Le « patron des patrons » britanniques, accusé de harcèlement sexuel, est limogé

Le directeur général de la Confederation of Business Industry, Tony Danker, à Birmingham, en Angleterre, le 21 novembre 2022.

La Confederation of British Industry (CBI), principale organisation patronale britannique, traverse sa crise la plus grave depuis sa création, en 1965. Accusé de harcèlement sexuel, Tony Danker, son directeur général, a été licencié avec effet immédiat, mardi 11 avril. A cette affaire s’ajoutent des soupçons de viol et d’agressions sexuelles datant de 2019 et visant d’autres dirigeants de l’organisation. Ces scandales mettent à mal une instance qui avait brandi la lutte contre les discriminations en étendard.

Lire aussi : Le 6 janvier à 17 h 30, les grands patrons britanniques ont gagné autant qu’un salarié en un an

Le limogeage de M. Danker a été annoncé mardi matin par le biais d’un communiqué lapidaire. L’homme, qui dirigeait la CBI depuis novembre 2020, est formellement visé par « des plaintes spécifiques concernant un mauvais comportement sur son lieu de travail ». La CBI ne détaille pas publiquement les accusations, mais l’affaire a éclaté le 6 mars, lorsque le quotidien The Guardian a révélé qu’une employée avait porté plainte en interne contre M. Danker en janvier.

Elle l’accusait « de contacts non souhaités », qu’elle considérait comme du « harcèlement sexuel ». Dans la foulée, le conseil d’administration de la CBI a suspendu M. Danker et fait appel au cabinet d’avocats Fox Williams pour enquêter. Celui-ci vient de remettre son rapport préliminaire, ce qui a provoqué la décision du licenciement de M. Danker. L’affaire est jugée suffisamment sérieuse pour que la CBI affirme être « en lien » avec la police en vue d’une possible enquête judiciaire. M. Danker, pour sa part, se défend avec virulence, se disant « choqué » de son renvoi et estimant que « de nombreuses accusations contre [lui] ont été déformées ».

« Atmosphère toxique »

La crise au sein de la CBI a été amplifiée par une deuxième affaire, révélée lundi 3 avril. Toujours selon le Guardian, qui a réuni une douzaine de témoignages, une fête de la CBI sur un bateau en 2019, avant que M. Danker ne fasse partie de l’organisation, avait très mal tourné. Une femme accuse un collègue de viol et une autre d’agression sexuelle le même soir. Le tout se serait déroulé dans une « atmosphère toxique », avec utilisation de cocaïne, abus d’alcool et remarques sexistes. Mardi, outre le licenciement de M. Danker, trois salariés de la CBI ont été suspendus.

L’organisation s’expose ainsi aux accusations d’hypocrisie, après avoir publié de nombreux rapports sur la lutte contre les discriminations au travail, qu’elles soient sexuelles, raciales, ou relatives à l’âge. Début mars, M. Danker lui-même insistait sur la nécessité, pour les entreprises, d’avoir une culture « progressiste », « avec de fortes valeurs sociétales, une profonde raison d’être, un engagement à améliorer la vie des employés et une stratégie active d’inclusion et de diversité ».

Il vous reste 22.66% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Réformes des retraites : « Il est possible d’invalider la vision selon laquelle le travail serait moins pénible »

Il apparaît aujourd’hui assez évident que le débat récent sur la réforme des retraites n’a pas été à la hauteur des enjeux. La mauvaise communication du gouvernement sur le projet de réforme n’est qu’un des échecs du débat actuel sur l’avenir du système de retraite en France. Les erreurs et les imprécisions techniques, soulignées par mon collègue Michaël Zemmour, sont dommageables à la crédibilité de la réforme, mais l’absence d’analyses fondées sur la réalité du travail et de son évolution l’est peut-être encore plus.

Les justifications présentées par le gouvernement comme des arguments de bon sens cachent en réalité une absence de réflexion sur l’évolution du travail et de l’emploi que nos sociétés traversent. Une des justifications souvent avancées est que l’allongement de l’âge de départ à la retraite est justifié par l’allongement de l’espérance de vie. Cet argument peut sembler imparable, mais dès lors que l’on y réfléchit bien, il est très insuffisant, et ce pour plusieurs raisons.

Premièrement, l’avancement de l’âge de départ à la retraite depuis l’après-guerre s’est fait dans une période d’accroissement de l’espérance de vie, tout l’inverse de cette « évidence », donc. Il s’agissait alors d’une des nombreuses formes de redistribution des gains de productivité liés au développement économique, comme l’ont été les principales avancées socio-économiques (salaire minimum, réduction du temps de travail, congés payés, etc.).

Loin de l’imaginaire de la fin du travail

Cela étant dit, le débat actuel sur la réforme n’aborde que très peu la question des conditions de travail, ou alors de manière caricaturale. La phrase récente d’un sénateur sur l’usage d’exosquelettes par les déménageurs, bien que caricatural, est le reflet d’une certaine déconnexion avec les réalités des conditions de travail et des transformations technologiques.

Est-il possible aujourd’hui d’affirmer que le travail est moins pénible que par le passé ? Répondre à cette question n’est pas simple, car les changements technologiques sur le marché du travail sont continus et de natures très différentes selon les catégories de travailleurs. Il est néanmoins possible, en s’appuyant sur plusieurs travaux récents, d’invalider la vision selon laquelle le travail serait moins pénible.

Lire aussi le décryptage : Article réservé à nos abonnés Entre Emmanuel Macron et la rue, la bataille de la légitimité pour la réforme des retraites

Que peut-on dire de la situation actuelle et à venir ? Les travaux récents suggèrent une situation bien plus ambivalente qu’attendu. Bien loin de l’imaginaire de la fin du travail, les nouvelles technologies ont tendance à remplacer plus spécifiquement le travail dit routinier. Bien qu’en partie répétitives, ces tâches « routinisées » nécessitent pour certaines un certain niveau de qualification et ne sont pas toujours les plus physiques et pénibles.

Il vous reste 59.31% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Plates-formes d’emploi : la naissance européenne des autoentrepreneurs

Droit social. Les travailleurs des plates-formes sont souvent des indépendants chargés de la fourniture de biens et de services sous forme rémunérée et non délocalisable, sous-traitants d’entreprises. Ces entreprises qui non seulement rapprochent l’offre et la demande par un algorithme, mais aussi définissent le service et le cadre de travail de ces fournisseurs, et qui, ce faisant, remettent surtout en cause la définition du salarié, fondatrice du droit social.

Au vu de l’ampleur de ce phénomène, cette catégorie intéresse également l’Union européenne. La Commission a ainsi proposé un projet de directive comportant notamment une liste de contrôles pour déterminer si la plate-forme est un « employeur » et, le cas échéant, par déduction, aurait directement le salarié sous sa responsabilité.

Le Parlement européen a, le 2 février 2023, amendé cette proposition en instaurant une présomption légale générale de salariat pour les travailleurs des plates-formes, quelles que soient l’appellation ou la forme de leur contrat. Les Etats membres qui, en Conseil des vingt-sept ministres du travail, doivent également approuver la directive, sont très réticents à adopter une quelconque réglementation, et donc a fortiori le texte du Parlement. La situation est dès lors bloquée.

Un risque d’infraction

Pourtant, une avancée notable à l’initiative de la direction générale de la concurrence de la Commission européenne a été à peine remarquée : le 29 septembre 2022, cette dernière a publié des lignes directrices autorisant des travailleurs indépendants à négocier collectivement de meilleures conditions de travail sans enfreindre les règles de concurrence de l’Union européenne.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Plates-formes d’emploi : l’obligation du statut d’auto-entrepreneurs très critiquée

La Commission est, en effet, aussi l’autorité de la concurrence chargée notamment de veiller à l’application des textes prohibant les ententes. Or, les indépendants sont des entreprises, au sens du traité de l’Union européenne, ce qui les place en risque d’infraction lorsqu’ils souhaitent s’entendre sur le prix de leurs prestations… en négociant collectivement leurs conditions de travail et de rémunération.

Lire aussi l’enquête : Article réservé à nos abonnés Droits des travailleurs des plates-formes : comment ubériser sans précariser

Par ces nouvelles lignes directrices, les syndicats agissant dans l’intérêt collectif de ces travailleurs ne peuvent plus être traités comme des « cartels » prohibés, et la négociation collective pour les indépendants qui fournissent principalement leur propre travail ne peut être considérée comme une fixation de prix illicite.

En position de faiblesse

Ce texte européen d’analyse de marché intéresse aussi par ses définitions. Sont visés les indépendants qui dépendent d’une seule société pour au moins 50 % de leurs revenus professionnels (sur moins d’un an, un an ou deux ans), ceux travaillant aux côtés d’autres travailleurs, ceux qui assurent des tâches similaires à d’autres travailleurs œuvrant pour une même société, et enfin ceux offrant leurs services à une plate-forme de travail numérique ou par son intermédiaire.

Il vous reste 23.03% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Les formations aux énergies renouvelables font le plein de jeunes ingénieurs

Le car quitte la ville de Perpignan et se lance dans la garrigue. A bord, douze étudiants de l’école d’ingénieurs Sup’EnR regardent défiler les éoliennes. Le véhicule s’arrête devant un bâtiment aux formes ondulantes, habillé d’Inox. Il s’agit de l’usine de traitement des déchets avec valorisation énergétique de Calce, où convergent toutes les poubelles jaunes des Pyrénées-Orientales.

Au cours d’une visite de près de deux heures, les jeunes ingénieurs en apprendront davantage sur le recyclage du plastique, transformé selon les cas en fournitures scolaires, bâches ou encore vêtements. Ils découvriront comment l’énergie issue de la combustion des déchets est récupérée pour fournir de la chaleur aux écoles, aux hôpitaux et aux industries du territoire. Et seront sensibilisés à l’importance du tri devant le « musée des horreurs » – un échantillon des objets jetés à tort dans le bac jaune, des plaquettes de frein aux moteurs de piscine, en passant par les carcasses d’animaux et les seringues.

Les étudiants de Régis Olivès, directeur de Sup’EnR, sont réceptifs : c’est pour contribuer à un monde plus vert qu’ils ont opté pour la seule école d’ingénieurs entièrement consacrée aux énergies renouvelables (ENR). « Je voulais être actrice de l’environnement à travers mon métier », témoigne Anouk Barrière. Inscrite en 4e année à Sup’EnR, la jeune femme de 21 ans souhaite travailler dans le bâtiment durable. Son camarade Titouan Janod, 21 ans également, raconte avoir joué avec des véhicules propulsés aux énergies renouvelables pendant son enfance. Le choix de Sup’EnR s’est imposé à lui : « Pour moi, la vie n’a pas de sens si je n’essaie pas de sauver le monde. »

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Six masters pour se former aux métiers de la transition écologique

Depuis son lancement en 2016, Sup’EnR, partenaire du groupe INSA (Institut national des sciences appliquées), reçoit 1 000 candidatures supplémentaires chaque année. « En 2022, nous avons reçu 5 500 demandes… pour 24 places », détaille Régis Olivès. La formation recrute après une licence, une classe préparatoire aux grandes écoles, un bachelor universitaire de technologie… ou directement par Parcoursup, en passant par une formation postbac de deux ans à l’INSA de Toulouse. Les élèves poursuivent ensuite en cycle ingénieur à Sup’EnR, où ils suivent des enseignements techniques sur les différentes énergies renouvelables, mais également des cours en droit de l’environnement ou encore en économie du marché de l’énergie.

Embauchés à l’issue de leur stage

« Les ENR, c’est aussi des sciences humaines. On a beau avoir des technologies performantes, l’installation à tout prix là où ce n’est pas pertinent en termes paysagers, environnementaux et sociétaux n’a aucun intérêt », explique Régis Olivès. Membre depuis 1996 de Promes (Procédés, matériaux et énergie solaire), un laboratoire d’excellence, il évoque un changement de paradigme autour des énergies renouvelables : « Avant, on nous méprisait un peu, nous demandant comment on allait faire de l’électricité la nuit. Aujourd’hui, des entreprises historiquement tournées vers le fossile ou le nucléaire investissent dans les ENR. Total a même financé à Toulouse une formation consacrée à la transition énergétique, ce qui d’ailleurs ne va pas sans gêner un certain nombre d’étudiants. »

Il vous reste 67.03% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

L’IA bouscule et inquiète le monde de l’image

L’ex-président américain Donald Trump se débattant avec des policiers, le pape François arborant une doudoune blanche, Emmanuel Macron en pleine manifestation… Alors que des images créées par des intelligences artificielles (IA) circulent sur le Web depuis des mois, ces derniers clichés, nés de la version la plus récente du logiciel de génération d’images Midjourney, ont troublé.

Comme les textes bluffants du logiciel ChatGPT, le réalisme de ces clichés, certes fictifs, a frappé le grand public. Il a aussi créé une onde de choc dans le monde de l’image, désormais inquiet pour l’avenir du travail des photographes et des illustrateurs.

Que des sites de presse s’emparent de cet outil ne les a pas rassurés. Le Figaro s’est, par exemple, servi, le 26 mars, de Midjourney pour l’illustration d’un article Web, avant de faire machine arrière le lendemain et de la remplacer par une photo.

Stratégies opposées

Le mensuel So Foot assume, lui, d’utiliser le logiciel par défaut, faute de moyens financiers, s’il ne trouve pas de photo satisfaisante. « Sur 6 000 contenus publiés depuis novembre [2022], on s’est servi de Midjourney une douzaine de fois, en le spécifiant », relativise Pierre Maturana, directeur de la rédaction.

« On est un minimédia, avec des minimoyens », abonde Pablo Pillaud-Vivien, le rédacteur en chef de la revue Regards, qui recourt aussi à l’IA. Le quotidien suisse Blick a également franchi le pas, le 25 mars, en précisant qu’« aucune des personnes apparaissant sur cette photo générée par une intelligence artificielle n’existe ».

Lire aussi : Comment reconnaître une image générée par le logiciel Midjourney ?

La tendance touche aussi la communication et la publicité : la « une » du dernier Récréa Mag, l’agenda culturel grenoblois, paru en octobre 2022, a été « dessinée » grâce à Midjourney, tout comme l’affiche du Casse-Noisette du San Francisco Ballet, fin 2022. Et, début mars, Coca-Cola a invité les internautes à utiliser Dall-E 2 – un logiciel développé par OpenAI, le créateur de ChatGPT, et concurrent de Midjourney – pour générer des créations dont les meilleures seront utilisées par la marque.

D’autres ont, à l’inverse, déjà posé des limites claires : le quotidien Libération n’utilisera pas « des images générées par des IA, sauf pour des sujets directement liés à l’IA ». Une ligne proche de celle du Monde, où la publication d’images d’actualité produites par des IA est également proscrite. Le New York Times a, lui, signalé dans un bandeau rouge que l’illustration d’un article sur l’IA était… « générée par une IA ».

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Dans le sillage de ChatGPT, la course à l’intelligence artificielle

Dans les puissantes banques d’images se dessinent aussi des stratégies opposées. Getty Images a annoncé, en septembre 2022, qu’il refusait de stocker des photographies créées avec une IA, tandis que Shutterstock a noué un partenariat avec OpenAI dès 2021 : la banque d’images permet l’entraînement du logiciel Dall-E sur sa base de données et met à disposition de ses clients le générateur d’images.

Il vous reste 55.56% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Comment tombent les jours fériés et les ponts en 2023 ?

Combien de jours fériés tombent hors week-end ? Y aura-t-il des ponts en mai ? Le calendrier profite-t-il aux patrons ou aux salariés ? Ces questions alimentent les réflexions du mois de janvier.

Au minimum sept, au maximum 10 : c’est le nombre de jours fériés qui tombent hors week-end chaque année. En mai 2018, la séquence de deux jours chômés durant la même semaine (un mardi 8 mai et un jeudi de l’Ascension) était une rareté : elle ne se présente que cinq fois par siècle. La prochaine occurrence de ce hasard calendaire ne se produira qu’en… 2029, puis en 2035, 2040, 2046, et ne réapparaîtra plus jusqu’à la fin du XXIsiècle.

Des années avec dix jours fériés hors week-end

Le calendrier ne se montre pas toujours clément pour les salariés : quatre fois tous les cent ans environ, le 8 mai, anniversaire symbolique de la capitulation de l’Allemagne nazie, est aussi le jour de l’Ascension. Ce fut le cas en 1975, 1986, 1997 et 2008. Qu’on se rassure, la prochaine séquence n’est pas prévue avant 2059, elle aura lieu ensuite en 2070, puis en 2081 et 2092.

« )} }, « legend »: { « enabled »: « 1 », « reversed »: «  », « layout »: « horizontal », « verticalAlign »: « top », « align »: « left », « margin »: 40, « y »: -30, « x »: 0, « itemStyle »: { « fontSize »: 13, « font-family »: « ‘Marr Sans’,Helvetica,arial », « fontWeight »: « normal », « color »: « #2A303B » }, « itemMarginBottom »: 10 }, « series »: [ { « stack »: « null », « name »: « week-end », « lineWidth »: 2, « color »: « #f54b1a », « type »: «  », « yAxis »: « 0 », « visible »: true, « dataLabels »: { « enabled »: false }, « step »: «  », « data »: [ ], « keys »: [ « y », « color », « id », « marker.enabled », « dataLabels.enabled » ] }, { « stack »: « null », « name »: « semaine », « lineWidth »: 2, « color »: « #00abe9 », « type »: «  », « yAxis »: « 0 », « visible »: true, « dataLabels »: { « enabled »: false }, « step »: «  », « data »: [ ], « keys »: [ « y », « color », « id », « marker.enabled », « dataLabels.enabled » ] } ], « accessibility »: { « enabled »: true }, « exporting »: { « enabled »: false }, « credits »: { « enabled »: false }
} ); //const [annees, feries_semaine, feries_weekend] = make_data(calendrier); let titre = document.querySelector(‘#d_container_1640182466 h2’); titre.textContent = « Répartition des jours fériés selon le jour jusqu’en  » + annees.at(-1); chart.xAxis[0].setCategories(annees); chart.series[0].setData(feries_weekend); chart.series[1].setData(feries_semaine, true); //});

Mise à jour du 1er février 2022 à 10h : correction d’une erreur sur le nombre d’occurrences de séquences de deux jours fériés tombant un mardi et un jeudi de la même semaine par siècle.

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.

Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.

S’abonner

Contribuer

L’argot de bureau : le « greenhushing », le silencieux contraire du « greenwashing »

Argot de bureau

Parfois, il vaut mieux se taire. Demandez au fabricant d’engrais chimiques Yara, récipiendaire du prix Pinocchio 2020 de l’association Les Amis de la Terre : cette entreprise, qui promeut « une agriculture intelligente pour le climat », affirmait dans une vidéo promotionnelle que « les engrais minéraux ont sauvé plus de vies que n’importe quelle invention au monde ». Ceci est un exemple (à ne pas reproduire chez vous) de « greenwashing », une stratégie de communication qui utilise des arguments écologiques trompeurs pour embellir son image auprès du public.

Moins connu, le « greenhushing », mis en évidence par certains cabinets de conseil en transition écologique, est un cousin du « greenwashing » : à l’inverse de ce dernier, il propose de taire totalement les engagements environnementaux d’une entreprise. On peut le traduire par « écosilence » ou « mutisme vert ».

Mais pourquoi donc cacher ses efforts, alors que l’on peut capitaliser dessus ? Réponse optimiste : pour prouver que son engagement est sincère et ne pas passer pour un opportuniste.

La peur des médias ou des écologistes

L’arnaque pointe le bout de son nez : en réalité, le silence signifie qu’il n’y a pas vraiment d’efforts de faits, ou qu’ils sont largement insuffisants. Le véritable opportunisme consisterait donc… à ne pas parler, pour ne pas être critiqué pour ce que l’on dit ou fait pour la planète.

Lire aussi la tribune : Article réservé à nos abonnés « Greenwashing » : « Les entreprises dissimulent souvent un traitement insuffisant ou partiel de la réalité des émissions de carbone »

Le « greenhushing » trouve d’ailleurs sa source dans la peur d’être scruté par les médias ou les écologistes. Les entreprises feraient ainsi une interprétation très personnelle de cette formule de Diderot (Pensées sur l’interprétation de la nature, 1754) : « Ne vaut-il pas mieux se concilier la confiance des autres, par la sincérité d’un “je n’en sais rien”, que de balbutier des mots, et se faire pitié à soi-même, en s’efforçant de tout expliquer ? »

La preuve avec une analyse de la Commission européenne, menée en 2020 sur cent cinquante allégations figurant sur des publicités ou emballages, et mentionnant des expressions comme « zéro carbone » ou « empreinte climatique réduite » : plus de la moitié de ces affirmations contenaient « des informations vagues, trompeuses ou non étayées » et 40 % étaient dénuées de tout fondement.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés « Greenwashing » : le plan de Bruxelles pour mettre de l’ordre dans les labels verts

La Commission souhaite ainsi contraindre les entreprises à se conformer à une série d’exigences, notamment scientifiques, lorsqu’elles souhaitent vanter leurs actions « vertes ». Le but n’étant pas forcément qu’elles se taisent, car les conséquences de ce silence pourraient être encore pires que des messages qui exagèrent de réels efforts.

Il vous reste 33.44% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Au travail, les jeunes diplômés demandent plus de flexibilité et un vrai engagement écologique

L’image avait provoqué une onde de choc : des étudiants d’AgroParis Tech encourageant leurs camarades à « bifurquer » lors de leur cérémonie de remise en diplôme, en juin 2022. Près d’un an après, l’Edhec NewGen Talent Centre publie une étude sur le rapport au travail des jeunes diplômés des grandes écoles. Trouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle, occuper un poste rémunéré à sa juste valeur et qui a du sens… Les aspirations des nouveaux entrants sur le marché de l’emploi ne sont plus les mêmes que celles de leurs aînés. L’enquête, publiée début avril et réalisée entre octobre et novembre 2022, a été menée auprès de plus de 2 000 jeunes actifs de seize grandes écoles, dont HEC, l’Edhec, Sciences Po, PSL…

Parmi les anciens étudiants interrogés, 85 % d’entre eux estiment que le salariat est le statut idéal pour un début de carrière. Synonyme de stabilité, il assure un équilibre économique, « le temps de monter en compétence et de développer un réseau », raconte un participant cité par l’enquête. A côté d’eux, 8 % préfèrent le statut d’entrepreneur, une proportion en hausse depuis la création du statut. « C’est huit fois plus qu’auparavant », signale Manuelle Malot, directrice du centre d’expertise de l’Edhec et responsable de l’étude. Les sondés accordent également une grande importance à la flexibilité de leurs horaires de travail (31 %) et certains plébiscitent la semaine de quatre jours (26 %), même s’ils sont peu à en bénéficier (6 %).

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Des étudiants d’AgroParisTech appellent à « déserter » des emplois « destructeurs »

Exigeants ou déserteurs ? La nouvelle génération ne souhaite plus vivre pour travailler. « Le travail doit servir une ambition plus philosophique, explique Manuelle Malot. Et permettre de concilier trois vies : professionnelle, sociale et familiale. » Au bureau, les jeunes diplômés espèrent d’abord acquérir des compétences et se développer personnellement (33 %), avant de contribuer utilement à la société (31 %) ou de percevoir des revenus élevés (9 %).

Une minorité de « bifurqueurs »

Pour les participants de l’étude, la raison d’être d’une entreprise est un fort moteur d’attraction (71 %) et d’engagement au travail (67 %). « La firme est responsable des problématiques sociales et environnementales, mais aussi le fer de lance de la résolution de ces enjeux », souligne Manuelle Malot. Les nouvelles générations attendent beaucoup de leurs employeurs. Et tout particulièrement sur le plan environnemental : pour un sondé sur deux, c’est la transformation de l’entreprise la plus attendue. Devant l’éthique de la gouvernance (29 %) et l’impact social (19 %). Une préoccupation « sans doute accentuée par les événements climatiques dramatiques » de l’été 2022.

Il vous reste 33.99% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

JO 2024 : à Bobigny, des chantiers proches, mais des emplois lointains pour les jeunes en insertion

Elles et ils ont une vingtaine d’années. Au cœur des cités de l’Etoile et Salvador-Allende de Bobigny – un enchevêtrement de rails, de routes et de tours HLM –, ces jeunes femmes et jeunes hommes sont aux premières loges des plus gros chantiers du moment en Ile-de-France : ceux liés à l’accueil des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de 2024 et ceux générés par le Grand Paris Express, réseau de transport public qui doit être livré à l’horizon 2030.

Cette proximité n’est toutefois pas synonyme d’horizon professionnel qui se dégage pour ces jeunes en quête d’un emploi. Dans ce département, où le taux de chômage des moins de 25 ans avoisinait 31 % en 2019, on leur répète que ces chantiers sont autant d’opportunités de rejoindre des secteurs en tension, tels le BTP, la sécurité, l’hôtellerie, la restauration ou les transports. Mais ces promesses se heurtent souvent aux réalités du terrain : envies et bagages des jeunes, temps long des formations, expériences nécessaires pour satisfaire aux exigences des entreprises, mobilité réduite des personnes…

Alors que le compteur installé devant le siège du département indique que les JO auront lieu dans moins de cinq cents jours, la greffe a du mal à prendre. « On parle moins des Jeux que de la Ligue des champions » de football, dit Kamel Bouajila, qui anime le local des Compagnons bâtisseurs, au rez-de-chaussée d’une tour de la cité Salvador-Allende.

Décompte des jours avant les JOP lors de la matinée « Parcours Prij » de rencontre autour des postes à pourvoir en vue des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024 dans la Préfécture Ile-de-France, le 5 avril 2023.
Kamel Bouajila, référent technique sur les divers chantiers menés par Compagnons Bâtisseurs. Il coordonne les équipes , assure le suivi des travaux et transmet son savoir-faire aux jeunes comme ici au 7ème étage d'un immeuble de la cité Paul Eluard (Bobigny), le 4 avril 2023.

Cette association nationale aide des familles précaires à rénover leurs logements et les forme aux bases du BTP. Ici se croisent des personnes âgées dispensant un savoir-faire, des jeunes remobilisés par le biais des chantiers pédagogiques, des animateurs de divers dispositifs tel le plan régional d’insertion de la jeunesse (PRIJ), mis en place par la région et visant les « invisibles », ceux qui échappent à l’école, à Pôle emploi ou aux missions locales.

« J’aimerais y aller, moi, aux Jeux », déclare Mohamed Diawara, 20 ans, qui se verrait bien assister à une épreuve de natation. Kamel Bouajila lui dit qu’il peut aussi s’inscrire au programme des « volontaires », qui seront mobilisés à l’été 2024. Cela paraît loin au jeune homme. Avec l’appui du PRIJ, il est en train de redéfinir un projet, après un bac professionnel électricité obtenu en 2022, sans concrétisation sur le marché du travail.

Eli Timaitre, référent PRIJ dans le quartier, a épluché avec lui la liste des métiers mis en avant par le Grand Paris Express. Mohamed Diawara a identifié celui de « dessinateur projeteur », qui élabore « les plans techniques, par exemple, pour les équipements électriques d’un bâtiment ». « J’ai compris qu’il connaissait ce métier et ses logiciels spécifiques, qu’il avait un vrai désir », raconte Eli Timaitre. Reste à trouver une formation et aller au bout du projet. L’éducateur sait d’expérience que rien n’est gagné.

Il vous reste 59.02% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

ChatGPT et Midjourney font évoluer vos pratiques professionnelles ? Racontez-nous

La Société éditrice du Monde souhaite présenter dans ses publications une sélection de témoignages, sous forme d’écrits, de photographies et de vidéos (ci-après désignés ensemble ou séparément « Contribution(s) ») qui lui sont soumis librement par les internautes.

Contenu de la Contribution

Votre Contribution doit respecter la législation en vigueur, notamment la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, les articles 9 et 9-1 du code civil sur le droit à la vie privée et au respect de la présomption d’innocence et les dispositions du code de la propriété intellectuelle. Aucune Contribution contraire à la loi ne pourra être publiée.

Une orthographe et une mise en forme soignées sont exigées (pas de textes en lettres capitales, pas d’abréviations ou d’écrits de type « SMS »).

Vous devez être l’auteur des textes, photographies et vidéos que vous proposez dans le cadre de votre Contribution, ou avoir l’autorisation de leur auteur pour leur publication dans les conditions ici définies. Le nom de l’auteur doit toujours être mentionné, de même que la date et le lieu où ont été pris vos documents photographiques ou vidéo et rédiger une légende descriptive.

Votre Contribution doit être signée de vos prénom et nom. Les demandes d’anonymat en cas de publication seront examinées par la rédaction de la Société éditrice du Monde au cas par cas.

La Société éditrice du Monde se réserve le droit de refuser toute Contribution, ou d’effacer toute Contribution préalablement publiée, pour quelque cause que ce soit, notamment si :

  • elle est contraire à la loi (racisme, appel à la violence ou à la haine, diffamation, pornographie, pédophilie, sexisme, homophobie, …).
  • elle est contraire aux règles de conduite du Monde.fr et des autres publications concernées (mauvaise orthographe, propos non conforme au sujet demandé, forme peu soignée, …).
  • son sujet ou sa forme présente peu d’intérêt pour les lecteurs, la Société éditrice du Monde étant seule décisionnaire à ce titre.
  • elle a déjà été proposée et publiée ou elle est similaire à un témoignage récemment publié.
  • elle contient la représentation ou la désignation d’une personne physique pouvant être identifiée, en particulier une personne mineure.
  • elle contient la représentation d’une œuvre pouvant relever du droit d’auteur d’un tiers sans l’autorisation de celui-ci.
  • elle contient des photographies ou vidéos dont la qualité technique est insuffisante (photos floues, vidéos illisibles ou de mauvaise définition, bande son inaudible, …), la Société éditrice du Monde étant seule décisionnaire à ce titre.

Règles applicables à la Contribution

En participant à cet appel à témoignages, vous autorisez la publication totale ou partielle de votre Contribution sur le site Le Monde.fr, dans le quotidien Le Monde, dans M le Magazine du Monde et/ou sur toute autre publication ou site où la Société éditrice du Monde publie du contenu éditorial (Facebook, Twitter, Digiteka, Instagram, etc., dans le monde entier, pour la durée d’exploitation de la publication concernée.

La Société éditrice du Monde est libre de publier ou non les Contributions qui lui sont proposées.

Votre réponse à l’appel à témoignages, ainsi que votre autorisation pour l’exploitation éventuelle de votre Contribution, sont accordées à titre gracieux et ne peuvent donner lieu à une quelconque rétribution ou gratification ou versement de quelque nature que ce soit, à quelque titre que ce soit.

Les informations recueillies dans le questionnaire sont enregistrées dans un fichier informatisé par la Société éditrice du Monde, et communiquées aux seuls journalistes à l’origine de l’appel à témoignage et aux équipes techniques en charge de la gestion du traitement.

Elles ne seront utilisées que dans le cadre de cet appel à témoignages. Les données associées à une Contribution sont conservées pour une durée maximale de deux ans. Vous pouvez accéder aux données vous concernant, les rectifier, demander leur effacement ou exercer votre droit à la limitation du traitement de vos données, retirer à tout moment votre consentement au traitement de vos données.

Pour exercer ces droits ou pour toute question sur le traitement de vos données dans ce dispositif, vous pouvez contacter dpo@groupelemonde.fr

Consultez le site cnil.fr pour plus d’informations sur vos droits.