« Les travailleurs et les travailleuses du nettoyage : deux millions de personnes au cœur des désordres du travail »

[Comment expliquer le manque d’attrait pour les métiers du nettoyage, davantage occupés par les femmes et les personnes issues de l’immigration ? C’est le sujet sur lequel se sont penchés deux économistes. François-Xavier Devetter est chercheur au Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé, université de Lille) et à l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES). Ses travaux de recherche portent sur le temps de travail et les emplois à bas salaire, tout particulièrement les agentes et agents d’entretien, les aides à domicile et les assistantes maternelles agréées. Julie Valentin est maîtresse de conférences au Centre d’économie de la Sorbonne (CES, université Paris-I). Ses travaux de recherche portent sur les formes de mobilisations de la main-d’œuvre alternatives au contrat de travail à durée indéterminée et l’analyse économique du droit du travail. Ils sont les auteurs du livre 2 Millions de travailleurs et des poussières. L’avenir des emplois du nettoyage dans une société juste (Les Petits Matins, 2021)].

Nettoyer (ou plus largement entretenir un espace de vie) est une activité à la fois commune et très spécifique. Commune car elle occupe une partie du temps de tout individu ou presque (en moyenne 5 % du temps éveillé quotidien avec toujours d’énormes inégalités entre femmes et hommes). Commune également sur le plan professionnel car ce sont près de 8 % des salariés dont l’une des fonctions importantes consiste à nettoyer des espaces privés ou publics.

Mais cette activité apparaît aussi très spécifique en raison du sens qu’elle revêt fréquemment (« corvée domestique », métier ingrat ou invisible), et du fait des conditions dans lesquelles elle s’exerce.

Dans un premier temps nous chercherons à définir quels sont ces métiers du nettoyage et en quoi ils sont au cœur d’enjeux sociaux actuels majeurs. Pourtant, et c’est ce sur quoi nous insisterons dans un second temps, ces métiers, qui concourent à une même activité, peuvent s’exercer sous des formes et dans des cadres dont les différences ont une influence significative sur le type et le cumul des pénibilités associées.

Comprendre cette hétérogénéité et ses effets peut alors aider à identifier certaines difficultés qui traversent plus largement le monde du travail.

1. Deux millions de personnes ont le nettoyage comme fonction principale de leur métier

Pour définir les emplois du nettoyage nous croisons des critères liés à la fonction principale exercée (où l’on peut identifier le nettoyage à côté de la production, de l’enseignement, le soin à la personne, la comptabilité, la vente, …) et la description des professions que fournit l’Insee. Par ce biais nous identifions huit professions :

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L’argot de bureau : les « tracances », fausses vacances, vrais tracas

Argot de bureau

Cet été, faites-vous plaisir : découvrez le pare-soleil déployable en un instant pour « mieux voir son écran dehors et se protéger du soleil ». Mais oui, enfin, quoi de mieux qu’installer son bureau sur une plage en plein soleil, sur un sol instable ? Il fallait y penser. Ce matériel séduira peut-être les adeptes des « tracances », ce mot-valise à cheval entre travail et vacances.

Ce néologisme irritant a été propulsé sur le devant de la scène médiatique à l’été 2022 : des reportages bien scénarisés mettaient en avant des cadres emportant partout leur ordinateur, dans de splendides villas du sud de la France. Le tout est accompagné par une voix off s’exclamant (lire ce message en essayant d’imiter cette voix télévisuelle) : « C’est une nouvelle tendance : au bureau… Et en vacances. Muriel, 52 ans, l’a bien compris, et a tout de suite été conquise ! »

Le site Arrêt sur images précise que ce flot est dû à la propagation d’un sondage trompeur de Buzzpress, une agence de relations presse et de conseils en communication, pour Génie des Lieux, une société de conseil en aménagement des espaces de travail… Si le mot tracances tire son origine de la presse québécoise, vous pourrez lui préférer ses équivalents anglo-saxons : « workation » (« work » et « vacation ») ou « bleisure » (« business » et « leisure »).

Cette « tendance » marque une nouvelle extension du travail hybride, et une nouvelle forme de brouillage entre vie professionnelle et vie privée : des entreprises américaines telles que Google ou Mastercard généralisent ainsi des semaines « work from anywhere » (travail depuis n’importe où) : à raison de deux à quatre par an, elles permettent aux salariés de « voyager » librement, notamment pour visiter des proches.

Fausse mode agaçante

A ce propos, personne n’est réellement capable de dire si le mot tracances désigne du temps de travail sur un lieu usuellement dévolu aux vacances ou des vacances durant lesquelles on travaille de manière parcellaire – sans compensation pour cela, ce que n’autorise pas le code du travail.

Le cas le plus fréquent semble être une troisième voie : le temps des tracances est du télétravail pur et simple – c’est important de le rappeler –, mais qui permet de rester quelques jours de plus en « vacances » : 31 % des employés de bureau français prévoient ainsi de prolonger leur séjour sur leur lieu de vacances cet été, dit plus précisément une nouvelle étude réalisée en mars par l’International Workplace Group auprès de 2 108 personnes. Les tracances seraient donc un sas, pas tout à fait étanche, entre le travail au bureau et les vacances totales.

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Un 1er juillet très riche en nouveautés pour le budget des ménages

Crédits, assurances, tarifs du gaz, loyers, allocations-chômage, impôts, salaires… Nombre de mesures susceptibles d’affecter les finances personnelles entrent en vigueur ce 1er juillet. Le mois sera en outre ponctué, ensuite, d’importantes échéances fiscales.

Gaz : la fin des tarifs réglementés

Les tarifs réglementés du gaz n’existent plus. Les consommateurs n’ayant pas renoncé à ce dispositif au 30 juin basculent vers l’offre de marché « par défaut » de leur fournisseur historique (appelée « Passerelle » chez Engie), mais peuvent aussi toujours en choisir une autre.

La Commission de régulation de l’énergie (CRE) publie désormais chaque mois sur son site, à titre indicatif, un « prix repère » – « une estimation moyenne des coûts supportés par les fournisseurs au titre de la fourniture de gaz naturel pour un client résidentiel ». La CRE précise qu’il « intègre à la fois les coûts d’approvisionnement (coût de l’énergie sur le marché de gros) et les coûts hors approvisionnement tels que les coûts commerciaux, les coûts d’acheminement ou de stockage et la rémunération du fournisseur ». Il doit « servir de boussole aux consommateurs qui souhaitent comparer les offres ».

Crédits immobiliers : le taux d’usure dépasse les 5 %

Le taux maximal autorisé pour les crédits immobiliers dépasse désormais les 5 % pour les prêts sur vingt ans ou plus, à 5,09 % ce 1er juillet, contre 4,68 % en juin. Pour les emprunts sur dix à dix-neuf ans, il atteint 4,84 %. Ces niveaux sont en constante augmentation depuis le printemps 2022, dans le contexte de remontée des taux des crédits.

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Habituellement calculés tous les trois mois par la Banque de France (qui majore d’un tiers la moyenne des taux pratiqués par les banques le trimestre précédent), les niveaux de l’usure sont, depuis février 2023, révisés chaque mois. Cette mensualisation du calcul devait s’arrêter à la fin du premier semestre mais a été prolongée jusqu’à la fin de l’année 2023.

« Compte tenu du bilan positif de cette mensualisation jusqu’à présent, et alors que le cycle de resserrement de la politique monétaire entre dans sa dernière phase, le gouverneur [de la Banque de France] a proposé de proroger cette mesure de six mois. Le ministre [de l’économie et des finances] a accepté et un arrêté devrait être publié incessamment », explique la Banque de France. Elle précise qu’« à compter du 1er janvier 2024, les circonstances exceptionnelles ne devraient plus avoir lieu de s’appliquer et nous reviendrons à une publication trimestrielle ».

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Les allocations chômage augmentées de 1,9 % pour faire face à l’inflation

Trois mois après une première revalorisation exceptionnelle de 1,9 %, les allocations chômage vont être augmentées, samedi 1er juillet, à nouveau de 1,9 %. Cette hausse a été décidée, mardi, lors d’une réunion du conseil d’administration de l’Unédic, l’association paritaire codirigée par les partenaires sociaux qui pilote le régime.

Ce deuxième coup de pouce de l’année concernera 2,1 millions d’allocataires – ceux ayant ouvert des droits depuis moins de six mois sont exclus de la mesure – et représente un effort d’un peu moins de 300 millions d’euros sur un an. L’augmentation vise à aider les demandeurs d’emploi à faire face à l’inflation, même si elle ne compense pas l’évolution de l’indice des prix (+ 4,5 % sur un an, selon les derniers chiffres de l’Insee paru vendredi).

Raison pour laquelle, contrairement à la revalorisation du 1er avril, aucune organisation syndicale n’a voté en faveur de ce taux. Elles n’ont toutefois pas voté contre, ce qui aurait remis en cause le principe même de l’augmentation, et se sont donc abstenues. Mais tous les syndicats dénoncent la faiblesse de l’augmentation et l’attitude du patronat lors de la négociation.

« Cette revalorisation totalement insuffisante a été votée par les seules organisations patronales, tandis que toutes les organisations de salariés se sont abstenues, le vote contre d’une seule organisation syndicale aurait induit une non-revalorisation des indemnités », a réagi la CGT dans un communiqué. Si les syndicats ne proposaient pas tous le même taux d’augmentation, ce dernier se situait généralement entre 4,5 % et un peu plus de 5 %, aux alentours du taux d’inflation.

Position inflexible du patronat

En amont du conseil d’administration, les organisations patronales avaient annoncé ne pas envisager une revalorisation supérieure à 1,5 %. Mardi, lors de la réunion, la première proposition du Medef fut pourtant à 1,9 %. « On a eu un court moment d’espoir quand on a vu cette première proposition car on s’est dit qu’une deuxième plus élevée suivrait », avoue Olivier Guivarch, représentant de la CFDT. Un optimisme vite douché par la position inflexible du patronat, affirmant qu’il n’irait pas plus loin.

Le désaccord entre partenaires sociaux sur ce point trouve en partie ses racines dans la revalorisation exceptionnelle d’avril. Pour les syndicats, cette dernière n’était qu’un rattrapage de l’année précédente, jugeant que l’augmentation de juillet 2022 (+ 2,9 %) n’avait pas compensé l’accélération de l’inflation. Pour les représentants du patronat, en revanche, elle n’était qu’un acompte pour 2023. Ils considèrent que les deux améliorations conjuguées donnent « un taux raisonnable de 3,9 %, proche de l’inflation », selon le vice-président (Medef) de l’Unédic, Jean-Eudes Tesson.

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Formation professionnelle : une réforme de 2018 avec des lacunes et pas financée, selon la Cour des comptes

Décidément, la Cour des comptes se montre sévère avec la loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel ». Promulguée en septembre 2018, elle a profondément transformé les systèmes de formation continue et d’apprentissage, qu’il s’agisse de la gouvernance, du financement ou des dispositifs mis en place pour les entreprises et les actifs.

Un an après un premier rapport très critique sur le volet apprentissage du texte, enfermé dans une « impasse financière », selon la Cour, les magistrats de la rue Cambon ont rendu public, vendredi 30 juin, les résultats d’une enquête détaillée sur la partie formation professionnelle. Ce processus vise à permettre à un salarié d’acquérir des connaissances et des compétences nécessaires pour exercer des métiers spécifiques ou, de manière plus générale, requises sur le marché de l’emploi.

Un des objectifs de la loi de 2018 était de développer l’accès de la formation professionnelle pour que salariés et entreprises y aient de plus en plus recours. C’est dans ce cadre qu’a été pensée la « démocratisation » de l’utilisation du compte personnel de formation (CPF). Créé en 2014, le CPF a été réformé par la loi pour en créant un système de crédit en euros – et non plus en heures – avec une plate-forme en ligne ouvrant la porte à un large éventail de titres, diplômes et certifications pour faciliter son utilisation.

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Force est de constater que d’un point de vue quantitatif, la mission est remplie. Le nombre annuel de dossiers est passé d’environ 500 000 à 600 000 avant la réforme à plus de deux millions dès 2021. Mais le CPF représente les forces et faiblesses de la loi de 2018, précisent les magistrats. Car son essor – « plus de cinq millions d’inscriptions en formation » durant les trois dernières années, selon l’exécutif –, qui a créé un marché énorme (plusieurs milliards d’euros par an), s’est accompagné de « dérives mal anticipées », comme le démarchage abusif et la fraude. La Cour regrette par ailleurs que le CPF se soit également éloigné de son objectif initial « en finançant de nombreuses formations non certifiantes », à l’image du permis de conduire.

Déficit structurel de France Compétences

Pour corriger le tir, outre la poursuite de la régulation de l’offre de formation déjà entamée, les magistrats préconisent de mettre en place un reste-à-charge lors de l’achat de formation. Une idée portée par le gouvernement lors du dernier projet de loi de finances dont la Cour des comptes précise les contours éventuels. Selon le rapport, cette mesure doit faire l’objet d’un « calibrage adéquat afin de ne pas dissuader les personnes peu qualifiées » afin d’inciter à choisir des formations réellement utiles dans le parcours professionnel. L’idée serait notamment d’exclure de ce reste-à-charge les formations inscrites au Répertoire national des certifications professionnelles.

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Au travail, des « risques invisibles » pèsent sur la santé des femmes

Des femmes « davantage exposées à des risques invisibles et silencieux », des statistiques genrées « insuffisamment exploitées », des politiques de prévention « focalisées sur l’homme moyen » : après plus de six mois d’enquête, la délégation aux droits des femmes du Sénat a livré le 28 juin, dans un rapport de Laurence Rossignol (Parti socialiste), Laurence Cohen (Parti communiste), Annick Jacquemet (Union centriste), Marie-Pierre Richer (rattachée Les Républicains), ses conclusions sur les liens entre travail et santé des femmes.

Alors que le nombre d’accidents du travail explose chez ces dernières depuis vingt ans, ces liens demeurent encore « impensés », s’alarme le rapport. Dans un marché du travail qui s’est largement tertiarisé, les femmes sont désormais les premières victimes de troubles musculosquelettiques et sont trois fois plus nombreuses à faire état de troubles psychiques liés au travail que les hommes.

Statistiques « très peu exploitées »

Pourtant, les statistiques genrées, quand elles existent, « sont très peu exploitées », a signalé Annick Jacquemet lors de la présentation du rapport. Aussi, l’Assurance-maladie ne se penche pas sur les statistiques sexuées en termes d’accidents du travail, « statistiques dont l’organisme dispose pourtant ».

Cette « supposée neutralité », mais aussi la volonté de ne pas faire de discriminations entre les salariés, a conduit les entreprises et les politiques publiques de prévention à se focaliser « sur l’homme moyen, à savoir le travailleur masculin », a poursuivi la sénatrice du Doubs. Le rapport fait notamment un focus sur le secteur du soin, composé à 80 % de femmes, où les salariés sont nombreux à effectuer des horaires atypiques.

Or les liens entre travail de nuit et cancer du sein ont longtemps été ignorés, a rappelé Marie-Pierre Richer. Et de relever qu’après des années de bataille juridique, c’est seulement en mars 2023 qu’une ancienne infirmière a pu faire reconnaître son cancer du sein comme une maladie professionnelle.

Dans le secteur du nettoyage, qui concentre une majorité de femmes de plus de 50 ans en situation précaire, les salariées sont non seulement exposées à de la pénibilité physique, mais aussi à sept produits cancérogènes courants en moyenne dans les produits de nettoyage qu’elles utilisent. Sans que les pouvoirs publics s’emparent du sujet, s’est émue la sénatrice.

Equipements pensés pour « l’homme moyen »

Quant aux équipements de prévention, au matériel ou encore aux postes de travail, ils sont également pensés pour le gabarit de l’« homme moyen », a pointé Annick Jacquemet : et la sénatrice de donner l’exemple des « gants de protection utilisés par les soignantes et les femmes de ménage », « qui sont trop grands et laissent passer les produits ». Exposées à des risques encore mal mesurés, soumises à des carrières moins linéaires que les hommes, les femmes sont seulement 23 % à bénéficier du compte personnel de prévention.

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A Fos-sur-Mer, ArcelorMittal tente d’éviter la sanction de l’inspection du travail

Le complexe ArcelorMittal de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), le 2 mai 2023.

Dans la chaleur écrasante du début d’été, l’usine ArcelorMittal de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) gronde dans un halo rougeâtre. L’imposant site sidérurgique, qui produit chaque année quatre millions de tonnes d’acier, fonctionne toujours ce jeudi 29 juin, plus d’une semaine après la décision de la direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités de lui imposer une procédure immédiate d’arrêt de son département aciérie, pour mise en danger d’une partie de ses salariés. Une sanction inédite pour le géant industriel, assortie en cas de refus, de menaces de peines d’emprisonnement et d’amendes allant jusqu’à 10 000 euros par travailleur concerné.

Mercredi 28 juin, au cours d’un comité social et économique (CSE) exceptionnel, la direction a assuré aux représentants du personnel que la procédure d’arrêt était en cours. Mais qu’elle prendrait au moins huit semaines, « pour prévenir tout risque environnemental et tout risque d’endommagement irréversible de l’installation industrielle », explique-t-elle dans un communiqué. Un délai que certains syndicats jugent disproportionné. « On n’arrête pas une usine comme ça facilement, reconnaît Sandy Poletto, délégué central CGT de l’entreprise. Mais habituellement, cela se fait en deux ou trois semaines. »

La direction d’ArcelorMittal Méditerranée joue-t-elle la montre pour gagner le temps d’infléchir une décision qu’elle considère « infondée et disproportionnée » ? Jeudi 29 juin, elle a convoqué un second CSE exceptionnel en moins de quarante-huit heures pour faire valider aux représentants du personnel et à la médecine du travail la quatrième mouture de son « plan d’actions » visant à répondre aux injonctions de l’inspection du travail. Force ouvrière (FO), organisation majoritaire dans l’entreprise depuis 2022, et la CFE-CGC ont voté pour. La CGT, minoritaire, s’y est opposée estimant, entre autres, que « le budget attribué aux mesures n’était pas clairement chiffré ». La CFDT, elle, s’est abstenue. A l’issue de la réunion, ArcelorMittal a adressé à l’administration une demande de suspension des opérations préparatoires à l’arrêt.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés ArcelorMittal France de nouveau condamné pour discrimination syndicale

« Faire cesser la situation dangereuse avérée »

Au-delà d’un discours conciliant et d’une communication de crise confiée à l’agence parisienne spécialisée Image 7, la réaction du groupe de sidérurgie apparaît tardive. La première alerte officielle date du 10 mai 2023. Dans un courrier adressé à la direction de l’usine, l’inspection du travail dévoile les résultats d’un contrôle alarmant effectué le 25 avril dans le département aciérie. Les inspecteurs, accompagnés de représentants de la Caisse d’assurances retraite et de santé au travail (Carsat), décrivent des espaces de travail couverts de « poussières agglomérées », des processus de fabrication déclenchant une « importante mise en suspension de poussières inhalables », l’absence « de système de captation [des poussières] à la source ».

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A Paris, un salarié décède sur le chantier du bassin d’Austerlitz, les mesures de protection en question

Chantier de construction du bassin d’Austerlitz, un bassin de stockage et de traitement des eaux de la Seine, visant à rendre le fleuve plus propre pour les Jeux Olympiques de Paris 2024. Le 15 juin 2023.

Un accident du travail s’est produit vendredi 16 juin, à Paris. En fin de matinée, Amara Dioumassy, maçon chef d’équipe chez Darras et Jouanin, a été mortellement percuté par une camionnette, en contrebas de l’Institut médico-légal et du square Albert-Tournaire (Paris 12e). Le chauffeur, salarié de la Société auxiliaire des distributions d’eau (SADE), venait d’entrer en marche arrière afin de charger une benne à béton sur cette portion exiguë du chantier du bassin d’Austerlitz, située juste à côté des voies de circulation sur le quai de la Seine. Marchant dos au camion, la victime ne l’a pas vu arriver, ni entendu, en raison de la forte circulation.

Les pompiers n’ont pu ranimer le salarié de 51 ans, travaillant dans cette filiale de l’entreprise Urbaine de Travaux depuis plusieurs années. Il repose encore aujourd’hui à l’Institut médico-légal, sa famille attendant de pouvoir inhumer son corps au Mali.

Ce chantier réalisé par le groupement Impluvium (qui réunit la SADE, Urbaine de Travaux et trois autres entreprises) a pour but d’améliorer la qualité de l’eau de la Seine en stockant l’excédent de pluie lors de fortes précipitations. Il doit se terminer en mai 2024 en vue des Jeux Olympiques, où plusieurs épreuves de natation auront lieu dans le fleuve.

Ni « homme trafic » ni « bip sonore »

Si l’enquête de police ouverte à la suite d’un accident mortel est toujours en cours, des photographies du chantier prises le lundi 19 juin et consultées par Le Monde montrent un déficit de mesures de protection, notamment pour les ouvriers piétons. Délégué syndical central CGT de la SADE, Lyes Chouai ajoute que « le camion n’avait ni bip sonore d’alerte ni caméra de recul », et que le chantier n’avait pas d’« homme trafic » pour orienter les engins.

Le chantier a été arrêté une dizaine de jours, et n’a repris que mercredi 28 juin. Un grand nombre de modifications ont été apportées : un marquage au sol jaune est apparu, de même qu’un cheminement piéton prenant la forme d’un tapis rouge, des glissières en béton armé pour le protéger, ou encore des panneaux sens interdit ou « sortie de chantier ». « Ils ont rendu le chantier propre. Ce qu’ils auraient dû faire dès le début, mais ça coûte du temps et de l’argent », déplore Lyes Chouai.

Maîtresse d’ouvrage et financeuse du projet, la Ville de Paris confirme cette interruption. « Le chantier a repris après une réunion de l’instance de coordination en matière de santé, sécurité au travail et validation des mesures de prévention par l’inspection du travail, indique-t-elle. La suspension du chantier permet de faciliter les mesures d’enquête, de vérifier et d’adapter le cas échéant les mesures de prévention en santé-sécurité au travail. » Les deux entreprises concernées, Darras et Jouanin ainsi que la SADE, n’ont pas souhaité répondre aux questions du Monde, au motif que « des enquêtes sont en cours ».

Clergerie, dernier vestige de la chaussure de luxe « made in France », racheté par un groupe américain

Clergerie est fixé sur son sort. Placée en redressement judiciaire mercredi 29 mars, l’entreprise historique de Romans-sur-Isère (Drôme) a trouvé un repreneur américain. L’offre à 700 000 euros de Joe Ouaknine, riche entrepreneur au français impeccable, propriétaire du groupe de chaussures Titan Industries et seul candidat en lice, a été acceptée par le tribunal de commerce de Paris, jeudi 29 juin. La marque, l’atelier romanais ainsi que quelques boutiques françaises sont sauvés. En revanche, 55 % de la masse salariale va être supprimée, soit 79 personnes promises au licenciement sous un mois.

Propriétaire de plusieurs marques aux Etats-Unis – dont l’enseigne de luxe Badgley Mischka, peu connue de ce côté-ci de l’Atlantique – l’homme d’affaires se targuait, lors de son audition, le mercredi 14 juin, d’avoir « suffisamment d’expérience » pour redresser la situation financière de Clergerie. « C’est une marque avec beaucoup de potentiel. J’ai sondé les grands magasins, tous m’ont confirmé que la clientèle était là. » Pour redynamiser les ventes, Joe Ouaknine veut produire « de nouvelles références qui répondent à la demande du moment » pour « dépoussiérer » la marque « tout en gardant son ADN », grâce à l’appui de ses fournisseurs aux quatre coins du monde.

Mais, pour mettre en œuvre ses ambitions, le propriétaire de Titan Industries (50 millions d’euros de chiffre d’affaires) s’est dit contraint de supprimer une soixantaine de postes. « Ça ne marche pas car il y a trop de monde à payer… », se justifiait-il au Monde, lors de son audience. A l’usine de Romans-sur-Isère, seul « un ouvrier sur trois » restera à son poste, précise Valérie Treffan, élue CFE-CGC. Une situation « compliquée pour les licenciés » qui risquent d’avoir « des difficultés à retrouver un emploi », s’inquiète Sandrine Martorana, employée à la production depuis vingt-quatre ans et au chômage partiel depuis avril. « Peut-être dans le secteur de la maroquinerie… Mais dans celui de la chaussure, c’est impossible ; il n’y a plus rien en France. »

« Mauvaise gestion »

D’autant plus que les syndicats redoutent d’autres licenciements à venir dans l’usine. « C’est un distributeur qui sous-traite toute sa production en Chine », pointe Christophe Charon, comptable et élu CFE-CGC, qui craint que « dans deux ans, la production à Romans soit définitivement terminée ». Il revient à Joe Ouaknine de persuader les employés de l’entreprise qu’il est attaché au « made in France ». Vingt-neuf d’entre eux sont repris dans cette unité de production, tandis que 55 sont licenciés.

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