai préféré me risquer dans l’industrie qui m’attirait. Puis j’ai transformé la pédagogie de l’enseignement en pédagogie de ressources humaines.

Après trois ans comme secrétaire, j’ai eu l’audace d’aller chercher les postes qui me correspondaient, en prenant le risque d’un refus. J’ai ensuite rejoint la filiale française d’un petit groupe allemand, où j’ai gravi les échelons pendant dix-sept ans jusqu’à devenir directrice commerciale puis directrice générale de la filiale.

Quelle a été votre expérience dans chez Hutchinson, la filiale du groupe TotalEnergies que vous avez rejointe après ?

Après quelques années de vaches maigres entre 1992 et 1997, où j’ai connu des faillites de PME, j’ai répondu à une annonce de l’Association pour l’emploi des cadres [APEC]. Sur 678 candidatures, j’étais la seule femme à me proposer pour Hutchinson. La consultante de l’APEC m’a encouragée à trouver ma propre signature, la graphologue a mis mon dossier en haut de la pile, et j’ai eu le poste.

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Pendant dix ans j’ai dirigé des « business units » [unités de production] dans les pneus de vélo et les joints pour fenêtres, puis je suis devenue directrice des ressources humaines, ce qui en 2008 a fait de moi la première femme siégeant au comité de direction de l’entreprise. J’y suis restée jusqu’en 2016, puis j’ai terminé ma carrière en 2019, lorsque j’ai ouvert mon cabinet de management. Il y avait une volonté du patron de Total (devenu TotalEnergies depuis), Christophe de Margerie, de soutenir la diversité dans le monde masculin d’Hutchinson.

J’ai vérifié le contenu du poste. Ça ne suffit pas d’être une femme, je voulais être engagée pour mes compétences, or j’avais un dialogue social avec les syndicats et je connaissais le terrain.

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Une nouvelle vague de start-up françaises déferle dans la technologie quantique

Les ingénieurs Guillaume Villaret et Clémence Briosne Fréjaville, à l’Institut d’optique de Palaiseau (Essonne), le 10 février 2022.

Tom Darras est tout sourire. Fin janvier ce jeune docteur de 28 ans vient de recevoir son Kbis, le document prouvant l’existence de sa jeune entreprise, WeLinQ, dernière née d’une trentaine de start-up françaises d’un secteur émergent, reconnaissables souvent à la lettre Q dans leur nom. Un « Q » qui signifie quantique et se verrait bien rimer avec révolution technologique.

L’adjectif fait référence à la théorie née dans l’entre-deux-guerres qui décrit le mieux le comportement de la matière au niveau des atomes. Grâce à elle, les physiciens savent désormais aussi bien pourquoi le ciel est bleu, pourquoi une étoile brille, ou pourquoi une luciole est fluorescente. Surtout, les ingénieurs ont utilisé cette théorie pour façonner des matériaux semi-conducteurs, à la base des puces et mémoires des ordinateurs et des mobiles. La théorie quantique est aussi à l’origine du laser qui lit les CD ou guide les voitures sans pilote. Les diodes électroluminescentes sont aussi quantiques. Tout comme les horloges de haute précision qui battent le tempo dans les satellites de géolocalisation.

« Se dire que ce dont on rêvait il y a vingt ans va devenir réalité est très excitant » Julien Laurat, cofondateur de WeLinQ

Mais une seconde vague est en train de se répandre, tirant profit d’autres propriétés de la théorie encore peu exploitées et mises en évidence seulement à partir des années 1980 dans les laboratoires de recherche. Elle promet des communications plus sûres car sensibles à la moindre interception. Mais aussi des calculs plus rapides ou impossibles même sur de superordinateurs. Ou encore des capteurs de lumière, de champ magnétique, de gravitation, d’ondes… plus précis et plus petits, ouvrant la voie à du guidage sans satellite de géolocalisation ou à des séances d’IRM dans des appareils moins volumineux.

Petites sous-unités synchronisées

Calcul, cybersécurité et métrologie (la science des capteurs) sont les trois piliers de la révolution annoncée. Auxquels il faut ajouter les technologies dites « habilitantes », c’est-à-dire nécessaires pour faire fonctionner les autres : des lasers, des réfrigérateurs à très basse température (ou cryostats) à – 270 °C, des pompes à vide…

Le fameux ordinateur quantique, Graal du domaine, n’est donc pas la seule application visée dans un marché mondial évalué par la société Yole Développement à près de 3 milliards de dollars (plus de 2,6 milliards d’euros) en 2030.

En France, une trentaine de PME et start-up parient donc sur cet avenir quantique. « Se dire que ce dont on rêvait il y a vingt ans va devenir réalité est très excitant », témoigne Julien Laurat, cofondateur de WeLinQ, professeur à Sorbonne Université et ancien directeur de thèse de Tom Darras, le PDG de la start-up. Leur rêve à concrétiser est une mémoire quantique, permettant de préserver pendant quelques quinzaines de microsecondes une précieuse information.

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« Un autre monde » : quand la machine capitaliste broie ses propres cadres

Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain dans « Un autre monde », de Stéphane Brizé.

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Commencée, avec succès, autour d’intrigues sentimentales, la carrière de Stéphane Brizé s’est déportée, ces dernières années, le long d’une ligne sociale dont son nouveau film, Un autre monde, est le troisième opus. Bref rappel des épisodes antérieurs. Dans La Loi du marché (2015), Thierry, quinquagénaire au chômage, famille à nourrir, accepte, après une litanie d’humiliations, un poste de vigile dans un hypermarché. Dans En guerre (2018), un leader syndicaliste d’une usine d’Agen prend la tête de la lutte des ouvriers pour le maintien de leur instrument de travail lorsque la direction annonce sa fermeture irrévocable.

Vincent Lindon, entouré de non-professionnels, est au centre de ces deux films qui portent un regard acéré sur la cruelle et sourde violence des rapports sociaux, mais aussi, bien sûr, sur la déchirure d’un individu poussé par les événements à se désolidariser de son propre milieu.

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On ne cherchera pas d’autres raisons à Un autre monde, si ce n’est, désormais flagrante, la rotation socioprofessionnelle que Stéphane Brizé propose d’endosser à son partenaire acteur – qui, on en mettrait notre main au feu, adore ça ! Naguère nervi du patronat, puis cégétiste pur et dur, Vincent Lindon est donc promu patron dans Un autre monde. Ce qu’il fait très bien, parce que tout ce que fait Vincent Lindon au cinéma tient sacrément la route, y compris un pompier culturiste dépressif sous anabolisants (dans le merveilleux Titane, de Julia Ducourneau, récompensé par la Palme d’or à Cannes en 2021). On imagine que c’est cela, le feu sacré. Donc, le patron d’Un autre monde s’appelle Philippe Lemesle, et il est, pour être précis, cadre dirigeant d’une entreprise qui fait partie d’un groupe mondialisé dont le siège se trouve à New York.

Une lutte pied à pied

Et voici que des directives de réduction de personnel, drastiques, tombent pour les sites européens du groupe, pourtant déjà mis en coupe réglée. Des directives telles que leur application rend la charge de travail inhumaine et le fonctionnement de l’entreprise ingérable. Or il se trouve, élément important de l’affaire, que Philippe Lemesle est un patron doté d’une conscience morale. Et qu’on vient de déplacer un cran trop loin le curseur de ce qu’il estime acceptable. Un autre monde est le récit de ce qui survient à compter de ce point de bascule qui voit un cadre supérieur imploser, pris en étau entre les consignes inapplicables d’une direction générale décorrélée du réel et la colère légitime des ouvriers, cela alors même que sa propre dévotion à l’entreprise a fait de sa vie familiale un champ de ruines.

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La tension monte autour du financement d’EDF

Manifestation « pour un service public de l'energie » et pour denoncer le projet de restructuration d'EDF, à Paris, le 22 juin 2021.

Dix-sept ans après l’ouverture de son capital, en 2004, faut-il renationaliser le groupe Electricité de France (EDF), encore détenu à 83,9 % par l’Etat ? Puis le recapitaliser aussi, avec augmentation de ses ressources ? « Aucune option (…) ne doit être écartée, répondait Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, le 15 février, sur le plateau de BFM Business. Toutes n’appartiennent pas forcément au même calendrier, mais toutes les options sont sur la table. » Même celle de la renationalisation, sans la nommer, quitte à aller dans le sens de certains candidats de gauche à l’élection présidentielle.

Vendredi 18 février, l’entreprise présentera ses résultats pour l’année 2021. Notamment son niveau d’endettement, qui s’élevait à 42,3 milliards d’euros en 2020, pour un chiffre d’affaires de 69 milliards d’euros. Les certitudes se font rares, en pleine crise des prix de l’énergie. Si ce n’est que l’électricien aura grand besoin d’une solide assise au vu de ses futurs investissements.

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D’abord, pour prolonger autant que possible ses cinquante-six réacteurs nucléaires existants, principaux pourvoyeurs d’électricité dans le pays. Ensuite, pour en construire entre six et quatorze nouveaux d’ici à 2050 – la nouvelle feuille de route d’Emmanuel Macron depuis le 10 février, établie en toute fin de quinquennat. « L’Etat prendra ses responsabilités pour sécuriser la situation financière d’EDF et sa capacité de financement à court et à moyen terme », a précisé le président de la République, mentionnant aussi « plus de 10 milliards d’euros » déjà mobilisés au cours des six dernières années « pour le renforcement du bilan de l’entreprise ».

« Dire que l’Etat reprend la main »

Au 31 décembre 2021, les parts restantes du capital se répartissaient entre acteurs institutionnels, porteurs individuels, actionnaires salariés et autodétention. Petites parts et petit prix : mardi, l’action finissait la journée en Bourse à un peu plus de 8 euros. Celle-ci avait déjà dégringolé en décembre 2021, lorsque EDF avait annoncé la mise à l’arrêt prolongée de quatre réacteurs à cause d’une corrosion.

Ainsi, nationaliser le groupe sans le recapitaliser coûterait moins de 5 milliards d’euros à l’Etat. « Ce serait politiquement une manière de dire que l’Etat reprend la main », estime Nicolas Goldberg, référent énergie pour le cabinet de conseil Colombus Consulting. Mais la solution aurait vite ses limites. « Renationaliser EDF sans recapitalisation, ce n’est pas renforcer ses fonds propres », rappelle Alexandre Grillat, représentant syndical de la fédération CFE-CGC Energies.

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A Toulouse, la Cité de l’espace promet la Lune pour solder la crise

A la Cité de l’espace, à Toulouse, le 16 octobre 2017.

La présentation scénographique de LuneXplorer, nouvelle animation de la Cité de l’espace qui promet un voyage vers la Lune sans quitter la terre ferme, est encore approximative. Et pour cause : si, dans ce centre de culture scientifique basé à Toulouse, les travaux démarreront en avril, la mise en service, prévue en juillet 2023, est encore lointaine. Mais les contours du nouvel équipement commencent à se dessiner.

Après une introduction explicative, dans le hall d’accueil, sur les missions spatiales des programmes américains Apollo (1961-1972) et Artemis (lancé en 2017), les visiteurs embarqueront dans une centrifugeuse équipée d’une capsule. Informé sur les règles de sécurité à respecter en vol et les actions à mener dans le cadre d’un scénario imaginaire, l’équipage sera ensuite propulsé à une vitesse de 2 à 2,5 G.

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« Ils connaîtront les sensations d’accélération et de descente, mais pas d’apesanteur. On n’est pas dans la Station spatiale internationale, prévient d’emblée Jean-Baptiste Desbois, le directeur général de la Semeccel, l’exploitant de la Cité de l’espace, très attaché à la dimension pédagogique du site. Nous ferons vivre des sensations au service d’un projet de culture scientifique et d’éducation. »

« Vitrine pour la filière »

Surtout, l’objectif de cet équipement, construit en lieu et place du Terradome (un bâtiment en forme de sphère terrestre), est de relancer la fréquentation de ce parc de quatre hectares, ouvert au public depuis 1997 et reconnaissable par son imposante réplique de la fusée Ariane-5, haute de 53 mètres.

Alors que 2019 avait été une année record, avec un peu plus de 408 000 visiteurs, la fréquentation a dégringolé en raison des neuf mois cumulés de fermeture, imposés pour enrayer la pandémie de Covid-19. En 2020, 171 000 visiteurs ont poussé la porte d’entrée du site, 268 000 en 2021. Conséquence inévitable : le chiffre d’affaires a chuté, par rapport aux onze millions d’euros de 2019, de 50 % en 2020 et de 30 % en 2021.

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« Notre enjeu est l’attractivité, admet, en toute franchise, M. Desbois. On envisage entre 30 000 et 40 000 visiteurs supplémentaires par an avec cet équipement unique en France et en Europe. » Pour Jean-Luc Moudenc, président (Les Républicains) de Toulouse Métropole, qui a financé à hauteur de 40 % le simulateur de vol de 11,8 millions d’euros, cet équipement est « une vitrine pour toute la filière du spatial et le reflet de cet écosystème ».

Car l’agglomération toulousaine concentre 15 000 emplois et 260 entreprises dans le secteur. « Toulouse est la capitale européenne du spatial, avec un quart des emplois » français, revendique M. Moudenc. Et, en comparaison avec l’aéronautique, le Covid-19 a moins bousculé cette filière en bonne santé, qui a enregistré une baisse de 10 % du chiffre d’affaires en 2020.

Le télétravail pour prolonger ses vacances

Devant l’Hôtel des Invalides, à Paris, le 31 mars 2021.

Where is Brian ? Dans la cuisine d’un appartement Airbnb, sans doute. Brian Chesky, le cofondateur et PDG de la plate-forme de meublés de tourisme, a décidé, en 2022, de changer de lieu de résidence toutes les deux semaines. Un pari sur sa vie personnelle, mais surtout un coup de publicité pour son entreprise, visant à apporter la preuve par l’exemple d’une révolution majeure du tourisme post-Covid-19 : « Pour la première fois, des millions de personnes peuvent vivre n’importe où. »

Selon lui, l’habitude du télétravail et des réunions par le biais de l’application de visioconférence Zoom prise depuis l’irruption de la pandémie, va créer une large communauté de travailleurs à distance quittant leur domicile pour des semaines ou des mois, installés parfois à l’étranger. Cette « décentralisation de la vie » serait, selon lui, « la plus grande métamorphose du voyage depuis la naissance de l’aviation commerciale ».

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Mise à mal par la disparition d’un grand nombre de voyages d’affaires, l’industrie du tourisme espère avoir trouvé la martingale : le télétravail. Si les cadres supérieurs peuvent organiser des réunions devant leur écran, alors ils sont capables de le faire de n’importe où dans le monde. D’où l’idée que ce qui est perdu dans le voyage d’affaires va être récupéré par le tourisme dans le voyage de loisirs.

Frontière brouillée entre voyage d’affaires et de loisirs

Forcément, le tourisme prise les mots-valises. Il en a créé deux : workation – contraction de work (travail) et vacation (vacances) – et bleisure – mélange de business (affaires) et leisure (loisirs). Le premier concerne les travailleurs nomades, une niche qui ne concerne que certains salariés de secteurs très connectés et sans enfants à charge. Le second est potentiellement plus significatif, car il offre aux touristes la perspective de séjours plus longs : le nerf de la guerre, pour les hébergeurs.

Les chaînes hôtelières investissent aujourd’hui dans des destinations et des hébergements plus décontractés

Sébastien Bazin, le PDG d’Accor, déclare au Monde entrevoir un tiers de nuitées supplémentaires dans les déplacements de loisirs : « Depuis septembre, c’est très clair : on voit de plus en plus de gens arriver le jeudi soir et repartir le mardi, en travaillant de l’hôtel le vendredi et le lundi. Cela va augmenter considérablement la durée des week-ends, alors que l’on a un mal fou, aujourd’hui, à rentabiliser le dimanche soir. » Une évolution qui doit amener les hôtels à proposer des espaces de travail, voire à mettre à disposition les chambres tôt le matin et tard l’après-midi. L’évolution est attestée par la SNCF, pour qui « la pointe du week-end » s’étend désormais du jeudi au lundi soir. Autre indice : la baisse de la nuit du jeudi dans l’hôtellerie d’affaires.

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Des résultats mitigés pour le très coûteux plan « 1 jeune 1 solution »

Une débauche de moyens avec un résultat « inégal » à la clé. Dans son rapport annuel rendu public mercredi 16 février, la Cour des comptes estime qu’il faut « relativiser » le « succès » du plan « 1 jeune 1 solution », lancé en juillet 2020 par l’Etat dans le but de soutenir l’emploi des moins de 25 ans. La situation de cette catégorie de la population a, certes, été « préservée », voire améliorée, mais l’efficacité de certaines mesures pose question à l’aune des sommes dépensées, d’après la haute juridiction.

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Peu après le début de la récession liée à l’épidémie de Covid-19, le gouvernement a engagé un vaste programme, assorti de budgets colossaux, afin de conjurer la menace d’une génération de jeunes « sacrifiés » sur le marché du travail. « Sans équivalent dans les pays comparables », selon la Cour, cette action s’est appuyée sur « une large palette d’instruments », certains étant nouveaux et provisoires tandis que d’autres existaient déjà : instauration de primes en faveur des entreprises qui recrutent en CDI, en CDD longs ou sous le statut d’apprenti, relance des contrats aidés, augmentation des entrées en formation, recours accru à la « garantie jeunes », qui propose des mises en situation professionnelle, etc. Le coût total « avoisinerait in fine 9,7 milliards d’euros », cette estimation ne prenant pas en considération le prolongement jusqu’au 30 juin 2022 de subventions à l’embauche.

La question des « invisibles »

Une telle mobilisation semble avoir eu des retombées positives. Au troisième trimestre 2021, le taux de chômage des jeunes, comparé à son « niveau d’avant-crise », était en baisse de 1,2 point – tout en restant très élevé (20 % contre 8,1 % pour l’ensemble de la population active). De même, la proportion des 15-29 ans qui n’étaient ni en poste, ni en formation, ni inscrits dans un établissement d’enseignement, avait reculé de 0,8 point par rapport à la fin 2019, se situant à 11,6 %.

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Mais il faut se garder de tout triomphalisme, aux yeux de la Cour, qui pointe des carences ou des orientations discutables dans ce plan. Pour elle, il y a trop peu de réponses « à la question des “invisibles” », ces jeunes qui sont sortis de l’écran radar des institutions. La haute juridiction s’interroge également sur le retour en grâce des contrats aidés dans le secteur non marchand – un outil dont la valeur ajoutée est jugée peu probante, si l’on regarde les reprises d’activités qu’il déclenche.

En se fondant sur plusieurs études, le rapport conclut que l’incidence de « 1 jeune 1 solution » demeure « difficile » à apprécier. Le nombre d’apprentis a beaucoup augmenté, mais cette tendance concerne « surtout » des diplômés du supérieur dont l’accès au marché du travail « n’est, le plus souvent, pas problématique ». La prime à l’embauche, elle, a joué en faveur des CDD longs et des CDI, mais au détriment du travail non salarié et des missions d’intérim, si bien qu’elle n’aurait pas influé sur le taux d’emploi global des moins de 25 ans. Quant à la garantie jeunes, ses « performances d’insertion (…) se sont dégradées pendant la crise ».

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La fonction publique face à l’enjeu de la transformation managériale

« Plutôt qu’être rivé sur les performances, j’ai simplement voulu libérer les énergies des agents. » En 2011, éreinté par les procédures, Patrick Négaret, ex-directeur général de la Caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM) des Yvelines, a souhaité « transformer le service public » avec ses 1 600 agents. Les fonctionnaires se sont répartis en unités de travail de dix à quinze personnes, et un système d’innovation participative a vu le jour : « N’importe qui dans la caisse pouvait faire sortir une idée, et on voyait pour la mise en œuvre. Puis l’on a défini ensemble un management bienveillant et exigeant. J’ai commencé avec du lean [une méthode de gestion née au Japon], même si c’est un gros mot dans le public ! »

Lean management, travail hybride, « flex office »… Face au besoin de se moderniser et pour gagner en efficacité, les administrations doivent opérer des transformations managériales. Elles sont souvent pointées pour leur rigidité et la faible marge de manœuvre de leurs agents, qui traversent une crise de sens : 80 % des 4 500 agents interrogés en septembre 2021 par le collectif « Nos services publics » se déclarent « confrontés à un sentiment d’absurdité dans l’exercice de leur travail ».

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Les administrations en quête d’innovation s’inspirent en premier lieu des entreprises. Patrick Négaret a, par exemple, organisé des visites d’« entreprises libérées » pour familiariser ses agents au travail en autonomie. Placée sous l’autorité de la ministre de la transformation et de la fonction publiques, la Direction interministérielle de la transformation publique (DITP) a publié en 2019 un rapport sur ce que « peuvent apprendre les entreprises libérées aux administrations et organismes publics ». La région Île-de-France, qui a rassemblé en 2018 ses 1 800 agents dans un nouveau siège à Saint-Ouen, a organisé des visites dans les locaux d’Axa ou de Danone, mais s’est surtout inspirée d’une autre administration publique, la Sécurité sociale belge.

Les expérimentations locales

En effet, comme les méthodes du privé ne sont pas toujours facilement adaptables au public, les innovations viennent surtout des collectivités. Ainsi, dans son projet d’administration 2021-2026, la ville de Caluire-et-Cuire (Rhône) a instauré la subsidiarité comme base d’organisation pour ses 600 agents : « cela veut dire qu’il faut faire confiance. Il faut que ce soit l’agent qui dispose de la bonne information et du contact avec les usagers qui puisse prendre des décisions du quotidien, explique Bernard ­Agarini, directeur général des services. Avant, il y avait une organisation en silos étanches, et des services qui communiquaient assez peu entre eux. Il a fallu un long parcours pour faire comprendre qu’on était plus riches à réfléchir à plusieurs ».

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Démission-reconversion : c’est toujours compliqué

Carnet de bureau. Marie Clairambault, 36 ans, envisage d’ouvrir son cabinet d’expert-comptable et commissaire aux comptes. Renseignement pris auprès de Pôle emploi, elle est éligible au dispositif démission-reconversion qui lui permettra de démissionner et d’être indemnisée le temps du lancement de son projet de création d’entreprise. Enfin, c’est ce qu’elle croyait.

Car sept mois plus tard, il semble qu’il y ait eu une erreur d’interprétation de la part de l’opérateur public qui se dédit, alors que Marie a déjà démissionné. Elle voit alors son projet réduit à néant. Plus d’emploi, ni d’indemnité : c’est l’impasse. « Si j’avais reçu un refus de la cellule démission-reconversion de Pôle emploi, je n’aurais pas pris la liberté de démissionner de mon dernier poste, j’aurais négocié une rupture conventionnelle », témoigne-t-elle.

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L’ouverture de l’assurance-chômage aux démissionnaires « pour reconversion » avait été décidée, en 2018, pour sortir du paradoxe qu’il y avait à refuser un soutien à des actifs qui œuvraient à leur retour à l’emploi. « Cette nouvelle ouverture de l’assurance-chômage était notamment justifiée par la complexité des dispositions en vigueur et par le faible pourcentage de démissionnaires parvenant à obtenir un revenu de remplacement », indique un rapport d’évaluation de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel présenté à l’Assemblée nationale le 2 février.

Un maigre bilan

Annoncé à l’origine comme une belle idée pour soutenir les reconversions professionnelles, ce dispositif encore peu connu est un élément de réponse aux pénuries de candidats sur certains métiers, dans la comptabilité par exemple. Il affiche pourtant un maigre bilan. Le rapport parlementaire présenté le 2 février indique que seules 14 443 ouvertures de droit au chômage se sont faites dans ce cadre en deux ans, contre un objectif de 17 000 à 30 000 bénéficiaires par an.

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Encore trop de peu projets aboutissent. La crise due au Covid a, certes, pu reporter quelques projets, ou ralentir la prise en main d’un dispositif peu connu. Mais « la condition de cinq ans d’activité continue est une véritable barrière à l’entrée », estime Laetitia Ternisien, avocate associée du cabinet Jeantet.

La difficulté d’accès à l’indemnisation pour démission-reconversion en vigueur depuis le 1er novembre 2019 n’a, semble-t-il, pas touché que Marie Clairambault. En octobre 2021, « sur 18 943 demandes, réalisées sur le simulateur de Pôle emploi, seules 52 % remplissaient cette condition », indique le rapport parlementaire. « Bon nombre de candidats à ce nouveau droit découvrent à la fin d’un parcours fastidieux qu’ils ne sont pas éligibles (…) alors qu’ils ont déjà démissionné », ajoute le médiateur national de Pôle emploi dans son rapport d’activité pour 2020.

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Justice : les présidents de tribunaux estiment qu’il faudrait 35 % de juges en plus

Les présidents des tribunaux judiciaires ont sorti leur calculette et leur verdict est à la hauteur du malaise de la justice : selon eux, il manque aujourd’hui 1 500 magistrats du siège (ceux qui jugent) dans les juridictions de première instance, soit 35,5 % des effectifs.

Ce chiffre choc est le fruit d’un référentiel national de la charge de travail des magistrats, qui vient d’être élaboré avec une méthodologie prudente par la Conférence nationale des présidents de tribunaux judiciaires basée sur l’activité de la justice en 2021. Autrement dit, il ne tient pas compte des stocks de dossiers en souffrance ni des délais de traitement, seulement de la nécessité de traiter le flux dans de bonnes conditions. Il ne comptabilise pas non plus les besoins pour combler les absences conjoncturelles (arrêts maladies, congés maternités, etc.).

Le ministère de la justice a de son côté accéléré ces derniers mois, singulièrement depuis le cri d’alarme de la « tribune des 3 000 magistrats », publiée le 23 novembre dans Le Monde, son vaste chantier de l’évaluation de la charge de travail des magistrats. Mais il ne devrait pas être achevé avant la fin de l’année. « Il s’agit d’un chantier ambitieux, de long terme. A titre de comparaison, l’Allemagne, qui s’est dotée d’un tel système, a mis quatre années à le bâtir », justifie-t-on à la chancellerie. Un outil de mesure est actuellement expérimenté dans vingt juridictions auprès de 1 000 magistrats, précise le ministère. Les présidents de tribunaux judiciaires l’ont donc devancé.

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« Nous n’avons rien contre ce travail du ministère et nous y sommes associés. Le référentiel que nous avons élaboré n’est peut-être pas parfait, mais il a l’avantage d’être prêt. Il pourra évoluer chaque année et être corrigé », explique Benjamin Deparis, président du tribunal d’Evry et de la conférence des présidents. « Le travail qu’ils ont fait n’est pas dans la surenchère, il est sérieux et s’inscrit dans ce que réclame en vain depuis des années la Cour des comptes », se réjouit Jean-Michel Hayat, premier président de la cour d’appel de Paris. Selon lui, si le ministère de la justice n’a pas mené à bien ce chantier ouvert dès les années 1990, « c’est que tout le monde savait que cela déboucherait sur des besoins de création de postes ».

Un référentiel basé sur les tâches réelles des juges

Côté méthodologie, la conférence des présidents a choisi de ne pas se référer aux comparaisons européennes calculées par la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (Cepej) en fonction du nombre de magistrats par habitant, car les systèmes judiciaires ne sont pas comparables… et le retard de la France y apparaît vertigineux. Son « référentiel national d’évaluation des activités des magistrats du siège » se base sur les tâches réelles effectuées par les juges. Quatre-vingts ont été ainsi isolées, des audiences de contentieux post-divorce aux audiences d’assistance éducative des juges pour enfant, en passant par la présidence des comparutions immédiates ou les décisions du juge de l’application des peines.

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