{"id":10647,"date":"2022-08-31T13:00:15","date_gmt":"2022-08-31T11:00:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2022\/08\/31\/la-precarite-durable-ou-les-difficultes-de-l-emploi-discontinu_6139649_3232.html"},"modified":"2022-08-31T13:00:15","modified_gmt":"2022-08-31T11:00:15","slug":"la-precarite-durable-ou-les-difficultes-de-lemploi-discontinu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeunediplome.net\/la-precarite-durable-ou-les-difficultes-de-lemploi-discontinu\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La Pr\u00e9carit\u00e9 durable\u00a0\u00bb ou les difficult\u00e9s de l\u2019emploi discontinu"},"content":{"rendered":"
Livre.<\/strong> L\u2019approche est originale, mais peut surprendre. Pour explorer les contours du monde du \u00ab pr\u00e9cariat \u00bb (n\u00e9ologisme, n\u00e9 de la contraction des mots \u00ab pr\u00e9carit\u00e9 \u00bb et \u00ab prol\u00e9tariat \u00bb) \u2013 qui concernerait 40 % de la population des pays d\u00e9velopp\u00e9s, selon l\u2019\u00e9conomiste britannique Guy Standing \u2013,<\/a> le sociologue Nicolas Roux a choisi d\u2019\u00e9tudier en France deux cat\u00e9gories sociales tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es l\u2019une de l\u2019autre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les saisonniers agricoles, de l\u2019autre les artistes intermittents du spectacle.<\/p>\n De fait, ces deux populations ont comme point commun de se situer \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du mod\u00e8le salarial \u00ab fordiste \u00bb, o\u00f9 domine un emploi stable et \u00e0 temps plein. En ce qui concerne la France, ces cat\u00e9gories appartiennent plut\u00f4t aux marges du monde du travail, puisque le contrat \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e (CDI) repr\u00e9sentait encore 85,3 % de l\u2019emploi stable, selon les statistiques de l\u2019Insee, en 2016. Au total, ce sont quand m\u00eame 3,7 millions de personnes qui ont occup\u00e9 un emploi pr\u00e9caire dans l\u2019Hexagone, cette ann\u00e9e-l\u00e0. Leur existence est de plus p\u00e9renne et ancienne, puisque les journaliers agricoles comme les travailleurs au cachet dans le monde du spectacle \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s nombreux au XIXe<\/sup> si\u00e8cle, comme au d\u00e9but du XXe<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n Mais avec les crises sociales r\u00e9centes \u2013 notamment le mouvement des \u00ab gilets jaunes \u00bb \u2013, les discours sur l\u2019av\u00e8nement d\u2019une \u00ab start-up nation \u00bb ou sur l\u2019\u00ab ub\u00e9risation \u00bb de l\u2019\u00e9conomie,<\/a> l\u2019id\u00e9e que la pr\u00e9carit\u00e9 a gagn\u00e9 du terrain et s\u2019installe dans la dur\u00e9e m\u00e9rite une analyse. Dans ces conditions, le fil rouge de l\u2019auteur est \u00ab de bien voir comment les individus am\u00e9nagent au mieux leur situation, en fonction des ressources disponibles \u00bb<\/em>.<\/p>\n Nicolas Roux \u00e9tudie les conditions de soutenabilit\u00e9 et d\u2019insoutenabilit\u00e9 de la pr\u00e9carit\u00e9 durable. La vie des saisonniers agricoles et celle des intermittents du spectacle alternent entre des p\u00e9riodes d\u2019emploi et de ch\u00f4mage. La discontinuit\u00e9 est inscrite au c\u0153ur m\u00eame de leur vie sociale, tant du point de vue du contrat (\u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e, saisonnier, etc.) que du temps de travail (\u00e0 temps partiel, morcel\u00e9, etc.). Mais l\u00e0 se situe, aussi, la grande diff\u00e9rence entre eux.<\/p>\n D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les saisonniers agricoles, issus de milieux modestes et moins dipl\u00f4m\u00e9s, sont amen\u00e9s \u00e0 accepter leur condition et \u00e0 s\u2019en satisfaire. Ils n\u2019ont pas le choix de leur activit\u00e9 et d\u00e9pendent de leur emploi pr\u00e9caire pour se nourrir. De l\u2019autre, il s\u2019agit d\u2019un choix de vie pour les intermittents du spectacle.<\/a> L\u2019auteur arrive vite d\u2019ailleurs \u00e0 la conclusion suivante : \u00ab N\u2019est pas \u201ctravailleur intellectuel\u201d qui veut. \u00bb<\/em> Cela est grandement facilit\u00e9 par l\u2019acquisition, d\u00e8s l\u2019origine, d\u2019un capital social et \u00e9conomique. Au fil de son enqu\u00eate, Nicolas Roux d\u00e9montre que le pr\u00e9cariat est bien devenu un fait social de plus en plus en plus ancr\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, en revanche, il ne constitue pas une classe sociale, ce monde demeurant tr\u00e8s \u00e9clat\u00e9.<\/p>\n Il vous reste 3.01% de cet article \u00e0 lire. La suite est r\u00e9serv\u00e9e aux abonn\u00e9s.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Livre. L\u2019approche est originale, mais peut surprendre. Pour explorer les contours du monde du \u00ab pr\u00e9cariat \u00bb (n\u00e9ologisme, n\u00e9 de la contraction des mots \u00ab pr\u00e9carit\u00e9 \u00bb et \u00ab prol\u00e9tariat \u00bb) \u2013 qui concernerait 40 % de la population des pays d\u00e9velopp\u00e9s, selon l\u2019\u00e9conomiste britannique Guy Standing \u2013, le sociologue Nicolas Roux a choisi d\u2019\u00e9tudier en France deux cat\u00e9gories sociales tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es<\/p><\/div>\nUn fait social<\/h2>\n