Archive dans juillet 2020

Laurent Berger et Louis Gallois : « L’emploi solidaire apporte une solution au chômage de longue durée »

Le chômage de longue durée est massif depuis vingt-cinq ans en France. Il touche près de 2,5 millions de nos concitoyens. C’est la gangrène du corps social ; il débouche sur la pauvreté ; taraude les familles ; engendre la désespérance ; il est au fondement du pessimisme et de la défiance des Français.

Et pourtant le nombre de chômeurs de longue durée devrait mécaniquement progresser dans les prochains mois. A chaque crise, les chômeurs de longue durée sont, pour une large part, repoussés hors du marché du travail ; les entreprises embauchent moins et s’adressent d’abord aux chômeurs « récents », à ceux qu’elles jugent immédiatement productifs car plus qualifiés, plus expérimentés, moins fragiles. Les jeunes, les non-qualifiés, les seniors, les précaires risquent fort de « passer à la trappe ».

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L’emploi solidaire représente plusieurs millions d’emplois ; il a été créateur net d’emplois sur la dernière décennie. Il regroupe les emplois créés par les multiples facettes de l’économie sociale et solidaire : entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS), structures de l’insertion par l’activité économique, entreprises adaptées, Parcours emploi compétences (PEC, qui ont succédé aux emplois aidés), dispositif expérimental Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD)…

Solution au chômage de longue durée

L’emploi solidaire apporte une solution au chômage de longue durée pour au moins trois raisons. Situées sur des créneaux relativement peu exposés à la concurrence internationale directe, régies par des règles de gouvernance et de financement spécifiques, les structures solidaires n’ont pas les mêmes contraintes de compétitivité, de rentabilité et de productivité que l’économie marchande. Elles peuvent donc privilégier la création d’emplois.

Ensuite, pour une part significative, ces structures bénéficient de concours publics parce qu’elles aident à la formation, à la réinsertion ou à la création d’emplois durables (zéro chômeur) de personnes éloignées de l’emploi. L’Etat peut donc accroître le nombre d’emplois ainsi soutenus.

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Enfin, ces structures développent des activités utiles, à fort impact sociétal et environnemental, mais que les entreprises de droit commun ne peuvent pas prendre en charge parce qu’elles sont déficitaires et que les collectivités publiques ne peuvent seules les assumer : développement durable, lutte contre les gaspillages, économie circulaire, circuits courts, protection et entretien de l’environnement, lien social, aides aux personnes dépendantes…

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La seconde vague, celle des plans sociaux, touche la France

Des employés de Nokia réunis pour protester contre la suppression d’emplois dans l’entreprise, à Nozay (Loire-Atlantique), le 30 juin.

« Mise en liquidation », « redressement judiciaire », « accord de performance collective » – par lequel l’entreprise demande à ses salariés des concessions sur leurs rémunérations –, « plan de sauvegarde de l’emploi » – synonyme, en fait, de suppression de postes… Se plonger dans la lecture de la presse quotidienne régionale ces dernières semaines, c’est découvrir cinquante nuances de procédures, lesquelles traduisent toutes, à des degrés divers, la tempête que traversent les entreprises françaises.

Le président de la République a prévenu que « la rentrée sera très dure ». Mais déjà le nombre de restructurations enfle de semaine en semaine, selon le décompte publié par la Dares – la direction des études du ministère du travail. Quinze plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) ont été annoncés dans la semaine du 1er juin, dix-neuf dans celle du 8 juin, trente-cinq la semaine suivante. De nouveaux chiffres sont attendus ce mercredi 8 juillet.

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Entre le 1er mars et le 21 juin – avant même les annonces chez Airbus, Nokia ou Air France – 143 PSE ont été lancés en France, menaçant 19 287 postes. Soit 74 % de plus que sur la même période de 2019. Et c’est sans compter les 1 344 procédures de « petits » licenciements collectifs (moins de dix salariés ou dans des TPE) répertoriés à la fin juin par la Dares, ou les centaines de milliers d’intérimaires dont la mission a pris fin.

La casse à l’œuvre dans l’aéronautique est sans doute la plus spectaculaire : 7 580 postes en moins chez Air France et sa filiale Hop !, 5 000 chez l’avionneur Airbus dans l’Hexagone. Dans leur sillage, de nombreux sous-traitants du secteur taillent dans leurs effectifs, mettant ainsi en péril l’équilibre économique de nombreux territoires. L’équipementier Daher par exemple prévoit de couper 1 300 postes répartis sur ses sites d’Occitanie, de Loire-Atlantique et de la région Centre.

Effet domino

Avant Airbus, les 4 800 emplois supprimés chez Renault avaient déjà frappé les esprits, aux premiers jours du déconfinement, avec le projet de fermeture du petit site de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne). Là encore, des milliers de licenciements s’annoncent, par effet domino, en aval. Spectaculaires aussi les 16 000 emplois menacés dans le secteur de l’habillement. Spectaculaire encore les 1 233 licenciements annoncés chez Nokia (Alcatel-Lucent) et le millier qu’entrevoit le laboratoire pharmaceutique Sanofi. Autant que Hutchinson, filiale de Total spécialisée dans le caoutchouc industriel, qui anticipe une réduction de 10 % de ses effectifs en France.

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La semaine de quatre jours en test aux Etats-Unis

Amy Balliett, la dirigeante de Killer Visual Strategies, a eu l’idée de changer l’organisation de son entreprise quand elle était en France. Et si on passait à quatre jours par semaine plutôt que cinq ? Patronne d’une PME de services en design installée à Seattle (Etat de Washington), elle était entre Paris et Bordeaux, venait de savourer un long repas et se sentait heureuse. « Cela m’a ouvert les yeux, dit-elle aujourd’hui. Nous devons améliorer l’équilibre entre travail et vie en dehors du bureau. Dans notre univers, les clients nous attendent sur le pont tous les jours. Et c’est assez courant de travailler 80 heures par semaine. »

Mais Mme Balliett a constaté que ce que l’employé moyen réalise le lundi, juste après le week-end, se fait en deux fois plus de temps le vendredi. Les équipes sont fatiguées et la productivité s’en ressent. D’où son idée de basculer sur une semaine de quarante heures en quatre jours, avec des journées de dix heures d’affilée.

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Pour satisfaire les exigences du client roi, elle a décidé que son entreprise de trente personnes resterait ouverte toute la semaine. La moitié de ses troupes prennent leur vendredi, l’autre moitié le lundi. Les employés qui se sont reposés pendant trois jours ont beaucoup plus d’énergie et la productivité s’en ressent. Elle a fait un bond de 20 % par rapport à l’ancien système.

Aux Etats-Unis, l’initiative paraît assez saugrenue. En pleine crise de Covid-19, on devrait plus penser au besoin ardent de la reprise qu’à la meilleure gestion de son temps. Mais le passage aux quatre jours reste d’actualité. La ministre de Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern l’a justement évoqué pour relancer le tourisme. La flexibilité du travail, a-t-elle dit, est « source de productivité ». Et un certain nombre d’entreprises américaines y croient fermement.

Un sondage de la Society for Human Resource Management montre que, en 2017, 13 % des compagnies proposaient à certains de leurs employés la semaine de quatre jours. Deux ans plus tard, c’est 15 %. Et l’offre ne cesse de grandir. Les petites annonces sur Zip Recruiter indiquant un travail sur quatre jours ont grimpé de 51 %, en 2017, à 65 %, en 2018, puis à 67 %, en 2019.

Des ventes par employé en augmentation

Les intéressés eux-mêmes préfèrent la semaine raccourcie. De sondages en enquêtes, la demande de temps libre se fait de plus en plus sentir. Et une expérience récemment tentée par une filiale de Microsoft au Japon tend à montrer que tout le monde en profite, employeurs et employés. Durant le mois d’août, cette entreprise de 2 300 personnes a donné le vendredi à l’ensemble de son personnel.

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Le magasin historique de Tati, boulevard Rochechouart à Paris, va fermer

La devanture du magasin Tati, dans le quartier Barbès, le 29 août 2003, à Paris.

Philippe Ginestet n’aura tenu aucune de ses promesses. En juin 2017, lors du rachat de Tati à la barre du tribunal de commerce de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le fondateur du groupe Gifi avait juré aux salariés qu’il ne procéderait à aucun licenciement dans un délai de deux ans à compter de la reprise des 109 points de vente et qu’il conserverait le premier magasin de l’enseigne au vichy rose ouvert en 1948 par Jules Ouaki à Paris, dans le quartier de Barbès, boulevard Rochechouart, dans le 18e arrondissement. En juillet 2019, à l’anniversaire du délai des deux ans fixé, Gifi avait dévoilé la fermeture de 13 magasins, un plan de sauvegarde de l’emploi entraînant la suppression de 89 postes, la transformation de 30 Tati en magasins de déstockage et le transfert de 50 autres sous sa propre marque, Gifi.

Ce mardi 7 juillet, le groupe Gifi a alourdi la facture en annonçant la fermeture du 1er magasin de l’enseigne : ses 34 employés seront licenciés.

Des salariés « sous le choc »

« Tati n’a pas vu le retour de ses clients vers son centre historique de Barbès. Le magasin a été doublement touché par les grèves de décembre 2019 et la crise sanitaire. Il a accusé une baisse de 60 % de ses ventes entre le 1er octobre 2019 et le 31 mai 2020 par rapport à la même période l’année précédente », affirme aujourd’hui Thierry Boukhari, directeur général délégué de l’enseigne par communiqué. Quatre autres magasins situés en province seront fermés. Un cinquième exploité à Agde (Hérault) sera cédé.

L’annonce de ces fermetures ainsi que celle de la cession de 18 établissements Tati à KLO, nouvelle enseigne de déstockage détenue par des anciens dirigeants de Gifi, laissent les salariés « sous le choc », rapporte Céline Carlen, responsable de l’union syndicale CGT du commerce à Paris. Car, en 2017, devant les juges, Gifi avait précisément obtenu le soutien de la majorité des 1 428 salariés Tati en leur promettant le maintien du magasin de Barbès auquel ils étaient « très attachés », rappelle-t-elle. Le pari était risqué. Car ce magasin exigeait une coûteuse mise aux normes de sécurité. Maxi Bazar, candidat malheureux à la reprise en 2017 aux côtés de Stokomani, estimait alors qu’il exigeait quatre mois de travaux. Pourquoi Gifi n’a-t-il pas procédé à ces investissements indispensables ?

Interrogé par Le Monde, le groupe n’a pas souhaité répondre à cette question. La crise économique induite par les mesures de confinement pour juguler la propagation du Covid-19 en France n’a « rien à voir avec cette fermeture », en déduit Mme Carlen, en jugeant que « sa disparition était prévue dès la reprise de Tati ». Le groupe de Philippe Ginestet, qui exploite plus de 800 magasins et revendique 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires, se défend d’avoir failli, en assurant avoir injecté 150 millions d’euros dans l’enseigne et « sauvé un millier d’emplois » depuis 2017 « directement ou indirectement ». Le magasin du boulevard Rochechouart devrait fermer ses portes fin 2020.

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Au ministère du travail, Elisabeth Borne devrait hériter de la réforme des retraites

Elisabeth Borne, à l’Elysée, le 29 juin.

La tâche s’annonce rude pour Elisabeth Borne. Nommée, lundi 6 juillet, ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion, en remplacement de Muriel Pénicaud qui quitte le gouvernement, elle va affronter les conséquences ravageuses de la récession entraînée par l’épidémie de Covid-19. Et un dossier explosif devrait tomber dans son escarcelle : la réforme des retraites, qui avait été suspendue au début de la crise sanitaire et que l’exécutif vient de relancer, avec l’intention d’aller vite.

Sa désignation constitue une surprise pour tous ceux qui voyaient Gérald Darmanin occuper le poste – avec des responsabilités très larges couvrant tout le spectre des affaires sociales. Lundi soir, sur Twitter, cette polytechnicienne, qui avait intégré l’équipe d’Edouard Philippe, dès mai 2017, après avoir été la collaboratrice de personnalités socialistes (dont Ségolène Royal), s’est dite « déterminée à relever les défis économiques et sociaux des mois à venir ».

Mme Borne n’arrive pas en terrain complètement inconnu. Avant d’être ministre des transports (de mai 2017 à juillet 2019), puis chargée de la transition écologique et solidaire au sein du gouvernement, elle avait exercé des responsabilités importantes dans des entreprises publiques : à la SNCF, tout d’abord, de 2002 à 2007, en tant que directrice de la stratégie, puis à la RATP, dont elle a pris la présidence en 2015. Une expérience qui lui a permis de se frotter à des syndicats exigeants.

Si « elle ne s’est pas beaucoup occupée de sujets d’emplois » jusqu’à présent, « elle a une grande habitude des relations sociales », résume Raymond Soubie, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy à l’Elysée et président de la société de conseil Alixio. Un atout, à l’heure où les organisations d’employeurs et de salariés attendent que les décisions soient le fruit d’une réelle concertation et non plus dictées par un pouvoir « jupitérien ».

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A ce stade, les leaders patronaux et syndicaux se montrent peu diserts sur elle. « Nous avons bien travaillé avec Muriel Pénicaud, et nous espérons faire de même avec Elisabeth Borne », réagit Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef. « Elle connaît les sujets », dit François Asselin, le numéro un de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). « On jugera aux actes », indique, pour sa part, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT.

« Elle a une grosse aptitude de travail et se montre plutôt ouverte au dialogue social », selon Cyril Chabanier, le patron de la CFTC. « Il n’y a qu’une seule chose qui pèsera, ce sera sa capacité à instaurer un lien de confiance, souligne François Hommeril, président de la CFE-CGC. On a toujours été bien reçus par Mme Pénicaud, mais les partenaires sociaux n’étaient pas sa priorité. »

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L’OCDE appelle les Etats à soutenir l’emploi des jeunes

A Los Angeles, le 29 juin.

On les appelle déjà la « génération Covid ». Dans le sillage de la récession liée à la pandémie, les actifs de moins de 25 ans seront parmi ceux qui paieront l’un des plus lourds tributs. « La crise ne doit pas aboutir à une génération perdue de jeunes dont les carrières seront durablement affectées à cause des perturbations sur le marché du travail », prévient Angel Gurria, secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), en introduction des « Perspectives de l’emploi 2020 ».

Publiées mardi 7 juillet, celles-ci dressent un tableau plutôt sombre pour les prochains mois sur le front de l’emploi. Dans l’ensemble des pays de l’OCDE, le taux de chômage, qui s’établissait à 5,2 % en février, a grimpé à 8,4 % en mai et devrait s’établir à 9,4 % fin 2020. En France, il est passé de 7,6 % en février à 8,7 % en avril. S’il a un peu baissé en mai (8,1 %), lors de la réouverture de l’économie, il devrait néanmoins bondir à 12,3 % fin 2020, en dépit du chômage partiel. Et à condition qu’il n’y ait pas de deuxième vague épidémique. Si celle-ci devait se produire, il grimperait plutôt à 13,7 %, prévoit l’organisation.

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Sans surprise, certains travailleurs – indépendants, personnes en CDD, à bas salaires, jeunes et femmes – sont plus sévèrement touchés par la baisse de l’activité. « Cette situation est susceptible d’exacerber les inégalités sur le marché du travail », prévient l’OCDE. Les économistes rappellent, par ailleurs, que seuls 17 % des travailleurs les plus pauvres ont pu télétravailler en France, contre 38,5 % des plus riches.

« Il n’y a aucune minute à perdre »

Ces prochains mois, soutenir les profils les plus fragiles sera donc déterminant. « Après la crise de 2008, les gouvernements avaient agi trop tard et trop peu pour traiter les difficultés des jeunes sur le marché du travail, au prix de séquelles de long terme, encore visibles avant que l’épidémie ne démarre, rappelle Stefano Scarpetta, directeur de la direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales à l’OCDE. Il n’y a aucune minute à perdre pour mettre en place un ensemble de mesures assurant qu’aucun jeune actif ne sera laissé de côté. »

Selon lui, il convient d’encourager les entreprises à embaucher les jeunes diplômés ou à leur offrir une première expérience par un stage, en les accompagnant par un soutien financier de l’Etat. L’organisation appelle également à renforcer l’apprentissage et la formation professionnelle, mais aussi à muscler la couverture chômage des travailleurs les plus précaires.

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Vives inquiétudes autour de la reconnaissance du Covid-19 comme maladie professionnelle

Une infirmière et un malade du Covid-19 à Nantes, le 19 mai 2020.

Le gouvernement est accusé d’avoir manqué à sa parole sur une question sensible : la reconnaissance comme maladie professionnelle du Covid-19 lorsque des travailleurs l’ont contracté dans le cadre de leur travail. Des responsables associatifs et syndicaux trouvent, en effet, qu’il y a un très net écart entre les annonces récemment faites sur ce dossier et les dispositions concrètes qui sont sur le point d’être prises. L’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva) s’en est même émue, en parlant de « mensonge » dans une lettre adressée, lundi 6 juillet, au nouveau chef du gouvernement, Jean Castex.

A l’origine de ce courroux, il y a un projet de décret et un projet d’arrêté, que Le Monde a pu consulter. Ces textes sont censés traduire les engagements que l’exécutif a affichés, le 30 juin, dans un communiqué diffusé par les ministères du travail et des solidarités et de la santé, ainsi que par le secrétariat d’Etat à la réforme des retraites. Il faisait état d’« une reconnaissance automatique » et systématique pour les soignants et d’« une reconnaissance facilitée » pour les autres professionnels « ayant travaillé en présentiel pendant la période du confinement ».

« Parcours du combattant »

Ces intentions, évoquées à grands traits, avaient déjà été critiquées par plusieurs associations et syndicats, au motif qu’elles manquaient d’ambition et introduisaient un régime à deux vitesses (entre les soignants et les autres). Aujourd’hui, la déception s’est muée en colère chez certains protagonistes, l’Andeva qualifiant de « mesquinerie » le projet de décret.

Aux yeux de cette association, les « promesses (…) ne seront pas tenues sur deux points essentiels ». S’agissant des soignants, seule « la prise en charge des séquelles respiratoires graves » du Covid-19 sera possible. « Toutes les autres séquelles sévères de cette maladie – séquelles rénales, neurologiques… – sont exclues, s’alarme l’Andeva. Cela constitue une iniquité flagrante entre les catégories de malades. » Quant aux non-soignants, elle juge que le texte « les envoie dans une impasse totale » : « Ils devront établir “un lien direct et essentiel” entre leurs conditions d’exposition et leur pathologie » – ce qui, en matière de Covid-19, est « absolument impossible ».

« On se gargarise de grands flonflons à propos des soignants, mais, dès qu’il s’agit de passer aux travaux pratiques, les mesures ne suivent pas », estime Alain Bobbio, de l’Andeva

Un tel décalage entre la parole et les actes « inspire du dégoût », confie Alain Bobbio, secrétaire national de l’Andeva : « On se gargarise de grands flonflons à propos des soignants, mais, dès qu’il s’agit de passer aux travaux pratiques, les mesures ne suivent pas. » Un avis partagé par Catherine Pinchaut, qui suit ces dossiers à la CFDT : « On est loin d’une reconnaissance automatique pour les soignants, y compris pour des séquelles qui pourraient survenir demain. » C’est d’autant plus dommageable, selon elle, que de tels choix tombent en plein Ségur de la santé – la concertation destinée à améliorer le sort des personnels de santé. Quant aux autres catégories de travailleurs, elle déplore que « la charge de la preuve soit de [leur] responsabilité ». « Ça va être le parcours du combattant et beaucoup vont laisser tomber », craint-elle.

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« Dispositif plus restrictif »

Alors qu’il avait accueilli favorablement le communiqué gouvernemental du 30 juin, Pierre-Yves Montéléon (CFTC) s’interroge désormais : « On peut imaginer que le dispositif envisagé soit plus restrictif que ce qui avait été dit au départ », observe-t-il. « Dans la liste limitative des travaux susceptibles de provoquer la maladie, on ne retrouve pas ceux accomplis par des médecins de ville », s’inquiète, pour sa part, Alain Prunier, de l’Association des accidentés de la vie. Pour les soignants, il relève que le délai de prise en charge est tel qu’il pourrait exclure du dispositif des personnes ayant développé la maladie bien après avoir été exposées à des situations à risque.

Seule Force ouvrière se montre moins critique : « Cela va dans le bon sens, même si ce n’est pas parfait, estime Serge Legagnoa, chargé de ces questions pour la confédération. On aurait préféré que, pour les non-soignants, il y ait une reconnaissance plus directe, mais on a quand même une facilitation [des démarches] qui n’était pas prévue jusqu’à présent. »

Au ministère des solidarités et de la santé, on assure rester « à l’écoute » et que « les principes énoncés dans le communiqué seront au cœur du dispositif » qui sera construit.

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Valeo met la pression sur ses salariés en France pour réduire ses coûts

A l’usine Valeo d’Etaples (Pas-de-Calais), le 26 mai.

« Eviter des mesures douloureuses pour l’emploi. » C’est, selon les termes de la direction du groupe, l’objectif que s’est fixé l’équipementier français Valeo, en ouvrant, mardi 30 juin, des négociations avec les syndicats. Il souhaite conclure, en septembre, un accord de performance collective en vue « d’une réduction des coûts salariaux français de 10 %, soit 100 millions d’euros ».

« Nous faisons face à une crise incroyable, bien pire que celle de 2008, explique au Monde la direction. Il y a une véritable nécessité de travailler sur la compétitivité de l’entreprise dans le cadre d’un dialogue social constructif. » La crise qui touche la filière automobile est de grande ampleur. Le marché européen pourrait chuter de 25 % en 2020. Valeo – 114 000 salariés dans le monde, dont 14 000 en France et 19 milliards d’euros de chiffre d’affaires – prévoit « une baisse de son chiffre d’affaires de 10 % en moyenne sur les cinq prochaines années », selon un document remis aux syndicats. « Il est donc nécessaire d’adapter nos coûts d’investissement, de R&D, de personnel… en conséquence. » « Notre priorité reste le cash », avertissait déjà, le 24 juin, le PDG de Valeo, Jacques Aschenbroich, dans un entretien au Monde.

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« C’est une négociation sans tabous », a annoncé le directeur des ressources humaines, Bruno Guillemet, aux représentants du personnel. Et les sujets soumis à discussion en témoignent : jours de congé, flexibilité horaire, incitation aux congés sans solde, gel des salaires, rémunération des ingénieurs et des cadres, montant des indemnités de départ à la retraite ou de licenciement, majoration des heures de nuit, intéressement, etc. Jusqu’aux primes liées aux médailles du travail. Pour le moment, il ne s’agit que « d’axes de travail » sur lesquels la direction souhaite « recueillir les premières réactions et propositions des organisations syndicales ».

« La production est redevenue proche de son niveau d’avant-crise »

« La crise est un effet d’aubaine pour remettre en cause un certain nombre d’accords », estime Pascal Phan, le délégué syndical central de la CFE-CGC. Une analyse partagée par la CGT : « Valeo veut aussi profiter de la crise pour faire de la marge» Selon Olivier Renaglia, le délégué central de la CGT, il y aurait en filigrane une tentative de « revenir sur des accords d’entreprise plus avantageux que la convention collective de la métallurgie ».

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Les syndicats ont aussi des interrogations sur le niveau de l’effort demandé. « La production est redevenue proche de son niveau d’avant-crise », estime M. Renaglia, qui reconnaît toutefois que le développement de nouveaux produits souffre du report ou de l’abandon de projets de la part des constructeurs automobiles. « Pourquoi 100 millions d’euros d’économie et pas 50 millions ou 200 millions ? », s’interroge de son côté M. Phan, qui souligne la difficulté à faire des prévisions d’activité au-delà de quelques mois.

« Pour le moment, aucun engagement de la direction »

Créés par les ordonnances Macron de 2017, les accords de performance collective prévoient, pour un temps limité, des concessions de la part des employés en échange d’engagements sur le maintien ou sur le développement de l’emploi. « Pour le moment, il n’y a aucun engagement de la part de la direction sur des contreparties, souligne M. Phan. S’il n’y a pas d’engagements sur le maintien de l’emploi, sur le fait qu’il n’y ait pas de licenciements pendant une période déterminée et sur la pérennisation de l’activité sur l’ensemble des sites, nous ne signerons aucun accord. »

Pour absorber les conséquences de la crise, Valeo aimerait bénéficier du nouveau dispositif de chômage partiel de longue durée en vigueur depuis le 1er juillet. Il faut toutefois la signature d’un accord collectif et des engagements de la part de l’employeur en termes de maintien de l’emploi. « Il ne faudrait pas que ce soit un moyen de flexibiliser le travail et une manière détournée de faire payer les salariés par l’Etat », avertit M. Renaglia.

Valeo a prévu un rythme de réunions soutenu – la prochaine doit avoir lieu le 17 juillet – pour tenter de trouver un accord. « Au niveau du groupe, le dialogue social est en général d’un bon niveau », reconnaît M. Phan. Mais, au vu des concessions demandées, les contreparties devront être significatives.

Bilan d’Elisabeth Borne à l’écologie : la poursuite de la « politique des petits pas »

Elisabeth Borne, alors ministre de l’écologie, le 12 juin 2020.

Le passage à la tête du ministère de la transition écologique et solidaire d’Elisabeth Borne n’aura duré qu’une cinquantaine de jours de plus que celui de son prédécesseur, François de Rugy, 354 contre 300. Mais, à la différence de ce dernier, qui a dû démissionner pour « dépenses excessives » le 16 juillet 2019, ou encore de Nicolas Hulot, qui a quitté le navire gouvernemental à la fin d’août 2018, jugeant la politique écologique du gouvernement d’Edouard Philippe trop timide, Mme Borne quitte son poste à l’occasion d’un mouvement collectif, la démission de tout le gouvernement, vendredi 3 juillet. Elle reste néanmoins dans le nouveau gouvernement de Jean Castex, présenté lundi 6 juillet, comme ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion. La reconnaissance sans doute de ses capacités à se saisir de dossiers complexes, avec des oppositions importantes, ce qui sera nécessaire à cette polytechnicienne qui fut présidente de la RATP, et qui devra mener à leur terme les réformes des retraites ou de l’assurance-chômage.

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Au fil des changements dans le poste, qualifié de « ministère de l’impossible » par Robert Poujade – premier ministre de l’écologie sous la présidence de Georges Pompidou en 1971, décédé le 8 avril 2020 –, il se confirme que les marges de manœuvre du locataire de l’hôtel de Roquelaure sont limitées. Et que l’avancée des politiques écologiques dépend d’abord des capacités à gagner des arbitrages en réunions interministérielles, et de la confrontation avec des ministères toujours puissants, comme celui de l’économie ou celui de l’agriculture.

Elisabeth Borne a ainsi dû assumer le pataquès gouvernemental, et les rétropédalages consécutifs, à l’hiver 2019-2020, autour de l’amendement sur l’huile de palme, alors que les députés voulaient retirer à celle-ci le bénéfice des avantages fiscaux liés aux biocarburants. « C’était compliqué pour elle de peser face [au ministre de l’économie et des finances] Bruno Le Maire. Elle s’est retrouvée dans des contradictions qui montrent bien que l’on reste dans la politique des petits pas, comme l’avait dénoncé Nicolas Hulot. Elle a fait ce qu’elle a pu », observe ainsi Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France.

« Alors que l’écologiste le plus populaire de France n’a pas réussi et a démissionné, il est évident que ce ministère est d’une instabilité chronique, qui renvoie aux choix du président de la République et du premier ministre », juge aussi Delphine Batho, députée Ecologie Démocratie Solidarité (EDS) des Deux-Sèvres et ancienne ministre de l’écologie.

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« Mimosa » : le nouveau plan d’économies qu’élabore EDF

EDF se prépare à trois années difficiles. Selon nos informations, le premier producteur d’électricité en Europe a engagé, en interne, un vaste plan d’économies, baptisé « Mimosa », qui vise à combler les pertes causées par la crise sanitaire, qui devraient se situer entre 2 milliards et 3 milliards d’euros. Le groupe étudie plusieurs possibilités : des cessions d’actifs importants, un gel des embauches et des investissements, tout en cherchant des réductions budgétaires à tous les étages.

Selon plusieurs sources internes, la direction a demandé aux différentes branches et filiales de présenter des budgets revus à la baisse. Selon des documents consultés par Le Monde, le groupe souhaite stabiliser ses dépenses d’exploitation pendant les deux prochaines années et réduire fortement ses investissements. « Pour atteindre 2,5 milliards d’euros d’économies, il n’y pas beaucoup de choix, il faudra faire une grosse cession », souligne une source interne. « On nous a demandé de faire remonter toutes les possibilités d’économies », rapporte un responsable d’une filiale importante.

Interrogée par Le Monde, la direction d’EDF confirme l’existence d’un tel plan, sans pour autant en livrer les détails, qui doivent être présentés, fin juillet, au conseil d’administration. « Les arbitrages définitifs ne sont pas encore pris », précise une source interne.

« Attentifs à ce qui n’est pas immédiatement indispensable »

Le PDG du groupe, Jean-Bernard Lévy, a lui-même évoqué ce plan dans le journal de l’entreprise, vendredi 3 juillet. « Certains ont entendu parler d’un plan d’économies baptisé “Mimosa”, explique M. Lévy. Tout en réduisant certaines dépenses, nous n’abandonnons aucun de nos grands projets. (…) Nous ne renoncerons à rien d’essentiel, mais, dans quelques cas, nous retarderons certaines dépenses, nous étudierons certains actifs du groupe si c’est nécessaire, et nous serons très attentifs à ce qui n’est pas immédiatement indispensable. »

« On n’a plus grand-chose à vendre qui ne soit pas stratégique », s’inquiète un syndicaliste

L’entreprise sort déjà d’une cure d’économies relativement sévère. En 2016, au moment de sa recapitalisation par l’Etat, elle s’était engagée à économiser 1 milliard d’euros par an et à céder 10 milliards d’euros d’actifs. L’objectif a été tenu. Réaliser 2,5 milliards d’euros d’économies supplémentaires représente un effort très significatif. « D’autant qu’on n’a plus grand-chose à vendre qui ne soit pas stratégique », s’inquiète un syndicaliste.

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