Yann Algan, économiste : « Dans l’entreprise, le salarié qui vote RN se sent seul et se défie davantage de ses collègues »

A la veille des élections municipales, trois économistes d’HEC – Yann Algan, Antonin Bergeaud et Camille Frouard – se sont penchés sur le vote des salariés du privé pour le Rassemblement national (RN). Le parti d’extrême droite est devenu la première force politique chez ces derniers (25,5 %), y compris parmi les cadres, ce qui contredit l’image d’un parti réservé aux seuls « perdants » de la mondialisation.

Cette enquête, publiée lundi 9 mars par HEC (« La politique au travail : vécu en entreprise et fractures politiques des salariés en France »), a porté sur 3 909 salariés du privé, interrogés entre 2024 et 2025. Selon les économistes, le vote RN, comme tout vote antisystème, s’explique en grande partie par des facteurs subjectifs : la confiance envers les autres et la satisfaction de vie. Or ces affects se construisent en grande partie au travail. Entretien avec Yann Algan, spécialiste de l’économie, de la confiance et du bien-être dans les organisations et sociétés.

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De 9 heures à 21 heures, six jours par semaine : l’émergence des rythmes de travail « 996 » dans les start-up françaises

Dans les bureaux d’Illogic Studios, à Montpellier, le 12 décembre 2025.

« Tout le monde parle du 996, mais le vrai sujet, c’est : est-ce que les meilleurs de ta boîte sont prêts à venir un dimanche pour régler les vrais problèmes ? » La phrase est signée Jérémy Goillot, fondateur de The Mobile-First Company, start-up française créée en 2023, spécialisée dans les applications professionnelles, qui vient de lever 10 millions d’euros. Pour illustrer son propos, le dirigeant raconte avoir envoyé, un samedi soir, un message à son équipe : « Demain, 9 heures-19 heures, on se met en salle et on règle nos trois plus gros sujets. Vous êtes chauds ? » Le lendemain, quatre jeunes hommes, tous visiblement âgés de moins de 30 ans, ont répondu présent – la scène est immortalisée sur LinkedIn.

Derrière la photo conviviale, le message est clair : pour intégrer la start-up, il faut accepter une forte implication et une disponibilité presque permanente, présentées comme des valeurs essentielles de la culture d’entreprise. Sans mentionner explicitement le « 996 », ce rythme de travail consistant à travailler de 9 heures à 21 heures, six jours par semaine, certains dirigeants de start-up en France en adoptent déjà la philosophie et n’hésitent pas à s’en vanter sur les réseaux sociaux : travail le week-end, disponibilité étendue, mise à distance de toute vie extérieure à l’entreprise.

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