Réforme de l’assurance-chômage : le groupe LIOT contre-attaque par une proposition de loi

Bertrand Pancher, le président du groupe parlementaire Libertés, indépendants, outre-mer et territoires, lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, à Paris, le 19 décembre 2023.

La riposte contre la réforme de l’assurance-chômage se met en place sous une forme inédite. Mardi 21 mai, des députés du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (LIOT) devaient tenir une conférence de presse avec les dirigeants des cinq principaux syndicats (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO) pour présenter une proposition de loi « visant à protéger le modèle » d’indemnisation des demandeurs d’emploi. Le texte cherche clairement à entraver le projet de l’exécutif qui veut rendre plus sévères les conditions dans lesquelles les allocataires seront pris en charge, à partir du 1er juillet.

« L’idée de cette proposition de loi a émergé quand nous avons découvert que le gouvernement voulait, de nouveau, toucher à l’assurance-chômage, alors que nous avons voté des dispositions sur le sujet en décembre 2022 », explique Bertrand Pancher. Le président du groupe LIOT et député de la Meuse fait allusion à la loi pour le plein-emploi, qui a introduit, il y a presque un an et demi, la notion de « contracyclicité » de l’assurance-chômage : quand la conjoncture est bonne, les modalités d’octroi d’une prestation deviennent plus strictes, et elles sont, à l’inverse, assouplies lorsque l’activité se dégrade.

« Aujourd’hui, on apprend qu’il est question de durcir encore les choses, par voie de décret, alors que le chômage, après avoir un peu remonté en 2023, ne baisse plus », fustige M. Pancher, en mettant en exergue l’incohérence du pouvoir en place. C’est pourquoi la proposition de loi prévoit de supprimer le principe de contracyclicité, « dont la logique est déjà remise en cause » par l’exécutif.

« Faire œuvre utile »

Le texte du groupe LIOT entend aussi mettre fin au « document de cadrage » gouvernemental, créé en 2018 pour baliser les négociations que le patronat et les syndicats engagent, périodiquement, afin de redéfinir les normes du régime d’indemnisation. Ce système de feuille de route imposée par l’Etat aux partenaires sociaux est trop directif aux yeux de M. Pancher. Il suggère donc de le remplacer par un « document d’orientation, moins contraignant », dans l’objectif de « renouer avec le paritarisme originellement au cœur de notre modèle ».

Pour le député de la Meuse, c’est l’occasion de rappeler « le fil conducteur » de son groupe : « Le respect des corps intermédiaires et du dialogue social. » « Le gouvernement doit comprendre qu’il ne peut pas tout décider tout seul », considère Martine Froger, rapporteuse de la proposition de loi et députée (LIOT) de l’Ariège. Elle rappelle que les organisations d’employeurs et de salariés avaient trouvé un accord pour de nouvelles règles en novembre 2023 : « La logique voudrait qu’on le respecte. »

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« Dans l’aide à domicile, deux histoires s’entremêlent : la domesticité et le médico-social »

Enseignant-chercheur en économie à l’université de Lille, et auteur, avec Annie Dussuet et Emmanuelle Puissant du livre Aide à domicile, un métier en souffrance (Editions de L’Atelier, 2023), François-Xavier Devetter revient sur la construction du secteur et les logiques opposées qu’elle a mises en concurrence.

Dans votre ouvrage, vous parlez d’un secteur qui ressemble à un « château de cartes » et ne tient que sur l’engagement des professionnelles. D’où cette structuration complexe et fragile vient-elle ?

La définition même du secteur de l’aide à domicile est très ambiguë, car deux histoires s’y entremêlent, celle de la domesticité et celle du médico-social. Cela remonte aux années 2000. D’un côté, l’allocation personnalisée d’autonomie (2001) va permettre à toute personne âgée qui en a besoin d’avoir accès à un accompagnement. De l’autre, la loi de modernisation de l’action sociale (2002) situe l’aide à domicile dans le champ médico-social. Les associations sont soumises à autorisation et à tarification. Ce sont deux vraies avancées dans la structuration du secteur, avec une volonté de professionnaliser les salariées, par la création du diplôme d’auxiliaire de vie. C’était à peu près cohérent.

Mais cette politique est complètement balayée par la loi Borloo sur les services à la personne en 2005, qui a ouvert ce champ du médico-social aux entreprises et à la concurrence. La Belgique ou la Suède ont au contraire fait très attention à écarter les services pour les seniors des services à la personne.

Quelles ont été les conséquences de cette ouverture au secteur commercial ?

On est face à deux logiques opposées. L’objectif du plan Borloo, c’est, dans un contexte de chômage fort, de créer de l’emploi non qualifié rapidement. Il faut répondre à une demande solvable, réaliser des tâches domestiques à la place de clients qui ont les moyens. Ce qui définit l’activité, c’est le lieu. Les aides à domicile s’y retrouvent mêlées aux femmes de ménage, aux jardiniers, aux baby-sitters, au soutien scolaire.

Cela n’a rien à voir avec la logique médico-sociale, définie d’abord par le public auquel on s’adresse – des personnes vulnérables – et par la réponse à un besoin, ce qui rapprochait davantage ce secteur du monde de la santé.

Dans une logique de rentabilité, ce qui compte c’est de faire des tâches précises en peu de temps. Dans une logique de réponse aux besoins, bien s’occuper d’une personne vulnérable c’est, au contraire, prendre le temps de ne pas la brusquer, d’être à son écoute. Les pouvoirs publics n’ont jamais tranché entre ces deux modèles.

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Aides à domicile : à Boulogne-Billancourt, un espace partagé pour « souffler un peu », manger chaud, se rencontrer

Parquet, grandes baies vitrées, tables en pin clair, fauteuils en osier, canapés confortables en velours de couleur… L’endroit ressemble à l’un de ces espaces de coworking à la mode. Sauf qu’ici, on ne partage pas le lieu de travail, mais le temps de repos : Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) a aménagé ces 300 mètres carrés pour les salariés qui travaillent dans la ville en « horaires discontinus », avec de larges plages de temps libre, non rémunéré, entre deux vacations.

Lors de la visite du Monde, une dizaine de personnes s’y côtoient dans une ambiance chaleureuse. Des femmes, aides à domicile pour la plupart, qui ont fini leur tournée du matin, et ont deux ou trois heures à attendre avant celle du soir. Moureen (les intervenantes n’ont pas donné leur nom de famille), 37 ans, retire ses chaussures avant de s’allonger faire une sieste – il y a plusieurs transats pour cela. Dans la cuisine comme neuve, Mimi réchauffe les restes de riz et de poulet de son dîner de la veille : « Ça me permet d’économiser le prix d’un sandwich ou d’un plat à emporter. » Installée à une table, Marceline (le prénom a été changé), 63 ans, feuillette Le Nouveau Détective et Ici Paris. Colette, 56 ans, est en longue conversation téléphonique, connectée au Wi-Fi.

Elles travaillent pour un ou plusieurs employeurs auprès d’une dizaine de personnes âgées dépendantes qu’elles doivent lever, laver, nourrir, emmener en promenade ou faire leurs courses, et, le soir, faire dîner et « mettre au lit ». Des interventions qui demandent une disponibilité aux deux extrémités de la journée.

Louise Bot Ba Njock est auxiliaire de vie et garde d’enfant. Elle vit en Seine-et-Marne et n’a donc pas le temps de rentrer chez elle entre deux services à la personne. A Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le 17 mai 2024.

« Ça te prend toute la journée »

Leurs plannings témoignent d’une énorme amplitude horaire : elles commencent parfois à 7 ou 8 heures pour finir après 19 ou 20 heures. Avec, au milieu, une coupure plus ou moins longue. « Certains jours, je travaille jusqu’à 14 heures, mais je n’ai plus rien avant 18 heures », raconte l’une d’entre elles. « Moi, ce matin, j’avais une heure, de 8 h 30 à 9 h 30, puis je reprends de 15 heures à 19 heures, explique une autre. Parfois, tu as trois heures de travail payées, mais ça te prend toute la journée ! »

Selon les chiffres de la direction des statistiques et de la recherche du ministère du travail, relevés dans le livre Aide à domicile, un métier en souffrance (François-Xavier Devetter, Annie Dussuet et Emmanuelle Puissant, Ed. de l’Atelier, 2023), « lorsqu’on rapporte le temps décompté comme travail effectif à l’amplitude de leur journée de travail, on s’aperçoit qu’il représente moins de 57 %, contre 84 % pour l’ensemble des salariés. Autrement dit, la journée d’une aide à domicile n’est payée qu’à hauteur de deux tiers de sa durée ».

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Sous-financement structurel, précarité des emplois et pénuries de personnel : le secteur de l’aide à domicile est à bout

Anne Lyse, aide à domicile, chez sa cliente, à Arras, le 16 mars 2023.

« Anticiper la canicule, on sait faire. Trouver comment gérer les congés des professionnelles qui accompagnent les personnes âgées, c’est ça notre vrai problème ! », lance Vincent Vincentelli, de l’Union nationale de l’aide, des soins et des services aux domiciles (UNA), pour résumer la pénurie de personnel à laquelle sont confrontées les 630 structures de cette fédération associative. « Il manque 60 000 salariés à l’ensemble du secteur », calcule Franck Nataf, président de la Fédération française de services à la personne et de proximité (Fedesap).

« Dramatique », « en détresse », « en souffrance », « au bout du bout » : voilà comment employeurs, salariés et chercheurs décrivent la situation de l’aide à domicile. Et ce, alors que, les Français souhaitant vieillir chez eux, les besoins d’accompagnement au domicile devraient augmenter de 20 % d’ici à dix ans et de 60 % d’ici à trente ans.

L’alerte a pourtant été donnée par tous les rapports consacrés au secteur depuis dix ans, et ils sont nombreux. Celui publié le 29 mars par l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) évoque des « situations de grande tension » pouvant conduire « à maintenir des personnes chez elles dans des conditions dégradées, et à reporter la charge sur le système hospitalier et les familles ». Nous faisons face, écrit l’IGAS, à « un enjeu capacitaire et RH majeur ».

Conséquences de cette pénurie, les personnes dépendantes ne peuvent mettre en place leur plan d’aide, et les prestataires sont économiquement fragilisés. En 2022 (derniers chiffres disponibles), 22 % des adhérents de l’UNA avaient des fonds propres négatifs et « 70 % des autres, des trajectoires déficitaires ».

Mais peut-on encore s’étonner que les aides à domicile (95 % sont des femmes) se détournent d’un métier classé par France Stratégie parmi « les moins favorisés de l’ensemble des familles professionnelles », avec « un revenu salarial annuel net de 11 233 euros, soit près de 9 000 euros de moins que la moyenne », une proportion importante de CDD et de temps partiel, et « de fortes contraintes horaires »… ?

Car le métier demande une disponibilité aux extrémités de la journée pour lever, laver, nourrir et/ou coucher les personnes dépendantes. Entre les deux, les heures jugées « improductives » ne sont pas rémunérées. « Un peu comme si on ne payait un vendeur que lorsqu’un client est présent dans la boutique », souligne François-Xavier Devetter, enseignant-chercheur en économie à l’université de Lille, auteur, avec Annie Dussuet et Emmanuelle Puissant, d’Aide à domicile, un métier en souffrance (Editions de L’Atelier, 2023).

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Ces prêts immobiliers aidés dont vous pouvez peut-être bénéficier

Prêt sans intérêts, ou à taux bonifié : plusieurs solutions existent pour emprunter à des conditions plus avantageuses. Des dispositifs qui permettent de faire baisser le coût total du crédit.

« La banque octroyant le prêt principal tient compte de l’ensemble des prêts aidés complémentaires dont bénéficie le client pour calculer le taux d’endettement, qui doit généralement rester inférieur à 35 % », souligne Roselyne Conan, directrice générale de l’Agence nationale pour l’information sur le logement (ANIL), dont la mission est d’informer le grand public sur les questions du logement à travers ses antennes départementales, les ADIL.

Le prêt à taux zéro (PTZ)

Réservé aux ménages modestes et intermédiaires achetant leur première résidence principale, le PTZ a été réformé en avril 2024. Il a été recentré sur le financement des appartements neufs en zone tendue ou de logements anciens avec travaux en zone détendue. Il ne permet donc plus de financer une maison individuelle neuve.

Financé par l’Etat, le PTZ est sans intérêts pour l’emprunteur, et doit être remboursé sur dix à vingt-cinq ans, après une période de différé de remboursement de dix ans maximum. « Il peut financer entre 20 % et 50 % du montant total de l’opération », détaille Aurane Sérot, chargée d’études juridiques principale de l’ANIL.

En pratique | Article réservé à nos abonnés Qui peut bénéficier du nouveau prêt à taux zéro ?

Le prêt accession d’Action Logement

Pour acheter leur première résidence principale, les salariés d’une entreprise du secteur privé non agricole de dix salariés et plus peuvent bénéficier du prêt accession d’Action Logement à 1 %. Il est plafonné à 30 000 euros et doit être remboursé sur vingt-cinq ans maximum. Ce dispositif est soumis à des conditions de ressources.

Par exemple, pour en bénéficier en zone A, une des zones les plus tendues, un couple sans enfants doit avoir un revenu fiscal de référence (indiqué sur l’avis d’imposition) de 64 976 euros maximum. On peut bénéficier du prêt accession pour financer l’achat d’un logement ancien vendu par un organisme de logement social.

A savoir : certaines entreprises proposent par ailleurs à leurs salariés de prendre en charge tout ou partie des intérêts de leur crédit, sous conditions, en passant par Sofiap, une banque filiale de La Banque postale et de la SNCF.

Les offres des collectivités territoriales

Certaines collectivités locales accordent des prêts ou des subventions de quelques milliers d’euros pour aider les emprunteurs de leur territoire à devenir propriétaires. Mais les banques locales ne sont pas toujours bien informées sur ces offres. « Pour connaître ces aides et leurs modalités d’attribution, il faut se renseigner auprès de l’ADIL », conseille Mme Conan.

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Comment le système scolaire est devenu dépendant des heures supplémentaires

Les 29 et 30 avril, un début de panique a traversé les collèges et les lycées. Le temps de quarante-huit heures, avant que le ministère de l’éducation nationale ne fasse volte-face, plusieurs rectorats ont gelé des enveloppes d’heures supplémentaires dont disposent les établissements en vue de les réduire. « Catastrophe », « amputation », « paralysie »… Derrière les mots alors employés par les chefs d’établissement pour évoquer les conséquences de cette décision – prise dans le cadre du plan d’économies budgétaires de 10 milliards d’euros dont 683 millions pour la Rue de Grenelle – transparaît l’importance qu’ont prise les heures additionnelles demandées aux enseignants dans le fonctionnement de l’éducation nationale.

Le volume des heures supplémentaires dans le second degré – dont il existe différents types, et dont seule une petite partie était concernée par les coupes budgétaires – va croissant depuis des années sous les effets conjugués du manque d’enseignants et de choix gouvernementaux dans la mise en œuvre des politiques éducatives. Jusqu’à atteindre des niveaux inégalés. Jamais, depuis au moins quarante ans sur lesquels les chiffres sont disponibles, les professeurs n’en ont fait autant qu’en 2023.

« Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce ne sont pas des heures en bonus. Sans elles, aucun établissement ne peut assurer tous ses cours ni faire vivre les dispositifs d’accompagnement », résume Julien Giovacchini, principal d’un collège dans le Pas-de-Calais et secrétaire général adjoint du syndicat ID-FO.

A rebours de la démographie des élèves

La courbe doit, avant tout, sa pente ascendante au principal contingent d’heures supplémentaires : les « heures supplémentaires année » (HSA), ces heures de cours faites chaque semaine par un enseignant du secondaire en sus de ses obligations de service hebdomadaires (dix-huit heures de cours pour les certifiés, quinze pour les agrégés). En 2023, les enseignants du public en ont assuré 620 000 par semaine, un niveau jamais atteint. C’est 38 % de plus qu’en 2002, 17 % de plus qu’en 2018.

Les HSA ont toujours été indispensables au système éducatif pour répondre aux besoins des établissements, qui ne concordent pas à l’heure près avec les obligations de service des professeurs. Mais leur poids grandissant montre qu’elles ne sont plus une simple variable d’ajustement. « Les HSA peuvent aussi compenser un déficit d’enseignants, lié à un décalage entre les recrutements et l’évolution des effectifs d’élèves, ou aux pénuries aux concours de recrutement », explique Clémence Cardon-Quint, professeure des universités en histoire contemporaine à l’université Paul-Valéry-Montpellier-III, autrice d’un ouvrage à paraître sur la fabrique du budget de l’éducation nationale dans la seconde moitié du XXe siècle.

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Accusé par Scarlett Johansson d’avoir copié sa voix, OpenAI suspend l’utilisation d’une tonalité de ChatGPT

Scarlett Johansson, à Cannes, le 24 mai 2023.

Certains fans qui s’imaginaient discuter avec Scarlett Johansson seront déçus. OpenAI a annoncé, lundi 20 mai, la suspension de « Sky », l’une des tonalités qui interagit vocalement avec les internautes dans ChatGPT, après que l’actrice a accusé l’entreprise américaine et son directeur général, Sam Altman, d’avoir sciemment copié sa voix à son insu.

« Nous avons entendu les interrogations sur la manière dont nous avons choisi les voix pour ChatGPT », a souligné OpenAI sur le réseau X. Par conséquent, « nous travaillons à suspendre l’utilisation de Sky pendant que nous y répondons », précise l’entreprise. « La voix de Sky n’est aucunement une imitation de celle de Scarlett Johansson », a cependant assuré OpenAI dans un article posté sur son blog, assurant qu’elle avait été développée en s’appuyant sur la voix de différentes actrices.

Mais l’actrice a expliqué le processus qui l’a conduit à engager un avocat afin d’obtenir la modification de la voix. « En septembre [2023], j’ai reçu une offre de Sam Altman, qui souhaitait m’embaucher pour être la voix de l’actuel système ChatGPT 4.0 », dit-elle dans un communiqué publié lundi en fin de journée. « Il a dit qu’il pensait que ma voix réconforterait les gens », a-t-elle détaillé, soulignant avoir alors « décliné l’offre ».

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés IA : malgré la fulgurance des progrès, la route est encore longue…

« Mes amis les plus proches ne pouvaient pas faire la différence »

« Quand j’ai entendu la démo publiée, j’ai été choquée, en colère et incrédule que M. Altman ait mis au point une voix qui ressemblait si étrangement à la mienne que mes amis les plus proches et les médias ne pouvaient pas faire la différence », raconte l’actrice. Elle ajoute que « M. Altman a même insinué que la similitude était intentionnelle, en tweetant un seul mot, “her” ». Scarlett Johansson avait en effet incarné la voix du système d’intelligence artificielle dans le film Her (Elle), dont les créateurs de ChatGPT n’ont pas caché s’inspirer.

L’actrice explique avoir alors « été obligée d’engager un conseiller juridique, qui a écrit deux lettres à M. Altman et OpenAI (…). Par conséquent, OpenAI a accepté à contrecœur de supprimer la voix Sky ».

« A une époque où nous sommes tous aux prises avec les “deepfakes” et la protection de notre propre image, de notre propre travail, de notre propre identité, je pense que ces questions méritent une clarté absolue », a-t-elle encore déploré, disant attendre « avec impatience » que soit adoptée « une législation appropriée pour contribuer à garantir la protection des droits individuels ».

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Scarlett Johansson, la star mise à nu

OpenAI a de son côté détaillé la manière dont elle a travaillé, avec des acteurs professionnels, afin de créer plusieurs voix numériques, qu’elle a appelées Breeze, Cove, Ember, Juniper et, donc, Sky.

Départ d’un cofondateur d’OpenAI

Cette annonce intervient quelques jours après qu’OpenAI a annoncé dissoudre son équipe dont la mission était d’atténuer les éventuels dangers à long terme d’une IA trop intelligente. L’annonce avait été marquée par le départ d’un des cofondateurs de l’entreprise, Ilya Sutskever, ainsi que du responsable de l’équipe, Jan Leike.

« OpenAI doit devenir une entreprise qui place la sécurité de l’IA générale avant toute autre considération », avait écrit M. Leike vendredi sur X. Sam Altman avait exprimé son regret de le voir partir, ajoutant : « [Jan Leike] a raison, nous devons faire plus, c’est notre objectif. »

Le Monde

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L’entreprise a présenté lundi la nouvelle version de son produit-phare, avec GPT-4o, aux performances améliorées et au comportement qui se veut plus proche des humains, la rendant par ailleurs gratuite pour tous les utilisateurs. « A l’avenir, vous devez vous attendre à disposer d’encore plus d’options car nous comptons ajouter des voix à ChatGPT pour mieux répondre aux intérêts divers et aux préférences des utilisateurs », a ajouté OpenAI sur son blog.

Le Monde avec AFP

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Assurance-chômage : la réforme pourrait affecter jusqu’à un tiers des allocataires

Une femme dans une agence nationale pour l’emploi France Travail, à Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne), en avril 2024.

Les contours de la réforme de l’assurance-chômage ne sont pas encore connus mais ses conséquences potentielles commencent à être évaluées. Vendredi 17 mai, l’Unédic, l’organisme copiloté par les partenaires sociaux qui gère le régime, a présenté à ses administrateurs une étude qui tente de cerner l’incidence de plusieurs scénarios. Selon le document, que Le Monde s’est procuré, jusqu’à près d’un tiers des allocataires pourraient être affectés, dans les hypothèses les plus défavorables, avec un report de la date d’ouverture des droits.

L’expertise dévoilée vendredi passe en revue des options que le gouvernement a déjà évoquées dans les grandes lignes, mais sans préciser jusqu’où les curseurs seraient poussés. Seule certitude : les mesures en question se traduiront par un durcissement des conditions mises pour verser une allocation aux chômeurs et par de moindres dépenses pour le régime.

L’une des pistes privilégiées aujourd’hui par l’exécutif consisterait à accroître la « durée d’affiliation » – c’est-à-dire le temps de travail nécessaire pour être éligible à l’assurance-chômage. A l’heure actuelle, il faut avoir exercé une activité de six mois sur une « période de référence » de vingt-quatre mois pour être indemnisé.

Le premier paramètre pourrait être modifié : s’il passait à sept mois, 11 % des allocataires seraient pénalisés (avec une entrée plus tardive dans le régime), ce qui engendrerait, à terme, une économie de 400 millions d’euros par an. S’il était relevé à douze mois, 31 % des personnes seraient touchées, tandis que l’Unédic, elle, verrait sa facture s’alléger de 2,3 milliards d’euros. Autre solution, aux effets encore plus puissants : raccourcir la « période de référence » en la ramenant de vingt-quatre à dix-huit mois. Dans cette éventualité, 32 % des allocataires seraient « impactés » et les économies atteindraient le montant colossal de 7,5 milliards d’euros par an.

« Ramener de l’argent »

Parmi les critères susceptibles d’évoluer figure également la durée pendant laquelle les demandeurs d’emploi sont couverts : si elle était fixée à douze mois (contre dix-huit, aujourd’hui, pour les personnes de moins de 53 ans), le régime économiserait environ 6 milliards d’euros.

L’étude diffusée vendredi montre également que la réforme n’a pas les mêmes retombées suivant les curseurs qui sont actionnés. Une augmentation de la durée d’affiliation frappe particulièrement les moins de 25 ans ainsi que les individus s’inscrivant au chômage après un CDD ou une mission d’intérim. Les profils seraient très différents s’il était décidé de réduire la durée d’indemnisation : selon l’Unédic, il y aurait davantage de personnes d’au moins 25 ans ou ayant mis fin à leur contrat de travail après une rupture conventionnelle ; ceux qui perçoivent des allocations au-dessus de la moyenne seraient également plus nombreux.

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« Il existe un classement officieux des cabinets de conseil qui épouse la hiérarchie des grandes écoles : les ’Big 3’ sont réservés strictement à HEC, l’Essec, et l’ESCP»

Le logo du cabinet de conseil McKinsey.

Diplômé d’HEC, Sébastien Stenger est l’auteur du livre Au cœur des cabinets d’audit et de conseil. De la distinction à la soumission (PUF, 2017), qui analyse le fonctionnement élitiste à l’œuvre au sein des Big Four (Deloitte, EY, PwC et KPMG), les quatre plus grands groupes mondiaux d’audit et de conseil. S’il reconnaît une concurrence croissante entre les cabinets et des secteurs comme la tech ou la finance pour capter les diplômés des grandes écoles, il rappelle que le conseil reste une voie prisée, synonyme de début de carrière prometteur.

Les cabinets d’audit et de conseil multiplient les initiatives pour attirer et retenir les jeunes diplômés, et le font savoir. Sont-ils réellement en perte de vitesse ?

Je pense qu’il faut relativiser ce « désamour ». Certaines prises de position très médiatisées d’étudiants « bifurqueurs » ou déserteurs d’AgroParisTech, HEC Paris ou Centrale Nantes ont pu laisser penser à une évolution au sein des jeunes générations. Mais lorsque l’on regarde les chiffres, on constate une inertie dans les choix d’orientation faits par les étudiants issus des grandes écoles de commerce et d’ingénieurs. Selon l’enquête menée chaque année par la Conférence des grandes écoles, une tendance se dégage : entre un quart et un tiers de ces diplômés choisissent le conseil, une proportion stable.

L’affirmation de convictions (écologiques, sociales, etc.) par les jeunes ne se traduit donc pas par des changements dans le choix du premier emploi. Ceux qui se tournent vers le secteur associatif, l’économie sociale et solidaire, la fonction publique restent peu nombreux. Autre illustration : les gros cabinets de conseil figurent régulièrement en haut du classement annuel Universum des entreprises préférées des étudiants. Sur le fond, il y a bien une quête de sens mais, en pratique, cela ne pousse pas les jeunes diplômés à se détourner du conseil. A la sortie de l’école, ils donnent la priorité aux perspectives de carrière et à la rémunération.

Pourquoi font-ils ce choix ?

Parce que les cabinets de conseil continuent de jouer un rôle central dans la formation des élites économiques. Pour les diplômés des écoles de commerce et d’ingénieurs, passer quelques années dans un cabinet de conseil, c’est comme effectuer un troisième cycle, un peu à la manière de l’internat pour les étudiants en médecine. C’est une étape dans leur apprentissage qui permet d’améliorer significativement leur valeur sur le marché du travail et d’accélérer leur carrière, en acquérant les codes du monde des affaires et en se constituant un réseau pour la suite. Ils n’entrent pas dans un cabinet en ayant en tête de devenir associé, mais pour acquérir du capital symbolique, culturel, des connaissances, qui leur procurent une crédibilité, une surface reconnue par leurs pairs et leur permettent d’accéder à des positions sociales supérieures dans les directions des grandes entreprises.

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Grève du mardi 21 mai dans les transports d’Ile-de-France : les raisons d’un mouvement qui s’annonce très suivi

A la gare du Nord, à Paris, le 21 mars 2024.

Ce sera un mardi noir. Les voyageurs franciliens sont prévenus. Avant le week-end, la SNCF les encourageait déjà à privilégier le télétravail au lendemain du lundi de Pentecôte. SUD-Rail pronostique un taux de grévistes de 70 % dans les RER et Transiliens, voire de 90 % sur les lignes D et J. SNCF Voyageurs gère en Ile-de-France tous les trains de banlieue, les RER C, D et E, et une partie des RER A et B.

SUD-Rail, mais aussi la CGT-Cheminots, l’UNSA-Ferroviaire dans certains établissements ou encore FO appellent à débrayer la veille du 22 mai, date d’une « réunion de convergence » sur les conditions de travail et, surtout, les primes pendant la période des Jeux olympiques (26 juillet-11 août) et paralympiques (28 août-8 septembre).

A deux mois du début des Jeux, il y a encore du travail. Selon l’UNSA-Ferroviaire, deuxième organisation syndicale de l’entreprise derrière la CGT, les salariés ne connaissent toujours pas le mode de report des congés qui ne pourront pas être pris par les cheminots devant assurer la circulation de 4 500 trains supplémentaires. Il y a pourtant eu six tables rondes, avec des réunions bilatérales préparatoires, la dernière prévue en avril ayant été repoussée à mai, à la demande des syndicats.

Un message à la droite

La RATP, elle, a terminé les discussions. Douze accords ont été négociés, métier par métier. Six ont été signés par des syndicats majoritaires, fait savoir un porte-parole, et six sont de simples relevés de conclusions. La prime moyenne s’établit à 1 000 euros pour les 30 000 agents mobilisés − 19 000 chaque jour pendant les Jeux olympiques et paralympiques (JOP) − et peut monter au maximum à 2 500 euros pour les conducteurs de métro qui travaillent sur les lignes les plus sollicitées et seront présents tous les jours d’épreuves, après avoir accepté de reporter leurs congés.

Aux représentants des syndicats qu’il a réunis mercredi 15 mai, Jean-Pierre Farandou, le PDG de la SNCF, a fait comprendre que l’entreprise publique, scrutée de toutes parts depuis la polémique politique autour de l’accord de fin de carrière signé le 22 avril, n’irait pas au-delà de la prime maximale de 1 900 euros accordée par le ministère de l’intérieur aux forces de l’ordre. « Mille neuf cents euros en moyenne », font mine de comprendre certains délégués, qui ne découvriront les propositions de la direction que lors de la réunion de convergence.

Redoutant que la direction ne mette la barre trop bas et que cela oblige à tenir d’autres réunions et à ne terminer la négociation qu’au début de juillet, dans la précipitation et au moment des départs en vacances, SUD-Rail et la CGT veulent, par cette grève, envoyer un message clair à la fois à leur patron, à l’Agence des participations de l’Etat et au gouvernement. Cette fois, le premier ministre, Gabriel Attal, son ministre des transports, Patrice Vergriete, et le ministre des finances, Bruno Le Maire, ne pourront pas feindre de ne pas être au courant ou de vouloir changer de PDG après les Jeux… C’est déjà fait.

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