{"id":12532,"date":"2024-01-19T14:00:05","date_gmt":"2024-01-19T13:00:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2024\/01\/19\/la-loi-asile-et-immigration-reduit-les-personnes-etrangeres-au-statut-d-une-force-de-travail_6211786_3232.html"},"modified":"2024-01-19T14:00:05","modified_gmt":"2024-01-19T13:00:05","slug":"la-loi-asile-et-immigration-reduit-les-personnes-etrangeres-au-statut-dune-force-de-travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeunediplome.net\/la-loi-asile-et-immigration-reduit-les-personnes-etrangeres-au-statut-dune-force-de-travail\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La loi \u201casile et immigration\u201d r\u00e9duit les personnes \u00e9trang\u00e8res au statut d\u2019une force de travail\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"
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M<\/span>ars 2020, 20 heures, les applaudissements aux balcons saluent l\u2019engagement professionnel de femmes et d\u2019hommes qui \u0153uvrent pour que perdure la vie : soin, ravitaillement, hygi\u00e8ne, parfois m\u00eame \u00e9ducation\u2026 Le pays d\u00e9couvrait ces personnes indispensables \u00e0 la solidit\u00e9 et au fonctionnement de notre soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 nos communs. Mais l\u2019applaudim\u00e8tre n\u2019a pas signifi\u00e9 une reconnaissance sociale, et encore moins financi\u00e8re. Une fois cette parenth\u00e8se pass\u00e9e, le monde n\u2019a pas chang\u00e9 : les invisibles ont \u00e9t\u00e9 ramen\u00e9s \u00e0 leur ancienne invisibilit\u00e9.<\/p>\n

Ces femmes et ces hommes nettoient les rues, les bureaux ou livrent des repas. Leur r\u00e9alit\u00e9 est marqu\u00e9e par des horaires de travail fragment\u00e9s, rendant leur temps libre pratiquement inutilisable. Pour la plupart, ils appartiennent \u00e0 ces minorit\u00e9s visibles, ind\u00e9pendamment de leur nationalit\u00e9. En 2021, selon l\u2019Insee, 14 % des immigr\u00e9s en emploi ont le statut d\u2019ind\u00e9pendant. Les jeunes hommes qui livrent des repas \u00e0 domicile sont dans des conditions de travail extr\u00eamement pr\u00e9caires. La contractualisation \u00e0 travers des plates-formes \u00e9lectroniques et les discriminations \u00e0 l\u2019embauche les rendent particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables.<\/p>\n

Les dangers de la circulation, les conditions m\u00e9t\u00e9orologiques difficiles et la baisse de revenus de 10 % \u00e0 30 % actuellement constat\u00e9e par les livreurs des plates-formes accentuent encore leur vuln\u00e9rabilit\u00e9. Les livreurs doivent couvrir des distances de plus en plus grandes pour tenter de maintenir leurs revenus. Dans ce contexte, le faible co\u00fbt de livraison impos\u00e9 par les plates-formes place les personnes consommatrices dans la position d\u2019\u00eatre servies presque instantan\u00e9ment, leur permettant d\u2019employer de fait une domesticit\u00e9 syst\u00e9matiquement \u00ab invisibilis\u00e9e \u00bb.<\/p>\n

Plancher collant<\/h2>\n

Quant aux femmes, elles occupent une part significative des emplois li\u00e9s au secteur des soins \u00e0 la personne, le \u00ab care \u00bb : d\u2019apr\u00e8s une \u00e9tude de la Dares<\/a>, en 2021, 13 % des femmes immigr\u00e9es en emploi travaillent comme agentes d\u2019entretien. Ce chiffre est plus \u00e9lev\u00e9 que celui des femmes non immigr\u00e9es en emploi, qui est de 6 %. Les femmes immigr\u00e9es repr\u00e9sentent par ailleurs 6 % des aides \u00e0 domicile et aides m\u00e9nag\u00e8res et 9 % des aides-soignantes et assistantes maternelles.<\/p>\n

En utilisant comme base de l\u2019octroi aux sans-papiers du titre de s\u00e9jour \u00ab m\u00e9tiers en tension \u00bb la liste de ces m\u00e9tiers par r\u00e9gion publi\u00e9e au Journal officiel<\/em>, la loi \u00ab asile et immigration \u00bb vot\u00e9e le 20 d\u00e9cembre 2023 r\u00e9duit les personnes \u00e9trang\u00e8res au statut d\u2019une force de travail. Anonymes et r\u00e9invisibilis\u00e9s, d\u00e9chus de cette fugace reconnaissance nationale, ces femmes et ces hommes ne sont consid\u00e9r\u00e9s que comme des bras et des corps d\u00e9volus \u00e0 l\u2019\u00e9conomie. Ils vivent de plus en plus souvent l\u2019injonction \u00e0 rejoindre un auto-entrepreneuriat aux allures de salariat d\u00e9guis\u00e9 pour les hommes, ou les m\u00e9tiers de service \u00e0 la personne mal consid\u00e9r\u00e9s et mal r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s pour les femmes immigr\u00e9es, qui, au lieu de conna\u00eetre le plafond de verre, butent sur un plancher collant.<\/p>\n

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Mars 2020, 20 heures, les applaudissements aux balcons saluent l\u2019engagement professionnel de femmes et d\u2019hommes qui \u0153uvrent pour que perdure la vie : soin, ravitaillement, hygi\u00e8ne, parfois m\u00eame \u00e9ducation\u2026 Le pays d\u00e9couvrait ces personnes indispensables \u00e0 la solidit\u00e9 et au fonctionnement de notre soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 nos communs. Mais l\u2019applaudim\u00e8tre n\u2019a pas signifi\u00e9 une reconnaissance sociale, et encore moins<\/p><\/div>\n