{"id":965,"date":"2018-10-02T11:16:34","date_gmt":"2018-10-02T09:16:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lemonde.fr\/tiny\/5363265\/"},"modified":"2018-10-02T11:16:34","modified_gmt":"2018-10-02T09:16:34","slug":"dans-la-tourmente-general-electric-limoge-son-president","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeunediplome.net\/dans-la-tourmente-general-electric-limoge-son-president\/","title":{"rendered":"Dans la tourmente, General Electric limoge son pr\u00e9sident"},"content":{"rendered":"
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Nouveau soubresaut chez General Electric (GE)\u00a0: l\u2019entreprise fond\u00e9e par Thomas Edison en\u00a01889 a limog\u00e9, lundi 1er<\/sup>\u00a0octobre, son pr\u00e9sident, John Flannery, quatorze mois apr\u00e8s son arriv\u00e9e aux commandes, et nomm\u00e9 pour la premi\u00e8re fois une personnalit\u00e9 ext\u00e9rieure, Larry Culp, \u00e2g\u00e9 de 55 ans. Surtout, elle a annonc\u00e9 une provision exceptionnelle de 23\u00a0milliards de dollars (20\u00a0milliards d\u2019euros) sur ses \u00e9carts d\u2019acquisition dans son c\u0153ur de m\u00e9tier, l\u2019\u00e9nergie, aveu \u00e0 peine d\u00e9guis\u00e9 de l\u2019\u00e9chec que repr\u00e9sente l\u2019acquisition du groupe fran\u00e7ais Alstom, en\u00a02015. Des pr\u00e9cisions seront apport\u00e9es lors des r\u00e9sultats trimestriels de l\u2019entreprise.<\/h2>\n

Lire aussi : \u00a0 Les actionnaires obtiennent le d\u00e9mant\u00e8lement de General Electric <\/a>\n<\/p>\n

Ce coup de th\u00e9\u00e2tre s\u2019explique par l\u2019incapacit\u00e9 de John Flannery \u00e0 d\u00e9manteler<\/a> rapidement le conglom\u00e9rat am\u00e9ricain, qui \u00e9tait, au tournant du si\u00e8cle, la premi\u00e8re capitalisation boursi\u00e8re mondiale, apr\u00e8s avoir<\/a> \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9 d\u2019une main de fer, entre 1981 et 2001, par Jack Welch. Celui-ci avait pour tactique de sabrer<\/a> dans les co\u00fbts et de restructurer<\/a> radicalement les activit\u00e9s. Il s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 dans une politique financi\u00e8re en cr\u00e9ant GE Capital. L\u2019entreprise, qui valait 600\u00a0milliards de dollars en l\u2019an 2000, n\u2019en vaut plus d\u00e9sormais que 100.<\/p>\n

Lire aussi : \u00a0 En difficult\u00e9, General Electric juge l\u2019ex-Alstom \u00ab\u00a0tr\u00e8s d\u00e9cevant\u200a\u00bb <\/a>\n<\/p>\n

La descente aux enfers a commenc\u00e9 sous le r\u00e8gne de Jeffrey Immelt, qui a multipli\u00e9 les erreurs. Lorsque la crise financi\u00e8re a \u00e9clat\u00e9, GE a failli sombrer<\/a> avec GE Capital. L\u2019entreprise a alors amorc\u00e9 un d\u00e9sengagement, misant sur le fait que son d\u00e9veloppement industriel lui permettrait de conserver<\/a> le m\u00eame niveau de cash-flow (flux de tr\u00e9sorerie) et de dividendes. Il n\u2019en a rien \u00e9t\u00e9.<\/p>\n

L\u2019erreur strat\u00e9gique majeure a \u00e9t\u00e9 le rachat d\u2019Alstom en 2015, pour 12 milliards d\u2019euros<\/span><\/div>\n

Sur le plan industriel, M.\u00a0Immelt a embauch\u00e9 des dizaines de milliers de programmeurs pour d\u00e9velopper<\/a> les logiciels des produits qu\u2019il fabriquait. Les r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 au rendez-vous dans deux secteurs-cl\u00e9s, les moteurs d\u2019avion et l\u2019\u00e9quipement m\u00e9dical. Mais c\u2019est sur le c\u0153ur de m\u00e9tier de l\u2019entreprise, les turbines \u00e9lectriques, que les choses se sont g\u00e2t\u00e9es.<\/p>\n

L\u2019erreur strat\u00e9gique majeure a \u00e9t\u00e9 le rachat d\u2019Alstom en\u00a02015, pour 12\u00a0milliards d\u2019euros, alors que le march\u00e9 du gaz \u00e9tait au plus haut. La r\u00e9alisation de l\u2019acquisition a \u00e9t\u00e9 ralentie par les autorit\u00e9s de la concurrence et les exigences fran\u00e7aises. \u00ab\u00a0Quand l\u2019Union europ\u00e9enne a retard\u00e9 l\u2019accord, GE aurait d\u00fb abandonner<\/a> l\u2019affaire. Mais l\u2019erreur fatale a \u00e9t\u00e9 commise apr\u00e8s\u00a0\u00bb<\/em>, accuse Scott Davis, analyste chez Melius Research, cit\u00e9 par le Wall Street Journal (WSJ)<\/em>\u00a0: selon lui, une fois l\u2019accord conclu, au lieu d\u2019augmenter les prix, GE a d\u00e9cid\u00e9 de se lancer<\/a> dans une guerre commerciale contre Siemens pour lui ravir<\/a> des parts de march\u00e9.<\/p>\n

S\u00e9rie noire<\/h2>\n

Le march\u00e9 des turbines \u00e0 gaz est rest\u00e9 mauvais, avec une concurrence persistante du charbon et l\u2019\u00e9mergence des renouvelables. Pendant des ann\u00e9es, les dirigeants de GE ont ni\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9, tel Jeffrey Immelt, qui d\u00e9clarait, en mai\u00a02017, \u00e0 propos de General Electric\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une entreprise forte, tr\u00e8s forte\u00a0\u00bb<\/em>, et d\u00e9plorait \u00ab\u00a0une d\u00e9connexion\u00a0\u00bb<\/em> avec le march\u00e9 boursier.<\/p>\n

Pour le WSJ<\/em>, il y avait bien d\u00e9connexion, mais pas dans le sens attendu\u00a0: un an plus tard, l\u2019action valait deux fois moins. Sous la pression du fonds activiste Trian Fund Management, l\u2019entreprise s\u2019est affaiblie en multipliant les rachats d\u2019actions, \u00e0 hauteur de 30\u00a0milliards sur trois ans jusqu\u2019en\u00a02017, au prix moyen de 30\u00a0dollars. Un investissement d\u00e9sastreux (l\u2019action vaut aujourd\u2019hui 12\u00a0dollars), qui a priv\u00e9 l\u2019entreprise du cash n\u00e9cessaire.<\/p>\n

Lire aussi : \u00a0 Le ciel s\u2019assombrit encore pour General Electric <\/a>\n<\/p>\n

Jeffrey Immelt a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9 vers la sortie en ao\u00fbt\u00a02017, mais la s\u00e9rie noire s\u2019est poursuivie sous la direction de John Flannery. Certes, des d\u00e9cisions draconiennes ont rapidement \u00e9t\u00e9 prises\u00a0: division par deux du dividende (ce qui n\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 qu\u2019une fois depuis la grande d\u00e9pression de 1929)\u00a0; r\u00e9duction du conseil d\u2019administration de 18 \u00e0 12 membres avec un fort renouvellement\u00a0; d\u00e9cision de vendre<\/a> les 62,5\u00a0% d\u00e9tenus dans l\u2019entreprise de services p\u00e9troliers Baker Hughes (37\u00a0milliards de dollars de capitalisation), ainsi que les locomotives, pour 11\u00a0milliards de dollars, et d\u2019introduire en Bourse les activit\u00e9s m\u00e9dicales, pour se concentrer<\/a> sur deux secteurs \u2013 l\u2019\u00e9nergie et les moteurs d\u2019avion.<\/p>\n

Lire aussi : \u00a0 General Electric se pr\u00e9pare \u00e0 une s\u00e9v\u00e8re restructuration <\/a>\n<\/p>\n

Mais la litanie des mauvaises nouvelles n\u2019a pas cess\u00e9\u00a0: trou de 15\u00a0milliards dans ses anciennes activit\u00e9s d\u2019assurance\u00a0et humiliation \u00e0 Wall Street avec l\u2019\u00e9viction, en juin\u00a02018, du titre<\/a> de l\u2019indice Dow Jones apr\u00e8s plus de cent ans de pr\u00e9sence. Sans parler<\/a> du retour des probl\u00e8mes dans l\u2019\u00e9nergie, avec moins d\u2019accords de maintenance de turbines que pr\u00e9vu et surtout l\u2019arr\u00eat en catastrophe de nouvelles turbines frapp\u00e9es d\u2019un d\u00e9faut de construction.<\/p>\n

Le conseil d\u2019administration a perdu patience, avec un cours de Bourse divis\u00e9 par deux en un an. Il a jug\u00e9 que M. Flannery ne mettait pas en \u0153uvre avec assez de c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 et de force le plan de d\u00e9mant\u00e8lement. Il a contact\u00e9 le nouvel administrateur ind\u00e9pendant, Larry Culp, qui, de 2000 \u00e0 2014, a r\u00e9ussi \u00e0 multiplier<\/a> par cinq la valeur de Danaher, le conglom\u00e9rat qu\u2019il dirigeait, alors que la Bourse ne faisait que doubler<\/a>. Wall Street s\u2019est remise \u00e0 r\u00eaver<\/a>, provoquant l\u2019envol\u00e9e du titre GE de 7\u00a0%. Mais, en l\u2019absence de conf\u00e9rence de presse et de pr\u00e9sentation aux analystes, d\u2019aucuns redoutent des mauvaises surprises.<\/p>\n