{"id":8739,"date":"2021-03-03T10:15:17","date_gmt":"2021-03-03T09:15:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2021\/03\/03\/danone-la-pression-de-rendements-insoutenables_6071789_3232.html"},"modified":"2021-03-03T10:15:17","modified_gmt":"2021-03-03T09:15:17","slug":"danone-la-pression-de-rendements-insoutenables","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeunediplome.net\/danone-la-pression-de-rendements-insoutenables\/","title":{"rendered":"Danone\u00a0:\u00a0la pression\u00a0de rendements insoutenables"},"content":{"rendered":"
Editorial du \u00ab Monde \u00bb.<\/strong> Quand, en juin 2020<\/a>, Emmanuel Faber est parvenu \u00e0 faire de Danone le premier groupe cot\u00e9 de taille mondiale \u00e0 se doter du statut juridique d\u2019entreprise \u00e0 mission<\/a>, le volontarisme du PDG avait ouvert de nouvelles perspectives sur l\u2019\u00e9volution du capitalisme. L\u2019entreprise n\u2019avait plus pour unique horizon le retour sur investissement des actionnaires, elle devait parall\u00e8lement se fixer des objectifs sociaux et environnementaux ambitieux. Huit mois plus tard, la crise de gouvernance que traverse le g\u00e9ant des produits laitiers et de l\u2019eau en bouteille r\u00e9sonne comme un dur rappel aux r\u00e9alit\u00e9s de la primaut\u00e9 des actionnaires sur les autres parties prenantes : salari\u00e9s, consommateurs, fournisseurs et citoyens.<\/p>\n Lundi 1er<\/sup> mars, sous la pression de deux fonds d\u2019investissement, le conseil d\u2019administration de Danone a r\u00e9duit les responsabilit\u00e9s d\u2019Emmanuel Faber. Le patron se voit retirer la direction op\u00e9rationnelle pour se concentrer uniquement sur la pr\u00e9sidence du groupe. Cette dissociation des fonctions vise \u00e0 r\u00e9pondre aux inqui\u00e9tudes des actionnaires sur les performances de Danone. Le cours de Bourse a chut\u00e9 d\u2019un quart en 2020, tandis que sa rentabilit\u00e9 reste inf\u00e9rieure de quatre points \u00e0 celle de ses principaux concurrents comme Nestl\u00e9 ou Unilever qui affichent des marges autour de 18 % du chiffre d\u2019affaires.<\/p>\n M\u00eame si les deux fonds n\u2019ont pas obtenu enti\u00e8re satisfaction dans la mesure o\u00f9 ils r\u00e9clamaient le d\u00e9part pur et simple du PDG, la d\u00e9cision de limiter le pouvoir d\u2019Emmanuel Faber r\u00e9v\u00e8le ainsi la difficult\u00e9 de concilier les int\u00e9r\u00eats des actionnaires, qui r\u00e9clament un niveau de rendement maximum, avec une croissance plus responsable. D\u00e9j\u00e0, en novembre 2020, l\u2019exercice avait montr\u00e9 ses limites lorsque Danone avait annonc\u00e9 la suppression de 2 000 emplois malgr\u00e9 un b\u00e9n\u00e9fice net stable<\/a> sur l\u2019ann\u00e9e \u00e0 pr\u00e8s de 2 milliards d\u2019euros.<\/p>\n Emmanuel Faber n\u2019est, certes, pas exempt de tout reproche. En interne, son exercice du pouvoir, autoritaire et solitaire, fait grincer des dents. Quant \u00e0 sa strat\u00e9gie, qui consiste \u00e0 r\u00e9organiser le groupe par pays et non plus par marque pour mieux r\u00e9pondre aux attentes locales des consommateurs, elle suscite le scepticisme des cadres d\u2019un groupe qui s\u2019est construit sur le marketing. Les actionnaires peuvent \u00eatre fond\u00e9s \u00e0 exprimer des critiques sur ces choix et sur cette concentration des pouvoirs.<\/p>\n En revanche, au-del\u00e0 du cas particulier de Danone, cette crise am\u00e8ne \u00e0 s\u2019interroger sur la soutenabilit\u00e9 des exigences de rentabilit\u00e9 des fonds d\u2019investissement. Est-il raisonnable que les rendements des entreprises restent aussi \u00e9lev\u00e9s que dans les ann\u00e9es 1990, alors qu\u2019entre-temps les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 long terme sont tomb\u00e9s \u00e0 z\u00e9ro et que le rythme de la croissance \u00e9conomique a singuli\u00e8rement diminu\u00e9 ?<\/p>\n Hormis dans certains secteurs innovants ou dans celui du luxe, de tels retours sur investissement ne peuvent \u00eatre obtenus impun\u00e9ment. Sur le plan environnemental, ils conduisent \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer des dommages qui sont incompatibles avec ce que la plan\u00e8te est capable de supporter. Sur le plan social, ils ont abouti, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, \u00e0 une d\u00e9formation spectaculaire du partage de la valeur au d\u00e9triment des salaires.<\/p>\n Fonds de pension et fonds souverains arbitrent de plus en plus leurs investissements en fonction de crit\u00e8res sociaux et environnementaux. Mais tant que cette \u00e9volution ne s\u2019accompagnera pas d\u2019une mod\u00e9ration des rendements exig\u00e9s, le d\u00e9veloppement durable s\u2019en trouvera d\u2019autant limit\u00e9.<\/p>\nInterrogation sur la soutenabilit\u00e9 des exigences<\/h2>\n