{"id":10443,"date":"2022-06-17T11:23:14","date_gmt":"2022-06-17T09:23:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lemonde.fr\/societe\/article\/2022\/06\/17\/l-exploitation-de-femmes-de-menage-ukrainiennes-devant-la-justice_6130772_3224.html"},"modified":"2022-06-17T11:23:14","modified_gmt":"2022-06-17T09:23:14","slug":"lexploitation-de-femmes-de-menage-ukrainiennes-devant-la-justice","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeunediplome.net\/lexploitation-de-femmes-de-menage-ukrainiennes-devant-la-justice\/","title":{"rendered":"L\u2019exploitation de femmes de m\u00e9nage ukrainiennes devant la justice"},"content":{"rendered":"
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C\u2019\u00e9tait un autre temps, avant que la guerre \u00e9clate en Ukraine, que des millions de r\u00e9fugi\u00e9s fuient et que l\u2019Union europ\u00e9enne d\u00e9cide de leur offrir une protection valant autorisation de s\u00e9jour et le droit de travailler dans tous les Etats. A l\u2019\u00e9poque, entre 2018 et 2020, Oksana, Yuliia, Tetiana, Mariana, Ivanna, Galyna et d\u2019autres, toutes Ukrainiennes, \u00e9taient en situation irr\u00e9guli\u00e8re en France. Elles n\u2019avaient pas le droit de travailler. Toutes pourtant faisaient le m\u00e9nage dans des appartements lou\u00e9s sur la plate-forme Airbnb en r\u00e9gion parisienne. Elles esp\u00e9raient que les fiches de paie accumul\u00e9es leur permettraient, \u00e0 terme, de demander leur r\u00e9gularisation. C\u2019est ce que leur promettait leur compatriote et patronne, Nataliya Kruchenyk, \u00e0 la t\u00eate de la soci\u00e9t\u00e9 de nettoyage VIP Services.<\/p>\n

Lire aussi <\/span> Article r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 nos abonn\u00e9s<\/span><\/span> Esclavage moderne : des hommes et des femmes victimes d\u2019une criminalit\u00e9 invisible<\/a> <\/span> <\/section>\n

Jeudi 16 juin, cette Ukrainienne de 39 ans comparaissait devant le tribunal judiciaire de Paris pour \u00ab traite des \u00eatres humains aggrav\u00e9e \u00bb, \u00ab travail dissimul\u00e9 \u00bb et \u00ab emploi d\u2019\u00e9trangers sans titre \u00bb. Deux autres salari\u00e9es de VIP Services \u00e9taient \u00e9galement poursuivies pour traite des \u00eatres humains. A leurs c\u00f4t\u00e9s, Quentin Brackers de Hugo, le dirigeant de la soci\u00e9t\u00e9 de conciergerie HostnFly, dont VIP Services \u00e9tait prestataire, \u00e9tait poursuivi pour avoir recouru sciemment aux services de travailleurs clandestins.<\/p>\n

Laver le sol \u00e0 quatre pattes<\/h2>\n

Des vingt-huit victimes identifi\u00e9es par l\u2019Office central de lutte contre le travail ill\u00e9gal et l\u2019inspection du travail, une seule avait des papiers. C\u2019est elle, Oksana Veykogne, franco-ukrainienne, qui a alert\u00e9 le syndicat CGT d\u00e9but 2020 et qui a t\u00e9moign\u00e9 \u00e0 la barre. Elle y a racont\u00e9 les cadences intenables, les p\u00e9nalit\u00e9s sur salaire inflig\u00e9es en cas de m\u00e9nage mal \u00e9valu\u00e9, les fois o\u00f9 elle a d\u00fb laver le sol \u00e0 quatre pattes, acheter elle-m\u00eame des produits d\u2019entretien ou passer la serpilli\u00e8re avec un linge de pyjama. Elle dit l\u2019humiliation.<\/p>\n

Dans un r\u00e9sum\u00e9 des faits, le tribunal a ajout\u00e9 \u00e0 cette liste l\u2019absence de cong\u00e9s pay\u00e9s, des r\u00e9mun\u00e9rations atteignant souvent moins de 50 % du smic horaire, des retards de plusieurs mois dans les paiements en d\u00e9pit de SMS suppliants, des salari\u00e9es non d\u00e9clar\u00e9es\u2026<\/p>\n

La principale pr\u00e9venue est d\u00e9crite par le tribunal comme \u00ab une personne influente \u00bb<\/em> au sein de sa communaut\u00e9, qui fr\u00e9quente l\u2019\u00e9glise ukrainienne de Saint-Germain-des-Pr\u00e9s \u00e0 Paris et pr\u00e9side encore une association, L\u2019Adresse, qui propose aux Ukrainiens de France des domiciliations administratives ou un accompagnement juridique \u00e0 la r\u00e9gularisation.<\/p>\n

Lire aussi :<\/span> Article r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 nos abonn\u00e9s<\/span><\/span> Avec la guerre en Ukraine, la peur d\u2019une hausse du trafic d\u2019\u00eatres humains le long des routes de l\u2019exil<\/a> <\/span> <\/section>\n

\u00ab Aucune <\/em>[des femmes de m\u00e9nage] n\u2019a \u00e9t\u00e9 r\u00e9gularis\u00e9e \u00bb<\/em> gr\u00e2ce \u00e0 leur patronne, a pourtant insist\u00e9 Maxime Cessieux, l\u2019avocat des parties civiles, alors que Nataliya Kruchenyk se d\u00e9finit comme une patronne bienfaitrice, \u00ab confidente \u00bb<\/em>, qui consid\u00e9rait ses salari\u00e9es \u00ab comme<\/em> [sa] famille \u00bb<\/em>. Elle ne s\u2019explique pas les plaintes en cascade et se sent \u00ab trahie \u00bb<\/em>. Elle reconna\u00eet qu\u2019elle savait que ses salari\u00e9s \u00e9taient en situation irr\u00e9guli\u00e8re et n\u2019avoir \u00ab pas d\u00e9clar\u00e9 toutes les heures \u00bb<\/em> mais justifie : \u00ab Je n\u2019arrivais pas \u00e0 m\u2019en sortir financi\u00e8rement. \u00bb<\/em><\/p>\n

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C\u2019\u00e9tait un autre temps, avant que la guerre \u00e9clate en Ukraine, que des millions de r\u00e9fugi\u00e9s fuient et que l\u2019Union europ\u00e9enne d\u00e9cide de leur offrir une protection valant autorisation de s\u00e9jour et le droit de travailler dans tous les Etats. A l\u2019\u00e9poque, entre 2018 et 2020, Oksana, Yuliia, Tetiana, Mariana, Ivanna, Galyna et d\u2019autres, toutes<\/p><\/div>\n