Archive dans 2023

« Il est nécessaire d’augmenter les salaires, de repenser le management et de réformer les organisations du travail »

En France, la proportion de salariés estimant ne pas recevoir « le respect et l’estime que mérite leur travail » oscille entre un tiers et un quart entre 2013 et 2019, selon les enquêtes « Conditions de travail » de la direction de la recherche du ministère du travail. A peine un peu plus de la moitié d’entre eux jugeaient satisfaisants leur salaire ou leurs perspectives de promotion en regard du travail effectué. Le sentiment d’être « bien payé pour les efforts fournis » est particulièrement dégradé. En 2021, seuls 45 % des travailleurs français exprimaient cette opinion, la proportion la plus faible au sein de l’Union européenne, selon l’enquête Eurofound (2021) sur les conditions de travail.

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Ces chiffres témoignent tout d’abord des fortes attentes des Français à l’égard du travail comme activité permettant le développement de soi et l’intégration économique et sociale. A rebours des thèmes de la « grande démission », de la « démission silencieuse », ou même de la « flemme » des salariés français, toutes les grandes enquêtes quantitatives et qualitatives depuis plusieurs décennies démontrent la stabilité de la très grande importance accordée au travail dans notre pays.

La crise sanitaire n’a pas introduit de désengagement du travail, mais peut-être davantage une prise de distance vis-à-vis de ses conditions d’exercice. Le taux d’emploi a atteint, fin 2022, son plus haut niveau jamais mesuré par l’Insee, avec 68,3 % des 15-64 ans en activité. En revanche, la force du mouvement social qui s’exprime autour du passage en force de la réforme des retraites témoigne de l’inquiétude autour des conditions de travail, dont le rôle est déterminant dans le sentiment de reconnaissance, personnelle et sociale, pour les salariés comme pour les travailleurs indépendants, quels que soient les secteurs d’activité.

La France mal placée

Il est en effet difficile de se sentir reconnu lorsque l’on juge impossible de réaliser un travail de qualité ou que celui-ci nous semble absurde, voire nuisible socialement ou écologiquement. Le soutien des collègues et du management est également important. Pour pouvoir reconnaître les efforts des travailleurs, il est essentiel de connaître les contraintes de leur activité réelle, et de leur permettre de peser dans les décisions importantes qui les concernent. Qu’il s’agisse des conditions d’emploi, des perspectives de promotion ou de rémunération, ce sont les attentes de justice, au sein et hors de l’organisation, qui dominent.

Enfin, les travailleurs veulent être respectés en tant qu’individus et être traités également quels que soient leur sexe, leur origine ou leur classe sociale. Sur l’ensemble de ces registres (qualité du travail et participation, soutien social, justice et discriminations), les données d’Eurofound montrent que la France est très mal placée, particulièrement vis-à-vis des pays du nord de l’Europe.

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Climat : comment agir en tant que salarié ?

L’un des premiers thème d’action en entreprise pour diminuer l’empreinte carbone est souvent d’agir sur les transports, en favorisant le vélo, le covoiturage ou les transports en commun.

Ce billet est extrait de l’infolettre « Chaleur humaine », envoyée tous les mardis à 12 heures. Chaque semaine, le journaliste Nabil Wakim, qui anime le podcast Chaleur Humaine, répond aux questions des internautes sur le défi climatique. Vous pouvez vous inscrire gratuitement ici :

« Bonjour, vous avez rappelé dans le podcast sur les gestes individuels que l’on peut aussi agir au sein de son entreprise, mais moi en tant que salariée je ne vois pas trop ce que je peux faire, je travaille dans une grosse structure où les questions climatiques n’ont pas leur place, et je n’ai pas la possibilité comme certains de changer de secteur… comment faire quelque chose au sein de ma boîte ? » (Question posée par Céline à l’adresse chaleurhumaine@lemonde.fr)

« Je n’ai plus de voiture, prends à titre privé exclusivement le train pour mes longs voyages, mange nettement moins de viande, et privilégie les aliments locaux et bio. Mais dans la société où je travaille, je fais clairement partie de la toute petite minorité. Mes collègues se moquent des écolos, ne “croient pas” que le réchauffement climatique soit aussi grave qu’on nous le dit. » (Témoignage de Martin à l’adresse chaleurhumaine@lemonde.fr)

Ma réponse : Oui, les salariés peuvent agir dans leur entreprise, et je reçois régulièrement des témoignages d’initiatives prises dans des grandes et des petites structures. Pour avoir plus de précisions et d’idées, j’ai interrogé Anne Le Corre, cofondatrice du syndicat Printemps écologique, une organisation née en 2020. Je vous invite également à consulter ce rapport de l’Ademe sur la mobilisation écologique des salariés qui s’appuie sur de nombreux exemples (si vous êtes pressés, vous pouvez consulter directement la page 29).

Sur le sujet de la transition et de l’emploi, je vous recommande par ailleurs ce podcast avec la sociologue Dominique Méda, enregistré en mars 2023.

Voici donc quelques pistes, n’hésitez pas à me faire parvenir vos témoignages et vos expériences de mobilisation collective. Evidemment, il s’agit de pistes théoriques, je sais bien qu’au quotidien ces sujets n’enchantent pas forcément les directions ou certains salariés !

1 – Interpeller les représentants du personnel. Ça n’a l’air de rien, mais les élus ont accès à de nombreuses informations sur la stratégie de l’entreprise, et peuvent solliciter directement la direction sur le bilan carbone (qui doit être réalisé tous les trois ans dans les entreprises de plus de 500 salariés), par exemple la consommation d’énergie du bâtiment, le soutien à l’utilisation du vélo et des transports en commun, les choix du restaurant d’entreprise, etc.

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Elon Musk annonce avoir engagé une femme pour diriger Twitter, sans dévoiler son identité

Elon Musk s’entretient avec Linda Yaccarino, au cours d’une conférence à Miami (Floride), le 18 avril 2023.

Comme souvent, Elon Musk s’amuse, même pour les annonces les plus importantes. Le milliardaire a clamé sur Twitter, jeudi 11 mai, qu’il avait embauché une directrice générale pour le remplacer à la tête de la plate-forme, mais sans donner l’identité de l’élue.

« Ravi d’annoncer que j’ai engagé une nouvelle directrice générale pour X/Twitter. Elle commencera dans environ six semaines ! », annonce, dans son message, celui qui a racheté l’entreprise à la fin d’octobre et l’a rebaptisée « X Corp » le mois dernier. « Je vais devenir président exécutif du conseil d’administration et directeur de la technologie, pour superviser les produits, les logiciels et les opérations », ajoute-t-il.

Selon le Wall Street Journal et le New York Times, Linda Yaccarino, directrice de la publicité du groupe de médias américain NBCUniversal, serait en négociations pour ce poste de directrice générale de Twitter.

Le patron de Tesla et SpaceX avait fait un sondage en décembre pour demander aux utilisateurs de Twitter s’il devait ou non quitter la direction de la plateforme. Quelque 17 millions d’entre eux s’étaient prononcés, parmi lesquels 57 % étaient favorables à son départ. Après quelques tergiversations – il avait insinué que ce résultat était le fruit d’une armée de comptes automatisés –, Elon Musk avait fini par tweeter qu’il prévoyait de céder la place dès qu’il aurait « trouvé quelqu’un d’assez fou » pour lui succéder.

Lire l’analyse : Article réservé à nos abonnés Sur Twitter, Elon Musk et sa « bulle de filtre » très droitière

L’action Tesla monte aussitôt de plus de 2 %

Son annonce de jeudi a suscité des commentaires enthousiastes de ses nombreux fans, et aussi fait grimper de plus de 2 % l’action de Tesla à Wall Street, car le temps passé par le dirigeant aux nombreuses casquettes au sein de Twitter inquiète le marché.

L’entrepreneur a transformé le réseau social californien. Le jour du rachat, il a immédiatement congédié l’ancien patron, Parag Agrawal, l’ancienne directrice juridique, Vijaya Gadde, et l’ancien directeur financier, Ned Segal. Il a ensuite abruptement remercié la moitié du personnel, et continué à licencier des employés par dizaines, des ingénieurs qui l’avaient critiqué à Esther Crawford, l’architecte d’un nouvel abonnement et rare soutien public du tempétueux patron.

Le groupe sorti de la cote en Bourse compte désormais environ 2 000 employés au lieu de 7 500, selon des estimations. Le réseau social a aussi beaucoup changé. Elon Musk a laissé revenir de nombreuses personnalités controversées, qui avaient été bannies pour avoir enfreint les règles de modération des contenus.

Les coches bleues qui garantissaient l’authenticité et la crédibilité des comptes qui les avaient obtenues après vérification sont désormais accessibles à tous, moyennant un abonnement payant à Twitter Blue. Et plusieurs organisations de presse occidentales, comme la BBC ou la radio nationale américaine NPR, ont fustigé l’étiquette de « média financé par le gouvernement » qui leur avait un temps été accolée.

Fuite des annonceurs

Ces changements chaotiques et les diverses provocations d’Elon Musk ont fait fuir de nombreux annonceurs, dont dépend le modèle économique de la plate-forme. Twitter est parti pour gagner moins de 3 milliards de dollars (2,75 milliards d’euros) en 2023, contre 4,14 milliards (3,80 milliards) en 2022, soit 28 % de moins, d’après Insider Intelligence.

« Un nouveau dirigeant, c’est la seule façon pour l’entreprise d’avancer », a réagi jeudi Jasmine Enberg, une analyste de ce cabinet d’études. Elle estime que si Elon Musk prend du recul, la société a une chance de « regagner la confiance des annonceurs ». Et de déclarer : « Il est difficile d’imaginer quelqu’un qui soit plus controversé ou cause plus de tort à l’activité publicitaire que Musk. »

A la fin de mars, le multimilliardaire a estimé la valeur de Twitter à 20 milliards de dollars, contre 44 milliards au moment de l’acquisition, selon un document interne consulté par plusieurs médias américains. « [Mais] il semble que nous allons arriver à l’équilibre au deuxième trimestre [de 2023] », a-t-il tweeté.

Le Monde avec AFP

La métropole de Lyon va tester la semaine de quatre jours pour ses agents

Le président de la métropole de Lyon, l’écologiste Bruno Bernard, le 2 juillet 2020, à Lyon.

La métropole de Lyon s’apprête à instaurer la semaine de quatre jours dans l’organisation du temps de travail de ses agents. La mesure commence par une expérimentation d’un an, mise en œuvre à partir de la rentrée scolaire 2023. Elle va d’abord concerner 5 500 agents, sur les 9 600 employés de la fonction publique territoriale que compte la deuxième métropole de France. Menée sur la base du volontariat, cette expérimentation propose trois scénarios possibles de répartition du temps de travail : quatre jours par semaine, quatre jours et demi par semaine, ou une alternance de quatre et cinq jours par semaine.

Par ces formules, chaque salarié aura la possibilité de choisir la durée de ses journées de travail. La quantité totale de travail restera la même, conforme à la législation, sachant que la collectivité est tenue d’appliquer le seuil légal des trente-cinq heures hebdomadaires. La réforme concerne, dans un premier temps, cent vingt services de la métropole lyonnaise. Elle ne s’applique pas à certaines fonctions dont les horaires sont imposés, comme la collecte des déchets, organisée en 3/8. Sa généralisation est envisagée à partir de septembre 2024.

Les écologistes ne se préoccupent pas seulement de l’environnement, ils savent aussi mener une politique sociale offensive. C’est en substance le sens politique que veut donner Bruno Bernard (Europe Ecologie-Les Verts), le président de la métropole, à cette décision. « Les écologistes ont toujours été favorables à la semaine de quatre jours. C’est aussi une demande des organisations syndicales. Après avoir géré le Covid et les formules de télétravail, nous engageons cette réforme de fond à l’échelle de la métropole la plus importante après Paris », précise au Monde Bruno Bernard.

Pour l’élu écologiste, cette possibilité de la semaine de quatre jours va avoir « l’avantage de rendre l’emploi plus attractif », alors que les collectivités sont confrontées à des problèmes de recrutement. « Le contexte social est dur avec la réforme des retraites et la hausse de l’inflation, nous nous engageons pour préserver le pouvoir d’achat et la qualité de vie au travail de nos agents », plaide Bruno Bernard.

Renforcer l’égalité femme-homme

Après avoir analysé les mesures comparables prises à Grenoble, Lille ou Annemasse (Haute-Savoie), mais aussi dans le privé, comme au sein du groupe lyonnais LDLC, leader de la vente de matériel informatique, la métropole de Lyon souhaite gagner en efficacité, en espérant notamment diminuer l’absentéisme. « Nous allons adapter les plannings pour que chaque agent gagne en qualité de vie tout en préservant un service public optimal pour nos habitants », précise Zémorda Khelifi à l’occasion de la présentation du dispositif, mardi 9 mai.

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En France, les premiers fruits de la réindustrialisation

Emmanuel Macron aime les « grandes causes nationales », une formule légitime dans le cas de la réindustrialisation de la France, l’une des priorités du programme des cent jours de sa première ministre, Elisabeth Borne. Les ministres, élus locaux et chefs d’entreprise présents autour du président de la République, le 12 mai, à Dunkerque (Nord), l’auront certainement en tête, qu’elle soit prononcée ou non. M. Macron doit en effet y annoncer l’implantation de l’usine de batteries pour voitures électriques du taïwanais ProLogium Technology, un investissement de 5 milliards d’euros pour la quatrième gigafactory créée dans les Hauts-de-France.

Il est plus facile en France de parler de « désindustrialisation » que de « réindustrialisation » tant les chiffres sont éloquents. « Elle a commencé dans les années 1970, mais s’est brutalement accélérée à l’aube de l’an 2000 », résume cruellement le patron de Bpifrance, Nicolas Dufourq, dans l’ouvrage La Désindustrialisation de la France. 1995-2015 (Odile Jacob, 2022). En vingt ans, le pays a perdu près de la moitié de ses usines et un tiers de ses emplois industriels. Dans une indifférence générale, des bassins d’activités ont été rayés de la carte, des savoir-faire perdus à jamais, des familles détruites. L’industrie ne pèse plus aujourd’hui que 12 % du PIB, dix points de moins qu’en Allemagne.

Le sursaut n’est intervenu qu’en 2016, et il faut en attribuer le premier mérite à François Hollande. Ces dernières années, les ouvertures d’usines ont été plus nombreuses que les fermetures et le solde d’emplois s’élève à quelques dizaines de milliers, sur 21 millions de salariés du privé. Pas encore de quoi pavoiser, donc.

La réindustrialisation reste fragile, mais responsables politiques, patrons et syndicalistes s’accordent sur un point : l’enjeu productif est majeur. Le secteur offre de meilleurs salaires, contribue à la cohésion des territoires et génère de nombreux services associés ; il affiche des gains de productivité, assure la plus grosse part de la recherche et développement privée et renforce la souveraineté nationale.

Retard de compétitivité

Lors du prochain sommet Choose France, le 15 mai au château de Versailles, M. Macron devrait annoncer quelque 10 milliards d’euros d’investissements étrangers dans l’Hexagone. Il aura beau jeu de souligner, baromètre annuel du cabinet EY à l’appui, que l’attractivité du pays a bien résisté en 2022. La France a même conservé la première place du podium européen avec 1 259 projets d’implantations ou d’extensions de sites, un bilan inenvisageable il y a dix ans. Depuis 2017, l’Etat y a mis les moyens. Il prévoit 54 milliards d’euros d’investissement sur 2022-2027 en faveur de l’industrie, des technologies innovantes et de la transition écologique.

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Il faut cependant rappeler que les capitaux étrangers créent près de deux fois plus d’emplois en Allemagne et au Royaume-Uni, pays où l’on compte plus de créations que d’extensions d’usines. La France accuse un retard de compétitivité sur ses grands concurrents. Elle n’a jamais connu un déficit commercial aussi abyssal (164 milliards d’euros en 2022) ni supporté une telle dette.

Et le cabinet EY prévient que « les récentes tensions politiques et sociales ont pu conduire les investisseurs à s’interroger sur la capacité du gouvernement à poursuivre les réformes ». Leurs projets à trois ans sont en recul. Convaincre que la France est revenue sur de bons rails, désormais conformes à l’indispensable prise en compte de la crise climatique en cours, demandera encore des efforts.

Le Monde

« Les départements disposent de leviers essentiels pour améliorer la situation des travailleurs de la “première ligne” »

Une quinzaine de présidentes et de présidents de conseils départementaux ont affirmé avec force la nécessité de défendre une autre vision du travail pour ce qu’ils appellent les métiers de la première ligne (aides à domiciles, agents d’entretien, ripeurs,…), dans une belle tribune « Redonner leur dignité aux travailleurs et travailleuses de “première ligne” », parue dans Le Monde du 2 mai, ils soulignent que ces professions ont une utilité sociale majeure et doivent être mieux reconnues socialement et matériellement. Leur travail doit pouvoir être effectué dans de meilleures conditions et bénéficier de temps et de ressources leur permettant de mieux faire et de mieux vivre leur travail.

Cette initiative est d’autant plus remarquable qu’elle émane de responsables des exécutifs des départements, institutions qui, en France aujourd’hui, pilotent des politiques décisives dans la construction et la régulation des emplois en question. Prenons les deux principaux exemples. Les aides à domicile (et l’ensemble des travailleurs intervenant auprès des personnes en perte d’autonomie) sont assurément les premières concernées. Le « département » fixe le montant de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), mais aussi les règles de contractualisation avec les prestataires : favorise-t-il les acteurs à but non lucratif ? apporte-t-il un soutien aux formes innovantes de management ? permet-il le financement des temps collectifs ?

Des agents à la frontière de la précarité

Répondre à ces questions revient au département, car il est le principal prescripteur des conditions d’emploi. Et, de fait, des différences départementales très importantes sont visibles y compris sur le seul plan des rémunérations : dans les Landes, où le secteur public est porté par une politique départementale volontariste depuis longtemps, les aides à domicile gagnent en moyenne annuelle près d’un quart de plus que la moyenne nationale (14 600 euros versus 11 685 euros en 2019). A l’inverse, dans le département de la Somme, le salaire annuel moyen est de 9 620 euros la même année.

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Les 600 000 aides à domicile ne sont pas les seules à dépendre directement ou indirectement des décisions des conseils départementaux. Ceux-ci, tout comme les régions et les communes, gèrent également de très nombreux bâtiments publics (locaux administratifs, musées, établissements scolaires, …). Rien que pour les collèges et lycées, ce sont au moins 100 000 salariés qui sont concernés. Il ne s’agit évidemment pas uniquement des agents de service et des contractuels que les collectivités territoriales emploient de manière directe, mais également de tous les salariés des entreprises prestataires (propreté, sécurité, accueil, restauration collective…) dont ils sont les donneurs d’ordre.

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« Enquête sur Michel-Edouard Leclerc » : un patron dans la bataille de l’opinion

Lorsqu’il était ministre de l’agriculture (2020-2022), Julien Denormandie a envoyé chaque semaine, durant plusieurs mois, les prospectus des centres E. Leclerc à Michel-Edouard Leclerc. Etaient entourés en rouge les prix du kilo de porc ou de tomates. Le responsable politique apposait son commentaire : « Pas assez cher ».

Julien Denormandie fait partie d’une cohorte de dirigeants politiques, syndicaux ou de professionnels que les pratiques du géant de la distribution insupportent. Et qui dénoncent à l’envi, chez Michel-Edouard Leclerc, un « double langage », une « démagogie », voire un « populisme ». Un ancien ministre l’assure : « J’ai vite compris que j’avais affaire à un vendeur de pommade magique. »

En janvier 2022, lorsque le prix de la baguette a été bloqué à 29 centimes d’euros dans les magasins E. Leclerc, le chef cuisinier Thierry Marx s’est, lui aussi, emporté dans une tribune dans Libération : « En baissant le prix de la baguette (…), au moment où les matières premières flambent, c’est toute une filière qu’on assassine. » L’accusation est toujours la même : en prétendant défendre les prix bas et le pouvoir d’achat, Michel-Edouard Leclerc mettrait en péril des pans entiers de l’économie.

Dans un ouvrage paru chez Plon, Enquête sur Michel-Edouard Leclerc, Magali Picard, journaliste à LSA, magazine spécialisé dans la consommation des ménages, s’est penchée sur le parcours, les combats, et les ambivalences apparentes de ce patron si médiatique, « sympathique » et « manipulateur ». Elle offre ainsi une plongée dans les coulisses des établissements E. Leclerc, qui permet de mieux comprendre pourquoi l’homme est tout à la fois sous le feu permanent des critiques de ses opposants, et présenté comme « le patron préféré des Français ».

Procès multiples

Ses croisades menées contre les monopoles et les prix réglementés l’illustrent bien. Il va par exemple s’opposer de manière frontale au lobby des pharmaciens dans les années 1980 en s’imposant progressivement comme un vendeur de produits de parapharmacie, jusqu’alors chasse gardée des officines. Les procès seront multiples. Mais il saura l’emporter, prenant l’opinion à témoin, dénonçant « les marges des pharmaciens, ainsi que les ententes avec les laboratoires », rappelle l’autrice.

Au nom de la défense du pouvoir d’achat, Michel-Edouard Leclerc met en scène son insoumission, s’insurge contre des réglementations injustes à ces yeux. Quitte à ne pas respecter la loi. Au début des années 1980, il s’élève contre la mise en place du prix unique du livre. Son enseigne « pratique deux tarifs reconnaissables à leurs étiquettes apposées sur les bouquins : le prix Leclerc en orange – évidemment le moins cher – et le prix Lang [correspondant à la loi] en rose ». Là encore, les procès pleuvront. Mais cette fois-ci, Michel-Edouard Leclerc ne gagnera pas.

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Epargne locale : trois régions françaises à la pointe

L’épargne des clients est souvent redistribuée sous la forme de prêts pour développer des projets locaux en matière d’énergies renouvelables ou de mobilité douce.

Les initiatives permettant aux particuliers de contribuer, par leur épargne, au développement économique local fleurissent sur tout le territoire. Mais dans certaines régions, la préférence régionale trouve plus qu’ailleurs à s’exprimer. Ainsi, les habitants des Hauts-de-France ont accès à de nombreuses solutions, notamment conçues autour de la troisième révolution industrielle (Rev3), un programme porté depuis une dizaine d’années par la région et la chambre de commerce et d’industrie pour promouvoir la transition énergétique et numérique.

Le Crédit coopératif propose le Livret Rev3, rapportant 1,20 % jusqu’à 15 000 euros (0,20 % au-delà). Les dépôts des clients sont utilisés au minimum à 75 % sous la forme de prêts pour financer des projets locaux dans les domaines des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique, de l’économie circulaire, de la mobilité douce.

« Nous garantissons la traçabilité des financements du Livret Rev3 dans les Hauts-de-France, où quatre-vingts entreprises ont bénéficié d’un prêt en 2022, pour un total de 56 millions d’euros », rapporte Imad Tabet, directeur du marché des particuliers, qui précise que ce livret est commercialisé partout en France. Le Crédit coopératif propose aussi douze livrets – un par région – dénommés « Coopération pour ma région » et rémunérés 0,60 % brut. La totalité des encours (77 millions d’euros) sert, au sein de chaque territoire, à accorder des prêts à des entreprises de l’économie sociale et solidaire.

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Depuis fin mars, le Crédit agricole Nord de France propose à ses clients sociétaires un fonds commun de placement à risque (FCPR) appelé « PME et Territoire », investi dans des entreprises régionales à hauteur de 50 % minimum. Le ticket d’entrée s’élève à 2 500 euros – c’est peu pour ce type de produit investi au capital d’entreprises non cotées. « Le fonds est géré par une équipe de dix personnes basées à Lille. La proximité avec les entreprises est essentielle. Nous accompagnons les dirigeants dans leur gestion, en particulier à des moments clés, comme lors d’une acquisition ou d’un investissement important », souligne Christophe Deldycke, président du directoire de Turenne Capital, dont la filiale commune avec le Crédit agricole Nord de France gère le FCPR.

Un fonds souverain régional

L’épargne au service de son territoire : un concept qui fait aussi écho en Auvergne-Rhône-Alpes, où la région s’est mobilisée, dans le contexte de la relance post-Covid-19, pour soutenir les entreprises locales. Elle a ainsi été à l’initiative du premier fonds souverain régional français, qui totalise 100 millions d’euros d’encours. « Un FCPR a été créé pour permettre aux particuliers d’en être souscripteurs, aux côtés de la région, de Bpifrance et des partenaires privés (Groupama, Apicil, des banques mutualistes…). C’est un dispositif original, le grand public n’ayant généralement pas accès aux fonds des investisseurs institutionnels », précise Pierre Taillardat, responsable chez Siparex, la société de capital-investissement aux commandes de ce fonds souverain.

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En France, beaucoup d’investissements étrangers mais peu d’emplois

Le ministre de l’industrie, Roland Lescure, à l’Elysée, le 19 avril 2023.

Sauf énorme surprise, quelques bouchons de champagne devraient sauter vendredi 12 mai pour saluer l’arrivée à Dunkerque (Nord) du taïwanais Prologium Technology et son usine géante, ou « gigafactory », de batteries électriques, avec quelque 3 000 emplois à la clé. Une annonce de bon augure à trois jours du sommet Choose France, qui doit réunir, lundi 15 mai à l’Elysée, deux cents chefs d’entreprise étrangers. Et, surtout, une perspective qui s’ajoute à plusieurs autres projets d’usines centrées sur la production de batteries électriques, dont celui du chinois Envision à Douai ou de ACC à Douvrin (Pas-de-Calais), près de Béthune.

Faut-il en conclure que, après vingt-cinq années de désindustrialisation, la France est devenue une terre d’accueil pour les investisseurs ? Ce serait aller un peu vite en besogne. Le Baromètre de l’attractivité, établi tous les ans depuis 2000 par le cabinet EY et publié jeudi 11 mai, livre un bilan un peu plus nuancé.

Avec 1 259 implantations ou extensions de sites en 2022 sur un total de 5 962 investissements recensés en Europe, la France reste bien le pays le plus attractif du continent, pour la quatrième année de suite. Autre élément positif, 40 % de ces projets sont de nature industrielle, un bon point pour la réindustrialisation du pays.

« Dynamique d’ensemble »

Mais le nombre d’emplois créés, lui, est nettement moindre que chez nos voisins. En moyenne, un investissement étranger se traduit par 33 nouveaux emplois en France, quand on en dénombre 58 en Allemagne, 59 au Royaume-Uni… ou 326 en Espagne. Au total, le nombre de postes créés par les investisseurs étrangers a baissé de 15 % entre 2021 et 2022, alors que celui des projets augmentait de 3 %.

Un bémol que Laurent Saint-Martin, directeur général de Business France, l’agence d’attractivité de la France, relativise. « Il suffit parfois d’un ou deux projets à plusieurs milliers d’emplois pour changer la donne, fait-il valoir. Ce qui compte, c’est la dynamique d’ensemble. » « Lorsque des investisseurs ont des projets en Europe, ils appellent la France en premier, avant nous étions cinquième ou sixième », se félicite le ministre de l’industrie, Roland Lescure.

Mais ces appels n’aboutissent pas toujours, à en croire les données du baromètre EY. « Si la France fidélise les entreprises implantées, elle a plus de difficultés que d’autres à attirer de nouveaux projets : 65 % de ceux annoncés en France en 2022 sont des extensions de sites existants, quand cette proportion n’est que d’un tiers environ en Allemagne et au Royaume-Uni », explique Marc Lhermitte, associé EY chargé du baromètre.

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Le syndicalisme s’organise à petits pas chez les travailleurs indépendants

Un an après les élections des représentants des travailleurs des plates-formes, en mai 2022, les premiers accords voient le jour dans la douleur. Le 20 avril, trois textes, fixant notamment un revenu minimal de 11,75 euros de l’heure pour les livreurs à deux-roues, ont été signés avec les plates-formes de type Deliveroo et Uber Eats. « Une première étape importante dans le dialogue social de ce secteur », s’est réjoui le ministre du travail, Olivier Dussopt. « Un accord bidon », ont dénoncé cinq organisations (CGT-Livreurs, Collectif des livreurs autonomes des plates-formes, CNT-SO, FO-JustEat et SUD-Livreurs·euses). Jugé insuffisant par ces dernières, l’accord sur le tarif a seulement été signé par la Fédération nationale des autoentrepreneurs et microentrepreneurs.

Malgré des premiers pas chancelants, ces négociations ouvrent un dialogue social inédit dans la communauté morcelée des indépendants, peu habituée à la négociation syndicale classique et longtemps ignorée par les organisations syndicales traditionnelles. « A leurs yeux, il n’y avait rien en dehors du salariat », résume Martin Richer, fondateur du cabinet Management & RSE, qui a notamment travaillé sur les évolutions du syndicalisme.

Lire aussi le deuxième article de la série Article réservé à nos abonnés Les collectifs d’indépendants, un juste milieu entre salariat et travail en free-lance

L’explosion du nombre d’autoentrepreneurs a finalement incité les syndicats, confrontés à l’érosion de leurs effectifs, à se pencher sur cette catégorie d’actifs : l’Union nationale des syndicats autonomes a mis en place dès 2015 un syndicat des chauffeurs privés, un syndicat pour les coursiers à vélo a vu le jour dès 2017 à la CGT, et la Fédération communication, conseil, culture de la CFDT a lancé en 2016 un site à destination des travailleurs non salariés. Un premier pas vers la création, en 2019, de Union-Indépendants, une émanation de la CFDT. Reste à toucher cette catégorie de travailleurs : « Il faut arriver à leur faire comprendre que le collectif est plus efficace que l’action individuelle », admet Fabien Tosolini, chargé de mission chez Union-Indépendants.

Des « néosyndicats » sur la Toile

Les travailleurs indépendants ne les ont pas attendus pour s’organiser. Face au vide laissé par les syndicats traditionnels, une myriade de collectifs a vu le jour. Observateur de longue date du mouvement, Jean-Guilhem Darré, délégué général du Syndicat des indépendants (SDI), estime à « plus d’un millier » le nombre d’organisations définies « par domaine d’activité ou par région », qui se sont construites au fil du temps pour défendre les indépendants. Faute de données officielles, difficile de savoir ce que pèsent ces collectifs.

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