« Des pénibilités à la soutenabilité du travail : construire de nouvelles voies de prise en compte des relations santé travail »

[L’épuisement au travail lié au vieillissement démographique n’est pas une fatalité. C’est ce que démontre Catherine Delgoulet, professeure du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam, Paris), titulaire de la chaire Ergonomie, et rattachée au Centre de recherche sur le travail et le développement (CRTD, CNAM). La chercheuse dirige depuis 2019 un groupement d’intérêt scientifique, le Centre de recherche sur l’expérience, l’âge et les populations au travail (GIS-Creapt) et contribue au programme de recherche transverse du Centre d’étude de l’emploi et du travail (CEET). Dans un contexte de vieillissement démographique et de transformations majeures du travail, ses travaux éclairent les conditions de la construction de la santé à tout âge pour la conception de systèmes de travail et de formation soutenables.]

Les questions relatives à la pénibilité due et au travail reviennent régulièrement dans le débat social, et les réformes des retraites ou du travail les remettent sur le devant de la scène. Ces questions relèvent d’enjeux essentiels liés à la santé au travail au fil de la vie professionnelle, c’est-à-dire à la manière dont le travail et ses conditions de réalisation permettent à chacun et chacune d’exercer son activité professionnelle à tout âge. La santé n’est ici pas seulement absence de maladie, mais aussi (re) construction des capacités humaines, de l’expérience, des savoirs et des savoir-faire offrant des possibilités de maîtrise individuelle et collective des situations de travail vécues (Canguilhem, 1966).

Ce texte vise à rappeler quelques moments-clés des évolutions de la prise en compte de la pénibilité au travail ces dernières décennies, puis à identifier les nombreuses facettes de la pénibilité, celles prises en compte dans les politiques présentes et les autres. Il souligne aussi le pouvoir d’action des personnes en situation de travail. Sur ces bases, il propose une nouvelle approche des relations entre santé et travail, sous l’angle de la soutenabilité, qui est à construire, plutôt que de la pénibilité, qui serait inévitable.

Des questions qui datent, mais réglées très partiellement

Les questions relatives à la pénibilité au travail, sa qualification, son repérage, sa reconnaissance et sa prévention ne sont pas nouvelles. En remontant le temps, à partir des années 1970, on note les liens récurrents entre les questions de pénibilité et de retraites (Palier, 2021).

1. Bref historique

Au milieu des années 1970, l’âge d’ouverture des droits à la retraite est abaissé à 60 ans (au lieu de 65 ans) pour des catégories de personnes dont le législateur a jugé le métier pénible : certains travailleurs manuels, notamment. La retraite pour inaptitude est également mise en place à cette période, permettant la reconnaissance des effets irréversibles du travail sur les capacités des personnes et donnant droit, par compensation, à un accès précoce à la retraite.

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En France, une réindustrialisation encore fragile, malgré une politique volontariste

Emmanuel Macron lors de sa visite de l’usine du laboratoire pharmaceutique danois Novo Nordisk, à Chartres, le 23 novembre 2023.

Le mercredi 8 novembre 2023 au matin, devant l’auditoire encore mal réveillé des Assises de l’industrie, événement organisé à Paris par l’hebdomadaire L’Usine nouvelle, Bruno Le Maire s’enflamme : « Notre objectif est que l’industrie représente 15 % du PIB [produit intérieur brut] ! » Cependant, le ministre de l’économie et des finances oublie de préciser à quelle échéance le gouvernement veut atteindre ce chiffre. Une prudence bienvenue, tant le bond envisagé est vertigineux.

En 1970, l’industrie représentait 20 % de la richesse nationale ; en 2022, sa part n’était plus que de… 9,5 %, selon les mesures de l’Insee. Une dégringolade symbolique du mouvement de désindustrialisation qui a frappé la France pendant plus d’un demi-siècle, avec près de 2,5 millions d’emplois détruits.

Le gouvernement espère reléguer aux oubliettes ce traumatisme national, étalé sur plusieurs décennies. Dans la foulée de la crise due au Covid-19, qui a révélé les pénuries nationales dans de nombreux secteurs stratégiques, l’exécutif a mis en place, en 2020, une nouvelle politique industrielle plus volontariste. Et il n’a de cesse d’en vanter le bilan.

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Depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, en 2017, environ 120 000 emplois industriels ont été créés et 314 usines sont sorties de terre, d’après le gouvernement. Il y voit le résultat de sa politique économique et sociale menée depuis six ans : réforme du marché du travail, baisse de la fiscalité, notamment des impôts sur les sociétés et des impôts de production, et discours probusiness en direction des investisseurs étrangers, reçus en grande pompe chaque année au château de Versailles dans le cadre de l’opération Choose France.

« On est en train de mener une bataille essentielle pour le pays, c’est celle du plein-emploi et de la réindustrialisation. On a fait de nombreuses réformes et on a rattrapé notre retard », s’est félicité le chef de l’Etat, jeudi 23 novembre, de Chartres, où le laboratoire danois Novo Nordisk a annoncé un investissement de 2,1 milliards d’euros dans son site de production d’antidiabétiques.

« Le coût de la main-d’œuvre reste élevé »

Sauf que des nuages continuent de s’amonceler à l’horizon. Le déficit commercial de la France est toujours très élevé, à 54 milliards d’euros au premier semestre 2023, signe d’une santé industrielle toujours précaire. Dans l’Union européenne, l’Hexagone est seulement le 22e pays sur 27 concernant la part des emplois industriels. Les nouveaux représentent moins de 10 % du total des emplois créés depuis 2017 (environ 1,3 million), et près de 60 000 sont toujours vacants, alors que l’activité ralentit et que le taux de chômage est remonté de 7,2 % à 7,4 % des actifs au troisième trimestre, selon l’Insee.

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Dominique Méda, sociologue : « Cessons de répéter que les jeunes ne veulent plus travailler »

L’idée semble largement partagée : les jeunes n’accorderaient plus d’importance au travail, ne voudraient plus travailler, en un mot, seraient des flemmards – témoignant ainsi du déclin de la « valeur travail » dans notre société. Les générations Y et Z seraient dotées de caractéristiques spécifiques, porteuses d’aspirations radicalement différentes de celles des générations précédentes.

La réalité est nettement plus complexe et nuancée, comme l’ont montré les travaux présentés lors des rencontres organisées par l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep), le 21 novembre.

Ceux-ci ont d’abord permis de rappeler que les critiques envers la jeunesse ne sont pas nouvelles : en 1972, une enquête menée par des chercheurs du Centre d’études de l’emploi et du travail rapportait déjà que les employeurs se plaignaient de ne plus trouver chez cette main-d’œuvre « les qualités d’amour du travail, d’ambition et de sérieux qui, à les en croire, caractérisaient les générations précédentes ».

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En 2008, une vaste recherche européenne avait permis de constater l’existence de stéréotypes et de préjugés identiques à l’endroit des jeunes de la part des employeurs et des générations plus anciennes. A presque quarante ans d’intervalle, les deux enquêtes avaient pourtant mis en évidence que les jeunes accordaient plus d’importance au travail que les plus âgés, que leurs attentes étaient similaires – tout comme ces derniers, ils souhaitaient un travail intéressant, une bonne ambiance de travail et bien gagner leur vie –, mais que ces attentes étaient encore plus fortes.

Groupes hétérogènes

C’est toujours le cas aujourd’hui, contrairement à ce qu’affirment les discours soutenant que le Covid-19 aurait provoqué une rupture. En octobre, une enquête Harris Interactive a posé aux moins de 30 ans la question classique des sondeurs lorsqu’il s’agit de rendre compte de l’importance accordée au travail : « Que feriez-vous si vous n’aviez pas besoin d’argent pour vivre ? » 77 % continueraient à travailler. Parmi ceux-ci néanmoins, 28 % changeraient de métier.

Cette réponse invite à s’intéresser aux conditions concrètes d’emploi et d’insertion des jeunes sur le marché du travail, ce que permet de faire la très riche enquête « Génération 2017 » du Centre d’études et de recherches sur les qualifications. Ses résultats, présentés par Dominique Epiphane et Julie Couronné lors des rencontres de l’Injep, ont permis de mettre en évidence un autre élément essentiel : loin d’être une catégorie uniforme, la jeunesse est constituée, au contraire, de groupes très hétérogènes, dont le rapport au travail dépend étroitement des conditions d’emploi.

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Pour le « Black Friday », des salariés d’Amazon en grève

Des manifestants devant le siège social d’Amazon à Londres pour le « Black Friday », le 24 novembre 2023 

Le spécialiste américain du commerce en ligne était touché par une grève dans plusieurs pays vendredi 24 novembre, ses salariés exigeant de meilleures conditions de travail, en plein « Black Friday », une journée de soldes devenue l’un des temps forts du commerce chaque année.

Des employés d’Amazon dans une trentaine de pays, dont la France, les Etats-Unis ou encore le Japon, étaient appelés à protester, à l’initiative de la campagne « Make Amazon pay » [faites payer Amazon], qui rassemble quelque 80 organisations et réclame de meilleures conditions et rémunérations pour les salariés du groupe.

« Depuis 2020, nous avons organisé quatre journées d’action mondiales qui ont permis à chaque fois d’élargir notre mouvement planétaire pour empêcher Amazon d’opprimer les travailleurs, les communautés et la planète », font valoir les organisateurs sur le site Internet de la campagne.

« Cette journée d’action prend de l’ampleur chaque année parce que le mouvement visant à demander des comptes à Amazon ne cesse de s’amplifier et de se renforcer », a réagi la fédération syndicale internationale UNI Global Union, dans un communiqué.

Un jour crucial pour les commerçants

Le « Black Friday » (le vendredi de promotions après la fête américaine de Thanksgiving), qui est né aux Etats-Unis avant de s’exporter dans de nombreux pays, est devenu un moment crucial pour les commerçants.

Or, au Royaume-Uni, sur le vaste site d’Amazon à Coventry (à environ 150 km au nord-ouest de Londres), « plus de 1 000 personnes » ont débrayé vendredi, a affirmé à l’Agence France-Presse Stuart Richards, porte-parole du syndicat britannique GMB. Environ 2 300 personnes travaillent sur le site de Coventry, d’après le syndicat. Comme il « alimente d’autres entrepôts, il ne fait aucun doute pour nous que cette grève aura un fort impact » sur les livraisons de commandes générées par Amazon pendant le Black Friday, a estimé M. Richards.

Si le mouvement social mené par GMB depuis près d’un an a conduit « Amazon à offrir des augmentations de salaires » à un grand nombre d’employés, cela reste toutefois inférieur aux demandes des grévistes, qui veulent une rémunération de 15 livres (17,20 euros) par heure contre environ 12 livres obtenues jusqu’à présent, affirme le syndicat.

Contacté par l’AFP, un porte-parole d’Amazon au Royaume-Uni an de son côtén affirmé que le groupe « réévaluait régulièrement ses salaires pour s’assurer qu’[ils offraient] des paies et avantages en nature compétitifs ».

Aucun site touché en France

En Allemagne, le mouvement, lancé à l’appel du syndicat Verdi, concerne cinq entrepôts sur les vingt exploités par Amazon dans le pays, à Leipzig, Rheinberg, Dortmund, Bad Hersfeld et Coblence. Selon les syndicats, ce « Black Friday » pourrait être la plus grosse journée de grève de l’histoire d’Amazon. Néanmoins, affirme un porte-parole d’Amazon en Allemagne, « les clients peuvent compter, comme d’habitude, sur des livraisons fiables et ponctuelles ».

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L’Italie était également concernée. Les travailleurs du centre Amazon de Piacenza, près de Milan, se sont joints à la grève, le syndicat Filcams CGIL évoquant dans un communiqué une « très forte participation ».

En Espagne, la protestation est prévue un peu plus tard, le syndicat Commissions ouvrières (CCOO) ayant appelé l’ensemble des salariés d’Amazon dans le pays à des arrêts de travail d’une heure le 27 novembre, jour d’un « Cyber Monday » (lundi Internet), et le 28 novembre. CCOO dénonce lui aussi une « protection insuffisante de la santé au travail », des « problèmes persistants de gestion des ressources humaines » et des « salaires qui ne reconnaissent pas les responsabilités ou les exigences fixées par l’entreprise ».

En France, aucun site n’était touché, d’après Amazon France. De façon plus générale, un porte-parole du groupe a estimé que le mouvement n’avait pas d’impact sur les clients à l’échelle globale. « Nous proposons d’excellents salaires et des avantages à nos salariés, ainsi que d’excellentes opportunités de carrière, et offrons un environnement de travail sûr et moderne », fait valoir Amazon dans un courriel à l’AFP.

Le Monde avec AFP

Les raisons de l’offensive de Bruno Le Maire contre l’indemnisation des chômeurs seniors

Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, quitte l’Élysée, à Paris, le 8 novembre 2023.

Bruno Le Maire est à l’offensive contre l’assurance-chômage. Depuis plusieurs jours, le ministre de l’économie répète à l’envi que notre Etat-providence doit être remis à plat afin d’arriver au plein-emploi en 2027, soit un taux de chômage autour de 5 % (contre 7,4 % aujourd’hui), conformément à une promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Jeudi 23 novembre, sur Franceinfo, il a suggéré une mesure-choc qui contribuerait, selon lui, à atteindre cet objectif : abaisser la durée d’indemnisation des chômeurs de plus de 55 ans pour l’aligner sur celles des autres.

Actuellement, les demandeurs d’emploi de moins de 53 ans ont droit à une allocation pendant dix-huit mois au maximum contre vingt-deux mois et demi pour ceux ayant de 53 à 55 ans et vingt-sept mois pour les plus de 55 ans.

Pour M. Le Maire, « quelque chose cloche dans le modèle social français », en particulier avec le système d’indemnisation des chômeurs seniors. Il n’y a « aucune raison » que la couverture offerte aux plus de 55 ans soit plus longue que pour les autres tranches d’âge : « C’est une hypocrisie totale », a-t-il déploré jeudi.

Donner un tour de vis

La charge avait été amorcée le 12 novembre, sur France Inter, lorsque M. Le Maire avait jugé que notre modèle social devait être « moins attractif pour ceux qui ne travaillent pas ». Rebelote une semaine plus tard : dans La Tribune Dimanche du 19 novembre, il plaidait pour « des choix courageux (…), notamment [sur] l’assurance-chômage ». Mardi, au Sénat, il s’est montré encore plus direct : « La responsabilité des entreprises, c’est de garder les plus de 55 ans et d’en embaucher, plutôt que d’utiliser l’assurance-chômage comme un moyen de préparer leurs retraites. »

Cette rhétorique n’est nullement le fruit du hasard. Elle permet d’adresser un message aux syndicats et au patronat dans un contexte où ceux-ci ont trouvé un accord, le 10 novembre, pour établir une nouvelle convention d’assurance-chômage fixant les règles d’indemnisation. Alors que le gouvernement doit donner son agrément à ce texte pour qu’il puisse entrer en vigueur, M. Le Maire considère que le compromis conclu par les partenaires sociaux est « perfectible », en particulier du point de vue de l’équilibre financier : d’un côté, il y a « des dépenses certaines » mais, de l’autre, « des économies improbables ». Le ministre formule cette remarque au moment où doit s’ouvrir une négociation entre partenaires sociaux sur l’emploi des seniors : dans les discussions, il sera question – entre autres – de la modification des paramètres de l’allocation-chômage applicables aux plus de 53 ans. Ainsi, M. Le Maire exhorte les organisations de salariés et d’employeurs à donner un tour de vis, juste avant qu’elles n’engagent leurs pourparlers.

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Les initiatives de réduction d’empreinte carbone en entreprise sont loin de faire l’unanimité

A en croire Cegos, leader de la formation professionnelle, la sensibilité aux questions environnementales gagne du terrain : 54 % des mille salariés interrogés en 2023 se disent promoteurs, voire militants, de la RSE (responsabilité ­sociétale des entreprises) et 57 % attendent que leur employeur s’y engage davantage. Pour satisfaire cette attente, les comités sociaux et économiques (CSE), à l’instar des directions, font appel à des cabinets pour réduire leur empreinte carbone et prendre des initiatives RSE.

« Nous les conseillons sur ces questions pour les amener à privilégier les achats durables », résume Maxime Balsat, cofondateur de Représente.org. Mais sur le terrain, les propositions, d’où qu’elles émanent, ne font pas toutes l’unanimité. Acceptabilité sociale, écologie punitive, environnement ou justice sociale, fin du mois ou fin du monde, plaisir coupable… Les termes des débats qui agitent la société se retrouvent en entreprise et dans les administrations où émergent des initiatives RSE.

A priori consensuelles, elles peuvent engendrer des résistances quand elles sont conduites sans concertation ou dans la précipitation. Ainsi, la recommandation faite par l’Etat aux employeurs à l’automne 2022 de régler la température à 19 degrés n’avait au départ suscité aucune opposition de principe.

Il en a été autrement sur le lieu de travail : le chauffage étant souvent réglé de manière centralisée dans les grandes sociétés et les administrations, de forts écarts de température se constataient au sein d’un même bâtiment, d’où des protestations. A la BRED, « la direction en est venue à distribuer des radiateurs électriques d’appoint aux salariés, quand bien même ce type d’appareil est énergivore », raconte Stéphane Quennet, secrétaire pour la métropole du CSE de cette banque.

Une acceptabilité jamais gagnée d’avance

Pour éviter d’en arriver là, le ministère de la transition écologique, qui se devait d’être exemplaire dans les tours de la Défense qu’il occupait, a préféré prendre les devants. « Les agents, qui se plaignaient déjà des déficiences récurrentes de la climatisation, se sont vu proposer des vestes en laine polaire pour passer l’hiver », se souvient Fabienne Tatot, secrétaire nationale de l’Union générale des ingénieurs cadres et techniciens (Ugict), rattachée à la CGT.

Les salariés peinent aussi à se mobiliser quand ils estiment que l’impact environnemental de leur activité est faible ou la démarche RSE trop éloignée de leur métier. C’est pourquoi la prise de conscience se fait plus facilement dans les industries qui produisent de grosses quantités de déchets que dans les services. « Quand je leur parle environnement, beaucoup d’agents me disent que leur priorité c’est de soigner correctement les gens. Il faut du temps et des moyens pour mobiliser le personnel sur ces enjeux », confirme Romain Sabran, un employé de l’hôpital d’Alès (Gard) qui milite pour le tri des biodéchets dans son établissement.

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Les négociations avancent pour la reprise de l’usine Buitoni de Caudry, dans le Nord

L’entrée de l’usine du groupe Buitoni, à Caudry (Nord), le 15 septembre 2022.

Huit mois après l’arrêt de la production de pizzas surgelées à l’usine Buitoni de Caudry (Nord), mise en cause dans une contamination par la bactérie Escherichia coli, en mars 2022, qui avait provoqué la mort de deux enfants et l’intoxication d’une cinquantaine d’autres, une lueur d’espoir vient de se rallumer pour ce territoire, qui compte 22 % de chômeurs.

Le groupe suisse Nestlé a ainsi annoncé, lundi 13 novembre, être en « négociations exclusives » avec Italpizza « pour un projet d’acquisition de l’usine », qui pourrait être finalisé en 2024. Le groupe transalpin, qui affichait un chiffre d’affaires de 167 millions d’euros en 2021, se présente comme « le premier producteur international de pizzas surgelées » commercialisées dans cinquante-cinq pays sous sa marque propre ou sous marques de distributeur.

En 2020, l’entreprise sise à Modène (Italie) et propriété de la holding Dreamfoods avait acquis l’industriel espagnol Pizza artesana Malgrat, près de Barcelone, et une société italienne en difficulté, Antico Forno. Italpizza possède actuellement cinq sites de production en Italie et, donc, un en Espagne, et emploie 1 600 personnes.

« Projets d’expansion »

Les négociations avec Nestlé ont commencé dans la foulée de l’annonce brutale de la fermeture de l’usine de Caudry. Mise à l’arrêt, celle-ci avait pourtant partiellement rouvert mi-décembre 2022, après des mises aux normes financées par le géant suisse à hauteur de 2 millions d’euros. La ligne produisant les pizzas surgelées à pâte crue sous la marque Fraîch’Up, mise en cause dans l’intoxication à l’E. coli, n’avait pas été autorisée à tourner de nouveau.

Pour les salariés de la Société des produits alimentaires de Caudry (SPAC) – plus connue sous le nom d’usage « usine Buitoni » –, la surprise a donc été totale quand Nestlé a annoncé cesser toute activité, en mars 2023. Le ministère de l’économie s’est rapidement mobilisé sur ce dossier, qui semblait plutôt mal engagé. « Nous avons été très fermes avec Nestlé », assure Roland Lescure, le ministre délégué chargé de l’industrie, dont les services ont travaillé avec le cabinet missionné par le groupe helvétique pour trouver un industriel crédible.

Lors de l’annonce de la fermeture, Nestlé assurait avoir pris cette décision du fait de l’impossibilité d’écouler ses pizzas Buitoni, entachées par le scandale sanitaire. Il évoquait également des difficultés, plus globales, sur le marché de la pizza surgelée en Europe. Mais, pour Italpizza, la reprise de Caudry est une occasion à ne pas manquer, au moment où le groupe italien prévoit d’étendre ses capacités de production pour se développer dans le nord de l’Europe.

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Chômage : Bruno Le Maire propose de réduire la durée d’indemnisation des seniors

Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, le 8 novembre 2023, à Paris.

« Le message que j’ai envie de leur envoyer, c’est “on a besoin de vous, on a besoin de votre expérience.” » Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, s’est dit, jeudi 23 novembre, favorable à un abaissement de la durée d’indemnisation du chômage des plus de 55 ans pour l’aligner sur celles des autres chômeurs ; l’une des mesures à prendre, selon lui, pour atteindre le plein-emploi, c’est-à-dire un taux de chômage autour de 5 %.

« Si on ne se secoue pas les puces, il n’y aura pas 5 % de taux de chômage » en fin de quinquennat (contre 7,4 % aujourd’hui), a affirmé le ministre de l’économie sur Franceinfo. « Quelque chose cloche dans le modèle social français » qui empêche d’y parvenir, selon lui.

« Un des moyens passe par l’emploi des seniors », a affirmé le ministre, qui rappelle que l’indemnisation des plus de 55 ans est de « vingt-sept mois », contre « dix-huit mois » pour les demandeurs d’emploi plus jeunes, une façon selon lui « de mettre à la retraite de manière anticipée les plus de 55 ans ». « Est-ce qu’ils vaudraient moins, les plus de 55 ans ? (…) Je ne vois aucune raison pour qu’il y ait une durée d’indemnisation plus longue, (…) c’est une hypocrisie totale », a-t-il assuré.

Il a rappelé que le taux d’emploi des seniors était inférieur « de dix points » en France au taux d’emploi général (68 %). Le ministre entend ainsi « poser le débat » d’un abaissement de la durée d’indemnisation des seniors « avec la détermination totale de parvenir à ces 5 % de taux de chômage que nous n’avons pas atteints depuis un demi-siècle en France ».

Critiques sur l’accord assurance-chômage

Il a par ailleurs jugé « perfectible » l’accord sur l’assurance-chômage signé la semaine dernière par les repérsentants des organisations syndicales de salariés et patronales, notamment sur cette question des seniors.

Il a aussi critiqué les mesures de financement qui figurent dans l’accord, avec « des dépenses certaines », comme des réductions de cotisations, palliées par « des économies improbables ». L’accord propose notamment « de faire des économies sur la création d’entreprises », a noté M. Le Maire, jugeant « l’idée un peu baroque parce qu’on a besoin de créer des entreprises, et l’économie chiffrée à près de 900 millions d’euros me paraît très improbable ».

« Sur le volet financier, on peut émettre légitimement des doutes, j’ai eu l’occasion de m’en expliquer avec le président du Medef [Mouvement des entreprises de France] », a conclu le ministre.

Le Monde avec AFP

« Un compromis salarial en crise » : la négociation sous la pression du capitalisme financier

Un leitmotiv est porté par les gouvernants français depuis une vingtaine d’années. Les décideurs politiques encouragent avec insistance la « culture du dialogue social », valorisent la négociation d’entreprise. Mais pour les auteurs de l’ouvrage Un compromis salarial en crise, il s’agit avant tout d’une « incantation », d’une « vision enchantée » trompeuse. Sous la direction de Baptiste Giraud, maître de conférences en sciences politiques, et Camille Signoretto, maître de conférences en économie, l’essai s’attache ainsi à montrer, au fil des pages, comment cette exhortation au dialogue social de proximité se heurte aux réalités des organisations où les « transformations du capitalisme jouent à plein ».

Dans quelles conditions les salariés et leurs représentants parviennent-ils encore aujourd’hui à négocier des compromis dans l’organisation du rapport salarial ? Pour répondre à cette problématique, les auteurs se sont lancés dans des enquêtes de terrain, afin de saisir la diversité des contextes socio-productifs où peut s’exprimer la négociation d’entreprise, des petites sociétés aux grands groupes.

C’est là l’une des richesses de l’ouvrage : il donne à voir la réalité quotidienne des relations professionnelles, mettant en évidence les multiples facteurs qui peuvent plonger dans l’impasse le dialogue entre directions et salariés mais aussi, en certains cas, maintenir son existence.

C’est dans certaines petites sociétés que la négociation d’entreprise apparaît la plus atone. L’ouvrage présente des salariés n’ayant que peu voix au chapitre. En cause, des dirigeants qui n’acceptent pas que leur politique puisse être discutée. Les auteurs mettent d’ailleurs en lumière leurs manœuvres, multiples, pour « contrôler la représentation du personnel » (cooptation des futurs élus, création d’un syndicat maison…). Les instances de représentation du personnel, lorsqu’elles existent, font bien souvent figures de caisses enregistreuses des décisions patronales.

L’essai montre toutefois que, sous certaines conditions, le compromis salarial existe. Dans une PME produisant des équipements agricoles, par exemple, les soudeurs apparaissent en position de force. Leur savoir-faire est rare. Ils en retirent un « pouvoir de négociation » qui leur permettra notamment d’obtenir une augmentation de salaire après avoir organisé un « ralentissement de la production ».

Dans son analyse du dialogue social, l’ouvrage s’attache à observer l’impact des « transformations de l’économie libérale » actuelles (rationalisation des process pour augmenter la productivité, individualisation des rémunérations et des évaluations…). Un impact particulièrement visible dans les grandes organisations où les syndicats sont bien implantés. Si les négociations parviennent à s’y maintenir, elles évoluent sous la « pression du capitalisme financiarisé », soulignent les auteurs, avec une conséquence : « la subordination des logiques des négociations d’entreprise à celles du marché ».

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