Archive dans décembre 2025

Clément Carbonnier, économiste : « Il y a mieux à faire que subventionner à l’aveuglette les entreprises payant mal leurs salariés »

Depuis les années 1990, la réduction des cotisations sociales et la modération des salaires sont au cœur des politiques de soutien à l’emploi. Cette baisse du coût du travail est censée favoriser les embauches. Mais dans Toujours moins ! (La Découverte, 184 pages, 20 euros), l’économiste et statisticien Clément Carbonnier dénonce une « impasse stratégique du capitalisme français ». Suivie tant par la droite que par la gauche, cette politique n’a pas créé d’emploi et a creusé les inégalités, accuse-t-il.

Lorsque le chômage a massivement frappé les classes populaires dans les années 1990, la baisse du coût du travail non qualifié ne s’imposait-elle pas ?

Il n’était pas illégitime de penser qu’en baissant le coût du travail, on pouvait résorber le chômage. Mais cela reposait sur une intuition. A l’époque, les gouvernants ne disposaient pas des résultats de ces politiques. Aujourd’hui, en revanche, nous savons que la baisse des coûts de travail est un mauvais outil pour créer de l’emploi.

Il vous reste 90.64% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

« C’est un métier ! » : les secrétaires et assistantes affirment leur utilité face à la menace de l’IA

« Bonjour, je suis Delphine et vous n’allez sûrement pas le croire, mais depuis que j’exerce le métier de secrétaire en entreprise, je n’ai jamais manqué un seul appel. Que ce soit tôt le matin, tard le soir, ou même le week-end, je suis toujours disponible. Et pourtant… Mon salaire ne dépasse pas une dizaine d’euros par mois. » Ce mail de publicité bien réel est signé « Delphine, la secrétaire IA de votre entreprise ».

Les métiers administratifs apparaissent régulièrement parmi les plus menacés par l’intelligence artificielle (IA). Pour les assistantes et les secrétaires, la menace s’annonce dès le nom donné aux intelligences artificielles, des « assistants » pour les salariés dans leurs tâches quotidiennes.

Selon Marie Benedetto-Meyer, sociologue du travail, et Céline Dumoulin, ingénieure de recherche, toutes deux au laboratoire Printemps de l’université Paris-Saclay, on dénombre moins de 550 000 secrétaires et assistantes, un chiffre stable depuis dix ans. Il culminait entre 700 000 et 780 000 à la fin des années 1990, sans compter le secteur public (100 000 personnes environ) et les indépendants. La profession est quasi exclusivement féminine (à 96 %) et en emploi stable (à 88 %), plus diplômée qu’auparavant, selon les données du ministère du travail.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Dans les bureaux, l’IA transforme à bas bruit la nature du travail

« Jusque dans les années 1980, on avait la figure de la secrétaire sténodactylo, “seconde épouse du patron”, qui a disparu depuis. Le terme “assistante” serait arrivé dans les années 2000, avec l’apparition des outils de bureautique et de gestion », rembobine Marie Benedetto-Meyer. Le métier a beaucoup évolué en vingt ans, les jeunes cadres ayant souvent absorbé les tâches (agenda, messages, notes de frais…) qui incombaient auparavant aux assistantes.

Monter en compétence

La sociologue distingue aujourd’hui trois catégories : les assistantes de direction, les assistantes d’équipe, qui gèrent des tailles d’équipe importantes, et les assistantes spécialisées (ressources humaines, juridique, formation). Les deux tiers d’entre elles utilisent aujourd’hui les outils numériques plus de sept heures par jour, selon le ministère du travail. L’IA est une brique de plus, qu’elles considèrent pour le moment comme un gros atout, pour gagner du temps sur des tâches rébarbatives : préparation de présentations, gestion d’agenda, rédaction de mails, transcription d’appels ou de réunions…

Il vous reste 40.6% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.