Le magazine VSD repris par le groupe Heroes Media

VSD change de main. Dès le 18 avril, le groupe Heroes Media, éditeur de publications spécialisées dans l’automobile, l’horlogerie et le nautisme, va reprendre le magazine, placé jusqu’ici en liquidation judiciaire, selon une décision du tribunal de commerce de Paris vendredi 7 avril. Sur un effectif de vingt postes, seize seront conservés par le nouveau repreneur, parmi lesquels trois rédacteurs en chef, deux rédacteurs et dix pigistes réguliers.

« La société Heroes Media propose la meilleure offre sociale en conservant les postes des rédacteurs en chef, ce qui permet d’assurer la pérennité de VSD », tranche le jugement. Cette décision marque le départ de l’actuel directeur Georges Ghosn, dont l’offre de reprise a été déclarée « irrecevable », dans un climat d’extrême tension avec une partie de ses équipes.

Titre emblématique fondé en 1977 par Maurice Siegel, ancien directeur de la radio Europe 1, VSD avait été racheté en 1996 par Prisma, qui l’a ensuite cédé en 2018 à Georges Ghosn, l’ex-patron de France Soir. A partir de cette date, l’hebdomadaire est devenu mensuel.

Le format du magazine à l’étude

Pour le repreneur, il s’agit désormais de « s’atteler à redonner de la confiance aux équipes, aux lecteurs et aux partenaires », a déclaré Philippe Abreu, président de Heroes Media, dont le siège est à Clermont-Ferrand. « VSD est malade économiquement, éditorialement et commercialement », constate l’homme de presse, ancien directeur général de Turf Editions. Il faut « redynamiser ça comme on l’a fait avec les titres Heroes quand on est arrivé en octobre 2020 tout en respectant le passé », ajoute-t-il.

La remise sur pied éditoriale sera assurée par le journaliste François Tauriac, associé de Heroes Media, qui a réalisé l’essentiel de sa carrière au Figaro. Si la nouvelle équipe se veut « respectueuse du passé », en préservant « les fondamentaux » de VSD, elle « croit énormément à l’apport de signatures et de partenariats avec d’autres médias ».

Elle réfléchit également à changer le format du magazine. Une maquette du VSD nouvelle formule devrait faire son apparition avant cet été. Enfin parmi les autres chantiers prioritaires, Heroes Media entend « développer au maximum la partie abonnement, la partie digitale et consolider la partie print », indique Philippe Abreu. Les « synergies » s’effectueront « dans les fonctions support et commerciales avec les équipes » actuelles du groupe Heroes Media, précise le dirigeant.

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Le Monde avec AFP

Emploi : les besoins de main-d’œuvre restent très élevés

L’année 2023 s’annonce aussi exceptionnelle que la précédente sur le front des embauches. Selon l’enquête annuelle de Pôle emploi sur les besoins de main-d’œuvre, publiée vendredi 7 avril, les entreprises projettent de réaliser 3,04 millions de projets de recrutement sur l’année, c’est-à-dire autant qu’en 2022. Ces prévisions sont quelque peu surprenantes car l’an passé, un fort effet de rattrapage avait poussé les entreprises à recruter, après la crise liée au Covid-19. Et alors même qu’en 2023, la conjoncture économique est peu réjouissante, avec une croissance faible.

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L’enquête de l’opérateur public, qui s’appuie sur les réponses de 424 000 « établissements » ayant répondu entre octobre et décembre 2022, montre que plus de trois entreprises sur dix envisagent d’embaucher. Une proportion en léger recul par rapport à l’année précédente (31 % contre 32,8 %). Surtout, 72 % des projets d’embauches concernent un emploi durable, en contrat à durée indéterminée ou en contrat à durée déterminée de plus de six mois.

Si cette dynamique est aussi forte qu’en 2022, elle est cette fois-ci particulièrement portée par les entreprises de moins de dix salariés (70 % des intentions, en hausse de 4,9 % par rapport à 2022). En revanche, les projets d’embauches sont en baisse dans les établissements de plus grande taille (– 8,4 % pour ceux de plus de 200 salariés), des chiffres « logiques après le rattrapage de 2022 », a assuré Stéphane Ducatez, directeur général adjoint de Pôle emploi en charge du réseau, lors de la présentation de l’enquête, vendredi.

« Nombre insuffisant de candidats »

D’après Pôle emploi, la volonté de recruter s’avère très soutenue dans les services (62 %) et notamment les services aux particuliers (38,3 %). C’est dans l’hébergement-restauration que l’évolution est la plus forte (+ 8,3 %, ce qui représente près de 30 000 embauches supplémentaires en 2023) et dans la réparation et le commerce automobile (+ 10 %). Sans surprise, on retrouve donc les « serveurs de café, de restaurant » en tête des métiers les plus recherchés par les employeurs (122 000 projets d’embauches).

Suivent les viticulteurs, les arboriculteurs salariés et les cueilleurs (121 000), c’est-à-dire des emplois quasiment tous saisonniers, devant les aides, apprentis et employés polyvalents de cuisine (109 800). Une forte représentation des secteurs de l’hôtellerie et de la restauration, ainsi que de l’agriculture, qui correspond totalement aux tensions de recrutements observées depuis des mois.

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« Le droit de travailler est le seul droit fondamental pour lequel il existe autant d’inégalités entre les nationaux et les étrangers »

Le projet de loi « pour contrôler l’immigration et améliorer l’intégration », dont l’examen par l’Assemblée nationale a été reporté par le gouvernement, comportait plusieurs mesures pour favoriser le travail des étrangers : un élargissement de la liste des métiers en tension qui permet aux employeurs d’échapper aux lourdes démarches de la demande d’autorisation préalable pour l’embauche d’un étranger, la simplification de la régularisation des travailleurs en situation irrégulière dans des filières en tension, et la possibilité de travailler dans un métier en tension seulement pour les demandeurs d’asile qui n’ont pas encore reçu le statut de réfugié.

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Ces avancées seraient salutaires, voire relèveraient du bon sens, mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Le constat est partagé par tous : le travail est le meilleur facteur d’intégration qui soit. Il permet de sortir de sa communauté, à laquelle on échappe difficilement en France à cause de la centralisation du traitement des demandes d’asile à Paris au détriment de la mixité sociale et d’une répartition équitable de l’effort d’accueil sur le territoire. Il permet de sortir de son indépendance vis-à-vis de la solidarité nationale, fluctuante. Il permet de se trouver au contact de notre langue et de nos mœurs. Il donne enfin à l’immigré un intérêt à persévérer dans l’effort d’intégration dans son pays d’accueil, puisqu’il s’agit de préserver un revenu et une vie plus stables.

Dès lors, pourquoi ne pas permettre à tous les étrangers de travailler et d’entreprendre librement ? De mener dignement cette aventure qui les a conduits si loin de chez eux, jamais par loisir ? Pourquoi ne pas faire de l’intégration économique le principal motif de régularisation et d’accueil des étrangers ? Si notre devoir d’humanité nous ordonne de protéger les réfugiés politiques, celui qui trouve sa place dans notre marché du travail n’a-t-il pas de facto gagné sa place en France en passant de la stigmatisante accusation d’être une « charge pour la société » à la reconnaissance d’en être une « force vive » ? La sortie de la clandestinité profiterait également aux autorités publiques : par définition, on ne connaît pas les clandestins sur notre sol.

Répartir l’effort

Permettre à un demandeur d’asile de travailler est louable. Mais les chefs d’entreprise d’une filière en tension ont besoin de prévisibilité. Ils seront peu à prendre le risque de l’employer et de le former s’il peut faire l’objet d’une obligation de quitter le territoire français en cas de rejet de sa demande. Un employé étranger qui, après épuisement des recours, n’a pas obtenu son statut de réfugié mais a contribué pendant deux ans à notre vie économique, ne mériterait-il pas de rester en France ? Plutôt qu’une solution bancale, pourquoi ne pas permettre aux personnes ayant réussi leur intégration économique de rester, même si elles n’ont pas obtenu le statut de réfugié ?

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Luc Behaghel, économiste : « L’immigration bénéficie au pays d’accueil »

Le camp présidentiel, nous dit-on, a hâte de sortir de la réforme des retraites pour un autre chantier, celui de l’immigration. A peine sorti d’une réforme, c’est un autre débat miné qui s’annonce, et qui inquiète le chercheur en économie que je suis. Les économistes de plateau de télé vont resurgir. Les calculs vont être mis sur la table, avec un mélange d’arguments valables, et beaucoup d’autres spécieux. Le patronat va plaider l’immigration sélective : celle qui permet de « booster la start-up nation », mais aussi de maintenir des salaires acceptables (entendons : bas) dans l’hôtellerie-restauration. Les travailleurs précaires vont s’inquiéter de la pression à la baisse que cela exercera sur leurs salaires. On va entendre parler doctement de « la loi de l’offre et de la demande », fondement de la « science économique ».

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Eh bien non, justement, la recherche en économie a appris à se méfier de cette loi d’offre et de demande qui stipule que davantage de travailleurs égale salaires plus faibles. Elle a en effet vérifié dans les données si les travailleurs locaux peu qualifiés souffraient de l’arrivée de migrants, et la réponse répétée par de nombreuses études est négative.

L’économiste canadien David Card, Prix Nobel 2021 de sa discipline, a étudié la question dans une étude célèbre, analysant l’arrivée à Miami de 45 000 réfugiés cubains en 1980, soit une hausse de 7 % de l’offre de travail. Comment ne marcheraient-ils pas sur les pieds de salariés natifs moins qualifiés ?

Reprenons un récent résumé de cette étude par les sociologues Dominique Goux et Eric Maurin : M. Card compare « l’évolution de l’emploi et des salaires observée à Miami entre 1979 et 1985 et celle observée sur la même période dans les villes d’Atlanta, Los Angeles, Houston et Tampa, villes qui n’ont pas subi de choc migratoire en 1980, mais qui ont suivi dans les années 1970 des trajectoires économiques et démographiques proches de celles de Miami. Le résultat central de ce travail est que la période 1979-1985 ne coïncide avec aucun décrochage particulier de la situation des populations non cubaines de Miami par rapport à ces mêmes populations non cubaines dans les villes choisies comme groupe de contrôle ».

Emplois vacants

« Moins qualifiés et expérimentés, les nouveaux arrivants reçoivent des salaires nettement plus faibles et connaissent un chômage plus élevé que leurs homologues des vagues migratoires précédentes, poursuivent les deux chercheurs, mais leur présence ne déprime ni les salaires ni les opportunités d’emploi des autres salariés. Comme le souligne David Card, le tissu productif de Miami compte beaucoup d’entreprises dans les secteurs des services aux particuliers, de l’hôtellerie-restauration, de la réparation ou du textile, traditionnellement spécialisés dans l’intégration de la main-d’œuvre immigrée peu qualifiée. C’est, selon lui, l’une des explications à la rapidité avec laquelle le marché du travail de Miami a réussi à absorber l’exode cubain du printemps 1980. » L’étude a été répliquée dans d’autres contextes, tendant toujours à montrer l’absence de réaction notable des salaires.

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« La régularisation des sans-papiers n’induit pas d’appel d’air »

Dans une étude publiée en février 2018 et actualisée en avril 2023, les économistes Joan Monras (Réserve fédérale de San Francisco), Elias Ferran (université de Valence) et Javier Vazquez-Grenno (université de Barcelone) ont analysé les conséquences d’une vaste régularisation de 600 000 migrants extra-européens décidée par le gouvernement socialiste espagnol en 2005.

Vous êtes coauteur d’une étude sur les conséquences de la régularisation de 600 000 personnes en Espagne en 2005. Un des principaux enseignements de ces travaux est qu’une régularisation massive n’induit pas d’appel d’air…

En 2004, on estimait qu’il y avait presque un million de sans-papiers en Espagne. La mesure de régularisation a bénéficié à environ 600 000 migrants extra-européens. Mais elle n’a provoqué aucun appel d’air en Espagne. Pour s’en rendre compte, nous nous sommes intéressés aux chiffres des ressortissants extra-européens vivant en Espagne. Et on a constaté que ces chiffres n’avaient pas bougé.

Par exemple, si on regarde les Equatoriens, il n’y a pas eu de changement, puisque leur nombre total s’établit autour de 400 000 en 2004 comme en 2008. Dans le même intervalle de temps, le nombre de Marocains a augmenté de 150 000, mais sans aucune rupture perceptible dans la tendance après l’adoption de la mesure de régularisation, ce qui laisse penser que d’autres facteurs, indépendants de cette mesure, ont joué.

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On peut expliquer cette absence d’appel d’air notamment par le fait que la mesure de régularisation visait les personnes déjà présentes en Espagne puisque, pour en bénéficier, il fallait remplir des conditions comme être présent depuis déjà au moins six mois dans le pays et avoir un contrat pour au moins les six prochains mois.

Nous pensons même que la régularisation a pu jouer en défaveur de flux nouveaux, puisqu’elle a été accompagnée d’un renforcement des contrôles de l’inspection du travail visant à combattre le travail au noir, ce qui a pu rendre plus difficile l’embauche de travailleurs sans papiers. Nous restons toutefois prudents sur les effets à long terme de la mesure car, dès 2008, l’Espagne a été touchée par la crise économique, ce qui a pu avoir pour effet de diminuer la demande de travail.

Des constats similaires ont-ils été faits dans d’autres pays ?

En 1986, les Etats-Unis ont adopté l’Immigration Reform and Control Act (IRCA), une amnistie qui a permis à quelque trois millions d’immigrés de régulariser leur situation. Des articles de recherche ont regardé si cette loi avait provoqué une augmentation de l’immigration et ils trouvent que non. Ce n’est pas une vérité absolue, cela dépend certainement des contours de la politique mise en œuvre et du contexte économique, mais on a des exemples variés, en Espagne et aux Etats-Unis, qui trouvent que la régularisation n’induit pas d’appel d’air.

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Lutte contre le chômage de longue durée : le bilan contrasté de la Cour des comptes

Un an après avoir taclé la débauche de moyens mobilisés dans le cadre du plan « 1 jeune, une solution », la Cour des comptes dresse un bilan tout aussi mitigé des actions menées par le gouvernement pour favoriser le retour à l’emploi des chômeurs de longue durée au sortir de la crise sanitaire. Le 28 mars, la haute juridiction a publié un « audit Flash », consacré aux dispositifs déployés en direction de cette catégorie d’actifs, dans le cadre du plan de réduction des tensions sur le marché du travail annoncé par le gouvernement en septembre 2021.

L’idée était de profiter de la reprise économique pour diminuer le nombre de chômeurs inscrits depuis au moins un an à Pôle emploi, en les orientant vers des métiers en tension. Cette catégorie avait alors connu une forte explosion : la Cour estime autour de 1,3 million le nombre de demandeurs d’emploi de longue durée inscrits à Pôle emploi en octobre 2021.

Les agents de Pôle emploi ont notamment été chargés de remobiliser ce public, en mettant l’accent sur des dispositifs immédiatement opérationnels, tandis que des carottes financières ont été accordées en sus de deux aides : le versement d’une prime de 1 000 euros aux chômeurs s’engageant dans des formations préalables au recrutement et une aide à l’embauche de 8 000 euros pour les employeurs recrutant un demandeur d’emploi de longue durée en contrat de professionnalisation.

Plus de 400 millions d’euros

Pour mettre en œuvre ce plan, l’État avait prévu une enveloppe confortable de plus de 400 millions d’euros, ainsi qu’un renfort temporaire de 700 agents supplémentaires pour Pôle emploi, s’ajoutant aux quelque 57 000 personnes déjà employées par l’opérateur public.

Mais cette mobilisation a eu des effets difficilement mesurables, estiment les sages de la rue Cambon. Entre septembre 2021 et mars 2022, une baisse des demandeurs d’emploi de longue durée a bien été constatée : 36 % d’entre eux ont accédé à un emploi au cours de cette période, contre 31 % pour ceux rattachés à la cohorte 2019. Si la Cour des comptes salue la « forte mobilisation » des agents de Pôle emploi, elle constate qu’ « il n’est pas possible de préciser à ce stade dans quelle proportion le plan a contribué à cette augmentation ».

A cheval entre la sortie de la crise sanitaire et le début de la guerre en Ukraine, la forte reprise économique constatée à cette période pourrait largement expliquer la baisse des chômeurs de longue durée, notamment ceux issus de l’hôtellerie-restauration. D’autant qu’aucun objectif chiffré n’avait été fixé par le gouvernement. « Bien qu’il ait été doté de ressources importantes, le plan n’a été assorti d’aucun objectif mesurable en matière de retour à l’emploi, ni de baisse de chômage ou des tensions de recrutement dans les secteurs particulièrement concernés », souligne la Cour des comptes.

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A cinq mois de la Coupe du monde de rugby, le comité d’organisation France 2023 adopte une charte sociale

Tous les partenaires sociaux rassemblés autour d’une table aux côtés d’une ministre, qui, au sortir d’une réunion ponctuée d’applaudissements, paraphent un même document. La scène ne s’est pas déroulée dans un univers parallèle dénué de débat autour de la réforme des retraites. Réunies sous l’égide de France 2023, qui orchestre la Coupe du monde de rugby dans le pays (du 8 septembre au 28 octobre), les organisations syndicales et patronales ont signé, mercredi 5 avril, la charte sociale du Mondial en présence de la ministre des sports, Amélie Oudéa-Castéra.

Il n’a pas fallu longtemps pour que le ton soit donné : « Je suis particulièrement satisfait d’être ici, car dans un moment un peu compliqué dans le pays, avoir un aspect de ce que peut produire notre intelligence collective est absolument indispensable », expose Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT. « En ce moment, on ne signe pas beaucoup de beaux projets… donc on est fiers d’avoir signé celui-ci », prolonge son homologue de la CFTC, Cyril Chabanier. Quelques heures plus tôt, sur le perron de Matignon, les deux mêmes déploraient « l’échec » de la rencontre entre l’intersyndicale et la première ministre, Elisabeth Borne, au sujet de la réforme des retraites.

Au-delà de quelques références – parfois piquantes – à l’actualité, tous ont insisté, dans la bien nommée Maison de la mutualité où se trouvent les bureaux du Groupement d’intérêt public (GIP) France 2023, sur l’élaboration collective de cette charte, qui prévoit « d’assurer l’exemplarité sociale » de l’organisation de la compétition. A commencer par la ministre des sports : « Notre pays a toujours été innovant dans le sport, et j’ai l’impression qu’avec la charte sociale signée par le Comité organisateur des Jeux olympiques [Cojo, en 2018] et celle de la Coupe du monde de rugby, on a un nouvel exemple de la vision française derrière ces grands événements sportifs internationaux », a assuré Mme Oudéa-Castéra.

Le contre-exemple du Mondial au Qatar

Quelques mois après la Coupe du monde de football au Qatar, entachée de controverses sur les droits des travailleurs l’ayant permise, et son coût environnemental, la ministre a insisté sur l’exemplarité attendue du comité organisateur français. « J’ai souvent dit, au sujet des polémiques liées à l’organisation de la Coupe du monde au Qatar, qu’on avait besoin d’inventer un nouveau modèle de grands événements sportifs internationaux », a-t-elle précisé au Monde, en marge de la réunion.

Un jour après que la candidature de la France à l’organisation de l’Euro 2025 féminin de football a été largement recalée par l’Union des associations européennes de football (UEFA) et alors que les souvenirs du fiasco de la finale de la Ligue des champions 2022 restent dans toutes les têtes, la ministre des sports a mis en exergue le modèle français : « Dans un passé récent, on n’a pas toujours été très bons. Là, on a cette Coupe du monde et puis les Jeux [olympiques et paralympiques], il faut qu’on excelle pour démontrer qu’il peut y avoir cette nouvelle référence dans les grands événements sportifs internationaux, respectueux de l’ordre social et des engagements écologiques, environnementaux et de durabilité. »

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Réforme des retraites : « L’exigence d’indépendance du juge constitutionnel ne saurait admettre des pressions »

Le Conseil constitutionnel focalise tous les regards et il aura rarement été autant au centre de l’attention qu’en cette période. Ce n’est guère surprenant, tant les crispations sur la réforme des retraites furent grandes, au Parlement et au-delà. De surcroît, la bataille ne fut pas que politique, mais aussi juridique, à travers la mobilisation originale et exceptionnelle de nombreux mécanismes constitutionnels. Ainsi, l’attente qui pèse sur la décision du Conseil est importante sur le plan politique et de la destinée de cette réforme, mais elle l’est tout autant sur le plan juridique, car, quoi qu’il décide, elle constituera un précédent.

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Cette attente et cette attention confirment, à n’en point douter, que le Conseil constitutionnel se dresse comme un dernier rempart face aux atteintes à notre norme fondamentale et aux droits et libertés qu’elle garantit. Elles ne justifient pas pour autant les multiples spéculations ou autres critiques dont l’institution fait l’objet. Selon un usage que tout juriste serait sage de s’appliquer à lui-même afin de préserver l’indépendance de la justice, une décision de justice ne s’annonce pas, elle se commente.

Si les décryptages, analyses et critiques sont ainsi utiles et nécessaires, ils deviennent plus pertinents lorsqu’ils portent sur l’existant, donc la décision rendue, plutôt que sur ce qui pourrait l’être, à savoir la décision à rendre. Dans ce dernier cas, ils s’apparentent davantage à un plaidoyer, qu’il est plus judicieux de porter devant le juge lui-même que dans l’arène médiatique, car, en s’adressant au premier, on s’efforce de le convaincre, mais, en s’adressant à la société, c’est davantage de pression plutôt que de conviction dont il est question.

Accusation incantatoire

Or l’exigence d’indépendance et d’impartialité du juge ne saurait admettre de telles pressions. Cependant, il s’agit là d’une critique vive et récurrente qui est adressée au Conseil : son manque d’indépendance, son manque d’impartialité, sa politisation. On en voudrait pour preuve le mode de nomination de ses membres, leur absence de formation juridique, leur proximité avec le pouvoir, qu’ils ont parfois exercé. Si, à l’instar de toute institution, voire de tout mécanisme juridique, le Conseil constitutionnel est évidemment perfectible, il ne mérite pas un tel réquisitoire, qui relève davantage de l’accusation incantatoire que d’une motivation fondée et justifiée.

Il est vrai que l’on pourrait attendre d’une telle institution qu’elle soit composée d’un collège de membres dont les compétences sont exemplaires. Faut-il, pour autant, qu’elle ne soit composée que de juristes aguerris ? Si des connaissances en droit sont évidemment nécessaires pour juger de la constitutionnalité de la loi, elles peuvent utilement être complétées par des expertises en matière économique, fiscale, sociale ou politique.

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