{"id":10060,"date":"2022-03-08T12:07:28","date_gmt":"2022-03-08T11:07:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lemonde.fr\/politique\/article\/2022\/03\/08\/egalite-professionnelle-les-quotas-je-trouvais-cela-humiliant-au-debut_6116610_823448.html"},"modified":"2022-03-08T12:07:28","modified_gmt":"2022-03-08T11:07:28","slug":"les-quotas-je-trouvais-cela-humiliant-au-debut-mais-sans-eux-il-ny-aurait-pas-de-femmes-dans-les-conseils-dadministration","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeunediplome.net\/les-quotas-je-trouvais-cela-humiliant-au-debut-mais-sans-eux-il-ny-aurait-pas-de-femmes-dans-les-conseils-dadministration\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Les quotas, je trouvais cela humiliant au d\u00e9but, mais sans eux il n\u2019y aurait pas de femmes dans les conseils d\u2019administration\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"
<\/div>\n

Dans les entreprises comme dans la fonction publique, l\u2019acc\u00e8s des femmes aux postes de direction n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un long fleuve tranquille. En 2011, la loi Cop\u00e9-Zimmermann, qui impose des quotas de femmes dans les conseils d\u2019administration et de surveillance, \u00e9tait adopt\u00e9e. Un an plus tard \u00e9tait vot\u00e9e la loi Sauvadet pour la haute fonction publique. Marie-Anne Barbat-Layani, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale du minist\u00e8re de l\u2019\u00e9conomie et des finances, retrace les \u00e9volutions survenues ces derni\u00e8res ann\u00e9es, notamment \u00e0 Bercy.<\/p>\n

Dix ans apr\u00e8s la loi Sauvadet visant \u00e0 nommer davantage de femmes \u00e0 des postes \u00e0 responsabilit\u00e9 dans la fonction publique, leur situation s\u2019est-elle am\u00e9lior\u00e9e ?<\/h3>\n

C\u2019est \u00e9vident. Cette loi de 2012 est extr\u00eamement ambitieuse. Elle demande de nommer 40 % de femmes dans des emplois de direction correspondant en partie aux comit\u00e9s ex\u00e9cutifs des entreprises. Certes, le minist\u00e8re des finances avait un \u00e9norme retard en la mati\u00e8re. L\u2019histoire l\u2019explique. Avant 1974, par exemple, les femmes ne pouvaient pas int\u00e9grer l\u2019inspection g\u00e9n\u00e9rale des finances. Le minist\u00e8re \u00e9tait un milieu d\u2019hommes, comme tous les lieux de pouvoir ou d\u2019argent.<\/p>\n

Quand je suis arriv\u00e9e \u00e0 Bercy, en 1993, mon chef m\u2019a pr\u00e9venue : \u00ab Tu vas voir la plus belle brochette de costumes gris de ta vie ! \u00bb<\/em> Dans des locaux que je fr\u00e9quentais souvent \u00e0 l\u2019\u00e9poque, ceux du Club de Paris [o\u00f9 se n\u00e9gocient des solutions pour les Etats endett\u00e9s]<\/em>, le plus court chemin qui reliait les deux salles o\u00f9 nous travaillions traversait les toilettes des hommes\u2026 Je passais en fixant la ligne bleue des Vosges ! Collaborer avec des femmes n\u2019\u00e9tait vraiment pas habituel.<\/p>\n

Lire aussi <\/span> Article r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 nos abonn\u00e9s<\/span><\/span> L\u2019encadrement de la fonction publique se f\u00e9minise tr\u00e8s lentement<\/a> <\/span> <\/section>\n

Comment cela s\u2019est-il manifest\u00e9 dans votre parcours ?<\/strong><\/h3>\n

Pendant mon stage de l\u2019Ecole nationale d\u2019administration (ENA), le pr\u00e9fet qui m\u2019accueillait m\u2019appelait \u00ab ma cocotte \u00bb<\/em>. Mais je crois qu\u2019il le faisait davantage par affection un peu paternaliste que par misogynie. Lorsque j\u2019\u00e9tais directrice adjointe au cabinet du premier ministre, entre 2010 et 2012, il m\u2019est arriv\u00e9 de l\u2019accompagner \u00e0 Londres. Alors qu\u2019il d\u00e9jeunait en t\u00eate \u00e0 t\u00eate avec son homologue, les collaborateurs ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s dans une autre salle pour partager le repas des conseillers britanniques. Quand mon alter ego m\u2019a trouv\u00e9e assise au centre, en face de lui, il a paru totalement perdu. Il m\u2019a demand\u00e9 qui j\u2019\u00e9tais, si je m\u2019occupais de la communication ! Il ne comprenait pas qui \u00e9tait cette bonne femme qui avait eu le toupet de s\u2019installer \u00e0 cette place\u2026<\/p>\n

Un haut fonctionnaire europ\u00e9en avec qui j\u2019avais maille \u00e0 partir m\u2019a dit un jour que je ferais mieux d\u2019\u00eatre chez moi \u00e0 \u00e9lever mes enfants\u2026 A Bercy, un chef de service me croisant dans un couloir et constatant ma grossesse tr\u00e8s avanc\u00e9e, m\u2019a lanc\u00e9 dans un sourire : \u00ab Tu nous quittes ? \u00bb<\/em> On a, en effet, longtemps consid\u00e9r\u00e9 dans ce minist\u00e8re que la t\u00e2che \u00e9tait trop lourde pour une femme, ou qu\u2019elle devait renoncer \u00e0 avoir des enfants. Les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes ont peut-\u00eatre d\u00fb choisir. Pas la mienne.<\/p>\n

Il vous reste 53.49% de cet article \u00e0 lire. La suite est r\u00e9serv\u00e9e aux abonn\u00e9s.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Dans les entreprises comme dans la fonction publique, l\u2019acc\u00e8s des femmes aux postes de direction n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un long fleuve tranquille. En 2011, la loi Cop\u00e9-Zimmermann, qui impose des quotas de femmes dans les conseils d\u2019administration et de surveillance, \u00e9tait adopt\u00e9e. Un an plus tard \u00e9tait vot\u00e9e la loi Sauvadet pour la haute fonction publique.<\/p><\/div>\n